{"id":90835,"date":"2022-08-02T09:42:06","date_gmt":"2022-08-02T07:42:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=90835"},"modified":"2022-08-02T10:41:41","modified_gmt":"2022-08-02T08:41:41","slug":"40jours-39-boulogne-et-billancourt","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours-39-boulogne-et-billancourt\/","title":{"rendered":"#40jours #39 | Boulogne et Billancourt"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Pouillon<\/strong>. Ils avaient habit\u00e9 la r\u00e9sidence Point-du-Jour construite par Ferdinand Pouillon. Quand Alice \u00e9tait enfant, le nom \u00ab Pouillon \u00bb lui semblait indigne d\u2019un grand architecte et ses go\u00fbts esth\u00e9tiques la portaient \u00e0 v\u00e9n\u00e9rer les maisons bulles des Barbapapa plus que la composition cubique de cet ensemble moderniste. Ce n\u2019est que bien plus tard, en d\u00e9couvrant que Pouillon avait \u00e9crit un livre (Les Pierres Sauvages) sur l\u2019abbaye du Thoronet (o\u00f9 elle avait \u00e9t\u00e9 litt\u00e9ralement saisie par l\u2019enveloppement doux des pierres) qu&rsquo;elle changea d&rsquo;avis. <\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>Heinrich<\/strong>. Le coll\u00e8ge que les enfants fr\u00e9quentaient, \u00e0 Boulogne Billancourt a chang\u00e9 trois fois de noms (j\u2019ai v\u00e9rifi\u00e9). Il s\u2019est appel\u00e9 d\u2019abord le coll\u00e8ge Heinrich, comme la rue \u00e9ponyme. Un Heinrich un peu cel\u00e8bre est Heinrich Himmler, l\u2019un des plus hauts dignitaires du Troisi\u00e8me Reich, n\u00e9 le 7 octobre 1900 \u00e0 Munich et mort par suicide le 23 mai 1945 \u00e0 Lunebourg. Mais ce n\u2019est pas lui \u00e9videmment ! (Himmler n\u2019a pas de rue, jamais, nulle part, sauf peut-\u00eatre dans une ancienne colonie aryenne d\u2019Argentine). Non, M. Henrich \u00e9tait le principal acqu\u00e9reur du sol de la rue nous apprend le rapport de l\u2019architecte-voyer dat\u00e9 du 23 d\u00e9cembre 1892. Un propri\u00e9taire, donc. Rien de bien passionnant. Puis le coll\u00e8ge s\u2019est appel\u00e9 Jean Rostand, \u00e9crivain, moraliste, biologiste, historien des sciences et acad\u00e9micien fran\u00e7ais. C\u2019est bien le fils d\u2019Edmond (oui, le c\u00e9l\u00e8bre p\u00e8re de Cyrano). Un homme tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9 par les grenouilles et f\u00e9ministe avant l\u2019heure (aucun rapport entre les grenouilles et les f\u00e9ministes). Enfin, le coll\u00e8ge a \u00e9t\u00e9 rebaptis\u00e9 Jean Renoir. Deuxi\u00e8me fils d\u2019Auguste, Jean est un r\u00e9alisateur et sc\u00e9nariste fran\u00e7ais dont les films ont profond\u00e9ment le cin\u00e9ma fran\u00e7ais entre 1930 et 1950 (Ah! la Grande Illusion).<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>Belles Feuilles<\/strong>. Alice prenait le bus 23 pour suivre un cours de danse rue des Belles Feuilles. Le studio \u00e9tait au sixi\u00e8me \u00e9tage dans les combles du TBB (Th\u00e9\u00e2tre de Boulogne Billancourt). Pour y acc\u00e9der, on pouvait gravir un escalier de service m\u00e9tallique aux marches grillag\u00e9es ou prendre un minuscule ascenseur (qui \u00e9tait interdit au moins de six ans). L\u2019escalier tr\u00e8s raide et \u00e9troit longeait des murs peints en noir mat, couleur habituel des arri\u00e8re-salles de spectacles. On y respirait une odeur sp\u00e9ciale de d\u00e9grippant et de sueur, un parfum d\u2019alc\u00f4ve fait de trac, d\u2019huile et de poussi\u00e8re, qu&rsquo;elle avait respir\u00e9 \u00e0 nouveau, tr\u00e8s fort, dans le roman de Zola  Nana. Le studio \u00e9tait bas de plafond et \u00e9touffant. Une accompagnatrice accompagnait tous les cours au piano, y compris celui de gymnastique rythmique, sur un baltringue d\u00e9saccord\u00e9. Cette femme, d\u2019\u00e2ge mur, portait de larges chemises hawa\u00efennes et des pantalons noirs. Elle avait les cheveux tr\u00e8s fris\u00e9s, d\u2019un texture \u00e9trange, brillante et mouill\u00e9e avec des reflets roux (c\u2019\u00e9tait probablement une perruque). Son visage \u00e9tait brun et mat parsem\u00e9e de gros grains de beaut\u00e9, de grandes dents blanches qu\u2019elle d\u00e9couvrait en riant (ce qu\u2019elle faisait souvent m\u00eame si son hilarit\u00e9 \u00e9tait vraisemblablement couverte par la musique) et d\u2019\u00e9troites lunettes papillon de plastique blanc. Elle ressemblait \u00e0 Henri Salvador et Ella Fitzgerald. Si bien qu&rsquo;Alice crut longtemps que cette allure color\u00e9e, asexu\u00e9e, un peu d\u00e9glingu\u00e9e et fantaisiste \u00e9tait la marque des musiciens de jazz.<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>Seine<\/strong>. Rosalie (la jeune fille au pair vietnamienne) emmenait les enfants d\u00e9jeuner \u00e0 midi sur les bords de la Seine ; elle venait les chercher \u00e0 l\u2019\u00e9cole portant une cocotte-minute dans un panier. Dans la cocotte mijotait une blanquette de veau qu\u2019ils mangeaient, sur leurs genoux, \u00e0 peine ti\u00e9die, assis sur les rives herbeuses du fleuve.<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>Marcel Sembat<\/strong>. La place Marcel Sembat repr\u00e9sentait pour Alice la limite nord de son territoire et la porte de l\u2019enfer. Les automobiles plongeaient \u00e0 vive allure sous la place (l\u2019avenue Edouard Vaillant est souterraine \u00e0 cet endroit) et crachaient des tonnes de poussi\u00e8re noire et suffocante. Les particules se d\u00e9posaient en couche \u00e9paisse sur le M de la ligne 9, perp\u00e9tuellement entour\u00e9 d\u2019un halo orange et sale.<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>Suma. <\/strong>Ils allaient au Suma sur l\u2019avenue Jean Jaur\u00e8s. C\u2019\u00e9tait un supermarch\u00e9 assez vaste pour l\u2019\u00e9poque avec un rayon poissonnerie, fromage et traiteur ; Alice s&rsquo;y est perdue souvent. Suma faisait partie des enseignes qui ont disparu \u00e0 la faveur des mouvements de concentration de la grande distribution fran\u00e7aise. Mammouth (disparu en 2009)\u2026Prisunic (disparu en 2003) \u2026F\u00e9lix Potin (disparu en 1996) \u2026 Continent (disparu en 2000). La n\u00e9cro des supers.<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>Le Club.<\/strong> Le dimanche, ils passaient la fronti\u00e8re de Billancourt, o\u00f9 les vestiges d&rsquo;une ancienne vie ouvri\u00e8re persistaient encore, pour le Bois de Boulogne. Albert et Danielle \u00e9taient inscrits au Racing que la m\u00e8re de Danielle, appelait \u00ab Le Club \u00bb. C\u2019\u00e9tait un club de sport tr\u00e8s couru o\u00f9 Danielle \u00e9tait connue comme le loup blanc. Elle y passait des heures (son travail au Minist\u00e8re lui laissait pas mal de libert\u00e9 dans son emploi du temps) \u00e0 discuter avec des jeunes \u00e9narques et des producteurs de cin\u00e9ma \u00e0 la calvitie naissante. Alice elle, appr\u00e9ciait beaucoup les \u0153ufs mayonnaise du snack et le bleu ciel et blanc des maillots.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pouillon. Ils avaient habit\u00e9 la r\u00e9sidence Point-du-Jour construite par Ferdinand Pouillon. Quand Alice \u00e9tait enfant, le nom \u00ab Pouillon \u00bb lui semblait indigne d\u2019un grand architecte et ses go\u00fbts esth\u00e9tiques la portaient \u00e0 v\u00e9n\u00e9rer les maisons bulles des Barbapapa plus que la composition cubique de cet ensemble moderniste. Ce n\u2019est que bien plus tard, en d\u00e9couvrant que Pouillon avait \u00e9crit <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours-39-boulogne-et-billancourt\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#40jours #39 | Boulogne et Billancourt<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":281,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3251,3759,1],"tags":[],"class_list":["post-90835","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-40jours","category-40jours-39-retour-enfance","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90835","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/281"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=90835"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90835\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=90835"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=90835"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=90835"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}