{"id":93228,"date":"2022-10-30T20:34:37","date_gmt":"2022-10-30T19:34:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=93228"},"modified":"2025-02-06T19:05:12","modified_gmt":"2025-02-06T18:05:12","slug":"testard_photofictions_1_1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_photofictions_1_1\/","title":{"rendered":"#photofictions #01 | Pour un selfie"},"content":{"rendered":"\n<div id=\"le_parking\" class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p>Je n&rsquo;entrerai pas dans le d\u00e9tail.<\/p>\n\n\n\n<p>Je sors sans le dire, l&rsquo;auto d\u00e9marre, le ciel est blanc. Je ne dis pas ce que je fais. L&rsquo;auto entre en for\u00eat. \u00c0 dix minutes en auto de la maison le parking en for\u00eat silencieux, l&rsquo;air immobile. Empli de silence. Moteur, contact coup\u00e9s. Je descends. Je n&rsquo;en ai pas ressenti l&rsquo;effet dans l&rsquo;auto. C&rsquo;est d&rsquo;\u00eatre debout \u00e0 c\u00f4t\u00e9, me voil\u00e0 dans l&rsquo;air. Dans son aire. Je me suis rang\u00e9 le long d&rsquo;une auto, le blanc de la Clio s&rsquo;y coule comme d&rsquo;un \u0153uf, pas de jaune. Elle est l\u00e0. Le mobile me sort de la poche.&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p>La photo<\/p>\n\n\n\n<p id=\"la_photo\">Rien ne semble bouger. Entre les arbres l&rsquo;air est immobile comme les autos, deux, dedans personne. Elle s&rsquo;impose. Stationn\u00e9e l\u00e0. Elle est dehors. Je suis dehors. Je n&rsquo;ai dit ce que je viens faire \u00e0 personne, je fais un tour complet sur moi et le parking qui se perd au milieu des arbres, le parking garde le silence&nbsp;: je suis seul. Je ne m&rsquo;\u00e9terniserai pas. Parce qu&rsquo;apr\u00e8s il y a l&rsquo;incendie et les carrefours et l&rsquo;homme et tout \u00e7a, l&rsquo;air. Elle me tient en respect. Elle, me retient l\u00e0. Il n&rsquo;y a pas plus loin que le parking, elle dit. Je ne crois pas que je suis en train de faire ce que je fais. Elle est devant moi maintenant, j&rsquo;ai fait un pas. Elle attend d&rsquo;\u00eatre prise. Elle attend de voir si je vais la prendre. Moi je suis en tenue. Dire que j&rsquo;allais \u00e9teindre le mobile. J&rsquo;allais le laisser dans l&rsquo;auto, dans le coffre, je me suis dit&nbsp;: autant l&rsquo;\u00e9teindre. Puis&nbsp;: s&rsquo;il est \u00e9teint, autant le prendre. Je l&rsquo;ai sorti. Je l&rsquo;ai, l\u00e0. Elle&nbsp;: de marbre. Alors je le fais. Me plante l\u00e0. Je mets le mobile entre elle et moi, sous les hauts h\u00eatres et ch\u00eanes. D&rsquo;o\u00f9 le silence tombe, surplombant. Dont les branches, dont les frondaisons, leurs reflets, aussi, tombent, dans l&rsquo;auto. Coulent sur elle, se glissent en elle ou \u00e0 la surface d&rsquo;elle, d\u00e9posent une profondeur et sans se mouvoir plus, se dessinent. Cascade de reflets fig\u00e9e dans son eau. J&rsquo;appuie une fois. Gel\u00e9e d&rsquo;un gel d&rsquo;encre noire. Elle ne cille pas. Une deuxi\u00e8me fois. Les bras braqu\u00e9s, verrouill\u00e9s. Les deux mains prises, la prise souple mais ferme, le doigt qui se pose. Touche l&rsquo;\u00e9cran. Et sans me perdre en d\u00e9tail, parce que je ne suis pas l\u00e0 pour \u00e7a, pour elle, \u00e0 hauteur de ventre, de mon sternum une troisi\u00e8me fois les pieds plant\u00e9s dans le parking et surtout, surtout, dans le souffle qui s&rsquo;\u00e9coule de moi sans heurt le temps de la mise au point, j&rsquo;interpose l&rsquo;\u00e9cran de mon mobile.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9cran<\/p>\n\n\n\n<p id=\"le_defender\">Je ne dirais pas ce que je fais. Aux prises, seul, avec elle. Prendre une photo d&rsquo;un stationnement automobile&nbsp;; autoris\u00e9 qui plus est&nbsp;; automobile qui ne m&rsquo;appartient pas au demeurant. Le son enregistr\u00e9 de m\u00e9canisme d&rsquo;obturateur s&rsquo;entend, une, deux, trois. Quatre fois&nbsp;: je n&rsquo;ai pas coup\u00e9 le son. Cinq, pour voir. Jusqu&rsquo;\u00e0 la bonne, hein&nbsp;? Vous connaissez un mobile qui ne fait pas photo&nbsp;? Dire que j&rsquo;allais l&rsquo;\u00e9teindre. Et je ne sais pas qui vous \u00eates pour vous dire \u00e7a, vous allez voir des arbres renvers\u00e9s et il y aura quelqu&rsquo;un dans mon dos, un homme, six, et de l&rsquo;incendie dans l&rsquo;air. Le parking garde le silence sur tout \u00e7a. Il est le dernier Defender. Je le lis au cul. Jamais vu. Pas entendu parler. Oui, il est photog\u00e9nique et puis&nbsp;? D&rsquo;un gris profond. Il est d&rsquo;un gris plomb. Gris d&rsquo;orage. Il fait \u00e9cran entre la for\u00eat et moi. Se dresse entre elle et moi. Dans le chemin entre elle et moi, on dirait qu&rsquo;il fait une cage d&rsquo;une flaque de l&rsquo;eau noire des bois mais je tra\u00eene, l\u00e0. Que la futaie autour de nous se mire en lui et qu&rsquo;elle se maquille de noir et qu&rsquo;elle se plie et plonge en lui, dans ses contours&nbsp;; que mon \u0153il et lui soient de la m\u00eame eau&nbsp;; qu&rsquo;il soit tout plein de son effet et de six, je pousse un ouf&nbsp;: je ne m&rsquo;y retrouve pas. Nulle part \u00e0 sa surface ne se trouve mon image. Juste en face de moi une macule ou bavure&nbsp;: le miroir noir de mon mobile a seul rejoint la pompe, fun\u00e8bre, de l&rsquo;auto, par coalescence. Si j&rsquo;en prends une derni\u00e8re image c&rsquo;est pour la traverser. Et je l&rsquo;oublierai, je me dis. Je le fais entrer dans le mobile, j&rsquo;\u00e9teins le mobile et n&rsquo;en parle plus.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Sans mobile<\/p>\n\n\n\n<p id=\"le_mobile\">Je le coupe. Je quitte Appareil photo et j&rsquo;\u00e9teins, je fais \u00c9teindre, une fois. \u00c9teindre une deuxi\u00e8me fois. Mon mobile, un coup bref, vibre, il a compris. Dire que j&rsquo;allais rejoindre l&rsquo;indiff\u00e9rence des bois, l&rsquo;indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale. Je croyais. Je ne vous dis pas \u2014 ou je vous dis tout&nbsp;? Dire que je viens me taire. Je le serre contre moi. Je l&rsquo;ai \u00e0 mon bras. Je le porte \u00e9teint. Le mobile est \u00e9teint en for\u00eat, merci de votre compr\u00e9hension. Je garde le silence. Je l&#8217;emporte en for\u00eat. Je ne vais pas me faire sonner. Ne pas me voir appel\u00e9. Je vais sans dire, tout mobile \u00e9teint, ne pas \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 parler. Ni m&rsquo;y laisser aller. Ni pouss\u00e9. Ne viens pas dire ce que je fais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div id=\"l_allant\" class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p>Cela se voit. Pour la premi\u00e8re fois depuis des jours l&rsquo;air est frais sur les bras. Il est sans vent qui r\u00e9pandrait la rumeur automobile en for\u00eat, cela encore est la diff\u00e9rence du jour. L&rsquo;agglo ne vient pas jusque l\u00e0, ne me suit pas, cherchez l&rsquo;erreur. Je suis le seul d\u00e9placement d&rsquo;air alentour. \u00c7a se passe comme \u00e7a&nbsp;: il y a la photo avec le mobile, puis plus le mobile, le mouvement seulement et l&rsquo;air. C&rsquo;est le mouvement d&rsquo;aller en for\u00eat. En tenue. En silence. Sur le dos personne. Je le porte sur moi ce que je fais. C&rsquo;est l&rsquo;allant des bras, c&rsquo;est leur \u00e9lan, l&rsquo;angle des bras, leur balancement, c&rsquo;est de balancier le mouvement des bras, le gauche, le droit, l&rsquo;\u00e9quilibre que j&rsquo;y gagne, c&rsquo;est leur coordination, \u00e9conomie de mouvement, l&rsquo;aisance dans les bras, entre, c&rsquo;est la cage, va-et-vient du thorax, sa stimulation, ses haussements c&rsquo;est l&rsquo;exercice, c&rsquo;est l&rsquo;accompagnement des bras, mouvement de pendule et comme le reste du corps, tout le corps, vivant, s&rsquo;y suspend, comme un bercement dans les bras bas et courts, pli\u00e9s sans tension, sans amplitude et l\u00e2ch\u00e9s m\u00eame de temps \u00e0 autre, ballants dans la d\u00e9contraction le poignet souple paumes vers le sol, la main ouverte sur un objet qui n&rsquo;y est pas, qui est&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En l&rsquo;air&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>ou autour des hanches, au point de leur tangence, balance, l&rsquo;avant-bras gauche entra\u00eenant la jambe droite et inversement, naturellement avec l&rsquo;aisance la cadence et la p\u00e9n\u00e9tration de l&rsquo;air, p\u00e9n\u00e9tration en l&rsquo;air des bois, des bras je veux dire, des bras touchant le fond, le fond de l&rsquo;air, fond de l&rsquo;air frais, le frai des bras en l&rsquo;air l&rsquo;air venant et comme advenant contre, le rythme imprim\u00e9 en, introduit dans l&rsquo;air, c&rsquo;est la scansion, c&rsquo;est la chanson du souffle, m&rsquo;\u00e9chappant, de mon souffle soulignant le silence, a\u00e9rien, l&rsquo;aiguisant et \u00e7a, c&rsquo;est mon allure, vous voyez ce que je veux dire. Ce que je fais, \u00e7a se voit. Ce que je fais va de soi. L&rsquo;air coule de source sur moi, cela est mon film muet.&nbsp;&nbsp;L&rsquo;air. L&rsquo;air vient contre moi. Il n&rsquo;a rien contre moi. C&rsquo;est mon allure, je vous dis. Il se laisse faire comme il se fait sentir. Son frottement. Comme il se fait sentir, se laisse entendre. Il est le seul bruit qui me vient \u00e0 l&rsquo;oreille, j&rsquo;excepte la corneille au-dessus de ma t\u00eate&nbsp;: je d\u00e9range. Je vais trop vite. Ou je me perds. Ne sais plus o\u00f9 j&rsquo;en suis&nbsp;: l&rsquo;incendie. Non. Que je vous lise le chemin d&rsquo;abord.<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p>&nbsp;Le vol<\/p>\n\n\n\n<p id=\"le_chemin\">Je n&rsquo;entrerai pas non plus dans le d\u00e9tail. Il est de la derni\u00e8re pluie. De la nuit derni\u00e8re il faut croire. La premi\u00e8re depuis des jours. Elle a redessin\u00e9 le chemin. Marbr\u00e9. Son ruissellement l&rsquo;a attaqu\u00e9 l\u00e0, creus\u00e9 tout le long l\u00e0, d\u00e9plac\u00e9. Ce qu&rsquo;ils lui ont arrach\u00e9 ou soustrait ils l&rsquo;ont emport\u00e9 plus loin, \u00e0 vue d&rsquo;\u0153il. \u00c0 port\u00e9e d&rsquo;un regard, un vol. Les yeux volent. Les yeux lisent le sol, de haut&nbsp;: de ma hauteur. Je vais suspendu au souffle, m&rsquo;y suspendre. Ce que je fais ? Je vais. Pas moyen de les laisser aller eux, dans les ramures, oiseaux, me l\u00e2cher. Le terrain est plein des accidents de la nuit, qu&rsquo;ils survolent. Qu&rsquo;ils me disent&nbsp;: o\u00f9, comment l\u00e0, l\u00e0, l\u00e0, l\u00e0 me poser. Le chemin glisse sous moi. Je lis sous moi comme il a \u00e9t\u00e9 facile, comme il s&rsquo;est pr\u00eat\u00e9, cette nuit, et laiss\u00e9 entra\u00eener, porter grain \u00e0 grain, miette par miette, sur l&rsquo;eau. Elle l&rsquo;a retourn\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 lisse. Marbr\u00e9. Elle en a redistribu\u00e9 les \u00e9l\u00e9ments par couleur, les noirs avec les noirs, blancs avec les blancs. Ce qu&rsquo;elle a fait, ce que la pluie en s&rsquo;\u00e9coulant o\u00f9 je vais a fait&nbsp;: elle a s\u00e9par\u00e9 le v\u00e9g\u00e9tal du min\u00e9ral. Elle en a festonn\u00e9 les d\u00e9nivel\u00e9s. En faisant la part du blond le plus cristallin, jusqu&rsquo;au d\u00e9compos\u00e9 le plus bourbeux et noir. Voil\u00e0 le chemin ma\u00e7onn\u00e9 dans ses gradations, ses contrastes, m\u00e9andres, rigoles. Yeux volent, je lis. Je ne dis rien des sablons. Rien des limons. Que sais-je, des \u00e9clats blanchis de silex d\u00e9gag\u00e9s du fond qui fut marin, mis au jour. Je glisse sur eux sans y tomber.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p id=\"le_survol\">Tapis volant des yeux. Mais voil\u00e0 qu&rsquo;il se retire sous moi. Un vol qui finit l\u00e0 encore une fois. En for\u00eat. Et je n&rsquo;en sais rien non plus, moi, je me fais un film.&nbsp;Et donc, \u00e7a commence par la photo en sortant de l&rsquo;auto et je sors le mobile et elle essaie de me prendre, je reprends&nbsp;: je commence par la photo en sortant de l&rsquo;auto et elle essaie de me prendre avec le mobile, m&rsquo;immobiliser mais je m&rsquo;arrache et je coupe le mobile, je vais sans mobile en for\u00eat \u2014 ce que je suis venu faire \u2014 en tous les cas le mobile \u00e9teint et sur moi et pourquoi, je ne sais pas ou, est-ce que je vais en l&rsquo;air et alors l&rsquo;air se frotte \u00e0 moi, j&rsquo;ai de l&rsquo;air sur mes bras et contre les oreilles et il me froufroute \u00e0 l&rsquo;oreille j&rsquo;ai presque envie de dire flirte, et je n&rsquo;ai les yeux ni en l&rsquo;air ni dans ma poche \u2014 ai-je une poche \u2014 mais qui lisent le chemin de toute ma hauteur, \u00e0 mon allure et sur les accidents glissent et les d\u00e9tails du terrain et c&rsquo;est du vol, je ne vous raconte pas d&rsquo;histoires ou je me les raconte d&rsquo;abord, c&rsquo;est du vol, c&rsquo;est par eux que je me lib\u00e8re au fil du chemin o\u00f9 je vais, \u00e7a va comme \u00e7a en flottant, en respirant sur le fil du chemin en l&rsquo;air l&rsquo;air me frotte jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;incendie. Je ne l&rsquo;ai pas vu venir et pour cause&nbsp;: il n&rsquo;est plus l\u00e0. C&rsquo;est comme mon mobile il est \u00e9teint.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Aur\u00e9ole<\/p>\n\n\n\n<p id=\"la_couleur\">Les dessins de la nuit sans rien dire m&rsquo;y ont conduit. Je l\u00e8ve les yeux. Et c&rsquo;est tout autour. Elle a d\u00e9bord\u00e9 du chemin, la couleur s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve elle aussi, \u00e0 hauteur de deux hommes peut-\u00eatre. Monte dans les arbres. Elle atteint les basses branches qui sont l\u00e0, les rameaux de l&rsquo;ann\u00e9e des lisi\u00e8res. Je distingue entre elles qu&rsquo;elle a couru sous les pousses, repousses r\u00e9centes des herbes&nbsp;: avant elles. Elle est comme dans l&rsquo;\u0153il d&rsquo;\u00eatre un peu partout, volatile, subrepticement, dans une diss\u00e9mination de liser\u00e9s, dans les noirs, une latence, cette \u00e9tendue, je ne sais pas dire si c&rsquo;est tache ou ombre, le mot feu vient. Il y a eu un feu. \u00c7a a br\u00fbl\u00e9. \u00c7a ne se sent pas. Ou je ne le sens pas. Un r\u00e9flexe suspenseur joue. Hol\u00e0. L&rsquo;id\u00e9e de feu de v\u00e9hicule me vient. L&rsquo;id\u00e9e de vol de voiture de suite derri\u00e8re. Me saisit. L\u00e0, tout autour de moi une auto partie en fum\u00e9e. Envol\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div id=\"l_auto_vol\u00e9e\" class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p>Je reprends ma lecture, les yeux papillonnant entre les d\u00e9bris et reliefs et autres. Abandonn\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eame, d\u00e9pareill\u00e9s sont un ressort ou l&rsquo;apparence d&rsquo;un ressort l\u00e0, l\u00e0 un catadioptre, on dirait, une touffe ou est-ce une poign\u00e9e de cheveux, queue de cheval aux extr\u00e9mit\u00e9s fris\u00e9e et qui peut \u00eatre, ou qui fut le maillage m\u00e9tallique armant l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un pneu, disparu&nbsp;; ou m\u00e9connaissables&nbsp;; amas&nbsp;; et des couleurs ou seulement leurs nuances, bleu vert d&rsquo;une custode en miettes, gris bleu de cendres aux airs de lune. Parce que c&rsquo;est comme \u00e7a o\u00f9 je vis. Les autos vol\u00e9es se posent en for\u00eat o\u00f9 elles s&#8217;embrasent. Un vol de voiture s&rsquo;ach\u00e8ve en for\u00eat. Et le r\u00eave automobile. Enfin un berlingot ou rognon de coulure d&rsquo;un m\u00e9tal fondu argent inconnu (de l&rsquo;aluminium), caract\u00e9ristique (voir le film dans lequel une cr\u00e9ature se r\u00e9g\u00e9n\u00e8re et reconfigure \u00e0 partir d&rsquo;un m\u00e9tal liquide mim\u00e9tique).<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;incendie n&rsquo;est plus que dans l&rsquo;air. A laiss\u00e9 un vide. Un creux. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de l&rsquo;incendie, une suspension. Un lustre fant\u00f4me, l&rsquo;\u00e9pave enlev\u00e9e, un \u00e9tat de flottement, ou d&rsquo;ouverture. Aur\u00e9ole. O\u00f9 je vais. De la taille d&rsquo;un petit parking, r\u00e9sidentiel, une piste de danse, vol stationnaire, je tourne l\u00e0. Juste de quoi se retourner. O\u00f9 je devine qu&rsquo;il fut contenu, ma\u00eetris\u00e9 rapidement. \u00c0 son endroit, un envers. Il a laiss\u00e9. Un espace dans lequel me mouvoir. Une aire, je lui r\u00e9ponds dans le miroir de l&rsquo;air que je tiens suspendu, \u00e0 mon souffle, et vibrant, l\u00e0. <\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p>\u00c9cho<\/p>\n\n\n\n<p>(\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p id=\"le_soleil\">Le palier haut de ma circumnavigation a\u00e9rienne, foresti\u00e8re atteint, ou satellisation dans l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment ou massif, ou de mon orbite, de ma mise en, ou sur&nbsp;: mon apog\u00e9e atteinte et\/ou d\u00e9pass\u00e9e, ne me reste plus qu&rsquo;\u00e0 me laisser descendre le long de bras et jambes. Avec le soleil, je veux dire ses rayons, sa course aussi. Je veux dire sa lumi\u00e8re ou celle qui en d\u00e9coule, qui ne va pas sans un peu, au moins, de chaleur. Sans une ti\u00e9deur. Ayant, le soleil, le tact de ne pas s&rsquo;imposer, de glisser. Faire signe juste. De demeurer \u00e9vasif sur l&rsquo;\u00e9volution m\u00e9t\u00e9orologique, tournure m\u00e9t\u00e9o du jour, rien de d\u00e9cisif dans la lumi\u00e8re, ou de trop dessin\u00e9. Ou contrast\u00e9. Ne seraient-ce que les ombres douces, grises, esquiss\u00e9es sans mettre d&rsquo;obstacle, sans trop insister des troncs en travers de mon chemin et par cons\u00e9quent sur mes cuisses, me remontant le long d&rsquo;elles et sans que j&rsquo;enjambe, sans peine. Jamais. Rien encore de condamn\u00e9 donc, dans le jour tout demeure ouvert. Je veux dire&nbsp;: suspendu.<\/p>\n\n\n\n<p>On n&rsquo;a jamais fait le tour de l&rsquo;air<\/p>\n\n\n\n<p>(\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p>Un galet<\/p>\n\n\n\n<p id=\"le_galet\">Son aspect g\u00e9n\u00e9ral et ses proportions (isoc\u00e8les vaguement triangulaires) sont d&rsquo;une hache polie n\u00e9olithique, mais en ramass\u00e9s (tr\u00e8s) et d\u00e9nu\u00e9e totalement d&rsquo;ar\u00eate (il ne conna\u00eet que la caresse vous le verrez), raccourci (arrondi) de lame d&rsquo;une hachette \u00e0 tel point qu&rsquo;il se loge tout entier dans le creux non seulement de la main mais (si je m&rsquo;applique) du poing ferm\u00e9 et de telle sorte que (sournoisement me pr\u00e9parant au combat rapproch\u00e9 ou corps-\u00e0-corps) son sommet (tout doux) fait pointer (en accentuant le mordant tout en durcissant le poing) l&rsquo;articulation osseuse du majeur. De fait et malgr\u00e9 son contour trapu, \u00e9vas\u00e9 il rappelle, le polissage en plus et en miniature (englouti qu&rsquo;il est dans ma main), le biface pal\u00e9olithique taill\u00e9 en amande qu&rsquo;on appelle (souris sans fil) coup-de-poing.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"la_n\u00e9buleuse\">Noir (ou pris pour tel) avec des inclusions (amas) d&rsquo;un brun verd\u00e2tre (mastic) ou caramel, ici n\u00e9buleuse, l\u00e0 quasi trap\u00e9zo\u00efdale, qu&rsquo;environne un petit nombre (plus ou moins la dizaine) de points d&rsquo;impact virant au roux, n\u00e9buleux eux-m\u00eames (nu\u00e9e de points) pour certains, des clart\u00e9s (comme on dit nucale), ce qui donne \u00e0 penser (laisse \u00e0 r\u00eaver) qu&rsquo;on a sous les yeux un morceau du ciel ou de nuit, que dis-je, de galaxie (Voie lact\u00e9e) tomb\u00e9 tout poli (dans sa pr\u00e9cipitation) dans la main, et qui (bien poliment) s&rsquo;y pr\u00eate, glissant (voil\u00e0 qu&rsquo;ils se d\u00e9lient) entre les doigts qui le tournent et sans avoir de cesse se le renvoient comme il passe aussi, y compris d&rsquo;un rapide bond (d\u00e9tour) en l&rsquo;air, d&rsquo;une main dans l&rsquo;autre.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"l_\u00e9piderme\">Et comme l&rsquo;eau (courante ou ressassante) en son temps a pu faire \u00e9tant bien entendu que le roulement dans les doigts est en terme de forme (pour l&rsquo;instant) sans effet mais n\u00e9anmoins performant du point de vue de l&rsquo;\u00e9clat (ou contraste) qu&rsquo;il gagne aux contacts multipli\u00e9s voire continus (frottement) de s\u00e9cr\u00e9tions naturelles de l&rsquo;\u00e9piderme exer\u00e7ant \u00e0 sa surface une esp\u00e8ce de ce qu&rsquo;il semble \u00e0 propos de nommer cirage, par o\u00f9 le calcaire du parking incrust\u00e9 dans la r\u00e9sille ou confusion de ridules et micro-griffures qui le couvre int\u00e9gralement et (s&rsquo;\u00e9chauffant) l&rsquo;apparente au lisse (lustr\u00e9) de la peau (pulpe) glabre des doigts (marques de fait imperceptibles au toucher) se trouve sinon dissout (vinaigre blanc), du moins ses apports blanch\u00e2tres provisoirement effac\u00e9s, impr\u00e9gn\u00e9 qu&rsquo;il est du film lipidique (sudoral) que mes (tripotages) manipulations lui communiquent au point que le gagne une profondeur (cosmos, glacis) de surface renfor\u00e7ant l&rsquo;impression d&rsquo;\u00e9quilibre de l&rsquo;ensemble (et l&rsquo;attirance) en rehaussant la constellation d&rsquo;accidents (\u00e9v\u00e9nements) qui l&rsquo;animent et en font un ph\u00e9nom\u00e8ne (voir le film dans lequel un monde est suspendu au collier d&rsquo;un chat) tout ce qu&rsquo;il y a de singulier, et quelconque cependant. Un galet.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"l_exposition\">Car \u00e0 bien y regarder (toucher) cet \u00e9quilibre, sa r\u00e9gularit\u00e9 (en soi tout un po\u00e8me) ne sont pas sans un menu mais cons\u00e9quent b\u00e9mol&nbsp;: sur l&rsquo;une des deux faces il manque un (tout petit) peu de mati\u00e8re, o\u00f9 se constate une \u00e9rosion et dans l&rsquo;arrondi g\u00e9n\u00e9ral un plan, tr\u00e8s modeste, l\u00e0 exactement o\u00f9 un moins fait un plus&nbsp;: cette facette (ou m\u00e9plat) lui est une semelle, sur laquelle je le fais du bout de l&rsquo;index tourner sur lui-m\u00eame (et son ombre), le mettant en valeur (et relief) par l&rsquo;inclinaison qu&rsquo;elle lui imprime une fois pos\u00e9 sur ma lunette arri\u00e8re, laquelle d\u00e9joue la sym\u00e9trie de ses proportions, l&rsquo;\u00e9levant, bien que de taille r\u00e9duite (4,5 cm dans sa plus grande dimension), au rang d&rsquo;objet d&rsquo;exposition, c&rsquo;est-\u00e0-dire fait, fa\u00e7onn\u00e9 (rien que par le temps, je n&rsquo;y vois, malgr\u00e9 tout ce que j&rsquo;en dis, nulle main de l&rsquo;homme) en vue d&rsquo;elle (c&rsquo;est qu&rsquo;il penche alors, tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et a l&rsquo;air ainsi de se pr\u00e9senter), \u00e9tat auquel sa noirceur g\u00e9n\u00e9rale (ou suppos\u00e9e&nbsp;: il est couleur de son ombre) donne toute densit\u00e9. Tout son poids&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p id=\"la_photo_2\">repris promptement (tout refroidi) en main, l&rsquo;enjeu \u00e9tant \u00e0 ce stade de lui conserver si ce n&rsquo;est son \u00e9clat (retentissement de sa trouvaille, ce saisissement) du moins un certain lustre et avec lui comme une intimit\u00e9, \u00e0 entretenir, ceci \u00e0 la fin de continuer de jouir \u00e0 plein, non seulement de (l&rsquo;exp\u00e9rience) la balance de l&rsquo;ensemble, mais \u00e9galement du d\u00e9tail, de ses nuances (cosmos contenu dans un pendentif), proc\u00e9dant, soit comme on r\u00e9chaufferait dans ses mains un oiseau palpitant (mourant) ou m\u00eame rien que son c\u0153ur (l&rsquo;\u00e9quivalent de deux beaux c\u0153urs de poulet en volume), soit qu&rsquo;on d\u00e9velopperait sans fin (bains des r\u00e9v\u00e9lateurs, de fixateurs), tirerait sans fin, un film photographique, d&rsquo;un film la photographie \u2014 tant il m&rsquo;appara\u00eet que l&rsquo;objet ramass\u00e9, cet objet-l\u00e0, dans sa capacit\u00e9 d&rsquo;accueil voire d&rsquo;absorption, paradoxale \u00e9tant de la nature qu&rsquo;on sait, de par cette disponibilit\u00e9 ou disposition qui lui est propre, sa gratuit\u00e9, son absence de motif, je veux dire de mobile (son inertie de projectile), sa suspension hors de l&rsquo;usage, son caract\u00e8re intact, est justement \u00e0 m\u00eame de fonctionner (frapper) comme photo souvenir, du moment, du lieu (ou du non-lieu), du jour&nbsp;: un memento, un n\u0153ud (au temps) \u2014, car il a besoin d&rsquo;aide, il lui faut mon concours pour le r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 (en) lui-m\u00eame et dans l&rsquo;oubli o\u00f9 il semble se tenir de son fond de noirceur (mati\u00e8re noire) le rappeler \u00e0 sa forme de perfection, \u00e0 sa (finitude) finition, et peut-\u00eatre \u00e0 son ou ses origines, il faut mettre un semblant de transparence \u00e0 son opacit\u00e9, quand il se ternit ou fane refaire briller sa nuit, raviver ses (sourdes) couleurs (ses c\u00f4t\u00e9s sombres), et qu&rsquo;une tendresse toute verbale voire bavarde (intarissable) \u00e9pouse sa dure mutit\u00e9. Sa solution de rafra\u00eechissement (d\u00e9veloppement et tirage), improvis\u00e9e (et qu&rsquo;il ne faut bient\u00f4t plus cesser de mettre en \u0153uvre), tient alors en deux exp\u00e9dients consistant \u00e0 &#8211; 1\u00b0 cracher dessus et frictionner (comme lors de sa toute premi\u00e8re prise en charge quand il s&rsquo;agissait de le d\u00e9barrasser des grains du sable et de ses r\u00e9sidus coll\u00e9s d&rsquo;argile, la ros\u00e9e des herbes de l&rsquo;accotement n&rsquo;y suffisant pas) ; &#8211; 2\u00b0 l&rsquo;enduire (nourrir) autant qu&rsquo;il se peut du s\u00e9bum (exc\u00e8s) additionn\u00e9 de sueur (apr\u00e8s l&rsquo;effort) de mon front&nbsp;; gestes un tant soit peu d\u00e9rob\u00e9s, honteux auxquels on pourra en derni\u00e8re extr\u00e9mit\u00e9 associer celui de me le fourrer enti\u00e8rement dans la bouche (gare aux dents) pour (une langue) ne lui refaire plus voir le jour que de temps \u00e0 autre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je n&rsquo;entrerai pas dans le d\u00e9tail. Je sors sans le dire, l&rsquo;auto d\u00e9marre, le ciel est blanc. Je ne dis pas ce que je fais. L&rsquo;auto entre en for\u00eat. \u00c0 dix minutes en auto de la maison le parking en for\u00eat silencieux, l&rsquo;air immobile. Empli de silence. Moteur, contact coup\u00e9s. Je descends. 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