{"id":92839,"date":"2022-09-15T23:40:45","date_gmt":"2022-09-15T21:40:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=92839"},"modified":"2022-09-16T07:49:32","modified_gmt":"2022-09-16T05:49:32","slug":"photofictions02_une-trace-au-temps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photofictions02_une-trace-au-temps\/","title":{"rendered":"#photofictions #02 | une trace au temps"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"820\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/\u00a9-Nevena-Lukic-820x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-92840\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/\u00a9-Nevena-Lukic-820x1024.jpg 820w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/\u00a9-Nevena-Lukic-336x420.jpg 336w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/\u00a9-Nevena-Lukic-768x959.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/\u00a9-Nevena-Lukic.jpg 961w\" sizes=\"auto, (max-width: 820px) 100vw, 820px\" \/><figcaption>\u00a9 Nevena Lukic<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Je ne suis pas d\u2019ici et pourtant. Derri\u00e8re cette porte mon arri\u00e8re-grand-m\u00e8re est n\u00e9e. Par hasard parachut\u00e9e ici il y a quelques ann\u00e9es, je d\u00e9couvrais l\u2019histoire. Pragmatique le hasard existe. Y-a-t-il de force plus grande que la m\u00e9moire qui ne se dit pas&nbsp;? Revenir \u00e0 la langue base. Mes filles chantent Occitan, je suis n\u00e9e 93 b\u00e9ton, v\u00e9cu 75 b\u00e9ton, 93 ruine, 77 gris puis 34 soleil. Mon corps ne fond pas sous la chaleur, il l\u2019a recherche.&nbsp; Est-ce que les cellules gardent tracent de la langue d\u00e9li\u00e9e sous terre&nbsp;? Il est dit que les ovules se forment dans le f\u0153tus d\u2019\u00e0 peine 4 mois, dans le ventre donc, les cellules se m\u00ealent nous sommes l\u2019\u00e9nergie m\u00e8re et grand-m\u00e8re. Il serait parfois doux de croire. J\u2019irais photographier dans la m\u00e9moire ce b\u00e9b\u00e9 qui nait dans la grand rue d\u2019un village de l\u2019H\u00e9rault dont je n\u2019aurais jamais entendu le nom jusqu\u2019\u00e0 la g\u00e9n\u00e9alogie. Moi qui croyais ne pas m\u2019int\u00e9resser je suis rass\u00e9n\u00e9r\u00e9e de voir des racines puiser ou poser mes enfants. Comme si mon ventre revenait source, une base \u00e9loign\u00e9e mais pas tant, comme si l\u2019\u00e9chapp\u00e9e au dol\u00e9ances familles \u00e9tait impossible, comme si une force vive pousse dans le dos pour retrouver une terre oubli\u00e9e, comme si le corps boit l\u2019air qui t\u2019appartient un peu. Je suis d\u2019ailleurs et pourtant d\u2019ici, j\u2019ai ramen\u00e9 mes pieds \u00e0 l\u2019endroit. Je n\u2019esp\u00e8re pas pour mourir demain. Si je baisse la t\u00eate et ne regarde que le sol l\u2019ancien se m\u00eale \u00e0 la renaissance, les pav\u00e9s ray\u00e9s, certaines maisons gardent traces. Dans les familles mouvantes la trace se perd, les maisons vendues ou jamais achet\u00e9es, les photos dans des bo\u00eetes \u00e9gar\u00e9es, reste l\u2019absence des sourires sur les photographies s\u00e9rieuses d\u2019\u00e9poques, celles ou l\u2019on pose, garder prestance. Mon corps donc issue de cette porte. Derri\u00e8re, une femme qui deviendra une m\u00e8re puis une grand-m\u00e8re nait en 1905 , la mort avant d\u2019\u00eatre arri\u00e8re, sauf que non puisque nous sommes n\u00e9s, une dizaine issue de cette porte, puis encore une port\u00e9e d\u2019arrivants de nos ventres une arri\u00e8re arri\u00e8re derri\u00e8re cette porte \u00e0 point\u00e9 une t\u00eate puis les \u00e9paules d\u00e9gag\u00e9es, peut-\u00eatre l\u2019a-t-on retourn\u00e9 comme lorsqu\u2019on croyait que pleurer le b\u00e9b\u00e9 d\u00e9gageait les poumons, t\u00eate en bas claque fesses, maladresse transfus\u00e9e de bras en bras, de ventre en ventre. Il s\u2019agit donc de ventre, de nombril, et de porte. Derri\u00e8re la porte ne peut exister ce b\u00e9b\u00e9 ici et maintenant pourtant je glisse mes doigts sur la poign\u00e9e par hasard arriv\u00e9e ici. Depuis les b\u00e9b\u00e9s sortent des ventres \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, plus derri\u00e8re les portes de villages grondant. Je suis arriv\u00e9e avec un f\u0153tus dans mon ventre, une pr\u00e9misse, a grandi ici, \u00e0 quelques pas de cette porte qui a ouvert les cuisses d\u2019une arri\u00e8re arri\u00e8re \u00e0 l\u2019accent chantant, je ne sais rien mais des cousins s\u00fbrement parcourent les rues. Des Callas il y en a pleins par ici dit le cimeti\u00e8re, d\u2019ici on ne part pas beaucoup quand on y est n\u00e9, sauf pour les \u00e9tudes et retour. Ce b\u00e9b\u00e9 une anomalie atterrissant dans le Tarn petite fille. Je ne pensais pas \u00eatre d\u2019ici pourtant je suis l\u00e0 et parcours les oliviers et la terre argileuse qui ne se laisse pas \u00e9touffer si la pluie d\u00e9cide de se montrer virulante. La porte, s\u00fbrement inond\u00e9e plusieurs fois abritait-elle de la tendresse&nbsp;? Elle n\u2019aimait pas les filles, est ce parce qu\u2019elle n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 aim\u00e9e&nbsp;? Si je pouvais revenir avant, j\u2019immortaliserais ses peines d\u2019enfants, peut-\u00eatre qu\u2019une image douce transfigurait l\u2019avenir&nbsp;? &nbsp;Ma maison n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9e au moment de son premier cri mais du mien si. Pas d\u2019ici et pourtant la trace me suit. Des petits pas se fondent anc\u00eatres et c\u2019est \u00e9tonnant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je ne suis pas d\u2019ici et pourtant. Derri\u00e8re cette porte mon arri\u00e8re-grand-m\u00e8re est n\u00e9e. 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