{"id":9339,"date":"2019-08-10T11:44:58","date_gmt":"2019-08-10T09:44:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=9339"},"modified":"2019-11-04T11:37:21","modified_gmt":"2019-11-04T10:37:21","slug":"sentinelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/sentinelle\/","title":{"rendered":"Sentinelle"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/Sentinelle-incendie-2-1-804x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9341\" width=\"148\" height=\"188\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/Sentinelle-incendie-2-1-804x1024.jpg 804w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/Sentinelle-incendie-2-1-330x420.jpg 330w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/Sentinelle-incendie-2-1-768x978.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 148px) 100vw, 148px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p style=\"text-align: Justify\">Il est une fois, une seule \u00e0 ce\nmoment-l\u00e0, une base carr\u00e9e encastr\u00e9e, aussi carr\u00e9e qu\u2019un carreau de cahier\nd\u2019\u00e9colier qui cale et cadre la pointe travaill\u00e9e du crayon, grise du b\u00e9ton\ncoul\u00e9 \u00e0 la base de sa base. On pourrait la deviner puis la croire fermement\npos\u00e9e sur une autre base, par son poids fermement peser sur l\u2019autre base. Mais\nnon, sa base carr\u00e9e est scell\u00e9e par des petits ronds. De nombreux petits ronds\nqui, en s\u2019approchant, s\u2019\u00e9largissent, grandissent, occupent&nbsp; tout l\u2019espace de l\u2019\u0153il rond qui les observe.\nEnsemble d\u2019abord, de d\u00e9bord en d\u00e9bord ensuite, puis un \u00e0 un jusqu\u2019\u00e0 ce que le\nrond point\u00e9 de l\u2019\u0153il soit de la m\u00eame taille que le rond de l\u2019\u0153il qui le\nregarde, \u00e0 se demander lequel des deux ronds fixe en vrai la base carr\u00e9e\nobserv\u00e9e\u2026 puis oubli\u00e9e parce que chass\u00e9e par le rond des ronds \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat plus\nfort que le carr\u00e9 de la base carr\u00e9e. L\u2019\u0153il rond fatigue, ferme sa paupi\u00e8re,\nscelle deux franges de cils, met du noir sur le gris de la base carr\u00e9e imprim\u00e9e\net du plat sur le rond qui scelle le carr\u00e9 sur l\u2019autre base ind\u00e9finie encore.\nRespirer. Inspirer cette odeur de lavande du bas-c\u00f4t\u00e9, expirer une rondeur\nm\u00eal\u00e9e d\u2019images r\u00e9tiniennes et de senteurs b\u00e9tonn\u00e9es de mauve et de bleu. Avec\nlenteur, s\u2019ouvrir \u00e0 nouveau et prendre le risque de s\u2019exposer \u00e0 cette couleur assign\u00e9e\nl\u2019instant d\u2019avant. Pr\u00e9caution bien inutile, \u00e0 peine ouverts, le rouge saute aux\nyeux, les saisit, presque une br\u00fblure sous la lumi\u00e8re d\u2019un soleil de midi.\nAvoir tr\u00e8s chaud tout \u00e0 coup&nbsp;; ressentir ce rouge aux \u00e9cailles mordantes.\nUn rouge franc, aussi franc qu\u2019une \u00e9raflure sur la peau qui perle son sang \u00e0 sa\nsurface. Le rouge s\u2019\u00e9tale en courbes, bute sur les ar\u00eates, s\u2019\u00e9corce \u00e0 la ligne\nverticale, se divise \u00e0 l\u2019horizontale et s\u2019agrippe de toute sa couleur de la\nbase au sommet. Il rutile \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, s\u2019affaiblit au contour et s\u2019efface avec\nmollesse \u00e0 l\u2019avant. Une enveloppe de couleur \u00e0 l\u2019histoire pourtant franche et\nsinc\u00e8re en ce qu\u2019elle dit et r\u00e9v\u00e8le d\u2019\u00eatre ainsi soumise \u00e0 l\u2019exposition&nbsp;: rouge\ndes confusions o\u00f9 se m\u00ealent et se confondent les vents, les soleils, les pluies\npass\u00e9s&nbsp;; rouge des m\u00e9moires, celles des fonctions, des utilit\u00e9s, des\nutilisations, des urgences, des risques, des dangers, du feu au rouge sang. Peau\net prunelles \u00e9chauff\u00e9es, des larmes de chaleur aux rives des paupi\u00e8res invitent\nau d\u00e9placement vers l\u2019ombre. Une seule, l\u00e0&nbsp;, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, &nbsp;celle d\u2019un mensonge de fra\u00eecheur offerte,\npromise avec une telle conviction que l\u2019embrasement &nbsp;int\u00e9rieur s\u2019apaise d\u00e9j\u00e0 quand &nbsp;le regard se pose en son creux. &nbsp;Une anse \u00e0 port\u00e9e de vue, un bras dessin\u00e9\naccoud\u00e9 au muret sur lequel les &nbsp;yeux\ns\u2019appuient, s\u2019alanguissent et se reposent. L\u2019ombre est forte, presque noire. En\ntoute transparence, le muret est l\u00e0 et n\u2019est pas l\u00e0 en m\u00eame temps. Ce bras\ndessin\u00e9 par l\u2019ombre occupe toute l\u2019attention et remise loin derri\u00e8re le muret\nqui voudrait bien exister lui aussi\u2026 \u00e0 cet instant. &nbsp;Plus tard dit l\u2019ombre&nbsp;; plus tard r\u00e9p\u00e8te\nle bras de l\u2019ombre. Il est ainsi des pr\u00e9sences qui s\u2019effacent \u00e0 la lumi\u00e8re et\ndes m\u00e9moires qui en r\u00e9v\u00e8lent d\u2019autres quand la lumi\u00e8re se met \u00e0 part&nbsp;: je\ncrains moins le feu que d\u2019\u00eatre sous l\u2019eau, de tomber dans ses profondeurs,&nbsp; entre un souvenir de noyade avort\u00e9e et la\nchaleur des braises sous pierres \u00e0 br\u00fbler la peau des patates farineuses\nd\u00e9gust\u00e9es avec l\u2019\u00e9nergie \u00e9tonn\u00e9e de l\u2019enfance. Eau et feu m\u00eal\u00e9s, air au vent\nraviveur, ravageur, artilleur, terre souveraine, native, productrice, l\u00e0 se\ntient la sentinelle en et au garde-\u00e0-vous. Une base carr\u00e9e, un rond plus gros\nque le rond de l\u2019\u0153il rond qui l\u2019observe, un rouge franc qui s\u2019\u00e9tale, s\u2019\u00e9caille,\nqui s\u2019agrippe et accroche \u00e0 sa tonalit\u00e9 des confusions, des pr\u00e9sences, des\nm\u00e9moires, des feux, des vents, des pluies, des soleils souverains. Avec l\u2019ombre\nd\u2019un bras qui n\u2019existe pas, pos\u00e9 sur un muret qui existe et qui pourtant\ns\u2019efface derri\u00e8re ce qui n\u2019existe pas en apparence, quand la lumi\u00e8re se met \u00e0\npart&nbsp;; et quand elle reprend ses parts, l\u2019ombre se d\u00e9place, file se\ncacher, se nicher plus loin laissant \u00e0 nu et \u00e0 vue le sol, la base, les lignes\nverticales, les horizontales, les obliques, les courbes, les ar\u00eates, le rouge\net ses \u00e9cailles et cette fissure qui d\u00e9couvre enfin l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 de la\nsentinelle qui dit le feu, l\u2019eau, le vent, l\u2019incendie possible. Le temps la met\n\u00e0 l\u2019\u00e9preuve de l\u2019usure bien avant celle de son usage. Il est de ces objets que\nl\u2019on croise et rencontre aux coins des rues, sur le chemin, \u00e9rig\u00e9s, stables,\nstatiques, imperturbables. Repr\u00e9sentants de la s\u00e9curit\u00e9 tels les feux rouges,\nles lampadaires, les affichages, les panneaux signal\u00e9tiques, les bornes de\nbords de routes, de rues, de chemins. Et puis il y a cette borne d\u2019incendie,\nrouge, sentinelle verticale viss\u00e9e au sol, \u00e0 l\u2019\u00e9pouser, \u00e0 s\u2019ancrer dans ses\nprofondeurs, utile et s\u00e9curitaire. Inutile et laide avant d\u2019\u00eatre rattrap\u00e9e, en\nl\u2019esprit, par sa fonction &nbsp;affichant une\ncertaine beaut\u00e9 li\u00e9e \u00e0 l\u2019ordre, \u00e0 la protection, \u00e0 l\u2019assurance de se tenir\npr\u00eate pour le devoir d\u2019assistance. Autant de bornes-sentinelles que de coins,\nd\u2019angles de rues diff\u00e9rents. L\u2019eau se tient au m\u00eame endroit, partout en dessous,\nen une nappe phr\u00e9atique \u00e9paisse, lourde et abondante d\u2019eaux en remous. Une eau\npr\u00eate \u00e0 remonter et qui remonte \u00e0 la moindre pluie. \u00c0 trop l\u2019\u00e9prouver par les\ncreusements de sol, elle envahit et reprend son territoire, et les maisons\ns\u2019effondrent. L\u2019eau \u00e0 fleur de base, la sentinelle guette en pays de feu, de\nvent, de terres cass\u00e9es, fractur\u00e9es. La sentinelle lutte et d\u00e9fend son espace,\nen pays d\u2019eau, entre et contre les \u00e9l\u00e9ments. Dans mon village du Sud, sur mon\nchemin d\u2019\u00e0 peine quelques deux cent m\u00e8tres, j\u2019ai compt\u00e9 quatre bornes \u00e0\nincendie&nbsp;; je n\u2019avais pas conscience de l\u2019ampleur du risque avant de\nl\u2019\u00e9crire. Le premier danger affich\u00e9 reste le feu, viennent ensuite l\u2019eau\nsouterraine, le vent Mistral, la terre par ses \u00e9boulements, ses effondrements,\nla puissance du soleil, la pluie en rafales avec ses gouttes lapidaires. La\nsentinelle r\u00e9siste. \u00c0 \u00e9crire de m\u00e9moire, d\u2019un souvenir pourtant si proche, la\nr\u00e9alit\u00e9 s\u2019\u00e9chappe et se troque. Nulle base carr\u00e9e inscrite au r\u00e9el mais une\nr\u00e9miniscence qui s\u2019impose de ce qui se dit stable, assur\u00e9, pragmatique&nbsp;:\ncarr\u00e9, cadr\u00e9. La borne \u00e0 incendie est encastr\u00e9e dans le sol, celui qui se voit\nest granuleux &nbsp;de graviers et de sable ciment\u00e9s,\ngris-jaune \u00e0 pointes blanches et noires. Au centre, une fissure qui prend\nnaissance \u00e0 la base de la borne, qui dit l\u2019eau, la chaleur, la dilatation\u2026 Il \u00e9tait\nmidi, ce mardi 23 juillet 2019, dans une rue de mon village du Sud. Le ciel \u00e9tait\n&nbsp;limpide, pas de vent, l\u2019immobilit\u00e9\nr\u00e9gnait et neutralisait les \u00e9l\u00e9ments, trente-cinq degr\u00e9s \u00e0 l\u2019ombre,\nquarante-cinq au soleil. Le silence. J\u2019\u00e9tais seule, l\u00e0, \u00e0 prendre cette photo, \u00e0\nsaisir cette borne-sentinelle, \u00e0 donner du mouvement \u00e0 ce moment. Je m\u2019accordai\n&nbsp;au silence et \u00e0 l\u2019immobilit\u00e9, coiff\u00e9e du\nbleu du ciel, envelopp\u00e9e d\u2019odeurs, de sons en m\u00e9moire grouillant \u00e0 l\u2019oreille,\nun go\u00fbt sal\u00e9 sur le bout de la langue, de sueur et de sel de mer envol\u00e9\u2026 Et\npuis les arbustes, les murets, et puis la borne devant, l\u00e0. Une rue comme il en\nexiste ailleurs, d\u2019un village comme tant d\u2019autres, d\u2019un bout du Sud sous le\nm\u00eame soleil, la m\u00eame temp\u00e9rature, la m\u00eame absence de vent, \u00e0\ncet instant. Sous nos bases, des sources d\u2019eau de rivi\u00e8res qui se conjuguent et\nfuitent vers les nappes phr\u00e9atiques. L\u2019eau, la terre, le vent, l\u2019espace, le\nfeu, l\u2019esprit\u2026 Il est des ciels, il est des terres, il est des mondes, il est\ndu feu et de ses sentinelles\u2026 Je ne sais pas, ou plus, si cela s\u2019est r\u00e9ellement\npass\u00e9 ainsi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est une fois, une seule \u00e0 ce moment-l\u00e0, une base carr\u00e9e encastr\u00e9e, aussi carr\u00e9e qu\u2019un carreau de cahier d\u2019\u00e9colier qui cale et cadre la pointe travaill\u00e9e du crayon, grise du b\u00e9ton coul\u00e9 \u00e0 la base de sa base. On pourrait la deviner puis la croire fermement pos\u00e9e sur une autre base, par son poids fermement peser sur l\u2019autre base. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/sentinelle\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Sentinelle<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":116,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[556],"tags":[894,886,888,883,110,892,885,188,891,884,890,557,889,893,882,537,77,887],"class_list":["post-9339","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2019-04-affinite-pour-la-description","tag-affinite-pour-la-description","tag-air","tag-base","tag-borne","tag-ciel","tag-danger","tag-eau","tag-feu","tag-fissure","tag-incendie","tag-monde-fissure","tag-ombre","tag-pays","tag-risque","tag-sentinelle","tag-soleil","tag-terre","tag-vent"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9339","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/116"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9339"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9339\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9339"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9339"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9339"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}