{"id":88308,"date":"2022-07-18T21:45:11","date_gmt":"2022-07-18T19:45:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=88308"},"modified":"2026-05-01T22:43:36","modified_gmt":"2026-05-01T20:43:36","slug":"40jours-34-sous-la-voute","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours-34-sous-la-voute\/","title":{"rendered":"#40jours #34 | Sous la vo\u00fbte"},"content":{"rendered":"\n<p>Le quartier est silencieux. Il fait nuit. La fen\u00eatre donne sur la grande fa\u00e7ade rouge. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Au matin, les passants se pressent vers la gare routi\u00e8re. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les bus se d\u00e9versent sur le boulevard. Avant le matin il y a le vrai matin, le premier matin. De la fen\u00eatre j&rsquo;entends monter le ch\u0153ur des oiseaux. Je ne les vois jamais. Je ne vois pas les arbres. Le chant surgit et se d\u00e9ploie, sous le ciel comme sous une vo\u00fbte. C&rsquo;est le matin d&rsquo;avant le matin. J&rsquo;ai la t\u00eate sur l&rsquo;oreiller. Je n&rsquo;ai pas encore de corps. Je n&rsquo;ai pas de m\u00e9moire. Le chant monte. Le son fait comme des ombres sur le plafond. Pourtant je ne vois pas les oiseaux. Sous le ciel, comme sous une vo\u00fbte. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Les passants se pressent ensuite vers la gare routi\u00e8re. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>De l\u00e0 haut \u00e7a fait comme des files de petites fourmis. C&rsquo;est un jour comme un autre, comme la veille, comme le lendemain. La nuit tombe. Il y a alors avant la nuit, la nuit d&rsquo;avant la nuit, le cr\u00e9puscule. Monte le chant du merle noir. Je ne le vois pas. Je ne le vois jamais. Je l&rsquo;\u00e9coute. Le chant m\u00e9lodieux est clair et modul\u00e9. Il est heureux le merle noir. Demain il y aura le matin, mais surtout le matin d&rsquo;avant le matin, ce temps suspendu et sans m\u00e9moire baign\u00e9 de lumi\u00e8re, le corps enfonc\u00e9 dans le matelas qui doucement se d\u00e9plie dans l&rsquo;aube sonore et dor\u00e9e.  <\/p>\n\n\n\n<p><em>Les passants se pressent vers la gare routi\u00e8re. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>De l\u00e0-haut tous semblables, les m\u00eames passants, tous les matins. Pourtant chaque soir, quand chante le merle noir, tous disparus. Chaque matin, apr\u00e8s le matin d&rsquo;avant le matin, les chants se taisent, je me l\u00e8ve, je m&rsquo;habille, je descends chercher un pain au chocolat. Il y a la boulang\u00e8re. Une autre boulang\u00e8re. Chaque matin, une autre boulang\u00e8re. Ce n&rsquo;est jamais la m\u00eame. Le chauffeur de bus a chang\u00e9. Chaque nuit, le monde se renouvelle trop vite ainsi qu&rsquo;une peau malade. Ou est-ce moi seul qui suis trop lent ? Chaque soir tous disparaissent. Lorsque le chant du merle noir s&rsquo;\u00e9teint, j&rsquo;aspire au matin sans m\u00e9moire. Ce matin, le ch\u0153ur des oiseaux est strident. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Dans la rue les passants s&#8217;empressent. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ils sont nombreux. Chaque silhouette est redoubl\u00e9e de son semblable de la veille, lui-m\u00eame redoubl\u00e9 de son semblable de la veille. Ils sont tous l\u00e0, tous revenus, une ronde de fant\u00f4mes. Moi je suis tout seul dans le rythme lent et continu de la ville, le corps redoubl\u00e9 du seul contact cotonneux de la couette. Les rues sont satur\u00e9es de silhouettes. Le ch\u0153ur des oiseaux est intense. Je ne les vois jamais. J&rsquo;\u00e9coute. Je l\u00e8ve les yeux au ciel : tout contre la vo\u00fbte, des milliers d&rsquo;oiseaux, suspendus, t\u00eate en bas, ailes repli\u00e9es, des chants d\u00e9saccord\u00e9s tels des stridulations. J&rsquo;ai la t\u00eate lourde. Je l&rsquo;enfonce dans l&rsquo;oreiller. Comme c&rsquo;est bruyant les disparus.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le quartier est silencieux. Il fait nuit. La fen\u00eatre donne sur la grande fa\u00e7ade rouge. Au matin, les passants se pressent vers la gare routi\u00e8re. Les bus se d\u00e9versent sur le boulevard. Avant le matin il y a le vrai matin, le premier matin. De la fen\u00eatre j&rsquo;entends monter le ch\u0153ur des oiseaux. Je ne les vois jamais. 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