{"id":93367,"date":"2022-09-22T14:20:14","date_gmt":"2022-09-22T12:20:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=93367"},"modified":"2022-09-22T19:09:54","modified_gmt":"2022-09-22T17:09:54","slug":"soixante-cinq-pour-cent-deau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/soixante-cinq-pour-cent-deau\/","title":{"rendered":"#photofictions #02 |\u00a0soixante cinq pour cent d&rsquo;eau"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" data-id=\"93373\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/piscine-2-1-1024x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-93373\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/piscine-2-1-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/piscine-2-1-420x420.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/piscine-2-1-200x200.jpg 200w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/piscine-2-1-768x768.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/piscine-2-1.jpg 1400w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p>Pass\u00e9 le tourniquet, je presse le pas&nbsp;: vite, je m&rsquo;en vais retenir la lourde porte d&rsquo;une \u00e9paule&nbsp;; je sens alors les premiers effluves de chlore titiller mes narines et ma gorge. J&rsquo;ai soudain trop chaud sous mes v\u00eatements d&rsquo;hiver. Je longe le mur de briques jaunes o\u00f9 sont align\u00e9s les s\u00e8che cheveux munis de gros boutons poussoir. Les uns fix\u00e9s \u00e0 hauteur d&rsquo;adulte et les autres un peu plus bas, pour les enfants. <em>Une femme en jean et pull \u00e0 col roul\u00e9 brosse ses longs cheveux bruns, la t\u00eate pench\u00e9e de c\u00f4t\u00e9, le visage l\u00e9g\u00e8rement tourn\u00e9 vers le plafond. Deux petites filles se partagent un appareil \u00e0 leur taille. Leurs t\u00eates se touchent. Des grappes de m\u00e8ches humides leur tombant sur le visage, elles scrutent le fond d&rsquo;un paquet de chips. <\/em>Je rep\u00e8re une cabine disponible et pousse la porte en t\u00e2chant de ne pas faire effraction dans l&rsquo;intimit\u00e9 de quelqu&rsquo;un. J&rsquo;entre, et au moment de faire coulisser la targette, je veille \u00e0 ce que la porte qui m\u00e8ne au c\u00f4t\u00e9 piscine ne soit pas entreb\u00e2ill\u00e9e. Je la rabats. Je r\u00e9it\u00e8re plusieurs fois le geste. Finalement je pousse la porte \u00e0 l&rsquo;aide de mon pied tandis que ma main retient la porte d&rsquo;en face. Je garde cette position inconfortable le temps d&rsquo;actionner le syst\u00e8me de fermeture avec la main restante. J&rsquo;assiste aux convulsions des parois encaissant les coups de coude des voisins. J&rsquo;entends leurs conversations. Je m&rsquo;en amuse. Je reconnais l&rsquo;accent. \u00c7a me touche et \u00e7a m&rsquo;exasp\u00e8re. J&rsquo;imagine les visages. Remarquant la pointe d&rsquo;une chaussure qui empi\u00e8te sur mon espace, je me sens comme envahi, vuln\u00e9rable. Je me d\u00e9shabille sans baisser la garde. Ouvrir l&rsquo;\u0153il&nbsp;: en haut, en bas, sous le banc. Je pense qu&rsquo;une main pourrait fort bien faucher mon sac. Je foule de mes pieds nus le carrelage antid\u00e9rapant en imaginant l&rsquo;aspect que pourrait avoir une mycose au microscope. Je doute de la couleur de mon maillot de bain. J&rsquo;acte quelques minutes de scepticisme \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de moi m\u00eame avant de me souvenir des conseils de ma pneumologue et je me d\u00e9cide enfin. Je contiens dans mes bras la boule de v\u00eatements, l&rsquo;index et le majeur recroquevill\u00e9s sur la paire de baskets. Je passe c\u00f4t\u00e9 piscine. Je reviens sur mes pas. Je r\u00e9cup\u00e8re une chaussette tomb\u00e9e en cours de route et d\u00e9couvre \u00e0 cette occasion mes voisins de cabine&nbsp;: <em>un couple de cinquantenaires en maillot de bains. Derri\u00e8re eux le fond vert pomme des cabines. Lui porte un slip rouge tr\u00e8s moulant. Blond, cheveux tr\u00e8s courts. Un homme bien b\u00e2ti \u2013 non pas comme ceux qui fr\u00e9quentent les salles de sport \u2013 sans doute qu&rsquo;il travaille de ses mains. L&rsquo;homme a pass\u00e9 son bras gauche autour du cou de sa partenaire. La femme porte un maillot noir \u00e0 deux pi\u00e8ces. Des cheveux filasses, d\u00e9color\u00e9s&nbsp;: on le remarque au niveau des racines. Elle tient du bout des doigts la main de l&rsquo;homme qui retombe sur sa poitrine. Ils se regardent dans les yeux amoureusement. L&rsquo;homme fait le pitre, cherche \u00e0 se faire encore plus grand, plus fort qu&rsquo;il ne l&rsquo;est d\u00e9j\u00e0, bombant le torse et fron\u00e7ant les sourcils comme pour se donner une allure de bandit protecteur, ce qui fait rire la femme.<strong> <\/strong><\/em>Je cherche une pi\u00e8ce pour le casier etc.&nbsp;Je me dirige vers les douches, serviette sur l&rsquo;\u00e9paule. Je me colle contre un mur au passage imp\u00e9tueux des gamins d\u00e9goulinants d&rsquo;eau froide&nbsp;: <em>Trombinoscope sur fond blanc du mur carrel\u00e9 des douches&nbsp;; bonnets de bains, lunettes sur le front&nbsp;; sourires \u00e9dent\u00e9s, concours de grimaces&nbsp;; des go\u00fbtes perlent au bout de leurs nez, au bout des cils. <\/em>Je per\u00e7ois d\u00e9j\u00e0 le tumulte l\u00e0-bas&nbsp;: une clameur floue, un flan qui enfle et d\u00e9senfle lorsqu&rsquo;il est perc\u00e9 d&rsquo;un cri trop aigu. Je passe en coup de vent sous la douche, histoire de. Je prends mon courage \u00e0 deux mains et je traverse le p\u00e9diluve, ce rep\u00e8re \u00e0 serpents articul\u00e9s de gla\u00e7ons qui s&rsquo;enfoncent dans les c\u0153urs en passant sous les ongles. Mon regard embrasse d&rsquo;un coup les deux bassins, le grand et le plus petit avec le toboggan vert qui s&rsquo;entortille, en haut duquel <em>des enfants agglutin\u00e9s grelottent en sautant sur place. Les mains tapotant les bras ou log\u00e9s entre les cuisses ils observent celui dont c&rsquo;est le tour de se lancer<\/em>. Mon regard passe sur tous les corps&nbsp;: <em>Des petits des gros, des grands des minces, des frip\u00e9s, des rid\u00e9s, cicatris\u00e9s, tatou\u00e9s, des corps bancals, corps qui penchent d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 ou de l&rsquo;autre, mais aussi les corps trop parfaits, scann\u00e9s de haut en bas par les yeux des corps maladroits ; des pieds, des mains, des bras, des jambes, des cuisses, des poitrines et des paires de fesses, mais aussi et surtout, de la peau. De la peau de partout. De la peau, du cuir tann\u00e9 ou pas. De la peau qui t\u00e9moigne. Qui ne peut cacher le processus de vieillissement qui est en cours. <\/em>Et sous cette peau, de la chair, des os, du sang et de l&rsquo;eau. Beaucoup d&rsquo;eau. Soixante cinq pour cent dans un corps&nbsp;! Ce qui correspondrait parait il \u00e0 quarante cinq litres pour une personne de soixante dix kilos. Et soudain je me demande&nbsp;: si on parvenait \u00e0 calculer la composition d&rsquo;eau pour huit milliards d&rsquo;\u00eatres humains, \u00e7a ferait combien de piscines, \u00e7a&nbsp;?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pass\u00e9 le tourniquet, je presse le pas&nbsp;: vite, je m&rsquo;en vais retenir la lourde porte d&rsquo;une \u00e9paule&nbsp;; je sens alors les premiers effluves de chlore titiller mes narines et ma gorge. J&rsquo;ai soudain trop chaud sous mes v\u00eatements d&rsquo;hiver. Je longe le mur de briques jaunes o\u00f9 sont align\u00e9s les s\u00e8che cheveux munis de gros boutons poussoir. 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