{"id":87608,"date":"2022-07-17T01:22:21","date_gmt":"2022-07-16T23:22:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=87608"},"modified":"2022-07-20T21:24:49","modified_gmt":"2022-07-20T19:24:49","slug":"40-jours-18","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40-jours-18\/","title":{"rendered":"#40jours #18 | Le retour de l&rsquo;enfant"},"content":{"rendered":"\n<p>Dans le train qui le conduisait vers la ville o\u00f9 il \u00e9tait n\u00e9, tout \u00e9tait silencieux. Il y avait eu un incident sur la ligne, le contr\u00f4leur l\u2019avait annonc\u00e9 au micro, en plaisantant pour d\u00e9tendre son monde. On ne l\u2019avait plus entendu depuis.<\/p>\n\n\n\n<p>Jamais de m\u00e9moire il n\u2019avait fait ce voyage \u00e0 si faible allure. Des noms \u00e9trangers venaient accrocher son regard pour le divertir. Andr\u00e9sy, Chanteloup-les-Vignes, Pissefontaine et son ressac v\u00e9g\u00e9tal qu\u2019il \u00e9tait bien incapable de nommer. Il cherchait en vain le nom de cette dr\u00f4le d\u2019\u00e9glise creus\u00e9e par un tunnel sur la route de Tiel. Combien de boucles de Seine fallait-il enjamber pour atteindre Mantes-la-Jolie, apr\u00e8s tant d\u2019ann\u00e9es il n\u2019en savait rien, pas plus que ce qu\u2019on cultivait dans les champs entre Thun et Guitrancourt.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019arrogance du trajet l\u2019aga\u00e7a soudain. Il se redressa sur son si\u00e8ge et s\u2019humecta les l\u00e8vres pour se ressaisir, \u00e9vita le paysage du regard. Une pens\u00e9e d\u00e9sagr\u00e9able continuait de l\u2019envahir. Il avait fait ce voyage des dizaines de fois et jamais aucun de ces retours ne l\u2019avaient satisfait. Il y avait toujours quelque chose. Il y revenait parce qu\u2019il \u00e9tait sans logement ou sans travail. Il y revenait pour mettre les choses au clair avec une soeur ou un cousin. Il y revenait pour enterrer une amie ou pour qu&rsquo;une autre le quitte. Et quand il revenait sans raison, pour le plaisir comme le disent les douaniers d\u2019a\u00e9roport, quelque chose venait tout g\u00e2cher. Aujourd\u2019hui le paysage qu\u2019il devrait reconna\u00eetre se comporte avec lui comme un \u00e9tranger. Demain quelque chose de plus d\u00e9cevant encore.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces pens\u00e9es l\u2019insupport\u00e8rent au point qu\u2019il se leva d\u2019un bond. Il s\u2019avan\u00e7a dans l\u2019all\u00e9e et parcouru le wagon d\u00e9sert jusqu\u2019\u00e0 la plateforme. Une femme l\u2019occupait d\u00e9j\u00e0 avec sa valise. Elle avait de longs cheveux boucl\u00e9s qui retombaient en souplesse sur ses \u00e9paules et le haut de sa robe d\u2019\u00e9t\u00e9. Ses l\u00e8vres \u00e9taient fines et dessinaient sur son visage un sourire de chat. Tout chez elle \u00e9tait lumi\u00e8re. <\/p>\n\n\n\n<p>Par r\u00e9flexe, il d\u00e9cida qu\u2019il \u00e9tait venu ici pour \u00eatre seul et fit un mouvement de recul, l\u2019air \u00e0 la fois d\u00e9\u00e7u et agac\u00e9, un air qui voulait faire comprendre \u00e0 l\u2019\u00e9trang\u00e8re qu\u2019elle venait g\u00e2chait quelque chose de pr\u00e9cieux. Il jouait souvent cette partition et les gens affichaient pour la plupart le regard confus et d\u00e9sol\u00e9 qu\u2019il recherchait. La femme ne lui donna pas ce qu\u2019il attendait. Elle le regarda longuement, sans pudeur ni jugement, comme on consid\u00e8re un proche qui vient d&rsquo;entrer dans un pi\u00e8ce commune. Il essaya de varier son jeu en pr\u00e9tendant la d\u00e9ranger mais elle ne r\u00e9pondit pas \u00e0 ses excuses. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans son esprit, tout se passa tr\u00e8s vite. Il renon\u00e7a \u00e0 ses bassesses comme on s\u2019abandonne \u00e0 la mer pour se noyer. C\u2019\u00e9tait sans aucun doute la plus belle rencontre de sa vie. Le train venait de s\u2019arr\u00eater en pleine voie pour la \u00e9ni\u00e8me fois. Ils avaient une \u00e9ternit\u00e9 devant eux pour faire connaissance. Une histoire d\u2019amour ou d\u2019amiti\u00e9 pouvait na\u00eetre de cet instant disgracieux. Ils passeraient ensemble Mantes-la-Jolie et fileraient jusqu\u2019\u00e0 Rouen, traverseraient les ponts jusqu\u2019au dernier en pointant la fl\u00e8che de la cath\u00e9drale qui fendrait le ciel au loin comme elle le fait toujours, sans un regard pour la rive gauche. Peut-\u00eatre qu\u2019enfin, apr\u00e8s tant d\u2019ann\u00e9es de recherche, son retour aurait quelque chose de r\u00e9ussi. Peut-\u00eatre qu\u2019enfin il n\u2019aurait plus besoin de revenir et resterait.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans savoir pourquoi, il se rua sur la sonnette d\u2019alarme qu&rsquo;il tira, mis sa main sur la poign\u00e9e de la porte et poussa de toute ses forces pour l\u2019ouvrir. La femme derri\u00e8re lui balbutia quelque chose mais il sauta dehors sans se retourner. Le train \u00e9tait arr\u00eat\u00e9 au milieu de rien. <\/p>\n\n\n\n<p>Il prit un chemin qui regagnait la route en contrebas et sa zone commerciale qui s\u2019\u00e9tendait sur des kilom\u00e8tres, laide \u00e0 en pleurer. Sans un regard vers le train et ses passagers agglutin\u00e9s aux fen\u00eatres, il se mit \u00e0 penser \u00e0 ce qu\u2019il raconterait aux siens qui l\u2019attendent. Il arriverait en retard ou cette fois n\u2019arriverait pas du tout. Il serait oblig\u00e9 de revenir sans croire un instant \u00e0 un retour serein. <\/p>\n\n\n\n<p>Il serait oblig\u00e9 de revenir et cette seule pens\u00e9e le r\u00e9confortait.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le train qui le conduisait vers la ville o\u00f9 il \u00e9tait n\u00e9, tout \u00e9tait silencieux. Il y avait eu un incident sur la ligne, le contr\u00f4leur l\u2019avait annonc\u00e9 au micro, en plaisantant pour d\u00e9tendre son monde. On ne l\u2019avait plus entendu depuis. Jamais de m\u00e9moire il n\u2019avait fait ce voyage \u00e0 si faible allure. 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