{"id":82149,"date":"2022-07-01T22:20:20","date_gmt":"2022-07-01T20:20:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=82149"},"modified":"2022-07-01T22:28:10","modified_gmt":"2022-07-01T20:28:10","slug":"40jours-22-pcf-comme-place-du-colonel-fabien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours-22-pcf-comme-place-du-colonel-fabien\/","title":{"rendered":"#40jours #22 | PCF comme Place du Colonel Fabien"},"content":{"rendered":"\n<p>D&rsquo;o\u00f9 je suis, derri\u00e8re la fen\u00eatre de la biblioth\u00e8que, \u00e0 mon poste de travail, lorsque je rel\u00e8ve la t\u00eate de mon clavier ou d\u00e9tourne les yeux de mon \u00e9cran. Depuis le deuxi\u00e8me \u00e9tage de la biblioth\u00e8que, j&rsquo;observe la rue en contrebas. Au fil de saisons. Dans les changements de lumi\u00e8re et de temp\u00e9rature, selon un invariable point de vue qui couvre un fragment du boulevard de la Villette, de l&rsquo;entr\u00e9e de la station de m\u00e9tro Colonel Fabien sur la ligne 2 au b\u00e2timent du Si\u00e8ge du Parti Communiste Fran\u00e7ais construit par l&rsquo;architecte Oscar Niemeyer et jusqu&rsquo;\u00e0 la Place du Colonel Fabien. De l\u00e0 je vois la ville qui s&rsquo;active en tous sens mais sans l&rsquo;entendre, derri\u00e8re la protection d&rsquo;une large fen\u00eatre \u00e0 double vitrage. Je vois un impressionnant nuage noir qui avance et recouvre tout le ciel en obscurcissant la ville en-dessous. Soudain les trottoirs virent au noir, tout s&rsquo;assombrit et dispara\u00eet dans l&rsquo;obscurit\u00e9 d&rsquo;un violent orage. Je vois une large feuille de platane tombe de l&rsquo;arbre en virevoltant. un passant qui marche l&rsquo;\u00e9vite de justesse, au dernier moment, en faisant un \u00e9l\u00e9gant pas de c\u00f4t\u00e9. Je vois une camionnette gar\u00e9e le long du trottoir du Boulevard de la Villette. Plomberie 0613222113. Je vois passer plusieurs Bus 26. Un 46 traverse la place du Colonel Fabien. Un camion <em>Seven Transport<\/em> file \u00e0 vive allure. Le regard de l&rsquo;homme devant la sanisette devient insistant. Une voiture grise tente de se garer mais press\u00e9e par une autre voiture abandonne l&rsquo;id\u00e9e. Je vois une femme noire injurier un homme qui se tient \u00e0 bonne distance. Ses cris r\u00e9p\u00e8tent la m\u00eame insulte avec une force et une gravit\u00e9 incroyable. L&rsquo;homme, bien que beaucoup plus grand qu&rsquo;elle, marche \u00e0 reculons devant ses assauts r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. Je vois devant l&rsquo;entr\u00e9e de la station de m\u00e9tro Colonel Fabien, un vendeur \u00e0 la sauvette qui tente d&rsquo;attirer l&rsquo;attention des passants. Un homme \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s r\u00e9p\u00e8te <em>Marlboro, Marlboro, Marlboro<\/em>. Ce qui attire un homme tout habill\u00e9 en noir qui lui ach\u00e8te un paquet de cigarette. Je vois une vieille femme noire tire p\u00e9niblement son chariot. Elle demande \u00e0 l&rsquo;homme qui patiente devant la sanisette si celle-ci est libre. Il r\u00e9pond non de la t\u00eate. Il entre \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur juste apr\u00e8s. Un camion <em>SRD transports<\/em> s&rsquo;arr\u00eate au feu rouge. Je vois des adolescents qui ont d\u00e9mont\u00e9 une bouche d&rsquo;a\u00e9ration situ\u00e9e au sol pour la sur\u00e9lever l\u00e9g\u00e8rement avec l&rsquo;un de leur skate afin de s&rsquo;en servir comme un tremplin sur lequel ils s&rsquo;exercent m\u00eame s&rsquo;ils tombent tr\u00e8s souvent dans des bruits de raclements stridents et de chocs violents. Je vois qu&rsquo;un \u00e9tal de chapeaux pour lutter contre la chaleur et la canicule a \u00e9t\u00e9 install\u00e9 face \u00e0 la sortie de la bouche de m\u00e9tro Colonel Fabien. Il rencontre un beau succ\u00e8s. Je vois un homme aux cheveux gris qui marche en consultant un catalogue de vente par correspondance. Une femme et ses deux filles qui vont prendre le m\u00e9tro, la m\u00e8re tient l&#8217;emballage en carton d&rsquo;une pizza. Une jeune asiatique sort de la voiture auto-\u00e9cole avec son moniteur. Je vois la neige qui est tomb\u00e9e toute la nuit, et qui laisse au petit matin, tous les trottoirs, les routes recouverts d&rsquo;un voile blanc. Sur le banc une couche \u00e9paisse d&rsquo;une dizaine de centim\u00e8tres fait presque totalement dispara\u00eetre sa structure en bois et m\u00e9tal. Je vois un homme noir portant un bonnet gris qui lit un journal gratuit sur le banc. Son masque bleu couvre son visage. Un homme fume une cigarette en attendant son tour pour entrer dans la sanisette du boulevard de la Villette. Le bus 26 passe. Je monte, je valide. Je vois un utilitaire Renault de grand contenance, de couleur grise, conduit par plusieurs Ukrainiens qui stationnent tous les vendredis au m\u00eame endroit. Ils en descendent et passent toute l&rsquo;apr\u00e8s-midi \u00e0 vendre leurs produits (alimentation, boisson, produits m\u00e9nagers) rapport\u00e9s directement du pays. Ils prennent en charge \u00e9galement les colis que les Ukrainiens vivant en France souhaitent envoyer \u00e0 leur famille rest\u00e9e en Ukraine. Ce qui a longtemps \u00e9t\u00e9 un petit trafic qui ne g\u00eanait personne, tout le monde en connaissait l&rsquo;existence sans qu&rsquo;ils soient inqui\u00e9t\u00e9s, devient aujourd&rsquo;hui un acte de r\u00e9sistance. Je vois des pigeons en groupe qui picorent la pelouse verte en pente recouverte de p\u00e2querettes du Si\u00e8ge du Parti Communiste. Leur t\u00eate et leur mouvement m\u00e9canique fait vibrer la pelouse. Je vois un vendeur de livres d&rsquo;occasions qui installe ses livres cach\u00e9s derri\u00e8re des barri\u00e8res de chantier qu&rsquo;il a d\u00e9rob\u00e9es, qui composent les parois improvis\u00e9es de l&rsquo;abri qu&rsquo;il a con\u00e7u comme une cabane. Les livres restent des jours entier \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, prot\u00e9g\u00e9s des \u00e9l\u00e9ments et des voleurs que les barri\u00e8res grises semble rendre invisibles. Dissimul\u00e9es \u00e0 la mani\u00e8re de La lettre vol\u00e9e de Poe, c&rsquo;est-\u00e0-dire bien en \u00e9vidence. Je vois sur les vitrines du kiosque \u00e0 journaux une publicit\u00e9 Balenciaga et la une du dernier num\u00e9ro de L&rsquo;Express : Qui pour arr\u00eater Poutine ? Un homme \u00e0 casquette attend devant le m\u00e9tro. Une femme et ses deux enfants, l&rsquo;un en poussette, l&rsquo;autre court devant en criant. Je vois deux hommes noirs assis sur le banc qui se tournent le dos. L&rsquo;un boit une canette de bi\u00e8re et l&rsquo;autre t\u00e9l\u00e9phone. Le carton sous le banc n&rsquo;a pas boug\u00e9. Un homme demande son chemin \u00e0 des passants. Ils discutent un moment ensemble comme s&rsquo;ils se connaissaient. Un v\u00e9lo. Je vois, sur les installations sportives de la contre-all\u00e9e, trois hommes assis sur les plots qui attendent on ne sait quoi, lorsqu&rsquo;un quatri\u00e8me, un sportif, vient faire des exercices de traction rapides quelques minutes avant de partir. Une affiche pour le film <em>Balthazar<\/em> sur le bus 26. Je vois un livreur <em>Just Eat<\/em> qui passe en trombe sur la contre-all\u00e9e du boulevard de la Villette. Une vieille femme avec un bonnet noir sur la t\u00eate et cabas bleu vif au bras, t\u00e9l\u00e9phone avec son smartphone accol\u00e9e au r\u00e9verb\u00e8re de la contre-all\u00e9e. Je vois des gilets jaunes qui manifestent. Plus de CRS que de manifestants, entourant ce cort\u00e8ge ramass\u00e9 en quelques centaines de personnes et leurs tr\u00e8s nombreux drapeaux volant au vent dans un d\u00e9sordre de couleurs et de slogans. Je vois le corps inanim\u00e9 d&rsquo;un homme sur le trottoir de la contre-all\u00e9e du Boulevard de la Villette. Il \u00e9tait assis quelques minutes sur le banc. Ob\u00e8se, il s&rsquo;est affal\u00e9 sur le sol en roulant sur lui-m\u00eame. Des personnes qui allaient prendre le m\u00e9tro tout proche ont signal\u00e9 aux commer\u00e7ants du Boulevard qui ont appel\u00e9 la Police qui est arriv\u00e9 tr\u00e8s vite sur place. Ils ont rapidement install\u00e9 autour de lui une b\u00e2che plastique pour tenter de prot\u00e9ger sa d\u00e9pouille du regard indiscrets des badauds. Des personnes sont rest\u00e9es assise pendant l&rsquo;intervention de la Police, puis de leurs coll\u00e8gues de la Police Scientifique venus constat\u00e9 les causes du d\u00e9c\u00e8s. Quelque chose planait dans l&rsquo;air qui indiquait qu&rsquo;il \u00e9tait en train de se passer quelque chose, pourtant la plupart des gens continuaient \u00e0 vaquer \u00e0 leurs occupations ou \u00e0 tra\u00eener selon leurs habitudes. Je vois, sur la cabane improvis\u00e9e par le vendeur de livres d&rsquo;occasions, \u00e0 base de barri\u00e8res de protection, un homme allong\u00e9 de tout son long. Il dort les poings ferm\u00e9s, es bras crois\u00e9s. Le visage masqu\u00e9 par une cagoule noire. Je vois du monde en terrasse du Caf\u00e9 des Dames sur la Place du Colonel Fabien. Une jeune femme sur un Velib bleu consulte son t\u00e9l\u00e9phone tout en p\u00e9dalant. La voiture auto-\u00e9cole accueille un nouvel \u00e9l\u00e8ve. La voiture s&rsquo;\u00e9loigne pour la le\u00e7on du jour. Place de parking vide. Je vois un jeune homme qui traverse le boulevard en tirant sur sa cigarette \u00e9lectronique et qui laisse s&rsquo;\u00e9chapper une tra\u00een\u00e9e de fum\u00e9e derri\u00e8re lui. Une femme avec son t\u00e9l\u00e9phone portable fait les cent pas tout en continuant sa conversation. Il fait gris. La circulation est intense. Je vois une voiture de police qui s&rsquo;arr\u00eate au feu rouge. Un homme attend le bus \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat Place du Colonel Fabien. Il a gard\u00e9 son masque sur son menton. Dans les branches nues des platanes des corbeaux croassent. Une femme vient rejoindre les deux hommes sur le banc. Trio. Depuis cinq minutes d\u00e9j\u00e0, je vois une jeune femme brune portant un long manteau de couleur moutarde qui consulte le plan \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e du m\u00e9tro Colonel Fabien. Elle cherche son chemin mais peine \u00e0 le trouver sur la carte. Une jeune femme blonde fouille dans son sac en cuir. Je vois qu&rsquo;un nouvel \u00e9tal vient de s&rsquo;installer devant l&rsquo;entr\u00e9e du m\u00e9tro. Le vendeur y installe les mangues, les cl\u00e9mentines sur la table en bois improvis\u00e9e. Un ouvrier prend ses coll\u00e8gues en photo devant leur camionnette avec son smartphone. Je vois un vieil homme vo\u00fbt\u00e9 par l&rsquo;\u00e2ge qui tire p\u00e9niblement son chariot de courses derri\u00e8re lui, avec une lenteur qui laisse penser qu&rsquo;il fait du sur place. Je vois la pluie diluvienne qui assombrit soudainement les trottoirs en martelant le sol de ses lourdes gouttes d\u00e9gringolant du ciel dans la verticale de leurs projections. Particules sombres, silhouettes effray\u00e9es par ce d\u00e9luge impr\u00e9visible, qui partent en tous sens tentant de fuir ces pr\u00e9cipitations comme si leur vie en d\u00e9pendait. Je vois une femme qui regarde une exposition install\u00e9e sur les grilles m\u00e9talliques peintes en vert qui prot\u00e8gent l&rsquo;acc\u00e8s du Si\u00e8ge du Parti Communiste. Je vois des nuages gris dans le ciel. Circulation dense. Passants fugitifs, quelques sportifs. Oiseaux dans les arbres. Personnes dans l&rsquo;attente. Dans la rue en contrebas j&rsquo;entends quelqu&rsquo;un prononcer cette phrase : Il est bient\u00f4t 13h30, vite d\u00e9p\u00eache-toi ! Trop tard ! C&rsquo;est fini. Je vois le vent qui fait danser les branches et les feuilles des platanes du Boulevard.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D&rsquo;o\u00f9 je suis, derri\u00e8re la fen\u00eatre de la biblioth\u00e8que, \u00e0 mon poste de travail, lorsque je rel\u00e8ve la t\u00eate de mon clavier ou d\u00e9tourne les yeux de mon \u00e9cran. Depuis le deuxi\u00e8me \u00e9tage de la biblioth\u00e8que, j&rsquo;observe la rue en contrebas. Au fil de saisons. Dans les changements de lumi\u00e8re et de temp\u00e9rature, selon un invariable point de vue qui <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours-22-pcf-comme-place-du-colonel-fabien\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#40jours #22 | PCF comme Place du Colonel Fabien<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":242,"featured_media":82156,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3251,3571],"tags":[81,1164,47],"class_list":["post-82149","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-40jours","category-40jours-22-tishe","tag-regard","tag-temps","tag-ville"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/82149","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/242"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=82149"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/82149\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/82156"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=82149"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=82149"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=82149"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}