{"id":89367,"date":"2022-07-21T23:07:54","date_gmt":"2022-07-21T21:07:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=89367"},"modified":"2022-07-21T23:08:49","modified_gmt":"2022-07-21T21:08:49","slug":"40-jours-39","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40-jours-39\/","title":{"rendered":"#40 jours #39 | d\u00e9part"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>La train\u00e9e de lumi\u00e8re sous la porte de la chambre, la veille au soir, lorsque les autres \u00e9taient encore debout<\/em>.   <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Walter Benjamin<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Cette image simple est une ligne lumineuse vers l\u2019enfance, la veille des d\u00e9parts en vacances lors des derniers pr\u00e9paratifs. Nous devions aller au lit de bonne heure, nous partirions tr\u00e8s t\u00f4t, \u00e0 trois heures du matin. Dans le lit ne pouvant dormir, plong\u00e9 dans le noir de la chambre, il y avait cette trace sous la porte qui s\u2019\u00e9talait un peu dans la pi\u00e8ce et \u00e9clairait doucement l\u2019int\u00e9rieur comme s\u2019il e\u00fbt encore fait jour de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Les valises, sacs, glaci\u00e8res, la malle en m\u00e9tal verte, s\u2019entassaient dans le couloir proche de la sortie de l\u2019appartement. Tout se pr\u00e9parait lentement m\u00e9thodiquement. Nos habits pour le voyage \u00e9taient \u00e9tal\u00e9s sur la planche \u00e0 repasser qui serait pli\u00e9e en dernier, comme le frigidaire serait d\u00e9branch\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s au m\u00eame moment. Le frigidaire \u00e9tait l\u2019op\u00e9ration la plus d\u00e9licate, il devait \u00eatre d\u00e9givr\u00e9. \u00c0 la fin du processus, le bac \u00e9tait rempli d\u2019eau, il fallait le verser dans l\u2019\u00e9vier en prenant garde de ne pas le renverser. Les pr\u00e9paratifs passaient au travers de la porte, s\u2019y m\u00ealaient des conversations \u00e0 voix basse. L\u2019atmosph\u00e8re de cette veille de d\u00e9part \u00e9tait bizarre. C\u2019\u00e9tait la nuit et en m\u00eame temps le jour. C\u2019\u00e9tait \u00eatre couch\u00e9 pour se relever bient\u00f4t. Une impression de nuit blanche dans le fond des yeux, la t\u00eate s\u2019alourdissait plus que d\u2019habitude puis le sommeil venait. Les pens\u00e9es, les mots, \u00e9taient d\u00e9tourn\u00e9s au fur et \u00e0 mesure que la t\u00eate s\u2019enfon\u00e7ait dans l\u2019oreiller. Toute tentative de dire quelque chose int\u00e9rieurement se transformait en autre chose. Il fallait s\u2019y reprendre \u00e0 plusieurs fois pour terminer sa phrase. Un autre mot se glissait dans les pens\u00e9es donnant l\u2019impression d\u2019avoir perdu le fil. Les l\u00e8vres se rel\u00e2chaient et un filet de bave coulait. Une lutte avec le sommeil donnait l\u2019impression de tomber dans un trou ou de s\u2019y enfoncer lentement comme si le lit \u00e9tait mou, seconde apr\u00e8s seconde. Il fallait se raccrocher \u00e0 la train\u00e9e de lumi\u00e8re sous la porte, se suspendre aux voix, des ombres glissaient sous la porte, mais le sommeil l&#8217;emportait. Quelques minutes plus tard, il fallait se r\u00e9veiller.<em> Les enfants c\u2019est l\u2019heure o\u00f9 nous allons partir.<\/em> Le r\u00e9veil \u00e9tait dur, impossible. Nous dormions debout, nous mangions et nous nous habillions, les trois heures du matin approchaient. Les valises descendues dans la voiture, nous les rejoignions et c\u2019\u00e9tait le d\u00e9part. Les train\u00e9es de lumi\u00e8re maintenant glissaient sur les vitres de la voiture tandis que nous traversions Paris pour rejoindre la route vers le sud \u00e0 des heures d\u2019ici. Allong\u00e9s sur la banquette arri\u00e8re, nous nous rendormions. La sensation n\u2019\u00e9tait pas la m\u00eame que dans le lit. Le sommeil venait soudainement sans pr\u00e9venir. R\u00e9veill\u00e9 des kilom\u00e8tres plus loin, venait la question de savoir si nous \u00e9tions encore loin. Oui, nous venions de partir.  Les lumi\u00e8res passaient sur le plafond de la voiture, rampaient sur les si\u00e8ges, sur la couverture, sur les cheveux de ma m\u00e8re et ceux de mon p\u00e8re, son regard \u00e9clair\u00e9 dans le r\u00e9troviseur. Nous \u00e9tions encore loin. Combien de temps&nbsp;? Je ne sais plus si la r\u00e9ponse \u00e9tait en heures ou en kilom\u00e8tres. Peut-\u00eatre en valeurs compar\u00e9es comme dix fois ce que l\u2019on vient de faire ou quatre fois pareilles que depuis que nous avons d\u00e9marr\u00e9. C\u2019est \u00e0 dire, tu vois depuis qu\u2019on est parti de la maison et bien il reste encore cinq pareils. Comme de la maison \u00e0 ici, on le fait encore cinq fois et on est arriv\u00e9. Il fera jour. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas dit comme \u00e7a, j&rsquo;en suis certain. Nous arrivions \u00e0 destination, il faisait jour depuis longtemps. Pour le retour, c\u2019\u00e9tait la m\u00eame chose, mais en sens inverse. La diff\u00e9rence \u00e9tait que nous partions pendant qu\u2019il faisait encore un peu jour, pas longtemps, et nous arrivions \u00e0 Paris tr\u00e8s tard dans la nuit. Environ \u00e0 la m\u00eame heure que nous l\u2019avions quitt\u00e9 lors du d\u00e9part, trois semaines plus t\u00f4t. La porti\u00e8re s\u2019ouvrait, on me secouait doucement en m\u2019annon\u00e7ant que nous \u00e9tions arriv\u00e9s. Quel arrachement au sommeil&nbsp;! Il fallait se lever, sortir de la voiture, encore endormi. Le corps \u00e9tait lourd, la forme de la banquette arri\u00e8re de la voiture ne semblait pas quitter le corps, la temp\u00e9rature changeait. C\u2019\u00e9tait comme une sortie dans l\u2019espace.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La train\u00e9e de lumi\u00e8re sous la porte de la chambre, la veille au soir, lorsque les autres \u00e9taient encore debout. Walter Benjamin Cette image simple est une ligne lumineuse vers l\u2019enfance, la veille des d\u00e9parts en vacances lors des derniers pr\u00e9paratifs. Nous devions aller au lit de bonne heure, nous partirions tr\u00e8s t\u00f4t, \u00e0 trois heures du matin. Dans le <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40-jours-39\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#40 jours #39 | d\u00e9part<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":326,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3251,3759],"tags":[],"class_list":["post-89367","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-40jours","category-40jours-39-retour-enfance"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/89367","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/326"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=89367"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/89367\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=89367"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=89367"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=89367"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}