{"id":93877,"date":"2022-09-28T08:53:34","date_gmt":"2022-09-28T06:53:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=93877"},"modified":"2022-09-28T08:53:35","modified_gmt":"2022-09-28T06:53:35","slug":"photofictions-03-sieste-et-consentement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photofictions-03-sieste-et-consentement\/","title":{"rendered":"#photofictions #03 | Sieste et consentement"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Sieste-1024x768.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-93878\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Sieste-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Sieste-420x315.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Sieste-768x576.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Sieste-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Sieste-2048x1536.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Il dort. Ou au moins il se repose, les yeux ferm\u00e9s, allong\u00e9 par terre au milieu des feuilles mortes, sur le gazon cuit et r\u00e2p\u00e9, la terre s\u00e9ch\u00e9e par l\u2019\u00e9t\u00e9 et le manque de pluie. Couch\u00e9 sur le c\u00f4t\u00e9, il a la t\u00eate pos\u00e9e sur son casque en guise d\u2019oreiller. Pantalon orange \u00e0 bandes r\u00e9fl\u00e9chissantes, grosses chaussures de s\u00e9curit\u00e9, une bouteille de jus de fruits \u00e0 moiti\u00e9 vide devant lui. Derri\u00e8re, des gens assis sur les bancs. Ils lisent, mangent, discutent dans des v\u00eatements qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 con\u00e7us pour attirer l\u2019\u0153il, signaler leur pr\u00e9sence, assurer leur s\u00e9curit\u00e9. Les bancs ne sont pas des bancs, plut\u00f4t des blocs, mais leur taille et leur position au bord du petit chemin leur donne le statut de bancs, d\u2019endroit o\u00f9 on s\u2019assoie. Derri\u00e8re, un reste de pelouse avec quelques papiers et des arbres d\u00e9j\u00e0 vieux qui donnent assez de feuilles pour recouvrir le sol quand l\u2019herbe a renonc\u00e9 face aux difficult\u00e9s de cette saison trop s\u00e8che. De l\u2019autres cot\u00e9 du petit chemin, une for\u00eat miniature avec des arbres tout jeunes, tout serr\u00e9s et tout fins. Tous de la m\u00eame esp\u00e8ce. Troncs blancs, et lisses, petites feuilles vert clair qui pensent d\u00e9j\u00e0 au jaune, le bouleau se contente de sols pauvres. Id\u00e9al pour cette butte citadine s\u00fbrement faite de remblai des constructions nouvelles qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Juste derri\u00e8re, un haut b\u00e2timent moderne, hauts murs avec des rang\u00e9es continues de fen\u00eatres, pas vraiment vertical, b\u00e9ton et briques assembl\u00e9es avec un jour entre chaque\u00a0: Tate Modern, construit en 2000 sur les bases d\u2019une ancienne centrale \u00e9lectrique d\u00e9saffect\u00e9e.\u00a0<em>Des chantiers tout autour du mus\u00e9e, des chantiers partout. Quartier en pleine reconstruction, sur les bords tr\u00e8s pris\u00e9s de la Tamise rehaussement en cours du niveau de vie des habitants. Sensiblement. Changement de population. Ceux qui ne peuvent plus payer partent, et arrivent ceux qui peuvent. L\u2019homme qui dort travaille s\u00fbrement sur un de ces innombrables et si vastes chantiers. R\u00e9novation, r\u00e9habilitation, reconstruction apr\u00e8s d\u00e9construction.\u00a0\u00a0Camions, poussi\u00e8res, grues, tas de mat\u00e9riaux, toupies de b\u00e9ton, palissades qui se veulent explicatives, belles et pas seulement prohibantes m\u00eame si elles ne sont l\u00e0, par essence, que pour interdire l\u2019acc\u00e8s du public. D\u00e8s le d\u00e9but, acc\u00e8s r\u00e9serv\u00e9, exclusif, non autoris\u00e9 \u00e0 toute personne non autoris\u00e9e. L\u2019homme qui dort a, en ce moment, acc\u00e8s au chantier qui est dans le dos du photographe, un p\u00e2t\u00e9 de maison entier, entre quatre rues. Sorti de terre depuis un moment d\u00e9j\u00e0, trois \u00e9tages de squelette tout en courbes, en rondeurs et en balcons vue sur air. Pour l\u2019instant, du gros \u0153uvre, du tr\u00e8s gros, par camions entiers, par toupies remplies. Quand les camions seront partis, les palissades enlev\u00e9es et les tas de gravats plant\u00e9s d\u2019herbe bien verte, l\u2019homme qui dort n\u2019aura plus sa place dans ce quartier, on ne le verra plus faire sa sieste sur son lit de feuilles mortes. Alors photo. T\u00e9moignage, souvenir d\u2019un moment \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, comme on fixe les premiers pas de l\u2019enfant ou le d\u00e9part du grand, sac au dos et sourire aux l\u00e8vres, pour ses premi\u00e8res vacances tout seul. T\u00e9moignage, souvenir, donc image n\u00e9cessaire. Il vient d\u2019o\u00f9 alors ce malaise, cette r\u00e9ticence qui bataille avec l\u2019envie de lever l\u2019appareil, de viser, de cadrer, de d\u00e9clencher\u00a0? Ce besoin de cadrer plus large pour recouper ensuite, pour ne pas avoir l\u2019air de prendre l\u2019image des gens\u00a0? Quand il n\u2019y a pas de personnes, il n\u2019y a pas de questions. Tu prends le temps, tu t\u2019installes, tu cadres, tu te d\u00e9places. Tu prends ton temps. Pour les gens, pourtant, il suffirait de leur parler, de leur dire. M\u00eame juste un signe, un sourire. Obtenir leur consentement, leur accord, peut-\u00eatre m\u00eame leur adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019id\u00e9e, au projet, \u00e0 l\u2019intention. Ce ne serait pas se cacher derri\u00e8re l\u2019appareil comme derri\u00e8re un bouclier. Souvent tu ne sais pas pourquoi tu photographies, mais l\u00e0, \u00e0 ce moment-l\u00e0, tu sens, tu sais qu\u2019il faut garder cet instant, en faire une image. Et puis tu la regardes, tu zoomes, tu y repenses, tu la d\u00e9veloppes, lumi\u00e8re, contraste, couleurs, tu y r\u00e9fl\u00e9chis, et tu d\u00e9couvres le pourquoi de cette urgence. Mais au moment o\u00f9, tu ne savais pas encore, tu ne savais pas encore pour cette \u00e9vidence. Alors, r\u00e9pondre aux questions de ceux dont tu captures l\u2019images, \u00e7a t\u2019aurait mis face \u00e0 ton vide, d\u00e9stabilis\u00e9. Alors tu cadres plus large, tu fais semblant. Tu n\u2019oses pas, parce que tu sais que tu n\u2019assumes pas encore, tu te fies juste \u00e0 l\u2019urgence, sans savoir d\u2019o\u00f9 elle vient ni o\u00f9 elle te m\u00e8nera<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il dort. Ou au moins il se repose, les yeux ferm\u00e9s, allong\u00e9 par terre au milieu des feuilles mortes, sur le gazon cuit et r\u00e2p\u00e9, la terre s\u00e9ch\u00e9e par l\u2019\u00e9t\u00e9 et le manque de pluie. Couch\u00e9 sur le c\u00f4t\u00e9, il a la t\u00eate pos\u00e9e sur son casque en guise d\u2019oreiller. 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