{"id":86721,"date":"2022-07-14T17:09:46","date_gmt":"2022-07-14T15:09:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=86721"},"modified":"2026-05-01T22:39:58","modified_gmt":"2026-05-01T20:39:58","slug":"40jours-30-parce-que-saoul-la-ville-se-dilue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours-30-parce-que-saoul-la-ville-se-dilue\/","title":{"rendered":"#40jours #30 | Parce que saoul la ville se dilue"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Sa robe est pourpre et sale.<\/strong> A demi-nue elle fait l&rsquo;effet d&rsquo;un personnage de bande dessin\u00e9e, Jane d\u00e9fra\u00eechie au corps tann\u00e9, l\u00e9g\u00e8rement courb\u00e9. La poitrine est creuse sous le lambeau de tissu. Elle se d\u00e9place p\u00e9niblement, mais son mouvement sugg\u00e8re la souplesse et le bond. Sous la robe sale, couvent des incoh\u00e9rences, des contradictions, des frissons de panth\u00e8re malade.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il est des entr\u00e9es comme des or\u00e9es.<\/strong> Je ne connaissais pas ce th\u00e9\u00e2tre. Une place au balcon. Je crois que j&rsquo;ai dormi. La lumi\u00e8re \u00e9tait douce et orang\u00e9e. ll parlait. Il a parl\u00e9 ainsi pendant une heure trente. Il lisait Proust. La salle tombait en poussi\u00e8re. J&rsquo;aime aller seule au th\u00e9\u00e2tre. La salle s&rsquo;agite, les lumi\u00e8res s&rsquo;\u00e9teignent. Puis les mains s&rsquo;entrechoquent. Les corps se l\u00e8vent. Les conversations reprennent. La ville est diff\u00e9rente. A croire que l&rsquo;on n&rsquo;a pas pris pour sortir le m\u00eame passage que pour entrer. Cette ville est bruissante d&rsquo;un discours qui sourdement continue de s&rsquo;\u00e9couler, travers\u00e9e de ruisseaux int\u00e9rieurs. Tout son, toute voix y prennent la qualit\u00e9 d&rsquo;un murmure.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Parce que saoul la ville se dilue<\/strong>. Tu per\u00e7ois dis, ce vertige de vitesse, une rue, deux rues, trois rues, des fa\u00e7ades, des portails, dans l&rsquo;air moite, le panneau de la rue, et puis la rue qui descend, c&rsquo;est \u00e9tonnant cette aisance du corps dans la nuit canicule, corps \u00e9voluant dans un corps, se sentir globule dans la masse palpitante du flux, sans \u00e0 coup toutefois, le pas est fluide, enlev\u00e9, l&rsquo;encha\u00eenement des r\u00e9verb\u00e8res qui se succ\u00e8dent, pas d&rsquo;effort, une lumi\u00e8re, deux lumi\u00e8res, trois lumi\u00e8res, si fluide, spontan\u00e9, en mouvement et pourtant, c&rsquo;est comme percevoir la rue depuis la vitre d&rsquo;un taxi, la c\u00f4te, toujours la c\u00f4te, \u00e7a grimpe ici, \u00e0 mesure que \u00e7a monte la lumi\u00e8re s&rsquo;\u00e9tale, de grands nuages \u00e9lectriques au-dessus de la ville, tu es au sommet, la marche est si facile, ce ne sont pas des pieds mais des roues, tu regardes la pente, et tu t&rsquo;\u00e9lances, le long de la colline, le corps rond, le corps boule d\u00e9vale et s&rsquo;enfonce dans les moiteurs sombres du centre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il est ma\u00eetre de l&rsquo;eau.<\/strong> L&rsquo;eau d\u00e9gouline en torrent dans le caniveau. M\u00e9tro Jourdain. Je remonte le cours d&rsquo;eau. Elle contourne les roues des scooters, prend de la vitesse, s&rsquo;engorge et s&rsquo;\u00e9tale \u00e0 nouveau par endroits en flaques larges et profondes, elle se fragmente en petites ondulations au passage pi\u00e9ton. Je remonte. Elle continue sa route. Devant le supermarch\u00e9, un homme remplit un seau et nettoie le trottoir. Elle d\u00e9vale encore. Elle vient de plus haut. Je mouille mes pieds par m\u00e9garde. J&rsquo;arrive \u00e0 la source. Le petit magicien fait monter l&rsquo;eau en un immense geyser. Au sommet de la colline, la ville a trouv\u00e9 son ma\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Le-magicien-de-la-place-des-fetes-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-86968\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Le-magicien-de-la-place-des-fetes-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Le-magicien-de-la-place-des-fetes-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Le-magicien-de-la-place-des-fetes.jpg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sa robe est pourpre et sale. A demi-nue elle fait l&rsquo;effet d&rsquo;un personnage de bande dessin\u00e9e, Jane d\u00e9fra\u00eechie au corps tann\u00e9, l\u00e9g\u00e8rement courb\u00e9. La poitrine est creuse sous le lambeau de tissu. Elle se d\u00e9place p\u00e9niblement, mais son mouvement sugg\u00e8re la souplesse et le bond. Sous la robe sale, couvent des incoh\u00e9rences, des contradictions, des frissons de panth\u00e8re malade. Il <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours-30-parce-que-saoul-la-ville-se-dilue\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#40jours #30 | Parce que saoul la ville se dilue<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":403,"featured_media":86968,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3251,3668],"tags":[],"class_list":["post-86721","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-40jours","category-40jours-30-eclatement"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/86721","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/403"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=86721"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/86721\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":208637,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/86721\/revisions\/208637"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/86968"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=86721"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=86721"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=86721"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}