{"id":9095,"date":"2019-08-08T18:56:57","date_gmt":"2019-08-08T16:56:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=9095"},"modified":"2019-08-09T13:36:56","modified_gmt":"2019-08-09T11:36:56","slug":"sable-metier-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/sable-metier-3\/","title":{"rendered":"SABLE | m\u00e9tier #3"},"content":{"rendered":"\n<ul class=\"wp-block-gallery columns-3 is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\"><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"300\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/Bonbonniere-en-cristal-Val-St-Lambert-Iris-_1.jpg\" alt=\"\" data-id=\"9106\" data-link=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?attachment_id=9106\" class=\"wp-image-9106\" \/><\/figure><\/li><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/75-40-d\u00e9tail-1-1024x576.jpg\" alt=\"\" data-id=\"9107\" data-link=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?attachment_id=9107\" class=\"wp-image-9107\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/75-40-d\u00e9tail-1-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/75-40-d\u00e9tail-1-420x236.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/75-40-d\u00e9tail-1-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/75-40-d\u00e9tail-1.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure><\/li><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"846\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/sji7ljo9o9s01-1024x846.jpg\" alt=\"\" data-id=\"9108\" data-link=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?attachment_id=9108\" class=\"wp-image-9108\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/sji7ljo9o9s01-1024x846.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/sji7ljo9o9s01-420x347.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/sji7ljo9o9s01-768x634.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure><\/li><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"641\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/thegoldroom.jpg\" alt=\"\" data-id=\"9109\" data-link=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?attachment_id=9109\" class=\"wp-image-9109\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/thegoldroom.jpg 800w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/thegoldroom-420x337.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/thegoldroom-768x615.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/figure><\/li><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/75-40-recto-1024x576.jpg\" alt=\"\" data-id=\"9110\" data-link=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?attachment_id=9110\" class=\"wp-image-9110\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/75-40-recto-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/75-40-recto-420x236.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/75-40-recto-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/75-40-recto.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">JOUR #1&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sable. En avoir un grain et puis plusieurs. Un nombre limit\u00e9. Numerus clausus. Pour tenir tous les d\u00e9serts dans sa main. Petites perles rat\u00e9es. D\u00e9chetterie, invendus de la cristallerie de Li\u00e8ge \u2014 un nom \u00e0 retrouver &nbsp;\u2014. Un flacon de verre ferm\u00e9 par un bouchon en li\u00e8ge. Une bande de couleur. Une bande de transparence. 2\/3, 1\/3 Beach Cocktail. Des mondes lyophilis\u00e9s. Combien de grains d\u00e9j\u00e0 ? Combien de t\u00eates r\u00e9duites \u00e0 un point ? De loin, un cercle, une sph\u00e8re, c\u2019est un point.&nbsp;<br>Le crissement sous la dent, le sel sur la langue, les miettes dans le lit, les paillettes des ann\u00e9es apr\u00e8s la soir\u00e9e infiltr\u00e9es dans les lieux les plus intimes du corps. Sable jusque dans les organes ? Mithridatisation ? La s\u00e9cheresse du corps de Selim. L\u2019Ar\u00e9nophile. L\u2019empreinte du sable, son poids merveilleux, son poids \u00e9quipe. Sa liquidit\u00e9. L\u2019aridit\u00e9 qui coule dans la paume.&nbsp;&nbsp;<br>Mati\u00e8re \u00e0 mirage. Grain de poules minuscules aux \u0153ufs de fragilissimes coquilles.&nbsp;Un grain noir. Combien de plages diff\u00e9rentes ? Combien de d\u00e9serts ? Un chapelet de ces noyau d\u2019olives. Les grains de sables : noyaux de quels fruits?&nbsp;M\u00e9moire de forme. Fausses rotondit\u00e9. Les doigts de Selim Bassa qui reconnaissent chacun comme un enfant. Tel t\u00eate d\u2019\u00e9pis, tel autre caboss\u00e9e, et le plus petit qui se perd toujours dans la poche et celui qui refuse obstin\u00e9ment de se laisser traverser par la lumi\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">JOUR#2&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sable. En avoir un grain et puis plusieurs. Un nombre limit\u00e9 \u00e0 apparence illimit\u00e9e, ind\u00e9nombrable, d\u00e9nombrable cependant. Pour braver le dieu ancien qui interdit les comptes. Pour tenir tous les d\u00e9serts du monde dans la main. De petites perles rat\u00e9es, baroques, accident\u00e9es, partiellement translucides, impropres \u00e0 laisser passer la lumi\u00e8re, quasimodesques, bibossues, jamais sph\u00e8res, toutes imparfaites : un petit peuple \u00e9tonn\u00e9, dix mille fois grossi par Jephan de Villiers, nourri patiemment t\u00eate par t\u00eate \u00e0 la cuill\u00e8re, mais \u00e0 &nbsp;la bouche trop petite pour qu\u2019on entende son cri derri\u00e8re la paroi de verre. Tout juste \u00e7a grince, \u00e7a grasseye, \u00e7a gravillonne, \u00e7a grrrr minuscule. Toutes ces t\u00eates r\u00e9duites : d\u00e9chets, motifs tronqu\u00e9s, microscopiques parentes des rebuts de la Cristallerie du Val Saint Lambert pr\u00e8s de Li\u00e8ge, un cheval amput\u00e9 des membres ant\u00e9rieurs, un vase de Soisson apr\u00e8s le passage de Clovis, une coupe spirit molle, un diabolo manqu\u00e9, un \u00e9l\u00e9phant d\u00e9tromp\u00e9, une baleine sans soutien-gorge, une pyramide \u00e9gratign\u00e9e comme une sphinge \u2026 et tous les d\u00e9bris sans visages, sans formes identifiables, poussi\u00e8re d\u2019\u00e9toiles scintillantes r\u00e9pandue \u00e0 m\u00eame le sol comme cendre.&nbsp;<br><br>Li\u00e8ge encore qui bouche le flacon &nbsp;tenu d\u2019un fr\u00e8re de la mer. Une bande de couleur sable, une bande de transparence &nbsp;: 2\/3 &nbsp;+ 1\/3 cocktail \u00e0 siroter sans la plage. Rien que l\u2019\u00e2pre des mondes lyophilis\u00e9s. Combien de grains d\u00e9j\u00e0 ? Combien de ces t\u00eates r\u00e9duites \u00e0 un point c\u2019est tout ? \u00c0 un poing vengeur ? Un seul grain suffit \u00e0 enrayer l\u2019arme pos\u00e9e contre la tempe de Selim en lambeaux : Dona Sol l\u2019enraye, elle seule, ce minuscule soleil fait femme. Son crissement sous la dent, son go\u00fbt de sel sur la langue, les miettes qui d\u00e9mangent Heidi dans son lit, planque \u00e0 pain blanc, et qui perdent Hansel et Poucet dans la for\u00eat noire.&nbsp;<br><br>On raconte que si Selim est si sec c\u2019est qu\u2019il saupoudre sa nourriture de sable, comme Mithridate, de poison. C\u2019est faux bien s\u00fbr, &nbsp;mais o\u00f9 cette rumeur a-t-elle pris corps, pris son corps \u00e9maci\u00e9, pris son corps pour n\u2019en faire qu\u2019une bouch\u00e9e ? Quand il rencontre l\u2019Ar\u00e9nophile, la grande collectionneuse de tous les sables du monde ? Est-ce elle qui lui r\u00e9v\u00e8le qu\u2019il est compos\u00e9 \u00e0 2\/3 d\u2019eau pour 1\/3 de sable ?&nbsp;<br>L\u2019aridit\u00e9 se coule dans sa paume. Mati\u00e8re \u00e0 mirages : des poules invisibles \u00e0 l\u2019\u0153il nu picorent les grains qui lui filent entre les doigts, puis pondent des \u0153ufs aux fragilissimes coquilles qui brillent dans la nuit bien longtemps apr\u00e8s leur bris. Des drupes d\u00e9licieuses et formidables s\u2019inventent de chaque grain, comme d\u2019un noyau germ\u00e9 dans la salive du Pacha. Il semble qu\u2019il n\u2019ait plus besoin de rien. Son festin achev\u00e9, les quelques grains retournent \u00e0 leur cachette, cette poche sans couture de son habit le plus commun et les doigts de Selim Bassa reconnaissent chacun d\u2019entre eux, comme la main d\u2019un p\u00e8re aveugle, la t\u00eate de ses enfants ch\u00e9ris : celle \u00e0 l\u2019\u00e9pi, la f\u00e9e caboss\u00e9e et la plus petite toujours perdue et retrouv\u00e9e et celle du Fuerteventura, qui ne se laisse pas traverser par la lumi\u00e8re qu\u2019elle a toute absorb\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">JOUR #3&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Travailler sur le sable avec ce tamis des jours. Ceux du noir sur blanc, mais aussi ceux des mots flottants, que par la force des choses et aussi par une certaine sagesse et un go\u00fbt prononc\u00e9 pour la beaut\u00e9, on laisse courir, en contemplant r\u00eaveuse, sid\u00e9r\u00e9e ou ricanante leur gr\u00e2ce, leur sauvagerie et leur impertinence magnifique. Tr\u00e8s vite, des formes se d\u00e9gagent, verres mal souffl\u00e9s, comme ceux mis au rebut de la&nbsp;Cristallerie du Val Saint Lambert, avortons&nbsp;d\u00e9miurges, trop nombreux \u00e0 ne tenir dans aucune collection \u00e0 part celle, h\u00e9t\u00e9roclite qui porte mon nom et se visite comme le mus\u00e9e des Septennats par les jours de canicule, afin de go\u00fbter la fra\u00eecheur et la sombreur de l\u2019endroit, tandis que l\u2019oeil ne fait qu\u2019effleurer les cadeaux faramineux des souverains pour l\u2019\u00e9crivain.&nbsp;\u2014&nbsp;Partout ailleurs, Mitterrand \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 avant tout comme un homme de plumes et de lettres quand pour nous, retors, renard, animal politique, pass\u00e9 sans ors du&nbsp;pays occup\u00e9 jamais jug\u00e9, bifide, biface, bi-go\u00fbt\u2026&nbsp;\u2014&nbsp;Et cela se pense au troisi\u00e8me jour : pour qui suis-je de plume et pour qui de plomb ? Et o\u00f9 vont toutes ces histoires de S\u00e9rail qui n\u2019ont cesse de se multiplier comme les balais de l\u2019apprenti-sorcier ? Y a-t-il apr\u00e8s elles autre chose ? Ou au contraire ai-je trouv\u00e9 la r\u00e9plique de ce lieu toujours frais, toujours sombre o\u00f9 s\u00e9journer loin du bruit?<br><br>Je vais continuer \u00e0 tamiser et une histoire de S\u00e9rail va sortir. Elle va s\u2019allonger dans un grand salon plein de curiosit\u00e9s o\u00f9 j\u2019entrepose la collection de ce qui tient lieu du monde pour Selim Bassa.&nbsp;<br>\u00c0 travers la lentille de ce travail remis sur le m\u00e9tier, non \u00e0 ma fa\u00e7on, mais \u00e0 celle de l\u2019Atelier, je vois mille fois grossi, le motif de l\u2019objet qui r\u00e9sume le monde, qui le fait tenir dans la poche : c\u2019est l\u2019all\u00e9gorie du livre, qui se d\u00e9cline ailleurs en lames de Mantegna dans la poche du Pacha et ici en grains de sable au nombre pr\u00e9cis des d\u00e9sert secs ou mouill\u00e9s dont il souhaite se ressouvenir. Le livre encyclop\u00e9die, &nbsp;dictionnaire, mappemonde &nbsp;: la m\u00e9moire, &nbsp;forme de puissance la plus d\u00e9sirable pour moi&nbsp;\u2014 je dis puissance en opposition \u00e0 ces faux pouvoirs conf\u00e9r\u00e9s par les machines et qui&nbsp;disparaissent en un clin d\u2019oeil quand elles nous font d\u00e9faut&nbsp;\u2014. Mais c\u2019est l\u2019esprit et non la lettre de la m\u00e9moire que j\u2019essaie d\u2019environner \u00e0 travers ces histoires de cartes et de grains : une m\u00e9moire souple, mall\u00e9able, inventive, recoup\u00e9e\u2026 partag\u00e9e, en un mot. Le vertige du&nbsp;souvenir d\u2019un lieu qui contiendrait tous les souvenirs&nbsp;\u2014 une pi\u00e8ce \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du palais de la taille d\u2019un palais&nbsp;\u2014, spirale du sablier &nbsp;quand le temps est presqu\u2019 \u00e9coul\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">JOUR #4<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les yeux qui piquent, la gorge s\u00e8che, envie d\u2019aller faire un tour hors du bac au lieu de pousser la langue en me roulant dans le sable.\u00a0Je t\u00e2tonne autour de la commande de l\u2019Ar\u00e9nophile \u00e0 la\u00a0Cristallerie Saint Lambert pour mettre en vue sa collection. Me demande ce que Selim irait faire l\u00e0-bas, comment ils se connaissent, quel est leur\u00a0trait d\u2019union\u2026<br>Sur son site, la Cristallerie propose une <em>ligne du temps<\/em>, qui ne se refuse pas \u2014 une ligne de poudre blanche sur une table de verre color\u00e9\u00a0\u00a0et un petit tube d\u2019or\u00a0\u2014, un point de vue digne de celui auquel on acc\u00e8de au bar de <a href=\"https:\/\/stephenking.fandom.com\/wiki\/Overlook_Hotel\"><em>l\u2019Hotel Overlook<\/em><\/a> :\u00a0<em>Les deux lustres en cristal dans le hall du palais du maharadja Gwalior en Inde constituent assur\u00e9ment deux r\u00e9f\u00e9rences monumentales. Pesant 3.5 tonnes et mesurant 13 m\u00e8tres de haut, ce sont les plus grands lustres en cristal au monde. La l\u00e9gende veut que l\u2019architecte ait fait tester la r\u00e9sistance du plafond en menant dix \u00e9l\u00e9phants au premier \u00e9tage.<\/em><br>Le cornac de cette histoire, on le retrouve au S\u00e9rail, 20 ans plus tard, o\u00f9 il diligente les d\u00e9placements en groupe des invit\u00e9s \u2014 il est en charge de les accompagner le plus ad\u00e9quatement possible de leurs lieux de r\u00e9cr\u00e9ation \u2014 salles de jeux, fumoir, terrasse, club silenzio\u2026 \u2014 \u00a0\u00e0 leur lieu de s\u00e9questration. Et retour. Il relate avec une acuit\u00e9 susceptible de d\u00e9clencher des naus\u00e9es les sensations du prisonnier de droit commun laiss\u00e9 \u00a0\u00bb en observation \u00a0\u00bb sous les lustres de Crystal, o\u00f9 un d\u00eener f\u00e9\u00e9rique avait \u00e9t\u00e9 servi pour lui seul, tandis que les \u00e9l\u00e9phants traversaient l\u2019\u00e9tage sup\u00e9rieur. Son fr\u00e8re. Mais c\u2019est une autre histoire, sans rapport avec le sable. \u00c0 part celui  indispensable \u00e0 la fabrication du verre.<br><br><em>La premi\u00e8re guerre mondiale impose quatre ann\u00e9es de cessation d\u2019activit\u00e9 de la cristallerie. D\u00e8s la fin de la guerre, les fours sont rallum\u00e9s, mais un march\u00e9 important a disparu suite \u00e0 la fin du r\u00e9gime tsariste en Russie.<\/em><br>Le S\u00e9rail n\u2019est pas sans\u00a0connexion avec le post-exostime. Notamment \u00a0de par sa fluctuante datation et le caract\u00e8re\u00a0omnipr\u00e9sent de son personnel, vivant ou mort. Mais, l\u00e0 encore, rien d\u2019imm\u00e9diat pour ce qui nous occupe,\u00a0\u2014\u00a0m\u00eame si une certaine forme d\u2019humour du Pacha consistait \u00e0 faire d\u00eener son personnel dans le service autrefois d\u00e9volu au Tsar\u00a0\u2014 cela reste \u00a0tr\u00e8s anecdotique.<br><br>Ce\u00a0m\u00e9pris d\u2019une certaine chronologie, n\u2019emp\u00eache un go\u00fbt pour le mouillage dans les ann\u00e9es 20, or\u2026 <em>Le vase \u00ab\u00a0Cr\u00e9puscule\u00a0\u00bb est le fruit d\u2019une \u00e9tonnante collaboration entre les Cristalleries du Val Saint-Lambert et le cr\u00e9ateur pluridisciplinaire Philippe Wolfers. Orf\u00e8vre bruxellois, cr\u00e9ateur de bijoux, sculpteur de diverses mati\u00e8res (bronze, ivoire, pierre), il va \u00e9galement se tourner vers l\u2019art verrier. Entre 1896 et 1903, il collabore avec le Val Saint-Lambert et fait ex\u00e9cuter dix-neuf pi\u00e8ces uniques en cristal, d\u2019apr\u00e8s des mod\u00e8les en pl\u00e2tre et\/ou en bronze. Le long col \u00e9vas\u00e9 surmonte un corps pommiforme, le cristal multicouche comporte des inclusions de coul\u00e9es brun\u00e2tres, rouge\u00e2tres et de craquelures.\u00a0<\/em><br><em>Deux chauves-souris vampirisent la surface de la panse par leurs ailes d\u00e9ploy\u00e9es. Le relief est obtenu par la technique du cam\u00e9e, pratiqu\u00e9e dans l\u2019atelier de Wolfers qui parach\u00e8ve le travail en ciselant les d\u00e9tails au moyen d\u2019un touret, muni d\u2019une fine pointe m\u00e9tallique. Le cristal color\u00e9 est taill\u00e9 progressivement jusqu\u2019\u00e0 l\u2019apparition du motif d\u00e9sir\u00e9. Le d\u00e9cor en cam\u00e9e \u00e9tait\u00a0fort pris\u00e9 par Emile Gall\u00e9\u00a0; cette technique \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pratiqu\u00e9e d\u00e8s l\u2019Antiquit\u00e9, par les Romains et ensuite par les verriers islamiques.\u00a0<\/em><br><em>Quatre papillons de nuit en vermeil (argent patin\u00e9 d\u2019or) agr\u00e9mentent la jonction entre le col et le corps. Philippe Wolfers associe souvent plusieurs mati\u00e8res pour r\u00e9aliser ses \u0153uvres originales. Notons que le d\u00e9cor animalier est\u00a0 rare sur les verres Art nouveau r\u00e9alis\u00e9s au Val, les verriers puisent plut\u00f4t leur inspiration dans la botanique et reproduisent diverses esp\u00e8ces d\u2019arbres et de fleurs.<\/em><br><br>Dix-neuf pi\u00e8ces uniques en cristal naissent de la collaboration de l\u2019orf\u00e8vre avec la Cristallerie Saint Lambert, dont une\u00a0 bonbonni\u00e8re <em>aux iris mauves<\/em>\u00a0qui\u00a0vient \u00e0 propos corroborer l\u2019interstice dit \u00a0\u00bb aux iris mauves \u00a0\u00bb\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">JOUR #5<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La chronologie demeure incertaine. Dans le petit flacon qui me fait face l\u2019empilement des couches de sables est si harmonieux qu\u2019on le croirait immuable. Je le saisi entre le pouce et l\u2019index, verre, li\u00e8ge, et le renverse. L\u2019oreille tr\u00e8s fine du Cliquetis y d\u00e9celle le bruit de la pluie, sans quitter son alanguissement sur la m\u00e9ridienne r\u00e2p\u00e9e \u2014 depuis le dernier d\u00e9part de Selim, on prend ses aises jusque dans le bureau o\u00f9 j\u2019\u00e9cris \u2014 et depuis son demi-sommeil : <em>il ne faut pas toucher\u2026<\/em> &nbsp;Il se repose, je le repose, l\u2019ordre est chang\u00e9, la ligne la plus claire s\u2019est entourbillonn\u00e9e autour de l\u2019onctuosit\u00e9 beige, la falange noire tr\u00f4ne \u00e0 l\u2019air libre, tandis que l&rsquo;aube d\u2019or s&rsquo;est tapie tout au fond du flacon. Tout est si calme \u00e0 cette heure du jour. Envie furieuse d\u2019agiter le tube de verre comme un rem\u00e8de \u00e0 l&rsquo;ennui\u2026 mais le Cliquetis veille au grain. Port\u00e9 \u00e0 &nbsp;l\u2019oeil, il laisse deviner&nbsp;un petit peuple \u00e9tonn\u00e9, dix mille fois grossi &nbsp;par &nbsp;mon attention ent\u00eat\u00e9e, nourri patiemment t\u00eate par t\u00eate \u00e0 la cuill\u00e8re, mais \u00e0 &nbsp;la bouche trop petite pour qu\u2019on entende son cri derri\u00e8re la paroi de verre. Tout juste \u00e7a grince, \u00e7a grasseye, \u00e7a gravillonne, \u00e7a grrrr minuscule. Comme nous ici,&nbsp;entre&nbsp;les murs sans&nbsp;tain du S\u00e9rail.&nbsp;Je me demande si le Cliquetis nous entend tous, dans ses r\u00eaves\u2026&nbsp;<br><br>Bref, la chronologie demeure incertaine. Verre, sable, li\u00e8ge, \u00e0 qui la pr\u00e9s\u00e9ance ?<br>On se souvient ici que quelques ann\u00e9es apr\u00e8s l\u2019ex\u00e9cution du Tsar Nikola\u00ef II, une caisse de verres \u00e0 Bourgogne avait monnay\u00e9 un droit d\u2019oubli pour une des anciennes filles de cuisine des Romanov, incapable de choisir entre le rouge et le blanc, r\u00e9fugi\u00e9e au S\u00e9rail. Inutile de la chercher dans les vieux visages du personnel : elle est peut-\u00eatre repartie, une fois son \u00e2me repouss\u00e9e, vers une gu\u00e9rilla sans tr\u00eave, ex\u00e9cutant les basses besognes de l\u2019une ou l\u2019autre des parties, ou d\u2019une troisi\u00e8me encore, critique autant vis \u00e0 vis des Blancs &nbsp;que des Rouges depuis la lecture du Testament du &nbsp;Petit P\u00e8re des peuples. Elle est peut-\u00eatre encore ici, en charge de la brillance de l\u2019argenterie, de l\u2019aiguisement des couteaux\u2026 Il ne serait pas alors impossible de le savoir, mais ce serait criminel d\u2019en parler : le droit d\u2019oubli est un des piliers du S\u00e9rail. Osmin en est un autre, qui fut diligent\u00e9 apr\u00e8s enqu\u00eate vers la Cristallerie Saint Lambert de Li\u00e8ge, pour acqu\u00e9rir le plus possible des marchandises initialement destin\u00e9es au Palais Alexandre et \u00e0 la noblesse russe.<br>Mais on raconte aussi qu\u2019un orf\u00e8vre d\u2019Anvers <a href=\"#note 1\">[1]<\/a>&nbsp; profond\u00e9ment boulevers\u00e9 par sa nuit au S\u00e9rail et l\u2019initiation particuli\u00e8re qui la suit immanquablement, s\u2019\u00e9tait d\u00e9men\u00e9 comme un beau diable afin de pouvoir y revenir. Selim Bassa \u00e9tait alors encore ais\u00e9ment corruptible par le beau et le myst\u00e9rieux. Les cadeaux se multipli\u00e8rent et une audience fut accord\u00e9e \u00e0 l\u2019orf\u00e8vre. Il obtint une nouvelle invitation au titre de M\u00e9c\u00e8ne, qui fut renouvel\u00e9e plusieurs fois en l\u2019espace de trois ann\u00e9es. Tout le monde le connaissait ici, mais il savait faire montre d\u2019une candeur extr\u00eame envers les nouveaux invit\u00e9s. Leur exp\u00e9rience de la nuit au S\u00e9rail le captivait, le renvoyant dans les cordes de la sienne, toujours d\u00e9j\u00e0 rev\u00e9cue. Mais Selim Bassa est constant dans l\u2019inconstance : craignant que la trop grande familiarit\u00e9 du Belge avec le lieu ne corrompe les soir\u00e9es et n\u2019inqui\u00e8te le personnel, il suspendit du jour au lendemain ce privil\u00e8ge. On dit que l&rsquo;orf\u00e8vre, apr\u00e8s avoir rag\u00e9 et suppli\u00e9, se remet au travail et invite Selim \u00e0 lui rendre visite dans sa maison d\u2019Anvers par le biais d\u2019un billet d\u2019une ligne : <em>un miroir sans tain est un mur de sable.<\/em> <a href=\"http:\/\/www.emmanuellecordoliani.com\/hors-serail-le-salon-sans-tain\/\">Le Salon sans Tain <\/a>surgit de ces retrouvailles. Pour marque de sa gratitude immense, l\u2019orf\u00e8vre offre au Pacha une bonbonni\u00e8re aux Iris Mauves, issue de sa collaboration avec la Cristallerie Saint Lambert.&nbsp;<br><br>\u00c0 cette heure, grande est la tentation d\u2019\u00f4ter le bouchon de li\u00e8ge et de faire couler le sable dans le creux de ma main. Mais le Cliquetis se retourne d&rsquo;un mauvais r\u00eave par anticipation. On raconte que l\u2019aridit\u00e9 qu\u2019il contient se coule dans la paume de Selim comme la t\u00eate d\u2019un chien fam\u00e9lique dans la caresse aimante de son ma\u00eetre. Qu\u2019il a fait ce geste mille fois quand il a \u00e9t\u00e9 si malade, si chang\u00e9 \u00e0 son dernier s\u00e9jour ici. On le raconte\u2026 Mais qui l\u2019aurait vu ? &nbsp;Il n\u2019a pas quitt\u00e9 sa chambre \u2014 la v\u00e9ritable, pas <a href=\"http:\/\/www.emmanuellecordoliani.com\/hors-serail-iris-mauves\/\">le d\u00e9cor aux Iris Mauves<\/a> \u2014 et seuls les oreilles des murs assurent l\u2019avoir entendu d\u00e9lirer dans la fi\u00e8vre\u2026 Osmin parle \u00e0 mi-voix avec la Soigneuse des mirages qui naissent du sable, quelqu\u2019en soit la quantit\u00e9 en pr\u00e9sence pour qui a d\u00e9j\u00e0 connu son baiser de feu\u2026 les mirages entourloupent la douleur insupportable du &nbsp;sevrage\u2026&nbsp;<em>La poudre \u00e0 mirages montre les &nbsp;poules invisibles \u00e0 l\u2019\u0153il nu picorent les grains qui lui filent entre les doigts, puis pondent des \u0153ufs aux fragilissimes coquilles qui brillent dans la nuit bien longtemps apr\u00e8s leur bris. Des drupes d\u00e9licieuses et formidables s\u2019inventent de chaque grain, comme d\u2019un noyau germ\u00e9 dans la salive du Pacha. Il semble qu\u2019il n\u2019ait plus besoin de rien pour se sustenter.<\/em>&nbsp;La Soigneuse hoche prudemment la t\u00eate. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur de la chambre, Selim l\u2019appelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le flacon est rest\u00e9 et Selim est parti. C\u2019est qu\u2019il pouvait faire autrement, qu\u2019il avait appris \u00e0 se passer de son contact fabuleux et aga\u00e7ant\u2026 Combien de grain faut-il pour faire le sable ? L\u2019\u00c9pice pr\u00e9tend que si Selim est si sec c\u2019est qu\u2019il saupoudre de sable sa nourriture, comme Mithridate, de poison. C\u2019est faux bien s\u00fbr, &nbsp;mais o\u00f9 cette rumeur a-t-elle pris corps, pris son corps \u00e9maci\u00e9, pris son corps pour n\u2019en faire qu\u2019une bouch\u00e9e ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par la vitre d\u2019un train qui quittait Li\u00e8ge pour l\u2019Est, Osmin avait aper\u00e7u le visage burin\u00e9 et brillant d\u2019une vieille femme s\u00e8che autant que Selim Bassa. Un \u00e9clair avait travers\u00e9 son c\u0153ur : il l\u2019avait manqu\u00e9e, il aurait d\u00fb la rapporter au S\u00e9rail. Il se rendit d\u2019un pas lourd \u00e0 la Cristallerie Saint Lambert, pour la commande annuelle de verres \u00e0 briser. Tout y \u00e9tait sens dessus dessous : l\u2019Ar\u00e9nophile venait de quitter la place. Osmin n\u2019avait jamais entendu le mot, et le fran\u00e7ais du Nord est le point faible de son glossaire des sabirs. Mais le mot tournait dans toutes les conversations \u00e0 voix basses et les ordres cri\u00e9s : une agitation de coup d\u2019\u00e9tat. L\u2019Ar\u00e9nophile <a href=\"#note 2\">[2]<\/a> . Il le tournait dans sa bouche comme un caillou, pour ne pas l\u2019oublier, pour m\u2019en demander plus tard la signification avec des airs myst\u00e9rieux, qui disaient tout \u00e0 la fois son d\u00e9sir de servir le Ma\u00eetre et sa peur de se montrer devant lui ignorant. Il n\u2019entendit pas le M\u00e9c\u00e8ne s\u2019approcher de lui, et&nbsp;manqua de le frapper quand il poser sa main raffin\u00e9e sur son bras. L&rsquo;orf\u00e8vre, lui trouvant l\u2019air chose, l\u2019emporta jusqu\u2019\u00e0 sa luxueuse demeure d\u2019Anvers pour la nuit. Osmin refusa de dormir dans l\u2019aile des invit\u00e9s, mais il accepta de s\u2019allonger dans l&rsquo;atelier, situ\u00e9 dans les d\u00e9pendances, se maudissant cent fois de s\u2019\u00eatre laiss\u00e9 d\u00e9router. La vision de la vieille femme \u00e9tincelante l\u2019avait si fort troubl\u00e9, qu\u2019il n\u2019avait plus su dire non. Les esquisses des prochaines cr\u00e9ations de l\u2019orf\u00e8vre qui l\u2019environnaient \u2014 femme-chauve souris, buste orn\u00e9e de serpents mal\u00e9fique, fleurs v\u00e9n\u00e9neuses\u2026 \u2014 frapp\u00e8rent si puissamment son &nbsp;esprit qu\u2019il passa une nuit affreuse et d\u00e8s son retour au S\u00e9rail, il pr\u00e9vint le Pacha contre l\u2019orf\u00e8vre et les visions monstrueuses auxquelles il donnait corps : il l\u2019adjura de fermer le Salon sans Tain. Tu me parles de chauve-souris et de combat de cygnes et de serpents\u2026 depuis quand t\u2019inqui\u00e8tes-tu des ivresses de nos h\u00f4tes\u2026 <em>Quelle est la col\u00e8re, Osmin, que tu ne dis pas ?<\/em> Osmin plonge profond\u00e9ment dans sa barbe :&nbsp;<em>J\u2019ai vu votre m\u00e8re, Selim Bassa, \u00e0 la gare de Li\u00e8ge, dans un train en partance pour l\u2019Est. J\u2019ai honte, Bassa, de n\u2019avoir pas su la conduire jusqu\u2019\u00e0 vous.<\/em> Rire formidable de Selim : <em>d\u2019o\u00f9 vient que tu penses que j\u2019ai une m\u00e8re ? &#8230;Nous sommes tous n\u00e9s d\u2019une femme\u2026 Ne t\u2019afflige pas, idiot : ma m\u00e8re n\u2019avait pas attendu ma disgr\u00e2ce pour s\u2019en aller dormir sous les oliviers. Pour de bon ? Mais oui, pour de bon ! Crois-tu que je plaisante avec la tombe de ma m\u00e8re ? Non, Bassa, non, mais la ressemblance\u2026 peut-\u00eatre\u2026<\/em>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fable de la rencontre du g\u00e9ant et de la m\u00e8re du Pacha eut bient\u00f4t fait le tour du S\u00e9rail. Est-ce pour lui donner corps que Selim s\u2019y coula, ordonnant un d\u00e9part en grandes pompes vers la Cristallerie de Li\u00e8ge ? L\u2019intuition s\u2019immisce en moi de plus en plus fr\u00e9quemment, grains de sable d\u2019un \u00e9t\u00e9 trop lointain pour qu\u2019aucun souvenir n\u2019en demeure, mais qui s\u2019obstinent \u00e0 ressurgir aux lieux les plus incongrus \u2014 pochette brod\u00e9e des ouvrages, livre acquis l\u2019hiver suivant, fond de la baignoire vid\u00e9e, ciel de Vienne o\u00f9 mes draps a\u00e9r\u00e9s\u2026 \u2014 que le Pacha remplit les blancs de se propre l\u00e9gende laiss\u00e9s par d\u2019autres. Qu\u2019il est souple et mall\u00e9able dans la fantaisie de nous autres. Et pourtant, jamais il ne perd sa substance et il nous vole de nos d\u00e9sirs autant que nous les fa\u00e7onnons \u00e0 son image et \u00e0 sa ressemblance. Il les saisis comme un enfant attrape la queue du singe pour un tour de man\u00e8ge suppl\u00e9mentaire, en riant, curieux, intrigu\u00e9 de ce chemin qui s\u2019offre, m\u00eame obscur, m\u00eame effrayant. Mais ensuite, il \u00e9crit seul l\u2019histoire, comme dans une soir\u00e9e de conte chez la Baronne Blixen.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un sablier haut comme deux hommes. C\u2019est peu pour contenir tout le sable du monde mais assez pour abriter tous les sables du monde. La collection de l\u2019Ar\u00e9nophile. <em>Je suis comme No\u00e9, avec un grain,<\/em> l\u2019antique dame se r\u00e9jouissait devant le chef d\u2019\u0153uvre termin\u00e9. Elle \u00e9tait seule dans le grand atelier de la Cristallerie. Elle y avait fait installer un lit, une lampe, un broc et une cuvette \u00e9taient pos\u00e9 comme des objets du culte sur sa cantine de voyage. Elle \u00e9tait si s\u00e8che qu\u2019elle aurait pu ais\u00e9ment tenir dans la malle. <em>Les propri\u00e9taires de chien ressemble \u00e0 leur chien, moi, je ressemble \u00e0 ma collection : au fil des ans je diminue\u2026 je finirai poussi\u00e8re avant m\u00eame la tombe<\/em>. Elle-m\u00eame avait \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e par sa ressemblance avec Selim Bassa quand il avait pass\u00e9 la porte de la fabrique. Elle l\u2019avait invit\u00e9 \u00e0 s\u2019assoir sur un petit tapis qu\u2019elle avait, au pied du sablier qui brillait doucement dans la nuit du reflet de sa lampe. <em>Vous aussi vous \u00eates compos\u00e9 \u00e0&nbsp;2\/3 d\u2019eau pour 1\/3 de sable. Le d\u00e9sert vous a travers\u00e9. Oui\u2026 depuis j\u2019essaie de reprendre la main,<\/em> avait-il r\u00e9pondu en caressant la fine pellicule qui recouvrait le sol. Elle lui avait donn\u00e9 le flacon.Selim d\u2019ordinaire si taciturne avait la bouche pleine de questions : &nbsp;<em>Que faites-vous demain ? Je repars. Comment voyagerez-vous \u00e0 pr\u00e9sent ? L\u2019esprit tranquille. &nbsp;Qu\u2019allez-vous faire de ce sablier, de votre collection ? Rien. Elle&nbsp;t\u00e9moigne d\u2019elle-m\u00eame. Plus rien ne peut lui \u00eatre retir\u00e9 ni ajout\u00e9. Elle contient tous les sables du monde ? Un Chaman m\u2019a m\u00eame vendu de la poussi\u00e8re de Lune, mais je crois qu\u2019il s\u2019est pay\u00e9 ma t\u00eate : c\u2019\u00e9tait beaucoup trop cher pour \u00eatre honn\u00eate. Elle est dans le sablier ? Oui, il n\u2019y a pas que du sable dans le sablier. Ah ? Oui : il y a aussi de l\u2019air.&nbsp;Vous collectez plus que vous ne collectionnez ? Oui. Vous avez peur que nous en venions \u00e0 manquer de sable, \u00e0 le perdre ? Nous manquerons de sable, comme d\u2019air, h\u00e9las, avant longtemps.&nbsp;Votre collection est \u00e0 l&rsquo;abri, pourquoi voyager encore ? Tous les sables du monde sont ici&nbsp;repr\u00e9sent\u00e9s, mais les histoires du sable, on n\u2019a jamais fini de les collecter. Vous \u00eates en train d\u2019en \u00e9crire une, presqu\u2019\u00e0 votre insu.&nbsp;<\/em>Selim sourit, frapp\u00e9 \u00e0 son tour par sa ressemblance avec&nbsp;l\u2019Ar\u00e9nophile : &nbsp;<em>Un seul grain \u00e0 nagu\u00e8re suffit \u00e0 enrayer l\u2019arme pos\u00e9e&nbsp;contrer ma&nbsp;tempe : un minuscule soleil fait femme. Son crissement sous la dent, son go\u00fbt de sel sur la langue, sa fluidit\u00e9 aride seuls me la rendent\u2026&nbsp;&nbsp;<\/em><br><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>[1] Et je mettrais ma main au feu qu\u2019il s\u2019agit de<a href=\"http:\/\/wolfers.be\/histoire\"> Philippe Wolfers<\/a><br>[2]&nbsp;[ AR\u00c9NOPHILE ] <br> <em>Elle a toujours eu un grain<br> \u00e7a fait le vide autour d\u2019elle <br> un grain de chaque <br> Tous les d\u00e9serts du monde pris <br> dans la doublure de son cache-poussi\u00e8re<\/em><\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>JOUR #1&nbsp; Sable. En avoir un grain et puis plusieurs. Un nombre limit\u00e9. Numerus clausus. Pour tenir tous les d\u00e9serts dans sa main. Petites perles rat\u00e9es. D\u00e9chetterie, invendus de la cristallerie de Li\u00e8ge \u2014 un nom \u00e0 retrouver &nbsp;\u2014. Un flacon de verre ferm\u00e9 par un bouchon en li\u00e8ge. Une bande de couleur. Une bande de transparence. 2\/3, 1\/3 Beach <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/sable-metier-3\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">SABLE | m\u00e9tier #3<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":43,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[454],"tags":[],"class_list":["post-9095","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2019-03-cinq-fois-sur-le-metier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9095","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/43"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9095"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9095\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9095"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9095"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9095"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}