{"id":91677,"date":"2022-09-05T16:19:36","date_gmt":"2022-09-05T14:19:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=91677"},"modified":"2023-05-23T10:43:36","modified_gmt":"2023-05-23T08:43:36","slug":"photofictions-01-bal-du-14-juillet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photofictions-01-bal-du-14-juillet\/","title":{"rendered":"#photofictions #01 | Bal du 14 juillet"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/P1-1024x843.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-91679\" width=\"389\" height=\"318\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><em>Des lampions sur des fils dispos\u00e9s en \u00e9toiles sont tendus entre les arbres et disparaissent derri\u00e8re les feuilles. Les banni\u00e8res triangulaires qu\u2019on imagine pleines de couleurs demeurent immobiles, t\u00e9moignant d\u2019une absence de vent. Les parasols encore ouverts malgr\u00e9 la nuit jouent avec leurs franges. Sur le c\u00f4t\u00e9, une grande porte vitr\u00e9e est ouverte, offrant une large vue sur la terrasse de l\u2019\u00e9tablissement et sur la place. La partie inf\u00e9rieure de la photo est peupl\u00e9e d\u2019hommes et de femmes. Au premier plan, les personnes sont assises autour de petites tables rondes sur lesquelles sont pos\u00e9s des verres pour la plupart vides. Une cuill\u00e8re d\u00e9passe d\u2019un verre d\u2019absinthe. Tout devant, une bouteille en verre avec un siphon accompagne un verre rempli d\u2019eau de Seltz. Les gens discutent, fument, boivent. Un peu plus haut, on devine les danseurs, serr\u00e9s et s\u00e9rieux. Entre les deux, une serveuse essaie de se frayer un chemin avec un plateau vide \u00e0 bout de bras. Exactement au centre de la photographie, entre les franges des parasols, on devine un pianiste de trois-quart dos, chemise blanche, foulard sombre autour du cou, cigarette \u00e0 la bouche (il tourne la t\u00eate sur le c\u00f4t\u00e9). Ses contours sont un peu flous.<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/P2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-91680\" width=\"392\" height=\"290\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/P2.jpg 840w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/P2-420x312.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/P2-768x571.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 392px) 100vw, 392px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Je ne suis pas un grand habitu\u00e9 des bals du 14 juillet. Je n\u2019aime pas vraiment ces soir\u00e9es, \u00e0 vrai dire. Ce que j\u2019aime dans la nuit, c\u2019est ce qu\u2019elle sugg\u00e8re, ce qu\u2019elle ne montre pas. Le soir du 14 juillet, c\u2019est la journ\u00e9e qui s\u2019\u00e9tire tant il y a du monde dans les rues, comme sur cette place de la contrescarpe. La nuit nous trouble et nous surprend par son \u00e9tranget\u00e9, elle lib\u00e8re des forces en nous qui, le jour, sont domin\u00e9es par la raison. Un bal du 14 juillet est domin\u00e9 par la raison. Les gens sont attabl\u00e9s pour boire, ils sont debout pour danser, ils circulent dans les rues pour rentrer chez eux. Je n\u2019aime pas le 14 juillet mais j\u2019aime bien les petits matins du 15 juillet.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/P3-1024x663.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-91681\" width=\"391\" height=\"253\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/P3-1024x663.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/P3-420x272.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/P3-768x497.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/P3.jpg 1464w\" sizes=\"auto, (max-width: 391px) 100vw, 391px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai pas march\u00e9 longtemps depuis mon h\u00f4tel \u00e0 Montparnasse. Comme tous les soirs, j\u2019ai emport\u00e9 mon Voigtl\u00e4nder pour marcher dans les rues. Je passe mes nuits dans les lieux que je photographie. Je suis en qu\u00eate de l\u2019unique. Photographier autour de chez soi est sans doute la meilleure mani\u00e8re de d\u00e9velopper une imagerie unique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/P4-1024x621.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-91682\" width=\"390\" height=\"235\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Hier apr\u00e8s-midi, j\u2019ai eu une discussion anim\u00e9e avec Alexander Calder. Mes amis surr\u00e9alistes sont tous les m\u00eames, ils ne comprennent rien \u00e0 ce que je photographie. Ils consid\u00e8rent mes clich\u00e9s comme surr\u00e9alistes car ils r\u00e9v\u00e8lent un Paris fantomatique, irr\u00e9el, noy\u00e9 dans la nuit et le brouillard. Je lui ai dit que je ne cherchais qu\u2019\u00e0 exprimer la r\u00e9alit\u00e9 car rien n\u2019est plus surr\u00e9el. Il n\u2019a pas compris. Ce n\u2019est pas moi qui suis surr\u00e9aliste, c\u2019est la nuit. J\u2019aime les prodiges de la nuit que la lumi\u00e8re contraint \u00e0 se manifester. J\u2019aime cette r\u00e9alit\u00e9. Je lui montrerai cette photo, peut-\u00eatre comprendra-t-il ?<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/P6-852x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-91684\" width=\"393\" height=\"471\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/P6-852x1024.jpg 852w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/P6-768x923.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/P6-1278x1536.jpg 1278w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/P6-1704x2048.jpg 1704w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/P6.jpg 1717w\" sizes=\"auto, (max-width: 393px) 100vw, 393px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Henry Miller m\u2019a dit l\u2019autre soir que j\u2019\u00e9tais l\u2019oeil de Paris. Il m\u2019a dit que je poss\u00e9dais ce don rare que tant d\u2019artistes m\u00e9prisent : une vision normale. Je lui ai r\u00e9pondu qu\u2019il devrait dire \u00e7a \u00e0 Calder, \u00e0 Hayter, aux fr\u00e8res Pr\u00e9vert. Il a souri.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/P7-712x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-91685\" width=\"392\" height=\"562\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Je ne sais pas si ce que je photographie pourrait \u00eatre peint. Je me pose souvent la question. Lorsque j\u2019\u00e9tais aux Beaux-Arts \u00e0 Budapest, je me souviens des propos de Mattis-Teutsch sur l\u2019expressionnisme. Plus tard, \u00e0 Berlin, quand Moholy-Nagy m\u2019a parl\u00e9 d\u2019Hausmann et du dada\u00efsme, la photo est devenue une \u00e9vidence. C\u2019est dr\u00f4le de dire \u00e7a, la photo est devenue une \u00e9vidence. Elle l\u2019est redevenue, devrais-je dire. La photographie, c&rsquo;est la conscience m\u00eame de la peinture. Elle lui rappelle sans cesse ce qu&rsquo;elle ne doit pas faire. Mais j\u2019y reviendrai, je le sais.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/P8-819x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-91686\" width=\"387\" height=\"481\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Ce soir, je photographie le jour. J\u2019aimerai qu\u2019Atget soit \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s. C\u2019est lui le v\u00e9ritable photographe de Paris. Voil\u00e0 cinq ans qu\u2019il est mort. Dans la mis\u00e8re. Il poss\u00e9dait tout le vieux Paris en 18\/24. Il poss\u00e9dait surtout sa po\u00e9sie. Je ne suis rien d\u2019autre qu\u2019une goutte de sang qui coule dans ses veines. C\u2019est lui qui disait qu\u2019il n\u2019y a rien de plus myst\u00e9rieux qu\u2019un fait clairement \u00e9nonc\u00e9. Regarde ce clich\u00e9, tout y est clair. Les gens attabl\u00e9s sur la terrasse du bar, les danseurs, la serveuse, le joueur de piano, les lumi\u00e8res, les parasols. On entend la musique m\u00eame. Tout est si clair, tout est tellement myst\u00e9rieux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"706\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Photo-706x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-91689\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Photo-706x1024.jpg 706w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Photo-290x420.jpg 290w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Photo-768x1114.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Photo-1059x1536.jpg 1059w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Photo-1412x2048.jpg 1412w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Photo-scaled.jpg 1765w\" sizes=\"auto, (max-width: 706px) 100vw, 706px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">La c\u00e9l\u00e9bration du 14 juillet, place de la contrescarpe, 1932, par Gyula Hal\u00e1sz, dit Brassa\u00ef<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des lampions sur des fils dispos\u00e9s en \u00e9toiles sont tendus entre les arbres et disparaissent derri\u00e8re les feuilles. 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