{"id":89816,"date":"2022-07-23T23:29:30","date_gmt":"2022-07-23T21:29:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=89816"},"modified":"2022-07-25T12:53:20","modified_gmt":"2022-07-25T10:53:20","slug":"40-jours-36-lacropole-de-jinghui-meng","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40-jours-36-lacropole-de-jinghui-meng\/","title":{"rendered":"#40jours #36 | l\u2019acropole de Jinghui Meng"},"content":{"rendered":"\n<p>Pina Bausch \u2013 les lieux sont choisis avec soin pour le bal, il faut faire jaillir le noctambal avec des habits flamboyants, longues robes o\u00f9 le son de la bure parcourt les \u00e9paules, le torse, les anses de la jarre, les chaussures plates enveloppent le pied comme une tige \u00e0 lacets, et les yeux, les yeux, les yeux laissent couler de longues tresses douces, couvrent ton beau visage, pour affleurer le long des trottoirs les bras repli\u00e9s le long du corps, les bras tomb\u00e9s oubli\u00e9s, tandis que les jambes \u00e9voluent sur la place, les immeubles et les monuments ont une sueur de pierre contre ton dos, ton ventre, le dos qui se repose, presse la chair des pierres, le long des colonnes, glisse et forme les jambes, o\u00f9 le sol accueille ta vigueur comme un sang, et je bois \u00e0 ta coupe, Pina Bausch, je bois \u00e0 ta musique, au socle de ton corps, au suaire, au charme des cheveux. Front contre front, vous vous regardez, vous vous soulevez ensemble, l\u2019Isadora et toi, l\u2019orbe de vos bras signe un air torride de favelas, et le jour est si plein de nos mis\u00e8res qu\u2019il faut tendre l\u2019oreille, \u00e9couter les bras entendre \u00e0 pas feutr\u00e9s, l\u2019ordre de vos pas, seigle et poussi\u00e8res am\u00e8res, bistre amer, ciel acide quand le sol se fissure et vous embrasse \u00e0 jamais, avec sa ti\u00e9deur de sol encore gorg\u00e9 de soleil \u2013 vos cheveux \u00e9vanouis sur les \u00e9paules.<\/p>\n\n\n\n<p>Maria Casar\u00e8s&nbsp;\u2013 ne regarde pas celui qui te salue de pr\u00e8s, ne retourne pas au brasier, hante et fuis, ardent masque de Sophocle, palme ardente des ab\u00eemes parle aux hommes, et cours, roule vers la mer, sur les cailloux d\u2019Egypte, la mar\u00e9e haute des sandales quand elle court et claque dans les herbes de Tipasa, rejoins l\u2019amant, rejoins la force des Atrides, n\u2019apaise pas la joie d\u2019esp\u00e9rer toujours, regarde-nous droit dans le corps, par-del\u00e0 la folie le beau travail des herbes, ta voix cavaleuse saura germer dans les broussailles et les \u00e9pines fleuries de Tipasa, l\u00e0 tu pourras crier, \u00e9lever la pri\u00e8re des sourds, le ventre muet d\u2019incertitude, le ventre, le refus d\u2019inaboutir, ta voix comme un feu rempli de fum\u00e9es, tu seras la falaise quand tu te jetteras dans l\u2019ombre des entrailles, rejoins la route et cours, rejoins la route et cours, cours vers l\u2019amant de Tipasa, la mar\u00e9e haute des broussailles arrachera ta peau, tu ne seras plus qu\u2019un angle, une pointe, une ivre, tes cheveux collant \u00e0 ton cr\u00e2ne comme une peau de serpent, tu perdras tout jusqu\u2019aux derniers doigts jusqu\u2019aux sourcils, ne conservant que le regard, son cirque noir enfl\u00e9 de mer \u2013 le tourbillon des eaux heureuses. &nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Angela Davis&nbsp;\u2013 la parole aux assoiff\u00e9s de jais, de joutes, de noces, ta peau tourne comme un vent de gloire, je te vois Brooklyn, je te vois partout, l\u2019errance d\u2019une trompette, aficionados sur les rangs du monde, le vent sa parole douleur, avec cette soif nous ne cessons d\u2019entendre, \u00e0 reprendre en bouche, \u00e0 boire \u00e0 chaque instant, la nuit \u00e0 boire sans cran de s\u00fbret\u00e9 pour tomber \u00e0 coups s\u00fbrs sur toi, reine \u00e0 dire, \u00e0 manger chaud, \u00e0 prendre \u00e0 deux bras pleine gorge, parole et chant, pressure \u00e0 vivre, bataille \u00e0 battre-le-timbre-de-la-voix, celle qui ne dort pas tant qu\u2019il fait encore nuit dans les coeurs, celle qui regain, celle qui porte, celle qui d\u00e9mure et d\u00e9sencastre, par-del\u00e0 fourches et remparts le vent cabole et se r\u00e9pand, il ne s\u2019agit de laisser le tigre se dissoudre dans l\u2019air, toutes dents sorties pour mordre le mensonge, ta col\u00e8re est sortie par les grandes portes, ouverte au nord, gagnant la c\u00f4te \u00e0 coups de sinistres, il faut creuser, abattre la rampe, ta col\u00e8re socle de la ville, soulev\u00e9e obole de verdure, lev\u00e9e dans l\u2019air l\u2019arbre jailli de la pl\u00e8vre \u2013 ton clair sourire lib\u00e9rateur. &nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lee Miller&nbsp;\u2013 correspondante de guerre, tu fus l\u2019\u0153il qui savait, tu seras l\u2019\u0153il qu\u2019on regarde, la d\u00e9fricheuse des corps et la torture<\/p>\n\n\n\n<p>Chantal Akerman&nbsp;\u2013 je tourne avec toi, et tu nous filmes toujours ton \u0153il press\u00e9 sur la d\u00e9tente suivi de loin par les paupi\u00e8res, \u00e0 nous suivre de rue en rue, \u00e0 nous suivre en lilas, eau douce, le gel sur le rebord des rives, chemin de hallage \u00e0 nous suivre, comme une aube au frein l\u00e9ger, ambre baiss\u00e9 si clair de cet \u0153il-l\u00e0 \u2013 le choix qu\u2019on agite sangl\u00e9 aux hanches, tourne en dedans la hanche, son air saxophonique, toute la forme du coude sous la fen\u00eatre, \u00e0 marcher cela d\u2019ombre en nacelles, l\u2019ample tournure du destin comme on ne court pas quand on marche au bord, un pied devant l\u2019autre \u00e0 calmer les palpitations du triomphe, pour baisser les paupi\u00e8res et attendre, attendre en ombre, d\u00e9prise et souple un d\u00e9sir d\u2019\u00eatre l\u00e0, promesse attendue, mais \u2013 seule joie, te suivre, ce charme de la citadelle qui penche de tout le poids de son ombre, sans ciller jamais s\u2019approcher, dans le contour des zones sombres du dedans, comme un pendule accro\u00eet sa fi\u00e8re obscurit\u00e9. &nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pina Bausch \u2013 les lieux sont choisis avec soin pour le bal, il faut faire jaillir le noctambal avec des habits flamboyants, longues robes o\u00f9 le son de la bure parcourt les \u00e9paules, le torse, les anses de la jarre, les chaussures plates enveloppent le pied comme une tige \u00e0 lacets, et les yeux, les yeux, les yeux laissent couler <a class=\"more-link\" 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