{"id":93575,"date":"2022-09-25T15:05:42","date_gmt":"2022-09-25T13:05:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=93575"},"modified":"2022-09-25T15:50:26","modified_gmt":"2022-09-25T13:50:26","slug":"photofictions-02-elles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photofictions-02-elles\/","title":{"rendered":"#photofictions #02 | Elles"},"content":{"rendered":"\n<p>Ce que j\u2019ai photographi\u00e9. La petite enfance, l\u2019adolescence. Ce que je ne photographierai peut-\u00eatre pas. L\u2019\u00e2ge de femme ou de m\u00e8re, la vieillesse.<br>Ce que j\u2019ai photographi\u00e9. Les gros plans du visage, l\u2019\u0153il, le nez, la bouche, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019appareil dentaire, les moues, les mimiques. Aussi la chevelure ramass\u00e9e ou celle qui danse, qui lance ses longs filaments dans l\u2019air, la nuque toujours \u00e9mouvante dans sa pliure, le cou dans son essor, le glissement du soir sur la clavicule.<br>Et photographi\u00e9es en pied, de face, de dos, s\u2019approchant, les bras le long du corps, la main lev\u00e9e, saisissant ou montrant le chemin. La main, les ongles, longs de menace, et le poignet se cassant, et le coude repli\u00e9. Personnage partiel ou entier devant l\u2019objectif n&rsquo;est pas personnage, mais mon propre sang qui pulse \u00e0 la veine.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/cheveux-ocres\u00a9Perle-Vallens-rotated.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-93576\" width=\"-31\" height=\"-46\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/cheveux-ocres\u00a9Perle-Vallens-rotated.jpg 400w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/cheveux-ocres\u00a9Perle-Vallens-280x420.jpg 280w\" sizes=\"(max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Ici, la pose est sienne, son id\u00e9e, son d\u00e9sir. La mise en valeur de sa chevelure. Depuis qu&rsquo;elle pose pour moi, elle s&rsquo;affirme, pleine, enti\u00e8re acceptation de son corps, de son \u00eatre<\/em>, <em>elle devient ce qu&rsquo;elle est. Cette photographie est embl\u00e9matique, exemplaire de ce qui se vit avec elle de cr\u00e9ation artistique. Le d\u00e9clencheur est \u00e0 dimension double. Elle sait donner le tempo. Elle sait guider la photographie, elle a acquis cette sensibilit\u00e9. Ce qui se joue de part et d&rsquo;autre de l&rsquo;appareil, ce qui se noue entre elle et moi, ce qui se r\u00e9pond d&rsquo;instinct. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Plong\u00e9e, contre-plong\u00e9e, qui impose au mod\u00e8le et au photographe postures acrobatiques. Toutes les possibilit\u00e9s qu\u2019offre leur corps. Toutes les torsions, les sauts, les arabesques, les \u00e9tirements. Toutes les contorsions possibles. Allong\u00e9es, accroupies, droites ou courb\u00e9es, salies de sable ou d\u2019encre, de terre, d\u2019ocre, embellies de fleurs, tra\u00eenant dans la poussi\u00e8re. Ce qui se dit faire corps. Avec les \u00e9l\u00e9ments, les paysages. Voltiges et vertiges. Et encore la silhouette au loin.<br>Jour ou nuit, couleur ou noir et blanc, nettes ou floues dans leur course ou leur immobilit\u00e9. Des centaines de photos, celles qu\u2019on h\u00e9site \u00e0 jeter \u00e0 cause d\u2019un regard, d\u2019un geste, d\u2019une \u00e9motion qu\u2019on ne saura pas retranscrire.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/L-danseuse\u00a9Perle-Vallens-rotated.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-93577\" width=\"331\" height=\"501\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/L-danseuse\u00a9Perle-Vallens-rotated.jpg 397w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/L-danseuse\u00a9Perle-Vallens-278x420.jpg 278w\" sizes=\"auto, (max-width: 331px) 100vw, 331px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Celle-ci n\u2019est pas ma pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e (techniquement mauvaise, mal r\u00e9gl\u00e9e) mais c\u2019est une des siennes, celle qui tisse ses secrets dans l\u2019absolu de la danse, c\u2019est par tendresse que je la choisis, elle plus qu\u2019une autre, ce qui na\u00eet dans la complicit\u00e9 et la demande par elle formul\u00e9e d\u2019\u00eatre immortalis\u00e9e dans les postures qu\u2019elle affectionne. C\u2019est par amour seulement que je la choisis.<br>Signe le mouvement dans le flou m\u00eame, l\u2019extension du corps, l\u2019effort, le muscle band\u00e9, la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, la souplesse, l\u2019embellie dans le soir tomb\u00e9. Ma dancing queen, la bien nomm\u00e9e.<\/em><br><br>Les gouttes d\u2019eau sur l\u2019\u00e9paule, les ombres d\u2019un feuillage sur un dos, un flottement, une impression fugace, l\u2019imperceptible de la lumi\u00e8re fuyante sur un morceau de buste ou sur un pied sur lequel on aurait zoom\u00e9. Un pied qui s\u2019avance. Un pied qui d\u00e9couvre, va \u00e0 la rencontre de la vie. Qui s\u2019ab\u00eeme au contact (pied p\u00e9dill\u00e9 ou pointe de danseuse).<br>Ajuste la focale dans sa fixit\u00e9 m\u00eame sur le mouvement. R\u00e9glages compris, cadrage au plus pr\u00e8s. L\u2019extr\u00eame proche de la peau, presque \u00e0 la toucher, \u00e0 la sentir.<br>L\u2019impalpable chair de ma chair qui s\u2019ancre num\u00e9rique, d\u00e9ploy\u00e9e, sensible, distanci\u00e9e et pourtant pr\u00e9sente, offerte dans cet instant qui fut. L\u2019instant pulse son image, est une caresse, une pens\u00e9e douce, un souvenir, une trace pour se souvenir.<br>L\u2019intime se compte en pixels, des milliers pour retracer la joie. Celle d\u2019un sourire, d\u2019un espace parcouru seule ou \u00e0 deux. L\u00e0 o\u00f9 mon \u0153il les couve, l\u00e0 o\u00f9 je les niche, au creux de mon appareil-photo, qui bat sur ma poitrine, tout pr\u00e8s du c\u0153ur.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/E-ombree\u00a9Perle-Vallens.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-93578\" width=\"514\" height=\"342\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/E-ombree\u00a9Perle-Vallens.jpg 600w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/E-ombree\u00a9Perle-Vallens-420x280.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 514px) 100vw, 514px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Celle-l\u00e0, son abandon dans le plein soleil d\u2019ao\u00fbt, un balayage doux, une caresse. Elle tire sa force du rocher sur lequel elle repose, ses humeurs de pierre, ses joies de pure lumi\u00e8re, fille d\u2019eau cro\u00eet mieux en pleine nature. Se laisse manger par l\u2019ombre et r\u00e9gurgiter par le rayonnement, n\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame chaque jour dans la nuit totale comme dans la clart\u00e9 renouvel\u00e9e du jour.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>M\u2019en voudront-elles&nbsp;? L\u2019impossible m\u00e8re-photographe, les poses improbables, les longueurs, les courbatures, les lassitudes, les impatiences.<br>Pourtant, c\u2019est l\u00e0 que se tisse un lien plus serr\u00e9 entre elles et moi, les inclure dans ce qui importe, ce qui est cher. C\u2019est histoire de transmission et de partage, c\u2019est histoire de se raconter des histoires. Se maintenir en \u00e9quilibre entre l\u2019imaginaire et le r\u00e9el. C\u2019est un jeu de funambules, elles, moi, au-dessus des m\u00eal\u00e9es du monde.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce que j\u2019ai photographi\u00e9. La petite enfance, l\u2019adolescence. Ce que je ne photographierai peut-\u00eatre pas. L\u2019\u00e2ge de femme ou de m\u00e8re, la vieillesse.Ce que j\u2019ai photographi\u00e9. Les gros plans du visage, l\u2019\u0153il, le nez, la bouche, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019appareil dentaire, les moues, les mimiques. 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