{"id":85626,"date":"2022-07-11T06:55:07","date_gmt":"2022-07-11T04:55:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=85626"},"modified":"2022-07-11T22:06:05","modified_gmt":"2022-07-11T20:06:05","slug":"40jours30son-dos-un-peu-voute","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours30son-dos-un-peu-voute\/","title":{"rendered":"#40jours #30 | son dos un peu vo\u00fbt\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Sens la vie dans ton oreille,<\/strong> toi qui marches devant moi dans cette rue parisienne. Sens que tu es suivi, s\u2019il te plait. Sens les vibrations de mes pas similaires aux tiens. \u00c7a me plairait que. \u00c7a se sent en g\u00e9n\u00e9ral ce genre de choses. Je ne suis pas une professionnelle. Pas pay\u00e9e. Le d\u00e9sir de te suivre, m\u2019a saisie, comme \u00e7a, pour rien, aujourd\u2019hui. De te suivre toi et pas un autre. Tu es l\u2019inconnu qu\u2019il me faut. Ne me demande pas ce que je vais faire de toi. Je ne sais pas ce que tu pourrais faire de moi dans ce que tu vas faire, dans ce vers quoi tu te diriges. Tu vas travailler peut-\u00eatre. Tu as le pas d\u00e9cid\u00e9 d\u2019un homme sachant o\u00f9 il va. Moi je n\u2019ai aucune id\u00e9e de l\u00e0 o\u00f9 tu vas, de o\u00f9 je vais avec toi. Et alors. Avance. \u00c9coute. Comment peux-tu ne pas percevoir que tu es suivi? M\u00eame arr\u00eat\u00e9 au feu rouge, bloqu\u00e9, par le trafic des v\u00e9hicules, tu n\u2019as pas rep\u00e9r\u00e9 ma silhouette toujours l\u00e0, \u00e0 quelques pas derri\u00e8re, parfois m\u00eame presque \u00e0 tes c\u00f4t\u00e9s. Mon allure singuli\u00e8re ignor\u00e9e par toit dans cette grande ville o\u00f9 on croise toutes sortes de gens debout, ou pas. Tu n\u2019as pas senti mon parfum, tu n\u2019as pas entendu mon silence. Parce que les gens parlent beaucoup dans la ville. As-tu remarqu\u00e9&nbsp;? M\u00eame les solitaires,&nbsp; un casque sur les oreilles, parlent \u00e0 leur t\u00e9l\u00e9phone. Je veux dire \u00e0 d\u2019autres personnes au t\u00e9l\u00e9phone. Il y a plein de voix dans les rues. Mais toi entends-tu les vibrations de la ville, cet ensemble de tempos sourds, lourds dont les cris des enfants auraient \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9s&nbsp;? S\u2019il te plait, distingue le son de mes pas dans les tiens. Je les ai calqu\u00e9 dans les tiens, enfin je ne marche pas dans tes traces, il ne faut pas exag\u00e9rer. Mais toi que fait-tu toi de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de l\u2019\u00e9t\u00e9 enfin arriv\u00e9. Tu n\u2019en fais rien&nbsp;de l\u2019\u00e9t\u00e9? Comment peux-tu \u00eatre aussi sourd \u00e0 ton environnement&nbsp;? Vis-tu dans un bureau \u00e0 air conditionn\u00e9 et lumi\u00e8re artificielle, pour \u00eatre aussi insensible \u00e0 ce qui se passe, enfin \u00e0 ce qui pourrait se passer. Pas encore sensible&nbsp;? Le seras-tu comme tu l\u2019as \u00e9t\u00e9 avant d\u2019\u00eatre si grand. Tu prends les rues \u00e0 angle droit, tu les prends comme on se saisit de choses importantes, quand on est important. Tu me fais penser \u00e0 un escargot. Tu marches presque vite pourtant. Sans spirale, mais tu me fais tout de m\u00eame penser \u00e0 un escargot. Maintenant tu&nbsp; acc\u00e9l\u00e8res le rythme. Arriverais-tu \u00e0 un point crucial de ton trajet&nbsp;? Non, s\u2019il te plait, ne h\u00e8le pas un taxi, ne prends pas un autobus Boulevard Saint-Germain, ne descends pas dans une bouche de m\u00e9tro. Non. Trop bruyant ce Boulevard pour s\u2019entendre. \u00c9coute s\u2019il te plait, \u00e9coute ce que je te dis. Si doucement. Maintenant tu traverses le Pont au Change, sans m\u00eame jeter un \u0153il sur la Seine. Pourtant. O\u00f9 vas-tu ainsi&nbsp;? Que fais-tu ici&nbsp;? Que fait-on l\u00e0 tous les deux, m\u00eame si tu ne me connais pas encore. J\u2019en sais plus sur toi que toi sur moi, m\u00eame si je ne vois de toi que ton dos un peu vout\u00e9. Un peu seulement, comme celui d\u2019Alberto Giacometti, sur une photo rue d\u2019Al\u00e9sia, m\u00eame si c\u2019est ta propre mani\u00e8re de marcher, d\u2019avancer, de monter une marche de trottoir. Un peu vout\u00e9. Elle est l\u00e0 ta souffrance&nbsp;? Une silhouette mince d\u00e9j\u00e0 un peu vout\u00e9e. C\u2019est peut-\u00eatre cela qui m\u2019a d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 te choisir, toi, plus qu\u2019un autre dans la ville ensoleill\u00e9e en ce jour d\u2019\u00e9t\u00e9. J\u2019attendais et tu es pass\u00e9. Je t\u2019ai suivi. Au d\u00e9but, j\u2019ai cru \u00e0 une mani\u00e8re de voir la ville avec d\u2019autres yeux, les tiens, d\u2019autres habitudes, les tiennes. D\u2019autres chemins que les miens. O\u00f9 me m\u00e8nes-tu&nbsp;? On croirait presque que toi aussi tu ne fais que marcher dans la ville, et soudain l\u2019id\u00e9e que toi aussi tu puisses suivre quelqu\u2019un dans ces rues, ces boulevards, ces quais. Qui suis-tu&nbsp;? Cela dure depuis d\u00e9j\u00e0, que toi et moi nous marchons ensemble. Sens-tu mon c\u0153ur s\u2019emballer, s\u2019essouffler comme le tien lorsque tu montes la rue de la Montagne Sainte-Genevi\u00e8ve. Tu veux m\u2019\u00e9puiser. Je vais arr\u00eater l\u00e0 tu me fatigues. Tu vas au Panth\u00e9on&nbsp;? Non, tu franchis le porche du Lyc\u00e9e Henri IV et tu me laisses l\u00e0. Tu ne t\u2019es m\u00eame pas retourn\u00e9. Je suis rest\u00e9e l\u00e0, d\u00e9\u00e7ue comme une lyc\u00e9enne tromp\u00e9e par la femme superbe de son prof adul\u00e9. Alors j\u2019ai moi aussi mis de la musique \u00e0 fond dans mes \u00e9couteurs pour sentir la vie dans mon c\u0153ur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sens la vie dans ton oreille, toi qui marches devant moi dans cette rue parisienne. Sens que tu es suivi, s\u2019il te plait. Sens les vibrations de mes pas similaires aux tiens. \u00c7a me plairait que. \u00c7a se sent en g\u00e9n\u00e9ral ce genre de choses. Je ne suis pas une professionnelle. Pas pay\u00e9e. 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