{"id":92913,"date":"2022-09-17T13:29:34","date_gmt":"2022-09-17T11:29:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=92913"},"modified":"2026-05-01T23:00:14","modified_gmt":"2026-05-01T21:00:14","slug":"photofiction-02-le-baiser-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photofiction-02-le-baiser-2\/","title":{"rendered":"#photofictions #02 | Le baiser 2"},"content":{"rendered":"\n<p>La rue s&rsquo;\u00e9tire. Le long trait d&rsquo;asphalte se heurte \u00e0 la fa\u00e7ade carr\u00e9e d&rsquo;une demeure bourgeoise. Les r\u00e9verb\u00e8res sont \u00e9teints. Elle cuisine. <em>R\u00e9verb\u00e8re<\/em> : <em>c&rsquo;est un beau mot.<\/em> Un go\u00fbt de m\u00e9tal, subreptice et incertain envahit la langue. Sous ses doigts puis le long du poignet, monte le toucher r\u00eache de l&rsquo;assiette en fer blanc. Une salive \u00e9paisse se r\u00e9pand de l&rsquo;arri\u00e8re des molaires jusqu&rsquo;au devant des incisives. La batterie est charg\u00e9e. L&rsquo;\u00e9cran d&rsquo;un smartphone projette \u00e0 travers la pi\u00e8ce une lumi\u00e8re aquatique.<em> Se sont multipli\u00e9s ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es&#8230; attroupements dans d&rsquo;anciennes rues passantes&#8230; attir\u00e9s par l&rsquo;odeur, la vibration des foules disparues&#8230; <\/em> Elle observe la rue. Elle effleure le bouton central. <em>Pas une question de r\u00e9glage plut\u00f4t d&rsquo;intuition, de r\u00e9gularit\u00e9, tout est affaire de r\u00e9gularit\u00e9, d\u00e9composition, recomposition.<\/em> Le flash s&rsquo;active. Le m\u00e9tal, passivement, r\u00e9fl\u00e9chit la lumi\u00e8re. <strong>Sur l&rsquo;\u00e9cran, s&rsquo;\u00e9tend une grande t\u00e2che blanche.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Elle descend le long de l&rsquo;all\u00e9e arbor\u00e9e. La nuit est moite. Le cours d&rsquo;eau \u00e9met un bruissement feutr\u00e9. Un rayon de lune p\u00e9n\u00e8tre \u00e0 travers les frondaisons. De la surface martel\u00e9e jaillissent \u00e7a et l\u00e0 des \u00e9clats d&rsquo;argent. <em>se regroupent en meute&#8230;<\/em> <em>pass\u00e9s ma\u00eetre dans l&rsquo;art du camouflage&#8230; <em>d\u00e8s lors, les \u00e9changes thermiques se font mal entre la peau et l&rsquo;air, ils..<\/em><\/em>.  Au ras du sol ondulent des phosphorescences bleut\u00e9es. <em>Disons, observer avec la peau, ou m\u00eame pas, percevoir avec le sang, ing\u00e9rer, par le seul effet d&rsquo;un \u00e9cart de pression, par capillarit\u00e9, disons m\u00e9taboliser, faire dispara\u00eetre le cadre, le rendre minuscule, rendre l&rsquo;image liquide, voyez, se dire que l&rsquo;image elle-m\u00eame observe et que l&rsquo;inversion est toujours possible, se dire que l&rsquo;on peut y rester log\u00e9, qu&rsquo;elle pourrait elle-m\u00eame disons, devenir plus r\u00e9elle que l&rsquo;observateur, n&rsquo;est-ce pas ?<\/em> Elle longe le cours d&rsquo;eau. L&rsquo;all\u00e9e est d\u00e9serte. Elle presse doucement le bouton. Le flash s&rsquo;active. <strong>Sous l&rsquo;\u00e9clairage brutal se dessine \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran, un visage.<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>La vapeur \u00e9manant de l&rsquo;eau de cuisson se condense sur la vitre. De grosses gouttes d\u00e9goulinent et forment de petites flaques sur le plan de travail. La lumi\u00e8re se diffuse \u00e0 travers la fen\u00eatre embu\u00e9e et projette sur la fa\u00e7ade un cadre large. Le faisceau des branches se teinte de reflets dor\u00e9s. Le fond d&rsquo;un tronc se noie dans l&rsquo;obscurit\u00e9. <em>Faire de l&rsquo;image le support de toute sensation, un appel au toucher bien s\u00fbr, mais convoquer les autres sens, jouer des homologies, il est dans le geste et l&rsquo;effet une m\u00eame fonction, se fonder toujours sur ces notions voyez-vous, la vitesse d&rsquo;obturation, le d\u00e9clenchement<\/em>. Elle \u00e9volue dans la rue d\u00e9serte comme au travers d&rsquo;une onde \u00e9paisse, l&rsquo;oreille tendue vers le tintamarre absent de la ville \u00e9teinte. La pulpe du pouce \u00e9crase le bouton. Le flash s&rsquo;active. <strong>Une ample silhouette se dessine au bout de la rue.<\/strong> <em>Se prot\u00e8gent de la chaleur&#8230; un pelage dense et sombre&#8230; Certains sp\u00e9cimens&#8230; la nuit quand le temps est frais. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Elle s&rsquo;oriente au chuchotement t\u00e9nu du cours d&rsquo;eau dans la nuit poisseuse. Sous les frondaisons, le r\u00e9seau entortill\u00e9 des branches comprime l&rsquo;air comme le ferait une chape. Une brindille craque. Une chaleur la traverse. Le flash s&rsquo;active. <strong>La gueule est largement ouverte. La salive, sous l&rsquo;effet de l&rsquo;\u00e9clairage brutal, fait des tra\u00een\u00e9es lumineuses qui hachent l&rsquo;\u00e9cran<\/strong>. Elle per\u00e7oit sur sa peau un glissement soyeux, puis la pression r\u00eache des coussinets. L&rsquo;\u00e9piderme \u00e9lastique c\u00e8de sous la griffe. Un lambeau de chair se d\u00e9tache. Le flash s&rsquo;active.<strong> Le large poitrail saisi dans son mouvement pr\u00e9sente \u00e0 l&rsquo;image des contours flous.<\/strong> Elle \u00e9volue dans l&rsquo;all\u00e9e d\u00e9serte. Sous la langue, se r\u00e9pand en caudalies tenaces, un \u00e2cre go\u00fbt de fer. Elle s&rsquo;\u00e9loigne du cours d&rsquo;eau. <em>Des ph\u00e9nom\u00e8nes de concurrence intra-esp\u00e8ces<\/em>&#8230; <em>d\u00e9serter certains centres peupl\u00e9s&#8230; des quartiers entiers<\/em>&#8230; Elle tape le digicode et emprunte l&rsquo;escalier. Dans la douche, le jet d&rsquo;eau est froid. La fen\u00eatre est ferm\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Photographier en somme comme on renifle, je vous dirais de photographier avec le nez<\/em>. <em>Aller jusqu&rsquo;au bout. Supprimer les m\u00e9diations. \u00catre pr\u00eat toutefois, l\u00e0 est la difficult\u00e9, moins dans la technique voyez-vous, \u00eatre pr\u00eat \u00e0 accepter de voir ce qui appara\u00eet, ce que renvoie l&rsquo;image ainsi capt\u00e9e<\/em>&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle claque la langue. Des flots de salive sourdent des glandes. Une saveur ferrugineuse envahit sa bouche. La rue, obstin\u00e9ment, reste d\u00e9serte. Elle d\u00e9pose sur la tablette, le t\u00e9l\u00e9phone d\u00e9charg\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"680\" height=\"601\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/av-camus.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-92753\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/av-camus.jpg 680w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/av-camus-420x371.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 680px) 100vw, 680px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\">Avenue Camus. Plein jour. Trac\u00e9 rectiligne. Bord\u00e9e de part et d'autres par des arbres charg\u00e9s de fleurs. Rue d\u00e9serte. Quartier cossu. Les p\u00e9tales recouvrent la chauss\u00e9e, d\u00e9collent, tournoient tels des pollens. A quelques m\u00e8tres, la Ch\u00e9zine s'\u00e9coule en un filet t\u00e9nu. Autrefois les bicyclettes, l\u00e9g\u00e8res, le long de l'art\u00e8re. La rue est \u00e9cras\u00e9e sous la pesanteur envahissante des fleurs. La journ\u00e9e s'\u00e9tire dans le chaud silence. <\/pre>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\"><strong>Codicille <\/strong>: m\u00eame dispositif que la version 1, mais en changeant un peu l'\u00e9criture et supprimant la phrase nominale.<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La rue s&rsquo;\u00e9tire. Le long trait d&rsquo;asphalte se heurte \u00e0 la fa\u00e7ade carr\u00e9e d&rsquo;une demeure bourgeoise. Les r\u00e9verb\u00e8res sont \u00e9teints. Elle cuisine. R\u00e9verb\u00e8re : c&rsquo;est un beau mot. Un go\u00fbt de m\u00e9tal, subreptice et incertain envahit la langue. Sous ses doigts puis le long du poignet, monte le toucher r\u00eache de l&rsquo;assiette en fer blanc. 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