{"id":90229,"date":"2022-07-25T21:20:07","date_gmt":"2022-07-25T19:20:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=90229"},"modified":"2022-07-27T09:50:19","modified_gmt":"2022-07-27T07:50:19","slug":"40-jours-38-frontiere-arlesienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40-jours-38-frontiere-arlesienne\/","title":{"rendered":"#40jours #38 | fronti\u00e8re arl\u00e9sienne"},"content":{"rendered":"\n<p>La vieille ville antique, qui voudrait y vivre, la ville antique a du sable jusqu\u2019aux chevilles, ses pierres blanches r\u00e9nov\u00e9es, chaleureuses, aujourd\u2019hui bat son plein, le march\u00e9 de bysance, le lent frott\u00e9 des couleurs soyeuses, bleu de chypre et jaune safran, l\u2019orang\u00e9 des cils et des pantalons, du vert pomme partout jusqu\u2019aux p\u00e2tisseries qui rayonnent aux vitrines, o\u00f9 toutes les bouches s\u2019agglutinent et collent l\u00e0-dessus, les salives se m\u00e9langent aux chants du soleil, la fontaine sur les fronts, tous sont b\u00e9nis et marchent comme reines, le poil soyeux des renardi\u00e8res, des cheveux coulent des fen\u00eatres, le teint frisson et l\u2019ample d\u00e9collet\u00e9 des reins, un beau coulis de myrtille descend le long des jambes, tout est long, frais, altier dans cette chaleur \u00e0 morsures. Les expositions forment un festival, festin d\u2019\u00e9t\u00e9 au doux poitrail, les doigts gant\u00e9s de bagues en am\u00e9thystes, l\u2019\u00e2me menue sous la ficelle, petits pas d\u2019insectes qui cherchent o\u00f9 sustenter, les assiettes immenses forment des ch\u00e2teaux, un beau chapeau rempli de menthe o\u00f9 pose en illusoire madame sa majest\u00e9. On se glisse l\u00e0 en non converti, c\u2019est pourtant l\u00e0 qu\u2019il faut fl\u00e2ner, passer, s\u2019endimancher jusqu\u2019\u00e0 l\u2019esprit qui go\u00fbte aux heures d\u00e9fendues, le nez dans un verre de gin, l\u2019\u00e9l\u00e9gance au bateau, les longues files d\u2019aluminium qui cernent chacun des mots inscrits aux frontispice, ci-s\u2019\u00e9l\u00e8ve un grand, ci-repose la grande, ci-monte un cieux sur son tapis vermeil, on ne lit plus, on magasine, on traverse avec l\u2019ambiance, on entend le rire \u00e9ternu\u00e9 d\u2019enfants parmi les rivi\u00e8res de pierres o\u00f9 les clo\u00eetres accouchent en extase de petits jardins fleuris.<\/p>\n\n\n\n<p>La travers\u00e9e du fleuve est vaste et collineuse, on se croise en fermant le visage, un vent s\u2019\u00e9chappe du courant, fort et sirupeux comme un vin aigre. Les jambes tirent le corps qui peine \u00e0 avancer, se pi\u00e8gent elles-m\u00eames comme enfreintes par une masse d\u2019ombre.<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du fleuve, on ne voit plus la f\u00eate, les immeubles ont ferm\u00e9 les volets, se frottent en petits tas beiges, comme des bo\u00eetes d\u2019allumettes, \u00e0 leurs pieds tombent des animaux errants, chats maigres comme au bled, pouilleux, m\u00e9fiants contournent des voitures stationn\u00e9es depuis si longtemps que des herbes r\u00eaches poussent autour des pneus d\u00e9gonfl\u00e9s, le long des routes des gens boivent des bi\u00e8res cach\u00e9s sous le pont, leur peau est tann\u00e9e comme du cuir, il fait chaud dans leurs yeux, l\u2019alcool les a ent\u00e9n\u00e9br\u00e9s, \u00e0 la tomb\u00e9e du soir ils vont pieds nus, prennent le frais sur le trottoir, pourtant la chaleur poursuit sa route, toujours pesante et folle. Des hommes surtout, pas une femme en vue, except\u00e9 cette petite dame qui tire en riant son chariot de marchandises, on pourrait \u00e9couter mais rien ne vient, ni cris ni t\u00e9l\u00e9viseurs, ni musiques, peut-\u00eatre une discussion entre jeunes au premier \u00e9tage. L\u2019accent ne r\u00eave pas ici, pas de parole, ni grillades sur un balcon qui parfumeraient la ville, le linge ne s\u2019\u00e9tend pas aux fen\u00eatres, ni plantes au joyeux d\u00e9sordre de verdure. Install\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, dans une cour d\u2019h\u00f4tel b\u00e9tonn\u00e9e et bon march\u00e9, on entend soudain, les pleurs d\u2019une marmaille, d\u2019abord cousue d\u2019enfance, presque sereine et famili\u00e8re. Mais vers dix heures du matin, l\u2019\u00e2pre voix de t\u00e9nor, d\u00e9braill\u00e9e, inaudible \u00ab&nbsp;tais-toi&nbsp;! t\u2019en veux une&nbsp;?&nbsp;\u00bb Une course d\u2019enfant, l\u2019homme vocif\u00e8re, une voix rebelle de m\u00e8re intervient, suraigu\u00eb, m\u00e9contente, veut dormir, c\u2019est que l\u2019enfant court dans la pi\u00e8ce, sans doute petite au rez-de-chauss\u00e9e, l\u2019\u00e9nervement glacial, le petit matin dans les cris virulents, l\u2019\u00e9nervement grossit, une gifle, le silence, les pleurs, l\u2019aboiement d\u00e9raille, frappe encore. Et derri\u00e8re s\u2019\u00e9l\u00e8vent si haut de vastes cypr\u00e8s, qui masquent toute la sc\u00e8ne et tous les cris de leurs palmes qui tanguent doucement dans l\u2019espace. Juste derri\u00e8re, des hommes plongent en riant dans une piscine d\u2019eau translucide.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La vieille ville antique, qui voudrait y vivre, la ville antique a du sable jusqu\u2019aux chevilles, ses pierres blanches r\u00e9nov\u00e9es, chaleureuses, aujourd\u2019hui bat son plein, le march\u00e9 de bysance, le lent frott\u00e9 des couleurs soyeuses, bleu de chypre et jaune safran, l\u2019orang\u00e9 des cils et des pantalons, du vert pomme partout jusqu\u2019aux p\u00e2tisseries qui rayonnent aux vitrines, o\u00f9 toutes les <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40-jours-38-frontiere-arlesienne\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#40jours #38 | fronti\u00e8re arl\u00e9sienne<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":330,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3251,3738],"tags":[],"class_list":["post-90229","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-40jours","category-40jours-38-frontieres"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90229","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/330"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=90229"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90229\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=90229"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=90229"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=90229"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}