{"id":93091,"date":"2022-09-18T19:14:06","date_gmt":"2022-09-18T17:14:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=93091"},"modified":"2022-09-23T16:59:24","modified_gmt":"2022-09-23T14:59:24","slug":"photofictions-02-ce-nest-pas-un-musee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photofictions-02-ce-nest-pas-un-musee\/","title":{"rendered":"#photofictions #02 |\u00a0ce n&rsquo;est pas un mus\u00e9e"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Fac\u0327ade-et-portail.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-93092\" width=\"242\" height=\"465\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Fac\u0327ade-et-portail.png 333w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Fac\u0327ade-et-portail-219x420.png 219w\" sizes=\"auto, (max-width: 242px) 100vw, 242px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>Si j\u2019\u00e9tais un passe-muraille je franchirais le grand portail de bois de la maison familiale pr\u00e8s de l\u2019\u00e9tang de Thau, en face de S\u00e8te, dans un village entour\u00e9 de vignes. Maison vigneronne ne m\u2019appartenant plus depuis longtemps. Le portail n\u2019a pas chang\u00e9. Un d\u00e9tour par Google Earth donne \u00e0 voir fa\u00e7ade et portail. Mais j\u2019en serais d\u00e9\u00e7ue. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur tout a \u00e9t\u00e9 r\u00e9am\u00e9nag\u00e9, alors se souvenir, se souvenir encore de l\u2019espace situ\u00e9 juste derri\u00e8re le grand portail.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019empresser de restituer l\u2019atmosph\u00e8re, les odeurs, les lumi\u00e8res et les ombres, de collecter dans la m\u00e9moire les objets, les espaces, les personnes qui y vivaient, aucune photo disponible prise dans ce lieu. Travailler avec leurs seules empreintes, s\u2019empresser de retrouver encore<\/p>\n\n\n\n<p>Reprendre la mesure de cet espace, la maison est grande, et le rez-de-chauss\u00e9e nomm\u00e9 \u00ab\u2009magasin\u2009\u00bb dans cette r\u00e9gion est immense. Il ne s\u2019agit pas d\u2019un antre commercial mais d\u2019une sorte d\u2019atelier large et profond, o\u00f9 travaillait souvent le grand-p\u00e8re Pierre o\u00f9 s\u2019engouffraient le cheval, la charrette pour rejoindre l\u2019\u00e9curie situ\u00e9e tout au fond. R\u00e9aliser des prises en plan large puis zoomer sur des d\u00e9tails, reprendre la mesure encore<\/p>\n\n\n\n<p>Resituer chaque \u00e9l\u00e9ment, \u00e0 gauche en entrant l\u2019\u00e9tabli, avec tous ses outils soigneusement rang\u00e9s sur des \u00e9tag\u00e8res au-dessus, o\u00f9 r\u00e9gnait un d\u00e9sordre indicible sur la partie basse, morceaux de bois, de caoutchouc, gamelles et vieilles chaussures de travail, sur le c\u00f4t\u00e9 droit la meule fix\u00e9e dans le mur, gros plan, resituer chaque \u00e9l\u00e9ment encore<\/p>\n\n\n\n<p>Rep\u00e9rer \u00e0 droite la porte avec sa chati\u00e8re qui donnait l\u2019acc\u00e8s au premier \u00e9tage, aux pi\u00e8ces habit\u00e9es et au grenier, rep\u00e9rer encore<\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9ciser que ce magasin lieu de passage conduisait \u00e0 l\u2019\u00e9curie situ\u00e9e tout au fond pr\u00e8s des foudres \u00e0 vin \u00e0 l\u2019\u00e9poque d\u00e9saffect\u00e9es. Ces grandes cuves attisaient la curiosit\u00e9, il suffisait d\u2019ouvrir la valve d\u2019entr\u00e9e de s\u2019approcher et de ressentir des odeurs de vin d\u2019imaginer des pr\u00e9sences \u00e9tranges vivant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Les bruits singuliers qui parfois en \u00e9manaient ne le contredisaient pas, pr\u00e9ciser encore<\/p>\n\n\n\n<p>Observer tout devant la charrette et \u00e0 proximit\u00e9 les comportes en bois cercl\u00e9es de fer toujours pr\u00eates pour les prochaines vendanges, les bonbonnes en verre, les maillets, observer encore<\/p>\n\n\n\n<p>Recenser les cruches en terres nomm\u00e9es plongeons, ceux que l\u2019on enterre sous une souche pendant les vendanges pour maintenir l\u2019eau fra\u00eeche, recenser encore<\/p>\n\n\n\n<p>Localiser le cagibi secret, interdit aux enfants, rempli de bouteilles de vin plus pr\u00e9cis\u00e9ment de muscat fait par Pierre dans son petit pressoir. De nombreuses toiles d\u2019araign\u00e9es en prot\u00e9geaient l\u2019entr\u00e9e. Le pressoir pour le muscat pos\u00e9 \u00e0 la gauche du placard, localiser encore<\/p>\n\n\n\n<p>Ouvrir les portes grin\u00e7antes du placard&nbsp;: \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur assiettes, tasses, verres et casseroles en aluminium, bougies et lampes \u00e0 p\u00e9trole, ouvrir encore<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9voquer juste en face une petite table et quatre chaises en paille utilis\u00e9es seulement l\u2019\u00e9t\u00e9 pour jouir d\u2019une temp\u00e9rature agr\u00e9able, photographier le dessin grav\u00e9 sur la table, \u00e9voquer encore<\/p>\n\n\n\n<p>Montrer la chemin\u00e9e avec les pots de c\u00e2pres cueillis avec la grand-m\u00e8re Maria le long du chemin entour\u00e9 de murs en pierres surmont\u00e9s de grenadiers d\u2019un c\u00f4t\u00e9, de l\u2019autre de c\u00e2priers, montrer encore<\/p>\n\n\n\n<p>Attraper le panier en osier et se sentir si pr\u00e8s d\u2019aller cueillir les figues, le matin bras dessus bras dessous avec Maria traversant le village, atteignant une vigne appel\u00e9e la Polombi\u00e8re, l\u00e0 o\u00f9 se nichait un renfoncement presque une grotte dans laquelle la famille se r\u00e9fugiait pendant la guerre lors des bombardements. Cueillant avec d\u00e9licatesse les plus belles figues de cet arbre&nbsp;la moiti\u00e9 du tronc enfoui dans le mur de pierres et offrant une ombre r\u00e9confortante, attraper encore<\/p>\n\n\n\n<p>Bien voir la porte de l\u2019\u00e9curie, le grand coffre \u00e0 grains d\u2019avoine, la pelle r\u00e9par\u00e9e moiti\u00e9 m\u00e9tal moiti\u00e9 bois, le cheval gris qui adorait les \u00e9corces de melons, bien voir encore<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019inqui\u00e9ter pour les mains rid\u00e9es et crevass\u00e9es de Pierre, se rassurer en voyant la petite fiole d\u2019huile de glycerine salvatrice, s\u2019inqui\u00e9ter encore<\/p>\n\n\n\n<p>Grimper au-dessus de l\u2019\u00e9curie et parcourir le petit appartement pour les vendangeurs espagnols, parcourir encore<\/p>\n\n\n\n<p>Humer l\u2019odeur singuli\u00e8re d\u2019humidit\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par le sol en terre compacte et lisse, noire et luisante certains jours, m\u00eal\u00e9e \u00e0 celle des comportes impr\u00e9gn\u00e9es des sucs de raisins, de l\u2019avoine et du cheval, humer encore<\/p>\n\n\n\n<p>Ne pas oublier le puits situ\u00e9 au ras du sol, couvercle en pierre muni d\u2019un anneau en fer. Interdiction formelle de s\u2019en approcher lorsque Pierre l\u2019ouvrait. Lieu de peur et de fascination conduisant au centre de la Terre et au contact des fant\u00f4mes qui r\u00f4daient la nuit, ne pas oublier encore<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9coder les messages occultes dans l\u2019assemblage de taches sur les murs, failles, plis, interstices et toiles d\u2019araign\u00e9es, d\u00e9coder encore<\/p>\n\n\n\n<p>Revoir les sc\u00e8nes de repas et la tendresse infinie des \u00e9changes, revoir encore<\/p>\n\n\n\n<p>Entendre les voix assourdies de Pierre et de Maria, entendre encore<\/p>\n\n\n\n<p><em>Franchir ce portail mentalement sans r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des photos absentes ou \u00e9gar\u00e9es c\u2019\u00e9tait choisir de retrouver un chemin enfoui sous la poussi\u00e8re. Impression d\u2019une roue qui tourne, d\u2019un temps non lin\u00e9aire et d\u2019un arr\u00eat sur image. En capturant comme avec un lasso les pi\u00e8ces d\u2019un puzzle, en ajoutant des \u00e9l\u00e9ments qui en appelaient d\u2019autres, une cha\u00eene sensible s\u2019est constitu\u00e9e. Tout r\u00e9sonne dans la t\u00eate, se superpose, se m\u00e9tamorphose en sensations douces, m\u00e9lancoliques. Poser des mots-images c\u2019est redonner une visibilit\u00e9 \u00e0 tous ces objets, situations disparus et t\u00e9moins de la banalit\u00e9 d\u2019une vie simple, c\u2019est reconstituer un monde en miniature. Et ce n\u2019est pas un mus\u00e9e. Plut\u00f4t une sorte d\u2019\u00e9criture pictographique dans ce \u00ab<\/em><em>\u2009<\/em><em>magasin<\/em><em>\u2009<\/em><em>\u00bb, des caract\u00e8res agenc\u00e9s, des photographies fant\u00f4mes de ce lieu qui n\u2019a conserv\u00e9 que son portail d\u2019origine. Une des pierres d\u2019une fondation mentale, un pilier solide, toujours pr\u00e9sent m\u00eame dans son silence.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si j\u2019\u00e9tais un passe-muraille je franchirais le grand portail de bois de la maison familiale pr\u00e8s de l\u2019\u00e9tang de Thau, en face de S\u00e8te, dans un village entour\u00e9 de vignes. Maison vigneronne ne m\u2019appartenant plus depuis longtemps. Le portail n\u2019a pas chang\u00e9. Un d\u00e9tour par Google Earth donne \u00e0 voir fa\u00e7ade et portail. 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