{"id":91108,"date":"2022-08-11T18:08:03","date_gmt":"2022-08-11T16:08:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=91108"},"modified":"2024-02-24T23:16:55","modified_gmt":"2024-02-24T22:16:55","slug":"40-jours-33-lettre-blanche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40-jours-33-lettre-blanche\/","title":{"rendered":"#40 jours #33 | Lettre Blanche"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"576\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Figure-72-\u2013-Allo-Blanche\u2026-\u2013-photoperso-\u2013-20211017_164313-576x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-91109\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Figure-72-\u2013-Allo-Blanche\u2026-\u2013-photoperso-\u2013-20211017_164313-576x1024.jpg 576w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Figure-72-\u2013-Allo-Blanche\u2026-\u2013-photoperso-\u2013-20211017_164313-236x420.jpg 236w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Figure-72-\u2013-Allo-Blanche\u2026-\u2013-photoperso-\u2013-20211017_164313-768x1365.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Figure-72-\u2013-Allo-Blanche\u2026-\u2013-photoperso-\u2013-20211017_164313-864x1536.jpg 864w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Figure-72-\u2013-Allo-Blanche\u2026-\u2013-photoperso-\u2013-20211017_164313-1152x2048.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Figure-72-\u2013-Allo-Blanche\u2026-\u2013-photoperso-\u2013-20211017_164313-scaled.jpg 1440w\" sizes=\"auto, (max-width: 576px) 100vw, 576px\" \/><figcaption>Figure 72 \u2013 All\u00f4 Blanche\u2026 ? \u2013 photoperso \u2013 20211017_164313<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p>Blanche\u2026&nbsp;? All\u00f4, Blanche\u2026&nbsp;? J\u2019ai pas pu. J\u2019ai rien pu \u00e9crire. J\u2019voulais, j\u2019t\u2019assure que j\u2019voulais. Mais\u2026 j\u2019sais pas\u2026 quelque chose m\u2019en emp\u00eachait. Quelque chose me retenait de l\u2019faire. C\u2019est pas l\u2019\u00e9loignement\u2026 enfin j\u2019crois pas. Nous, on s\u2019conna\u00eet pas. Avec ta m\u00e8re, on s\u2019conna\u00eet depuis le lyc\u00e9e, juste comme \u00e7a. On s\u2019est jamais c\u00f4toy\u00e9s. Mais j\u2019suis s\u00fbr que m\u00eame les amis plus proches, m\u00eame la famille, quand ils ont appris, c\u2019\u00e9tait pas plus simple. Et si \u00e7a s\u2019trouve, depuis tout ce temps pass\u00e9 maintenant, t\u2019attends peut-\u00eatre encore un mot de l\u2019un ou de l\u2019autre. Un mot comme \u00e7a. Un mot de col\u00e8re. Un mot d\u2019incompr\u00e9hension. Un mot de piti\u00e9. Un mot d\u2019accusation, de jugement. De condamnation ou de gr\u00e2ce. Un mot d\u2019amiti\u00e9. M\u00eame un mot pour rien. D\u2019ailleurs, tous ceux que t\u2019as pu recevoir, \u00e7a s\u2019r\u00e9sume \u00e0 \u00e7a j\u2019imagine, Blanche. Mais j\u2019me trompe peut-\u00eatre. S\u00fbrement. C\u2019est juste que j\u2019projette sur les autres l\u2019id\u00e9e que j\u2019me fais de la lettre que j\u2019aurais d\u00fb t\u2019envoyer. C\u2019est \u00e7a, une lettre pour rien. Parce que qu\u2019est-ce que j\u2019aurais bien pu t\u2019dire&nbsp;? M\u00eame aujourd\u2019hui, que le temps a pass\u00e9, j\u2019en sais rien. Mais quoi&nbsp;? qu\u2019est-ce qu\u2019il y a \u00e0 dire&nbsp;? qu\u2019est-ce qu\u2019on peut vraiment dire apr\u00e8s \u00e7a&nbsp;? est-ce qu\u2019on peut seulement en dire quelque chose&nbsp;? Tu vois, j\u2019sais vraiment pas par quel bout prendre la chose. Si j\u2019pouvais, si j\u2019osais, en bravant l\u2019inqui\u00e9tude de t\u2019froisser, de t\u2019choquer peut-\u00eatre \u2014 mais tu connais les faits maintenant, et peut-\u00eatre mieux que moi avec le temps \u2014, j\u2019commencerais par les faits justement. Pas pour t\u2019les rappeler, mais pour me les remettre en m\u00e9moire et m\u2019lancer dans cette histoire sans nom. Et c\u2019est bien \u00e7a le probl\u00e8me, qu\u2019elle en a pas, qu\u2019il faut lui en donner. J\u2019veux dire&nbsp;: bien s\u00fbr qu\u2019elle en a, les journaux en ont assez parl\u00e9 de Guitoune, de sa vie compliqu\u00e9e, agit\u00e9e, de ta grand-m\u00e8re qui lui dit <em>Viens ce week-end&nbsp;!<\/em> de la soir\u00e9e qu\u2019ils ont pass\u00e9 en musique, au Mont Tendre, de l\u2019engueulade au retour et puis chacun va s\u2019coucher, sauf Guitoune, qui s\u2019agite, qui cogite, qui s\u2019excite, et tu sais que tous les mots en <em>-ite<\/em> c\u2019est de l\u2019ordre de l\u2019inflammation, comme la m\u00e9ningite, et c\u2019est \u00e7a qui lui arrive ce soir-l\u00e0, \u00e0 Guitoune, \u00e7a m\u00e9ningite grave, et vite, trop, \u00e7a d\u00e9coupe, \u00e7a d\u00e9bite trop fort les mots, les images, le hachoir en main, qui s\u2019associent s\u00fbrement plus, pas comme il faudrait, pas comme il voudrait, et c\u2019est plus de la coupe, et c\u2019est plus de la repr\u00e9sentation, du symbole, \u00e0 ce moment-l\u00e0, j\u2019imagine, c\u2019est castration et syncope l\u00e0-haut, dans sa chambre \u00e0 Guitoune, int\u00e9rieur rouge, et \u00e7a d\u00e9bite, \u00e7a d\u00e9bite en tranches, et les mots et les images, divis\u00e9s, dissoci\u00e9s, diss\u00e9min\u00e9s, \u00e7a tranche fort dans le lard du mot sur le bout de la langue, perdu \u00e0 jamais et qu\u2019il faudrait retrouver, \u00e0 grands coups de hachard dans la chambre des G\u00e9ants. Voil\u00e0. C\u2019est fait. C\u2019est dit pour les faits. J\u2019esp\u00e8re qu\u2019tu m\u2019en veux pas. C\u2019\u00e9tait juste pour m\u2019souvenir un peu et m\u2019lancer. Mais voil\u00e0, lancer quoi&nbsp;? Un mot, une lettre. C\u2019\u00e9tait \u00e7a. Une lettre pour condamner ou pour pardonner. M\u00eame un mot pour rien. C\u2019\u00e9tait \u00e7a&nbsp;? Oh Blanche\u2026&nbsp;! Le mot sur le bout de langue, si on l\u2019retrouvait, celui qui dirait l\u2019inqui\u00e9tude m\u00eame de Guitoune, son effroi peut-\u00eatre, trop lent, trop lourd pour la conscience mais pas pour le hachard, id\u00e9al en fait&nbsp;: m\u00eame ce mot-l\u00e0 \u2014 et surtout celui-l\u00e0 parce que, pas le choix, y a que lui, que \u00e7a pour dire tout ce qui s\u2019est pass\u00e9, vraiment, tout ce que t\u2019attends de savoir, de comprendre, pour arr\u00eater de t\u2019agiter, cogiter, t\u2019exciter pour rien \u2014, j\u2019crois bien qu\u2019il dirait pas grand-chose. Comme un oui ou un non, mais pas plus. Alors apr\u00e8s, moi\u2026 qu\u2019est-ce tu veux qu\u2019j\u2019te dise\u2026&nbsp;? Hein\u2026&nbsp;? all\u00f4 Blanche\u2026&nbsp;? Oui, oui\u2026 mais\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait pareil pour les autres, non&nbsp;? Des mots, des mots\u2026 accumul\u00e9s, projet\u00e9s\u2026 ils en ont tous re\u00e7us, et plus qu\u2019il en faut&nbsp;! Et pas un qui parvienne \u00e0 d\u00e9chiffrer quoi que ce soit. 2019, l\u2019affaire du chirurgien qui a fait grand bruit, et tu parles d\u2019une pub pour Sauveterre&nbsp;! Il y aurait pr\u00e8s de 350 victimes d\u2019agressions et d\u2019exhibitions et sexuelles pour deux cents plaintes. Et \u00e0 chacune son petit mot dans des carnets que le chirurgien noircissait depuis les ann\u00e9es 80, il para\u00eet. Les mots, c\u2019est pas ce qui manque. Les centaines de plaintes des victimes, les centaines de notes du criminel. Et peu importe que les unes concordent pas avec les autres. \u00c7a finit toujours par s\u2019accorder ce genre de choses. La langue en dit toujours plus long que ce qu\u2019on voudrait. Quant \u00e0 sur quoi \u00e7a s\u2019accorde&nbsp;? \u00e7a, c\u2019est vraiment une autre histoire\u2026 l\u2019histoire du fait qu\u2019on pourra toujours gloser, et longtemps&nbsp;: un, le mal est fait, on reviendra pas dessus&nbsp;; deux, on peut toujours condamner, ou essayer de pardonner, pour un oui ou pour un non\u2026 non, t\u2019en dis toujours trop dans ces cas-l\u00e0, trop pour trop peu, parce que trop de perte au fond. Trop de mots pour rien\u2026 Et 2004. R\u00e9sidence Daniel. Le type devenu fou qui \u00e9gorge sa petite fille, et puis sa femme. Mais pour elle, il rate son coup, c\u2019est le cas de l\u2019dire. Elle, elle saute du balcon, se casse une jambe, et r\u00e9ussit \u00e0 s\u2019r\u00e9fugier chez une voisine. Sauv\u00e9e. Mais pas la petite fille. \u00c7a a pas eu l\u2019\u00e9cho du chirurgien. \u00c7a reste un fait divers plus commun, comme Guitoune. Un malheur comme y en a tous les jours ici-bas. On en entend parler, on pleure, on crie. On oublie. N\u2019emp\u00eache que sur le moment\u2026 \u00e7a doit \u00eatre le m\u00eame effet. Pas besoin des m\u00e9dias, d\u2019en faire tout un plat ou tout un roman. C\u2019est juste que l\u2019onde de choc se propage plus loin. C\u2019est le tremblement qui reste diff\u00e9rent, c\u2019est comment \u00e7a craque l\u2019important. Enfin j\u2019crois. J\u2019sais pas trop. Et puis rien \u00e0 voir avec ce que j\u2019essaie d\u2019te dire. Justement dans cette onde, un mot, une lettre. Cette lettre qui n\u2019est jamais venue. Qui peut-\u00eatre s\u2019fera attendre encore. \u00c7a peut aller loin et longtemps \u00e7a. Une onde qui va comme en sourdine. Un feu de tourbi\u00e8re qui s\u2019embrasera plus tard, quelque part l\u00e0-bas. L\u2019affaire Daniel. Des mots pour la petite, y en a eu encore y a quelque temps. Une quinzaine d\u2019ann\u00e9es apr\u00e8s\u2026 tu vois, \u00e7a m\u2019laisse encore un peu de temps, Blanche&nbsp;! Mais c\u2019est un peu diff\u00e9rent. En fait, y en a pas vraiment. Y en a, mais indirectement. C\u2019est Chapu. C\u2019est lui qui les a \u00e9crits, mais avec une autre affaire qui a eu lieu au m\u00eame moment, mais ailleurs. Une petite fille enlev\u00e9e et rapidement retrouv\u00e9e. Mais moi, j\u2019crois bien que Chapu il a \u00e9crit sur cette affaire pour parler de l\u2019autre, impossible, \u00e0 Sauveterre. Il disait, en parlant de son livre, qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par l\u2019enl\u00e8vement. Mais s\u2019il a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par \u00e7a, moi, j\u2019peux pas croire qu\u2019il ait pas \u00e9t\u00e9 fracass\u00e9 par l\u2019autre. J\u2019peux pas croire qu\u2019il ait \u00e9crit sur la petite fille enlev\u00e9e sans penser \u00e0 celle qu\u2019on a \u00e9gorg\u00e9e. Le truc, c\u2019est qu\u2019il aura pas pu. Il l\u2019a confi\u00e9 au journaliste, qu\u2019il aurait pas \u00e9crit si l\u2019affaire avait pas eu d\u2019issue heureuse. D\u2019accord. Mais un gars comme Chapu, j\u2019me demande quand m\u00eame s\u2019il a pas pris en compte la conjonction des deux affaires locales, m\u00eame si elles sont un peu diff\u00e9rentes, comme l\u2019alignement de deux constellations par recoupement de temps, d\u2019espace, des crimes et des victimes. Et si \u00e7a s\u2019trouve c\u2019est \u00e7a qu\u2019il faut lire dans <em>Du Bleu dans la nuit<\/em>, la conjonction, l\u2019alignement qui t\u2019permet avec une bonne \u00e9toile de d\u00e9couvrir, m\u00eame vaguement, la forme du trou noir. Bon, apr\u00e8s tu m\u2019diras <em>Oui, mais en m\u00eame temps, il a pas pu&nbsp;!<\/em> C\u2019est vrai, directement il a pas pu. Directement, sachant l\u2019issue fatale, c\u2019\u00e9tait une autre histoire. C\u2019est le risque et l\u2019inqui\u00e9tude de la page blanche \u00e0 chaque page. Chaque ligne peut-\u00eatre. C\u2019\u00e9tait l\u2019effroi du livre et de l\u2019\u00e9criture pour rien, \u00e0 la fin. Justement parce que tu sais qu\u2019y en a pas. qu\u2019il peut pas y en avoir. Alors que l\u00e0 non. L\u2019affaire o\u00f9 on a retrouv\u00e9 la petite, \u00e7a d\u00e9gage d\u2019un poids. Forc\u00e9ment, l\u2019\u00e9criture, pour elle aussi, m\u00eame si le sujet reste dur, l\u2019issue est d\u2019embl\u00e9e heureuse. T\u2019\u00e9cris plus tout \u00e0 fait pour rien dans ce cas-l\u00e0. D\u2019ailleurs le journaliste l\u2019a bien senti&nbsp;: \u00ab&nbsp;En historien, l\u2019auteur signe un livre d\u2019anthropologie qui est vite devenu un polar haletant.&nbsp;\u00bb Plus <em>tout \u00e0 fait<\/em>, mais en fait si. \u00c7a reste quand m\u00eame pour rien. C\u2019est juste que la chose avance masqu\u00e9e. Bon apr\u00e8s, moi, ce que j\u2019t\u2019en dis Blanche\u2026 j\u2019suis pas \u00e9crivain, ni anthropologue ni historien ni journaliste. Quand tu sais que ce qui fait la diff\u00e9rence entre un drame et une trag\u00e9die, c\u2019est justement qu\u2019avec le tragique tu connais la fin, tu sais d\u00e9j\u00e0 que \u00e7a finit mal\u2026 All\u00f4\u2026&nbsp;? all\u00f4\u2026&nbsp;? oui\u2026 non\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Mais tiens&nbsp;! puisqu\u2019on en est l\u00e0&nbsp;! 1993, le grand carambolage sur la N10, pr\u00e8s de la sortie 37 de Mire-en-Bal. \u00c0 l\u2019\u00e9poque les m\u00e9dias en avaient beaucoup parl\u00e9. Encore de la bonne image en vrac pour Sauveterre et sa r\u00e9gion avec la t\u00e9l\u00e9. Et dans les journaux\u2026 C\u2019est assez bizarre cette fa\u00e7on qu\u2019on peut avoir, parfois, de traiter des faits qui font pleurer et crier ici et l\u00e0, qui fendent toute l\u2019\u00e2me, comme des romans, voire des contes, genre&nbsp;: <em>En fin de journ\u00e9e sur la N10, dans le sens Paris-Bordeaux, \u00e0 hauteur de Saint-Martial-de-Mire-en-Bal (Charente-Inf\u00e9rieure), il fait nuit et il pleut. C\u2019est le d\u00e9but du long week-end du 11&nbsp;novembre, la circulation est dense et rapide. Victime d\u2019un incendie \u00e0 l\u2019un de ses essieux, un camion frigorifique britannique se gare sur la bande d\u2019arr\u00eat d\u2019urgence. Un camion-citerne vide p\u00e9n\u00e8tre dans le nuage de fum\u00e9e, freine et s\u2019immobilise sur la voie de droite de l\u2019autoroute. Survient alors un poids lourd portugais\u2026 <\/em>etc., etc. Un effet du temps qui a pass\u00e9&nbsp;? de la m\u00e9moire, un quart de si\u00e8cle apr\u00e8s les faits, en accord avec l\u2019imagination&nbsp;? Ou pas. Pour Guitoune, regarde, c\u2019\u00e9tait un peu pareil au moment m\u00eame des faits. Dans le T\u00e9l\u00e9gramme, on pouvait lire&nbsp;: <em>Natif de Bretagne, Guitoune a pass\u00e9 la majeure partie de son enfance \u00e0 Sauveterre (1177) o\u00f9 il a suivi une scolarit\u00e9 sans probl\u00e8me, rapporte ce matin&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.sudouest.fr\/2013\/10\/21\/l-inexplicable-geste-d-un-fils-contre-ses-parents-1205506-1368.php\">Sud-Ouest&nbsp;<\/a>qui a men\u00e9 l&rsquo;enqu\u00eate.&nbsp;Il travaillait depuis la fin de ses \u00e9tudes dans un magasin d&rsquo;optique et \u00e9tait socialement tr\u00e8s actif : il s&rsquo;occupait notamment de l&rsquo;association rochelaide Toqu\u00e9 Tango, dont l&rsquo;objet est de promouvoir et d&rsquo;enseigner le tango.<\/em> Mais c\u2019est pas \u00e7a l\u2019important. C\u2019est pas de \u00e7a que j\u2019veux parler. Enfin peut-\u00eatre mais pas comme \u00e7a. Tu m\u2019diras apr\u00e8s. Non, c\u2019est que j\u2019repense \u00e0 Manu\u2026 quand il m\u2019parlait de son p\u00e8re, gendarme \u00e0 l\u2019\u00e9poque, d\u00e9p\u00each\u00e9 sur les lieux avec les pompiers, aux premi\u00e8res loges\u2026 qui lui racontait le r\u00e9cit de ce gars qu\u2019a pas pu sortir sa femme et ses enfants de la voiture pli\u00e9e\u2026. et qu\u2019il savait o\u00f9 on emportait les carcasses des bagnoles et des semis, et qu\u2019il les avait vus, entass\u00e9s, chez le carrossier au Pas des fen\u00eatres, sortie 38\u2026 et il avait les yeux br\u00fbl\u00e9s Manu, quand il m\u2019racontait \u00e7a, et la voix froiss\u00e9e\u2026 et moi aussi j\u2019ai fini par les voir, quelque temps apr\u00e8s, ces amas de t\u00f4le enfonc\u00e9e, d\u00e9chir\u00e9e, les uns sur les autres, des masses en rouge et noir de rouille et de fum\u00e9e, tout <em>\u00e9bouill\u00e9<\/em> aurait dit Dada\u2026 le Pas des Fen\u00eatres, c\u2019\u00e9tait sur ma route pour aller \u00e0 l\u2019universit\u00e9 en Uno\u2026 et j\u2019suis pas all\u00e9 voir l\u2019accident, c\u2019\u00e9tait pourtant \u00e0 deux pas de la maison, Blanche, mais j\u2019y suis pas all\u00e9\u2026 de toute fa\u00e7on c\u2019\u00e9tait en novembre, il faisait froid depuis des jours et le brouillard s\u2019levait pas\u2026 mais c\u2019est apr\u00e8s, quand tout est redevenu normal, j\u2019ai vu les traces\u2026 quand on allait \u00e0 Sauveterre, la N10 sous le pont, l\u2019esp\u00e8ce de longue ligne noire\u2026 avec des zones plus sombres ici ou l\u00e0\u2026 du haut du pont \u00e7a faisait comme des trous\u2026 et c\u2019est tout ce qui m\u2019reste au fond, avec les yeux et la voix en live de Manu des masses et des trous noirs\u2026 Mais j\u2019te dis \u00e7a, j\u2019te dis rien. J\u2019sais m\u00eame plus ce que j\u2019voulais t\u2019dire. Enfin si, qu\u2019j\u2019avais pas de mots pour te dire j\u2019sais pas quoi avec l\u2019affaire de Guitoune. Que j\u2019les ai toujours pas, m\u00eame avec tout ce que j\u2019viens de t\u2019raconter, pour rien. Et que j\u2019suis pas pr\u00e8s de les avoir. Bref&nbsp;! la lettre, tu l\u2019auras dieu sait quand\u2026 j\u2019crois qu\u2019elle va rester encore pour un bout de temps lettre morte, Blanche\u2026<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"720\" height=\"465\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Figure-73-\u2013-Carambolage-du-11-novembre-1993-\u2013-photo-Deyrrick-CeyracAFP-sur-le-site-de-France-Info-\u2013-en-ligne-le-1.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-91110\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Figure-73-\u2013-Carambolage-du-11-novembre-1993-\u2013-photo-Deyrrick-CeyracAFP-sur-le-site-de-France-Info-\u2013-en-ligne-le-1.webp 720w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Figure-73-\u2013-Carambolage-du-11-novembre-1993-\u2013-photo-Deyrrick-CeyracAFP-sur-le-site-de-France-Info-\u2013-en-ligne-le-1-420x271.webp 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 720px) 100vw, 720px\" \/><figcaption>Figure 73 \u2013 Carambolage du 11 novembre 1993 \u2013 photo Deyrrick Ceyrac\/AFP, sur le site de France Info (\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.francetvinfo.fr\/faits-divers\/accident\/accident-a-puisseguin\/les-accidents-de-la-route-les-plus-meurtriers-de-ces-dernieres-annees_1141475.html\">Les accidents de la route les plus meurtriers de ces derni\u00e8res ann\u00e9es<\/a>\u00a0\u00bb, le 23\/10\/2015) \u2013 en ligne le 11\/08\/2022<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Blanche\u2026&nbsp;? All\u00f4, Blanche\u2026&nbsp;? J\u2019ai pas pu. J\u2019ai rien pu \u00e9crire. J\u2019voulais, j\u2019t\u2019assure que j\u2019voulais. Mais\u2026 j\u2019sais pas\u2026 quelque chose m\u2019en emp\u00eachait. Quelque chose me retenait de l\u2019faire. C\u2019est pas l\u2019\u00e9loignement\u2026 enfin j\u2019crois pas. Nous, on s\u2019conna\u00eet pas. Avec ta m\u00e8re, on s\u2019conna\u00eet depuis le lyc\u00e9e, juste comme \u00e7a. On s\u2019est jamais c\u00f4toy\u00e9s. Mais j\u2019suis s\u00fbr que m\u00eame les amis plus <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40-jours-33-lettre-blanche\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#40 jours #33 | Lettre Blanche<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":158,"featured_media":91109,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3251,3697],"tags":[3802,3803,1836,3278],"class_list":["post-91108","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-40jours","category-40jours-33-inquietude-effroi","tag-carambolage","tag-crime","tag-lettre","tag-sauveterre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/91108","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/158"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=91108"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/91108\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/91109"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=91108"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=91108"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=91108"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}