{"id":89818,"date":"2022-07-23T23:42:07","date_gmt":"2022-07-23T21:42:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=89818"},"modified":"2022-07-25T12:53:08","modified_gmt":"2022-07-25T10:53:08","slug":"40-jours-37-pelerinage-en-gare-de-morlaix","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40-jours-37-pelerinage-en-gare-de-morlaix\/","title":{"rendered":"#40jours #37 | P\u00e8lerinage en gare de Morlaix"},"content":{"rendered":"\n<p>On n\u2019imagine pas cette noirceur de pierre, peut-\u00eatre ai-je oubli\u00e9 jusqu\u2019au moindre r\u00e9veil des couleurs, mais l\u00e0 je n\u2019ai plus souvenir que de ces nuits d\u2019arriv\u00e9e, peut-\u00eatre vingt-trois heures, \u00e0 attendre sous la pluie la petite 4L qui doit nous rechercher au bord, un bord de trottoir juste devant la gare, simple et droite comme une gare peut l\u2019\u00eatre de sa simplicit\u00e9 grave et droite, cette pluie d\u00e9gouline du granit noir et la nuit fond dans la ville, un sucre noir on n\u2019y pas refuge, c\u2019est comme un hors-centre, tourbillon qui fait qu\u2019on reste au bord, elle gagne la m\u00e9moire par ses odeurs de pluie m\u00eal\u00e9es au granit, un peu comme une sph\u00e8re o\u00f9 gicle le charbon, j\u2019y plonge les mains, mon visage trell\u00e9 de boue, la malice de ce d\u00e9sordre coule par la bouche, et je sens confus\u00e9ment que je dois tout \u00e0 cette gare, le regard qu\u2019elle fait, mon \u00e9motion \u00e0 revoir ma m\u00e8re, et puis ma s\u0153ur qui m\u2019attend dans la voiture \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, cach\u00e9e derri\u00e8re de grandes toiles, parce qu\u2019elle allait \u00e0 Morlaix pour acheter des toiles tendues comme des catamarans, et puis on ne repartait pas, on parlait on parlait, on vidait nos sacs, on se rencontrait enfin.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, descendre \u00e0 Morlaix devient acouph\u00e8ne de lumi\u00e8re, je recule un peu, j\u2019observe la ville blonde et bond\u00e9e en cette rentr\u00e9e d\u2019avril, majestueuse dame de cidre, elle pr\u00e9sente ses flancs qui tombent sur les cuisses, descend jusqu\u2019au bras de mer, la gicl\u00e9e de lumi\u00e8re si fra\u00eeche et d\u00e9lav\u00e9e a tamis\u00e9 la pierre, je n\u2019y revois plus l\u2019ombre de l\u2019enfance et son soleil m\u2019assomme, tout le monde y mange, des cr\u00eapes et des clairi\u00e8res, des crevasses de longs bignous, je ne vois plus la pluie, peut-\u00eatre une simple pellicule acide et gaie, un trait au couteau sur l\u2019angle d\u2019un immeuble, juste un trait qui simule la luisance, \u00ab&nbsp;un jour de pluie et de brouillard\u2026 je tra\u00eene un peu, mais trop tard\u2026&nbsp;\u00bb cette envie de chanter, de bo\u00eeter par les ruelles, pav\u00e9s tachet\u00e9s de lierre et de lichen sec, \u00e7a craque l\u00e9g\u00e8rement sous les chaussures, peut-\u00eatre les pierres ont-elles soif\u2026 j\u2019aimerais les humidifier l\u00e9g\u00e8rement comme on assouplit un palimpseste qui s\u2019est cass\u00e9\u2026 comme \u00e0 Roscoff, avec la mer par-dessus bord. O\u00f9 les trains font terminus.<\/p>\n\n\n\n<p>Demain je le ressens, la trajectoire des souffles, son granit d\u00e9compens\u00e9, un vieux r\u00e9veil de la nature demain je le ressens, l\u2019ardoise nette est de travers, j\u2019h\u00e9site, je me dilue, je sais qu\u2019ici vivra encore un saxophoniste am\u00e9ricain, parce qu\u2019il n\u2019en pouvait plus de Paris, parce que c\u2019\u00e9tait infernal Paris, alors qu\u2019ici cette odeur de terre, on peut s\u2019isoler pour fr\u00e9mir, \u00e9couter les bruy\u00e8res, les chats modernes, les plis les presbyt\u00e8res, les herbes grasses sous les nuages, denses, denses. Demain, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 les \u00e9toffes color\u00e9es d\u2019un festival&nbsp;: gloire aux lisi\u00e8res, les geais volants, ton air ton air, oh que c\u2019est beau tous ces tableaux, et le tempo fi\u00e8vre \u00e0 ton passage regarde, tous ces colliers les jupes, les seventies aux yeux d\u00e9faits, bracelets comme des secrets qui penchent dirling dirling, \u00f4 ta pri\u00e8re ta douce cacophonie, les po\u00e8tes sont pass\u00e9s, gloire \u00e0 Tristan Corbi\u00e8re&nbsp;! tu sais si bien le lire dans tout ce que tu vois, gloire \u00e0 Tristan, dessine-moi deux oiseaux rouges, les gestes tanguent les heures d\u00e9boires, c\u2019est une danse en air de fl\u00fbte, fais les bras sud les bras serpents, la pierre d\u00e9j\u00e0 s\u2019est totalement \u00e9vapor\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On n\u2019imagine pas cette noirceur de pierre, peut-\u00eatre ai-je oubli\u00e9 jusqu\u2019au moindre r\u00e9veil des couleurs, mais l\u00e0 je n\u2019ai plus souvenir que de ces nuits d\u2019arriv\u00e9e, peut-\u00eatre vingt-trois heures, \u00e0 attendre sous la pluie la petite 4L qui doit nous rechercher au bord, un bord de trottoir juste devant la gare, simple et droite comme une gare peut l\u2019\u00eatre de <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40-jours-37-pelerinage-en-gare-de-morlaix\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#40jours #37 | P\u00e8lerinage en gare de Morlaix<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":330,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3251,3718],"tags":[],"class_list":["post-89818","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-40jours","category-40jours-37-pelerinages"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/89818","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/330"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=89818"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/89818\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=89818"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=89818"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=89818"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}