{"id":87682,"date":"2022-07-17T11:37:32","date_gmt":"2022-07-17T09:37:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=87682"},"modified":"2023-05-23T17:37:49","modified_gmt":"2023-05-23T15:37:49","slug":"40jours-36-au-bar-des-morts","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours-36-au-bar-des-morts\/","title":{"rendered":"#40jours #36 | au bar des morts"},"content":{"rendered":"\n<p>Terrasse ombrag\u00e9e. Calme comme un lundi matin. Un peu trop calme peut-\u00eatre, difficile de se remettre dans le rythme de la semaine. Il faut dire, le dimanche a \u00e9t\u00e9 rude pour certains. Visites, confessions, les m\u00f4mes qui court dans les all\u00e9es du cimeti\u00e8re et tout le bataclan. Heureusement, quelques larmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Lucienne Pasquier (1948-2015) boit son jus en essayant de se rappeler le go\u00fbt de l\u2019orange. Elle grimace. Le plus difficile, c\u2019est le go\u00fbt du sucre. Impossible d\u2019en trouver une trace. M\u00eame si \u00e7a la d\u00e9goute, elle cherche parce qu\u2019elle sait qu\u2019elle ne sera pas tranquille tant qu\u2019elle ne l\u2019aura pas retrouv\u00e9, ce go\u00fbt du sucre. Celui de l\u2019acide, elle l\u2019a, mais pas le sucre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u00f4t\u00e9 f\u00e9mur droit, Jean-Paul Giraglia (1951-2010) regarde les volutes de vapeur s\u2019\u00e9chapper de sa tasse de caf\u00e9 pos\u00e9e devant lui. Une mauvaise habitude qu\u2019il a conserv\u00e9e. Pas de regarder sa tasse de caf\u00e9, mais d\u2019en boire. Il aime tellement sa couleur. Une habitude qui le maintenait en vie autrefois. Une habitude qui le maintient en mort aujourd\u2019hui.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Othman Talhouni (1993-2020) passe sur son v\u00e9lo comme un coup de vent. Le temps de saluer la terrasse du caf\u00e9. Quelques mains se l\u00e8vent. Le grand Othman passe le temps des autres sur son v\u00e9lo. Il passe sa mort \u00e0 essayer de finir cette \u00e9tape du Tour de France qui lui \u00e9tait promise avant de tirer tout droit dans le dernier virage de la descente du col de l\u2019\u00e9chelle. Il fait de la peine, Othman, commencer sa mort avec un tel traumatisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Le docteur Augustin Trappart (1930-1997) en a vu des traumatis\u00e9s de d\u00e9c\u00e8s. \u00c0 se demander si un jour, ils pourront mourrir tranquillement. Paisibles. Il les aide du mieux qu\u2019il peut. C\u2019est pas comme s\u2019il n\u2019avait pas le temps. La mousse du demi de bi\u00e8re blonde lui rappelle ses jeunes ann\u00e9es de tr\u00e9pass\u00e9 quand il cherchait la douloureuse douceur de la vie dans les moindres recoins de sa mort. Mais il sait aussi que dans la mort, le temps gagne toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, au comptoir, Jacqueline de Saint-Just (1955-1982) noie ses id\u00e9es color\u00e9es dans un grand verre d\u2019eau. Le dimanche a \u00e9t\u00e9 terrible. Sa fille, Aur\u00e9lia, est venue lui annoncer qu\u2019elle \u00e9tait enceinte. Sur sa tombe. Comme \u00e7a, avec un grand sourire. Les vivants devraient avoir un peu plus de respect pour les morts. Elle \u00e9tait tellement radieuse, Aur\u00e9lia. Pour s\u00fbr, elle va mettre au monde des vivants, une nouvelle pondeuse de mioches ou un bel \u00e9talon. La vie, c\u2019est comme un chewing-gum coll\u00e9 sur une semelle, on ne s\u2019en d\u00e9barrasse pas si facilement.<\/p>\n\n\n\n<p>La patron du bar, c\u2019est Lucien Van Oort (1963-2005). Sa place derri\u00e8re le comptoir, il la doit \u00e0 son amour immod\u00e9r\u00e9 pour le pastis. Un juste retour des choses pour cet exil\u00e9 batave qui n\u2019a appris que tardivement \u00e0 cultiver sa cirrhose. Il est un peu la vedette du cimeti\u00e8re. Pas aussi populaire que les suicid\u00e9s, mais quand m\u00eame. Il n\u2019aime pas voir ses amis dans cet \u00e9tat. Alors, il cherche des gestes pour r\u00e9conforter Jacqueline.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La bonne nouvelle, c\u2019est Paul Ostrowicz (1928-). Il est pass\u00e9 la veille au bras de son fils pour apporter un pot de chrysanth\u00e8mes \u00e0 son \u00e9pouse Marie-Madeleine Ostrowicz n\u00e9e Marchand (1923-2007). Il avait pas l\u2019air tr\u00e8s en forme, le vieux Paulo. Il embaumait la mort, il puait l\u2019eau de toilette. Il a promis de revenir bient\u00f4t. L\u2019arriv\u00e9e d&rsquo;une personne \u00e2g\u00e9e dans un cimeti\u00e8re est toujours une b\u00e9n\u00e9diction. Elle se f\u00eate dignement.<\/p>\n\n\n\n<p>Terrasse ombrag\u00e9e. La mort suit son cours.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:12px\">Photo de\u00a0<a href=\"https:\/\/unsplash.com\/@lisinszkyphoto?utm_source=unsplash&amp;utm_medium=referral&amp;utm_content=creditCopyText\">Attila Lisinszky<\/a>\u00a0sur\u00a0<a href=\"https:\/\/unsplash.com\/fr\/s\/photos\/CIMETI%C3%A8RE?utm_source=unsplash&amp;utm_medium=referral&amp;utm_content=creditCopyText\">Unsplash<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Terrasse ombrag\u00e9e. Calme comme un lundi matin. Un peu trop calme peut-\u00eatre, difficile de se remettre dans le rythme de la semaine. Il faut dire, le dimanche a \u00e9t\u00e9 rude pour certains. Visites, confessions, les m\u00f4mes qui court dans les all\u00e9es du cimeti\u00e8re et tout le bataclan. Heureusement, quelques larmes. 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