{"id":83174,"date":"2022-07-04T15:25:50","date_gmt":"2022-07-04T13:25:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=83174"},"modified":"2022-07-04T15:25:52","modified_gmt":"2022-07-04T13:25:52","slug":"40-jours-23-ce-quil-lui-reste-a-parcourir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40-jours-23-ce-quil-lui-reste-a-parcourir\/","title":{"rendered":"#40 jours #23 | ce qu&rsquo;il lui reste \u00e0 parcourir&#8230;"},"content":{"rendered":"<p>La nuit est profonde. Des chaussures crissent sur le gravillon de <em>la rampe du Coche d\u2019eau.<\/em> La rang\u00e9e de cypr\u00e8s fait corps avec les t\u00e9n\u00e8bres. Plus de lumi\u00e8re dans les bateaux amarr\u00e9s le long des quais du canal mais des corps endormis sur les ponts. La journ\u00e9e a \u00e9t\u00e9 torride et la fraicheur peine \u00e0 gagner du terrain. Une vieille femme s\u2019enfonce dans la nuit. Elle marche. Les quais ne sont plus \u00e9clair\u00e9s \u00e0 cette heure tardive mais elle n\u2019est pas craintive. Elle connait le chemin. Elle suit sa ligne \u2013 droite \u2013 sans se soucier de ce que commun\u00e9ment on appelle <em>des obstacles.<\/em> Elle marche. Avec l\u2019aide des t\u00e9n\u00e8bres elle traverse. Jardins, villas, petites et grandes b\u00e2tisses. Elle ne s\u2019arr\u00eate ni devant le fleuve \u2013ses eaux noires comme un tapis d\u00e9roul\u00e9 \u2013 ni devant ce mur qui transpire le chagrin dans lequel elle disparait pour r\u00e9apparaitre dans la cour de l\u2019ancienne usine \u00e0 gaz transform\u00e9e en boite de nuit. Elle n\u2019entend pas la musique contenue dans la tour carr\u00e9e de style art-d\u00e9co, elle ne voit pas la silhouette des jeunes gens qui s\u2019\u00e9cartent \u00e0 son passage. Elle marche. Elle traverse, viole l\u2019intimit\u00e9 de logements en guenilles, de logements en d\u00e9b\u00e2cle, passe \u00e0 travers les grilles \u00e9troites du <em>Plateau des po\u00e8tes, <\/em>rencontre les inconditionnels de l\u2019ivresse vaincus d\u00e9fonc\u00e9s \u00e9croul\u00e9s sur les bancs, acc\u00e8de au voisinage nanti du jardin, en appr\u00e9cie les illusions pleines de faste. Elle marche. Elle monte, elle descend. Elle entre, elle sort. Les murs n\u2019opposent aucune r\u00e9sistance \u2013 de la guimauve. Ici l\u2019\u00e9clairage public en berne. L\u00e0 un lampadaire sur deux allum\u00e9. Au loin gronde le tonnerre. Gronde, roule et claque. Une averse. Elle est indiff\u00e9rente aux intemp\u00e9ries. Elle marche. Elle d\u00e9gouline. La mont\u00e9e est rude mais en haut, les Ar\u00e8nes. Mais en haut, l\u2019arriv\u00e9e. Dernier quartier, des maisons individuelles avec jardin, toutes les m\u00eames sous l\u2019emprise de la nuit. Elle ne rencontre personne. M\u00eame les insomniaques dorment \u00e0 cette heure-l\u00e0. Except\u00e9e une jeune femme brune qui \u00e9crit en buvant un vin d&rsquo;orange fait maison, attabl\u00e9e \u00e0 son bureau. Elle l\u2019entend qui traverse le mur de la cuisine et sans se retourner lui dit \u00a0<em>il vous attend<\/em>. L\u2019orage est pass\u00e9. Les premiers camions-poubelles vont bient\u00f4t commencer leur ronde. Les grilles d\u2019entr\u00e9e des Ar\u00e8nes ne sont pas ferm\u00e9es. Elle entre. Elle avance jusqu\u2019\u00e0 la piste. L\u00e0, au centre, un vieil homme. Il lui tend un habit de lumi\u00e8re et se dirige vers la porte du toril.\u00a0 Aller tout droit sans se retourner, avancer, traverser, franchir, engranger et maintenant, dans la moiteur d&rsquo;une nuit d&rsquo;\u00e9t\u00e9, tout restituer au c\u0153ur m\u00eame\u00a0 des ar\u00e8nes. Mourir l\u00e0 o\u00f9 elle n\u2019a jamais r\u00e9ussi \u00e0 vivre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La nuit est profonde. 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