{"id":8867,"date":"2019-08-07T00:10:15","date_gmt":"2019-08-06T22:10:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=8867"},"modified":"2023-12-30T21:58:31","modified_gmt":"2023-12-30T20:58:31","slug":"3-cinq-fois-sur-le-metier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/3-cinq-fois-sur-le-metier\/","title":{"rendered":"#3 cinq fois sur le m\u00e9tier"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/IMG_6131-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-20063\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/IMG_6131-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/IMG_6131-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/IMG_6131-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/IMG_6131-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/IMG_6131-2048x1365.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>\n1<\/p>\n\n\n\n<p>Ovale,\npresque rond, il tient parfaitement dans la main. Surface rugueuse,\ngranuleuse mais dure du granit dont il est fait. Couleur dominante\nclaire mais ponctu\u00e9e de petits grains noirs et gris qui lui donnent\nparfois en pleine lumi\u00e8re un aspect verd\u00e2tre. C\u2019est un galet.<\/p>\n\n\n\n<p>2<\/p>\n\n\n\n<p>Sur\nle rebord d\u2019une \u00e9tag\u00e8re de la biblioth\u00e8que.\nSe m\u00e9fier de\nsa chute.\nUn\ngalet,\nle mien.\nPas le galet du po\u00e8te.\nUn dur, il ne crachera\njamais le morceau, il\npeut\nsembler d\u00e9plac\u00e9, incongru, myst\u00e9rieux,\nil ne trahira pas. \u00c0\nmes souvenirs seulement\nil chuchote. Ou plut\u00f4t,\nil les rappelle, les tient vivaces. Ramass\u00e9\ndans le lit d\u2019un tout petit affluent de la Loire o\u00f9, juste avant\nl\u2019adolescence,\npendant les longs \u00e9t\u00e9s,\non essayait de p\u00eacher. Longtemps\neu cette fascination myst\u00e9rieuse pour les cailloux ronds. Le\nprendre dans la main \u00e0 quelques d\u00e9cennies de distance et c\u2019est\nencore toute la fra\u00eecheur\ndu paysage du petit\ncours d\u2019eau qu\u2019il\ncharrie ce\ngalet\nde granit. Suivent alors le\nmurmure de la\npetite retenue\nen amont, l\u2019ombre verte\ndes grands arbres, sur les\nrives\nl\u2019embrouillamini des ronciers et\ndes\nbarbel\u00e9s des jardins,\nle ronron des pompes clandestines pour l\u2019arrosage.\nEt ces truites qu\u2019on r\u00eavait de ramener \u00e0 la place d\u2019un\nde ces \u00ab&nbsp;blancs&nbsp;\u00bb\nau go\u00fbt de vase ou de ces\ntrop petits et trop\nrares goujons\npour la friture.\nCe qu\u2019on a le plus pris\n\u00e0 la rivi\u00e8re, ce sont ces\nvers\nd\u2019eau utilis\u00e9s\ncomme app\u00e2t quand les\nr\u00e9serves en lombrics \u00e9taient \u00e9puis\u00e9es. Il fallait retourner les\npierres pour d\u00e9nicher un\npetit fourreau assembl\u00e9\nde grains de sables et de brindilles puis, en extraire le vers\nsouvent tr\u00e8s charnu d\u2019un jaune presque orange pour l\u2019empaler\nensuite sur l\u2019hame\u00e7on\nN\u00b013.\nEt toujours cette peur de la vip\u00e8re embusqu\u00e9e sous la pierre. Et\ncette fois-l\u00e0, quand W. a directement ramen\u00e9 une petite truite&nbsp;!\nVite assomm\u00e9e et cach\u00e9e dans son slip parce qu\u2019elle faisait pas\nla \u201cmaille\u201d et parce qu\u2019ici, depuis loin, on se m\u00e9fie du\ngendarme. Et cette fiert\u00e9,\nle jour o\u00f9 on est venu p\u00eacher avec au bout de la ligne un rapala,\nun poisson leurre am\u00e9ricain\ntr\u00e8s r\u00e9aliste et le\nplaisir de le faire\nse dandiner dans le courant.\nPlus tard,\ndans un livre, on apprendra que pour bien p\u00eacher le goujon, il faut\ntroubler l\u2019eau autour de l\u2019app\u00e2t, on lira aussi que nos vers\nd\u2019eau s\u2019appellent des \u00ab&nbsp;portes bois&nbsp;\u00bb,\nque les truites en\nraffolent et, chez Pierre\nBergounioux,\non comprendra comme elles ont bien d\u00fb rigoler les truites.\nAujourd\u2019hui ce cours d\u2019eau on ne le p\u00eache plus,\nson \u00e9tiage toujours plus bas&nbsp;; pompages,\nengrais, pesticides, s\u00e9cheresse, urbanisation des rives sans parler\nde celui qui,\nune nuit,\nbalan\u00e7a des jerricans d\u2019eau de javel pour faire\np\u00eache miraculeuse. Il y a\npeu j\u2019ai appris le d\u00e9c\u00e8s de W.<\/p>\n\n\n\n<p>3<\/p>\n\n\n\n<p>De\nl\u2019\u00e9cran lever les yeux vers les rayonnages de la biblioth\u00e8que.\nIls sont nombreux ces brimborions que tu as promus monuments de ta\nm\u00e9moire quotidienne. Parfois, certains magazines sollicitent et\ninterrogent une personnalit\u00e9 \u00e0 propos d\u2019un de ses objets\nf\u00e9tiches. Une photo et un texte d\u2019une demie page pour expliquer.\nDans cette exposition aussi, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un \u00e9v\u00e9nement d\u2019art\ncontemporain, quand les commissaires, dans un souci d\u2019ouverture\nd\u00e9mocratique pas loin du d\u00e9magogique, demandaient aux visiteurs de\nvenir d\u00e9poser un objet important pour eux. \u00c0 chacun des autres\nvisiteurs alors d\u2019imaginer ce qui pouvait relier l\u2019objet \u00e0 son\npropri\u00e9taire. Romans. Tu aurais bien particip\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque.\nMaintenant tu choisis quoi&nbsp;? Ta premi\u00e8re tirelire, ton ours en\npeluche avachi,  ton premier jouet \u2013 un hippopotame miniature en\nplastique \u2013, une poup\u00e9e berb\u00e8re, le pose-portable en bois\nfabriqu\u00e9 pour toi par A. Et pourquoi pas lui&nbsp;? Quand m\u00eame un\npeu limite pour cette proposition d\u2019\u00e9criture. Ovale, presque rond,\nsur le rebord d\u2019une \u00e9tag\u00e8re \u00e9loign\u00e9e. Il tient parfaitement\ndans la main mais se m\u00e9fier de sa chute. Surface rugueuse,\ngranuleuse mais dure du granit dont il est fait. D\u2019apr\u00e8s\nwikip\u00e9dia, cette roche est grenue, tu le trouves juste ce mot.\nCouleur dominante claire mais de petits grains noirs et gris lui\ndonnent parfois, en pleine lumi\u00e8re, un aspect verd\u00e2tre. C\u2019est un\ngalet. Pas le galet du po\u00e8te. Un galet, le mien. Un dur mon galet,\nil ne crachera jamais le morceau, il peut sembler d\u00e9plac\u00e9, incongru\nou myst\u00e9rieux mais, il ne trahira pas. \u00c0 mes souvenirs seulement il\nchuchote. Ou plut\u00f4t, il les fait remonter, les tient vivaces sous\nforme d\u2019images fragments. Elles se rassemblent l\u00e0, \u00e0 l\u2019\u00e9criture.\nLes organiser en partant de soi presque adolescent, les pieds dans\nl\u2019eau et regarder autour. Ramass\u00e9 dans le lit d\u2019un tout petit\naffluent de la Loire o\u00f9 pendant les longs \u00e9t\u00e9s on essayait de\np\u00eacher. Longtemps eu cette fascination myst\u00e9rieuse pour les\ncailloux presque ronds polis par les eaux. Le prendre dans la main \u00e0\nquelques d\u00e9cennies de distance et c\u2019est encore toute la fra\u00eecheur\ndu paysage du petit cours d\u2019eau qu\u2019il charrie ce galet de granit.\nSuivent alors le murmure de la petite retenue en amont, l\u2019ombre\nverte des grands arbres, sur les rives l\u2019embrouillamini des\nronciers et des barbel\u00e9s des jardins, le ronron des pompes\nclandestines pour l\u2019arrosage. Et ces truites qu\u2019on r\u00eavait de\nramener \u00e0 la place d\u2019un de ces \u00ab&nbsp;blancs&nbsp;\u00bb au go\u00fbt de\nvase ou de ces trop petits et trop rares goujons pour la friture. Et\nl\u00e0, \u00e0 \u00e9crire on continue \u00e0 creuser dans la m\u00e9moire, sous le\ngalet. Ce qu\u2019on a le plus pris \u00e0 la rivi\u00e8re, ce sont ces vers\nd\u2019eau utilis\u00e9s comme app\u00e2t quand les r\u00e9serves en lombrics\n\u00e9taient \u00e9puis\u00e9es. Il fallait retourner les pierres pour d\u00e9nicher\nun petit fourreau assembl\u00e9 de grains de sable et de brindilles puis,\nen extraire le vers d\u2019un jaune charnu pour l\u2019empaler ensuite sur\nl\u2019hame\u00e7on N\u00b013. Et toujours cette peur de la vip\u00e8re embusqu\u00e9e\nsous la pierre. Et cette fois-l\u00e0, quand W. a directement ramen\u00e9 une\npetite truite&nbsp;! Vite assomm\u00e9e et cach\u00e9e dans son slip parce\nqu\u2019elle faisait pas la \u201cmaille\u201d et parce qu\u2019ici, depuis loin,\non se m\u00e9fie du gendarme. Et cette fiert\u00e9, le jour o\u00f9 on est venu\np\u00eacher avec au bout de la ligne un rapala, un poisson leurre\nam\u00e9ricain tr\u00e8s r\u00e9aliste et le plaisir de le voir se dandiner dans\nle courant. Plus tard, dans un livre, on apprendra que pour bien\np\u00eacher le goujon, il faut troubler l\u2019eau autour de l\u2019app\u00e2t, on\nlira aussi que nos vers d\u2019eau s\u2019appellent des \u00ab&nbsp;portes\nbois&nbsp;\u00bb et que les truites en raffolent et, chez Pierre\nBergounioux, on comprendra comme elles ont bien d\u00fb rigoler les\ntruites. Un peu facile mais cette impression qu\u2019on a \u00e0 l\u2019\u00e9criture\nde remonter toujours plus de souvenirs comme on trouvait ces larves\ndodues et juteuses sous des galets plus gros que celui qu\u2019on a\ngard\u00e9 d\u2019alors. Aujourd\u2019hui ce cours d\u2019eau on ne le p\u00eache\nplus, son \u00e9tiage \u2013 ce mot r\u00eache de technicien mais parce que les\nbasses eaux sont en \u00e9t\u00e9 a toujours sembl\u00e9 une belle r\u00e9ussite\nlexicale \u2013 toujours plus bas&nbsp;; pompages, engrais, pesticides,\ns\u00e9cheresse, urbanisation des rives sans parler de celui qui une nuit\nbalan\u00e7a des jerricans d\u2019eau de javel pour faire p\u00eache\nmiraculeuse. Quand l\u2019\u00e9criture rejoint la lecture et se dire que\nmon galet, il m\u2019a permis Ponge. La joie que ce fut alors lyc\u00e9en de\nse prendre ce po\u00e8me pleine face au milieu de la salle de classe\nbond\u00e9e et triste. C\u2019est mon galet que je lisais. M\u00eame intensit\u00e9\nde lecture avec la petite carafe de vairons dans la Vivonne\nproustienne, c\u2019est ma petite rivi\u00e8re de l\u2019enfance que je lisais.\nComme ils m\u2019ont parl\u00e9&nbsp;ces textes&nbsp;! Il y a peu j\u2019ai\nappris le d\u00e9c\u00e8s de W., c\u2019est peut-\u00eatre aussi inconsciemment pour\nlui ce choix. Et l\u00e0, ce frisson d\u2019effroi. \u00c9crire depuis trois\njours et se souvenir d\u2019un coup, cette nuit&nbsp;: les cendres de W\ndispers\u00e9es dans la Loire. D\u00e9pli\u00e9 par l\u2019\u00e9criture mon galet.\nPresser ce granit pour en extraire tous ces souvenirs fragments, les\nrassembler, les mettre au jour. Tout cela sinon rest\u00e9 flou en dedans\net menac\u00e9 d\u2019oubli. Dire aussi cette r\u00e9ticence \u00e0\nl\u2019autobiographique.<\/p>\n\n\n\n<p>4<\/p>\n\n\n\n<p>De\nl\u2019\u00e9cran lever les yeux vers les rayonnages de la biblioth\u00e8que.\nIls sont nombreux ces brimborions que tu as promus monuments de peu&nbsp;:\nta premi\u00e8re tirelire, ton ours en peluche avachi, ton premier jouet\n\u2013 un hippopotame miniature en plastique \u2013, une poup\u00e9e berb\u00e8re,\nle pose-portable en bois fabriqu\u00e9 pour toi par A. Et puis lui, un\npeu limite ton choix. Ovale, presque rond, il tr\u00f4ne sur le rebord\nd\u2019une \u00e9tag\u00e8re \u00e9loign\u00e9e. Il tient parfaitement dans la main mais\nse m\u00e9fier de sa chute. Frais, grenu et dur du granit dont il est\nfait. Couleur dominante claire mais de petits grains noirs et gris\nlui donnent parfois, en pleine lumi\u00e8re, des reflets verd\u00e2tres.\nC\u2019est un galet. Pas le galet du po\u00e8te. Un galet, le mien. Un dur\nmon galet, il peut sembler d\u00e9plac\u00e9, incongru ou myst\u00e9rieux mais,\nil ne dira rien. \u00c0 mes souvenirs seulement il chuchote. Ou plut\u00f4t,\nil les fait remonter, les tient vivaces sous forme d\u2019images\nfragments. Elles se rassemblent l\u00e0, \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Les organiser\nen partant de soi presque adolescent, les pieds dans l\u2019eau et\nregarder autour. Ramass\u00e9 dans le lit d\u2019un tout petit affluent de\nla Loire o\u00f9 pendant les longs \u00e9t\u00e9s on essayait de p\u00eacher.\nLongtemps eu cette fascination myst\u00e9rieuse pour ces cailloux presque\nronds polis par les eaux. Le prendre dans la main \u00e0 quelques\nd\u00e9cennies de distance et c\u2019est encore toute la fra\u00eecheur du\npaysage du petit cours d\u2019eau qu\u2019il charrie ce galet de granit.\nSuivent alors le murmure de la petite retenue en amont, l\u2019ombre\nverte des grands arbres, sur les rives l\u2019embrouillamini des\nronciers et des barbel\u00e9s des jardins, le ronron des pompes\nclandestines pour l\u2019arrosage. Et ces truites qu\u2019on r\u00eavait de\nramener \u00e0 la place d\u2019un de ces \u00ab&nbsp;blancs&nbsp;\u00bb au go\u00fbt de\nvase ou de ces trop petits et trop rares goujons pour la friture. Et\nl\u00e0, \u00e0 \u00e9crire on continue \u00e0 creuser dans la m\u00e9moire, sous le\ngalet. Ce qu\u2019on a le plus pris \u00e0 la rivi\u00e8re, ce sont ces vers\nd\u2019eau utilis\u00e9s comme app\u00e2t quand les r\u00e9serves en lombrics\n\u00e9taient \u00e9puis\u00e9es. Il fallait retourner les pierres pour d\u00e9nicher\nun petit fourreau assembl\u00e9 de grains de sable et de brindilles puis,\nen extraire le vers d\u2019un jaune charnu pour l\u2019empaler ensuite sur\nl\u2019hame\u00e7on N\u00b013. Et toujours cette peur de la vip\u00e8re embusqu\u00e9e\nsous la pierre. Et cette fois-l\u00e0, quand W. a direct ramen\u00e9 une\npetite truite&nbsp;! Vite assomm\u00e9e et cach\u00e9e dans son slip parce\nqu\u2019elle faisait pas la \u201cmaille\u201d et parce qu\u2019ici, depuis loin,\non se m\u00e9fie du gendarme. Et cette fiert\u00e9, le jour o\u00f9 on est venu\np\u00eacher avec au bout de la ligne un rapala, un poisson leurre\nam\u00e9ricain tr\u00e8s r\u00e9aliste et le plaisir de le voir se dandiner dans\nle courant. Plus tard, dans un livre, on apprendra que pour bien\np\u00eacher le goujon, il faut troubler l\u2019eau autour de l\u2019app\u00e2t, on\nlira aussi que nos vers d\u2019eau s\u2019appellent des \u00ab&nbsp;portes\nbois&nbsp;\u00bb et que les truites en raffolent et, chez Pierre\nBergounioux, on comprendra comme elles ont bien d\u00fb rigoler les\ntruites. Un peu facile mais cette impression qu\u2019on a \u00e0 l\u2019\u00e9criture\nde la petite rivi\u00e8re de remonter toujours plus de souvenirs comme on\ntrouvait ces larves dodues et juteuses sous des galets plus gros que\ncelui qu\u2019on a gard\u00e9 d\u2019alors. Aujourd\u2019hui ce cours d\u2019eau on\nne le p\u00eache plus, son \u00e9tiage \u2013 ce mot r\u00eache de technicien mais\nparce que les basses eaux sont en \u00e9t\u00e9 t\u2019a toujours sembl\u00e9 une\nbelle r\u00e9ussite lexicale \u2013 toujours plus bas&nbsp;; pompages,\nengrais, pesticides, s\u00e9cheresse, urbanisation des rives sans parler\nde celui qui une nuit balan\u00e7a des jerricans d\u2019eau de javel pour\nfaire p\u00eache miraculeuse. Quand l\u2019\u00e9criture rejoint la lecture. Et\nde se dire que mon galet, il m\u2019a permis Ponge. La joie que ce fut\nalors lyc\u00e9en de se prendre ce po\u00e8me pleine face au milieu de la\nsalle de classe bond\u00e9e et triste. C\u2019est mon galet que je lisais.\nM\u00eame \u00e9poque et m\u00eame intensit\u00e9 de lecture avec la petite carafe de\nvairons dans la Vivonne proustienne, c\u2019est ma petite rivi\u00e8re de\nl\u2019enfance que je lisais. Comme ils m\u2019ont parl\u00e9&nbsp;! Il y a peu\nj\u2019ai appris le d\u00e9c\u00e8s de W., peut-\u00eatre aussi pour lui ce choix.\n\u00c9crire depuis trois jours et se souvenir d\u2019un coup, cette nuit&nbsp;:\nles cendres de W dispers\u00e9es dans la Loire. D\u00e9pli\u00e9 par l\u2019\u00e9criture\nmon galet. Malax\u00e9, press\u00e9 pour en extraire tous ces souvenirs, les\nmettre au jour. Tout cela sinon rest\u00e9 flou en dedans et menac\u00e9\nd\u2019oubli. Dire aussi cette r\u00e9ticence \u00e0 l\u2019autobiographique.<\/p>\n\n\n\n<p>5<\/p>\n\n\n\n<p>Ovale, presque rond, sur le rebord d\u2019une \u00e9tag\u00e8re&nbsp;; frais, grenu et dur du granit dont il est fait. Des reflets verd\u00e2tres comme vase. C\u2019est un galet. Pas le galet du po\u00e8te. Un dur mon galet, il ne dira rien. Il charrie mes souvenirs fragments. Les \u00e9crire depuis soi presque adolescent, les pieds dans le lit d\u2019un tout petit affluent de la Loire lors d\u2019un de ces longs \u00e9t\u00e9s \u00e0 essayer de p\u00eacher. La fra\u00eecheur du paysage, les chuchotis de la petite retenue amont, l\u2019ombre verte des grands arbres, sur les rives l\u2019embrouillamini des ronciers avec les barbel\u00e9s des jardins, le ronron des pompes clandestines pour l\u2019arrosage. Et ces truites qu\u2019on r\u00eavait de ramener \u00e0 la place d\u2019un de ces \u00ab&nbsp;blancs&nbsp;\u00bb au go\u00fbt de vase ou de ces trop petits et trop rares goujons pour la friture. Ce qu\u2019on a le plus pris \u00e0 la rivi\u00e8re, ces vers d\u2019eau pour app\u00e2ter quand la r\u00e9serve de lombrics \u00e9puis\u00e9e. Retourner les pierres, d\u00e9nicher un petit fourreau de grains de sable et de brindilles, extraire le vers jaune charnu et l\u2019empaler sur l\u2019hame\u00e7on N\u00b013. Cette peur de la vip\u00e8re embusqu\u00e9e sous la pierre. Et cette fois-l\u00e0, quand W. a ramen\u00e9 direct une petite truite&nbsp;! Vite assomm\u00e9e et cach\u00e9e dans le slip parce qu\u2019elle faisait pas la \u201cmaille\u201d et parce qu\u2019ici, depuis loin, on se m\u00e9fie du gendarme. Cette fiert\u00e9 aussi, ce jour \u00e0 faire se dandiner dans le courant au bout de la ligne un rapala, poisson leurre am\u00e9ricain. Plus tard, les livres o\u00f9 nos vers d\u2019eau deviendront des \u00ab&nbsp;portes bois&nbsp;\u00bb et comprendre dans ceux de Bergounioux comme elles ont d\u00fb bien rigoler les truites. Cette joie aussi du lyc\u00e9en \u00e0 retrouver chez Ponge son galet et chez Proust un peu de sa petite rivi\u00e8re dans la Vivonne avec sa carafe pour pi\u00e9ger les vairons. Mon cours d\u2019eau n\u2019est plus p\u00each\u00e9&nbsp;; \u00e9tiage au plus bas, s\u00e9cheresse, pompages, engrais, pesticides, urbanisation sans parler de celui qui une nuit balan\u00e7a des jerricans d\u2019eau de javel pour faire p\u00eache miraculeuse. Apprendre il y a peu le d\u00e9c\u00e8s de W. et se souvenir au terme de l\u2019\u00e9criture de ce galet que ses cendres dispers\u00e9es dans la Loire. \u00c9tiage au plus bas.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped aligncenter wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"787\" data-id=\"11831\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/F09_S_HERO-1024x787.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11831\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/F09_S_HERO-1024x787.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/F09_S_HERO-420x323.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/F09_S_HERO-768x590.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/F09_S_HERO.jpg 1080w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 Ovale, presque rond, il tient parfaitement dans la main. Surface rugueuse, granuleuse mais dure du granit dont il est fait. Couleur dominante claire mais ponctu\u00e9e de petits grains noirs et gris qui lui donnent parfois en pleine lumi\u00e8re un aspect verd\u00e2tre. C\u2019est un galet. 2 Sur le rebord d\u2019une \u00e9tag\u00e8re de la biblioth\u00e8que. Se m\u00e9fier de sa chute. 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