{"id":92963,"date":"2022-09-17T09:23:33","date_gmt":"2022-09-17T07:23:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=92963"},"modified":"2022-09-17T09:23:35","modified_gmt":"2022-09-17T07:23:35","slug":"photofictions-02-cette-photographie-ma-preferee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photofictions-02-cette-photographie-ma-preferee\/","title":{"rendered":"#photofictions #02 | cette photographie, ma pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"604\" height=\"434\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Maman1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-92964\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Maman1.jpg 604w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Maman1-420x302.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Cette photographie, ma pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e. Je me souviens \u00e0 peine de ce visage, ou plut\u00f4t de cette \u00e9poque, j&rsquo;aurais voulu la photographier encore, j&rsquo;aurais voulu retrouver cet abandon. Dans l&rsquo;appartement de Bastia un matin, des murs clairs, des meubles en bois d&rsquo;\u00e9rable massif, miell\u00e9s de cires, volutes de fum\u00e9e, son visage, celui du matin. Elle allumerait sa cigarette, dans ce geste retrouver tous les matins depuis que je me souviens d&rsquo;elle. Un jour de bapt\u00eame dans une robe longue et merveilleuse, une robe dos nue et mauve \u00e0 fleurs g\u00e9antes et color\u00e9es, son visage se retournerait vers l&rsquo;objectif, elle sourirait, autour on reconnaitrait des amis. Elle \u00e9crirait assise sous la lampe, appliqu\u00e9e, en appui sur le cuir vert du secr\u00e9taire \u00e0 serrure, une lumi\u00e8re poudr\u00e9e, une cigarette dans la main qui n&rsquo;\u00e9crit pas. La trace de ses l\u00e8vres sur une tasse \u00e0 caf\u00e9, au fond de la tasse un jus brun collant, elle prenait deux sucres dans cette tasse minuscule. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9t\u00e9, nous serions assises c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, absorb\u00e9es dans une conversation, ignorer \u2014 ou feindre de \u2014 le photographe, on aurait peut-\u00eatre utilis\u00e9 le retardateur. Je me souviens de ce moment, de la tension, cet \u00e9t\u00e9 l\u00e0 elle \u00e9tait souvent de mauvaise humeur, agac\u00e9e. Aux arriv\u00e9es de l&rsquo;a\u00e9roport de Bastia Poretta, elle serrerait dans ses bras une de ses petites filles, leurs joues \u00e9cras\u00e9es, elle regarderait l&rsquo;objectif. Devant la d\u00e9faite du visage vieilli, sa col\u00e8re \u2014 elle a d\u00e9chir\u00e9 l&rsquo;image, j&rsquo;\u00e9tais horrifi\u00e9e. Sa silhouette quand elle marche le long de la mer sur la plage de la Marana, en presque contrejour, rapetiss\u00e9e comme une enfant dans la perspective. L&rsquo;image est immobile \u2014  pourtant dans l&rsquo;incertitude des contours de son corps br\u00fbl\u00e9s de lumi\u00e8re, je retrouverais sa d\u00e9marche. Dans la cuisine illumin\u00e9e du soir, alors qu&rsquo;elle roulerait la graine \u00e0 la main \u2014 elle, ni Alg\u00e9rienne, ni pied-noire \u2014 son couscous c&rsquo;est le kabyle, J&rsquo;ai appris l\u00e0 bas, la main s\u00e9parerait les grains dor\u00e9s de beurre, le flou de la cuisine derni\u00e8re. La chambre am\u00e9nag\u00e9e pour ses petits enfants \u00e0 Bastia, photographi\u00e9e \u00e0 hauteur d&rsquo;enfant, les pieds du lit en osier tress\u00e9 sur la tomette. Attendre qu&rsquo;au travers des jalousies la lumi\u00e8re vienne \u00e9clairer la main recroquevill\u00e9e pr\u00e8s de son visage endormi, autour laisserait voir le silence. Les bagues accumul\u00e9es sur la main de porcelaine. La petite berg\u00e8re en biscuit, les yeux bleus les joues roses, entre ses mains le panier orn\u00e9 de roses fragiles o\u00f9 s&rsquo;accumulent des bijoux de pacotille. Le porte photo en forme d&rsquo;arbre, l&rsquo;ovale imparfait des d\u00e9coupes des portraits dans les m\u00e9daillons suspendus. Une nature morte, l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un tiroir o\u00f9 sont rang\u00e9s des sous-v\u00eatements, le contraste de la bretelle poudr\u00e9e d&rsquo;un soutien-gorge sur le fond acajou du tiroir, la brillance synth\u00e9tique sur le bois mat, d\u00e9j\u00e0 je ne me souviens plus de la plupart de ces v\u00eatements. Cette photographie, ma pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, dont j&rsquo;ignore qui l&rsquo;a prise, qui n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait celle du visage de ma m\u00e8re tel que je m&rsquo;en souviens, dans la distance qu&rsquo;elle met entre nous, r\u00e9veille un sentiment difficile, l&rsquo;immense envie de la consoler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">bien consciente d&rsquo;\u00eatre \u00e0 cot\u00e9, tout en \u00e9tant dans l\u2019extr\u00eame proche <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette photographie, ma pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e. Je me souviens \u00e0 peine de ce visage, ou plut\u00f4t de cette \u00e9poque, j&rsquo;aurais voulu la photographier encore, j&rsquo;aurais voulu retrouver cet abandon. Dans l&rsquo;appartement de Bastia un matin, des murs clairs, des meubles en bois d&rsquo;\u00e9rable massif, miell\u00e9s de cires, volutes de fum\u00e9e, son visage, celui du matin. 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