{"id":82498,"date":"2022-07-02T18:53:29","date_gmt":"2022-07-02T16:53:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=82498"},"modified":"2022-07-02T21:10:03","modified_gmt":"2022-07-02T19:10:03","slug":"40-jours-23-la-ou-vont-les-christ","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40-jours-23-la-ou-vont-les-christ\/","title":{"rendered":"#40 jours #23 | L\u00e0 o\u00f9 vont les Christ"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"518\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Christ-is-crying-1024x518.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-82499\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Christ-is-crying-1024x518.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Christ-is-crying-420x212.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Christ-is-crying-768x389.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Christ-is-crying-1536x777.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Christ-is-crying-2048x1036.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Il quitte l\u2019h\u00f4pital et s\u2019engage plein ouest. Dans son dos, il laisse le boulevard urbain et le Rio grande qui descendent en oblique vers le sud-est, la fronti\u00e8re, la Border Highway et le mur d\u2019IPN dress\u00e9es vers le ciel. Il va vers l\u00e0 o\u00f9 le soleil se couche, bien apr\u00e8s le d\u00e9sert. Il traverse le boulevard Tom\u00e1s Fern\u00e1ndez, enjambe l\u2019\u00eelot de s\u00e9paration et son herbe s\u00e8che entre les trottoirs peints en jaune. Des pins parasols nains sont plant\u00e9s l\u00e0, certains espac\u00e9s de quatre \u00e0 cinq m\u00e8tres, d\u2019autres, tr\u00e8s rapproch\u00e9s \u00e0 presque un m\u00e8tre l\u2019un de l\u2019autre. Il se demande s\u2019ils vont pousser et jusqu\u2019o\u00f9, quand il sera mort depuis longtemps. Un peu au sud, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019\u00eelot de s\u00e9paration s\u2019\u00e9largit, les pins sont d\u00e9j\u00e0 haut. A l\u2019ombre d\u2019un arbre, un homme portant chapeau et gilet orange, les deux mains appuy\u00e9es sur le manche de son balai de cantonnier le regarde. Devant l\u2019homme, sur la chauss\u00e9e, une brouette pleine d\u2019aiguilles de pin et de feuilles mortes para\u00eet le regarder aussi. Il ne voit ni l\u2019homme ni la brouette. Il a travers\u00e9 sans savoir que l\u2019homme se demandait pourquoi ce gringo traversait l\u00e0, o\u00f9 personne ne traverse jamais. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du boulevard, il passe \u00e0 travers la haute grille de protection. L\u2019homme au chapeau et au r\u00e2teau se frotte litt\u00e9ralement les yeux et les rouvre juste \u00e0 temps pour le voir s\u2019\u00e9loigner de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la grille, toujours plein ouest. Il travers les t\u00f4les ondul\u00e9es de l\u2019entrep\u00f4t de la maquiladora passe entre les tables d\u2019assemblages et ressort sur un parking presque d\u00e9sert, traverse un autre boulevard et une autre maquiladora, un autre boulevard. Autour de chaque b\u00e2timent, les grilles sont coiff\u00e9es de fil barbel\u00e9s anti-intrusion \u00e0 double lames de rasoir. Il passe \u00e0 travers les grilles. Les hommes adoss\u00e9s aux grilles pour profiter la moindre ombre le regardent passer. Ils ne disent rien. La femme de la s\u00e9curit\u00e9 non plus. Tout le monde regarde mais il se d\u00e9place comme s\u2019il n\u2019existait pas. Il remonte une longue file d\u2019autobus blanc&nbsp;<em>Transporte de personal<\/em>, align\u00e9s dans la rue. Tout au bout, ce sont des habitations, maisons basses d\u2019un \u00e9tage. Il marche sur le bitume bien entretenu et suit la rue, tant qu\u2019elle va vers l\u2019ouest. Ici, les arbres sont hauts, les maisons et les portails peints. Les voitures sont gar\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, sur des emplacements r\u00e9serv\u00e9s. Une, deux, parfois trois voitures. Sit\u00f4t que la rue oblique, il passe \u00e0 travers les maison, les jardins, contourne les voitures gar\u00e9es. Les t\u00e9l\u00e9s passent \u00e0 cette heure des dessins anim\u00e9s regard\u00e9s par des enfants ob\u00e8ses buvant un coca et mangeant des chips. Il y a quelques piscines dans les jardins. Il s\u2019y mouille la nuque et continue, le soleil le guide qui s\u2019appr\u00eate \u00e0 se coucher d\u2019ici une paire d\u2019heures continuant d\u2019ici l\u00e0 \u00e0 tout br\u00fbler. Il arrive \u00e0 l\u2019insitut technologique, passe sur un terrain de base-ball et un terrain de foot pel\u00e9s et sans lignes. Il entre par la porte est r\u00e9serv\u00e9e au personnel et circule d\u2019un laboratoire \u00e0 l\u2019autre. Les \u00e9tudiants et les profs ne disent rien, se demandant tout de m\u00eame qui il est. Au-del\u00e0, c\u2019est le commissariat f\u00e9d\u00e9ral dans lequel il entre. Il passe les portiques qui ne sonnent pas. Policiers et polici\u00e8res l\u2019interpellent, mettent la main \u00e0 leur pistolet et restent ainsi, le geste suspendu, comme si le film dans lequel ils jouaient s\u2019\u00e9tait arr\u00eat\u00e9. Il quitte le commissariat par devant, traverse les huit voies de circulation. Il contourne le magasin Firestone par le sud et encha\u00eene sur le grand terrain vague, sec, avant un nouveau quartier r\u00e9sidentiel. Les maisons sont plus petites, elles n\u2019ont pas d\u2019\u00e9tage et m\u00eame si les jardins n\u2019ont pas d\u2019herbe, les arbres dans la rue sont plus petits, elles sont peintes, comme les portails. Les voitures, qu\u2019il contourne, sont gar\u00e9es dans la rue, parall\u00e8lement aux fa\u00e7ades. Les rues sont orient\u00e9es Sud-Nord. Il lui faut donc p\u00e9n\u00e9trer les maisons, contourner quand il le peut, sans jamais s\u2019\u00e9carter de plus d\u2019un m\u00e8tre de son axe. Quand il doit entrer, il essaie de ne pas d\u00e9ranger, les t\u00e9l\u00e9s ou les radios couvrent ses pas, il passe par la cuisine et la porte de la cour. Il est rare qu\u2019il doive passer par une fen\u00eatre. Il l\u2019est moins de devoir \u00e9carter le linge suspendu \u00e0 l\u2019arri\u00e8re. D\u00e8s qu\u2019il le peut, il suit les routes ou les tron\u00e7ons qui vont \u00e0 l\u2019ouest. Dans les rues, des bidons vides sont pos\u00e9s l\u00e0, servant de poubelles. Le tronc des arbres est peint en blanc. Les voitures qui le d\u00e9passent ne klaxonnent pas. Il avance. Aux intersections, il passe sous une jungle de fils \u00e9lectriques o\u00f9 des paires de chaussures pendent jusqu\u2019\u00e0 ce que les lacets, us\u00e9s par le soleil et le vent cassent. Il passe devant un box de parpaings peints en gris fonc\u00e9 d\u2019o\u00f9 sortent des hommes et des femmes toniques et muscl\u00e9s, plut\u00f4t jeunes. Il lit en passant Wod Fit. Training for Life. Cross box. Il se dit que certains n\u2019ont pas assez chaud pour payer pour en suer. Il marche un moment sur la pelouse chiche d\u2019un parc. L\u2019ombre des arbres coupe le feu du soleil. Les bancs le long des all\u00e9es sont en fer forg\u00e9s, vert bouteille. Des poubelles m\u00e9talliques sont r\u00e9parties entre les arbres. Il n\u2019a rien \u00e0 y jeter, les poings serr\u00e9s dans ses poches. Il entre par l\u2019arri\u00e8re d\u2019un b\u00e2timent, il y pisse sur un christ. Il pisse longuement. En sortant, il passe sans le lire devant le panneau \u00c9glise apostolique de la foi en J\u00e9sus-Christ. A part le Christ, et les quelques chaises align\u00e9es face auxquelles il a piss\u00e9, rien ne ressemblait moins \u00e0 une \u00e9glise que cette&nbsp;<em>Apost\u00f3lica de la fe<\/em>. Sur son trajet, il passe encore \u00e0 travers deux \u00e9glises. A chaque fois il y pisse, ce qui donnera, il ne le sait pas encore, lieu \u00e0 une enqu\u00eate car dans la deuxi\u00e8me, une bigote l\u2019a vu faire et a parl\u00e9 de diable et de sortil\u00e8ges. Quand il traverse le cimeti\u00e8re municipal, il ne pisse ni ne se recueille. Il marche sur le moins de tombes possible. Arriv\u00e9 au bout de la ville, les quartiers s\u2019escarpent, les chauss\u00e9es se creusent, les maisons se d\u00e9solent, et des christ s\u2019y peignent, entre deux t\u00f4les, deux palettes, deux carcasses de voiture. Les boutiques y ont ferm\u00e9. Il continue \u00e0 travers des terrains oubli\u00e9s de Dieu et entre dans des maisons o\u00f9 parfois des sanglots indiquent une pr\u00e9sence. La derni\u00e8re maison qu\u2019il traverse est de parpaings. Une seule pi\u00e8ce est am\u00e9nag\u00e9e qu\u2019il franchit en enjambant des matelas pos\u00e9s au sol, une pi\u00e8ce sans chaise, avec un bleuet pos\u00e9 au sol et deux bidons d\u2019eau. Apr\u00e8s cette maison, il passe devant un panneau jaune sur lequel est peint en bleu \u00ab&nbsp;colonia sol poniente&nbsp;\u00bb avec dans le coin haut de droite, en arc de cercle, des bandes bleues comme des rayons de soleil. Colonie du soleil couchant. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il va, vers le soleil couchant. Il traverse un dernier quartier, \u00e9troit, serr\u00e9 avec trois temples et une \u00e9glise. Les gens qui bossent prient aussi. Il arrive enfin au bout de la route, l\u00e0 o\u00f9, apr\u00e8s le monticule de vieux pneus il n\u2019y aura plus rien \u00e0 traverser et il pourra marcher dans la rocaille jusqu\u2019\u00e0 ce que le soleil l\u2019emporte.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il quitte l\u2019h\u00f4pital et s\u2019engage plein ouest. Dans son dos, il laisse le boulevard urbain et le Rio grande qui descendent en oblique vers le sud-est, la fronti\u00e8re, la Border Highway et le mur d\u2019IPN dress\u00e9es vers le ciel. Il va vers l\u00e0 o\u00f9 le soleil se couche, bien apr\u00e8s le d\u00e9sert. 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