{"id":94006,"date":"2022-09-29T15:46:48","date_gmt":"2022-09-29T13:46:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=94006"},"modified":"2022-09-29T19:40:13","modified_gmt":"2022-09-29T17:40:13","slug":"photofictions-03-noir-sur-noir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photofictions-03-noir-sur-noir\/","title":{"rendered":"#photofictions #03 | Noir sur noir"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/rer\u00a9Perle-Vallens.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-94007\" width=\"-12\" height=\"-8\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/rer\u00a9Perle-Vallens.jpg 600w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/rer\u00a9Perle-Vallens-420x281.jpg 420w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plong\u00e9s dans le noir, tous. Il a confi\u00e9 son corps \u00e0 la nuit, ample \u00e0 travers la vitre, et \u00e0 l\u2019assise rembourr\u00e9e. La nuit est pleine, totale, seulement piqu\u00e9e d\u2019\u00e9clats ext\u00e9rieurs, nombreux \u00e0 l\u2019approche des villes, plus rares dans l\u2019\u00e9tirement des zones d\u2019activit\u00e9 d\u00e9sert\u00e9es. Les spots de la voiture du rer semblent constellations. Mais il ne les voit pas. A cette heure avanc\u00e9e, apr\u00e8s journ\u00e9e harassante, ne voit plus rien, ne broie que du noir. Noir sur noir, rien ne distingue. Sa peau ne s\u2019invisibilise pas pour autant. Elle saille, plus claire, par contraste avec l\u2019\u00e9toffe noircie par l\u2019obscurit\u00e9, sous la lumi\u00e8re blafarde, discr\u00e8te, r\u00e9v\u00e9latrice de nos faiblesses, de nos fatigues. \u0152il ouvert ou ferm\u00e9, qui sait, sous la casquette viss\u00e9e, bien enfonc\u00e9e sur le front. Qui sait si s\u2019ensommeille dans sa lassitude, si somnole juste ou sombre tout entier dans un trou noir. La main repose sur le pantalon. Inerte. Comme morte.<br>Je ne sais plus ce que signifie la main surgie au premier plan, si elle manipule un smartphone, ajuste une m\u00e8che de cheveux, mais l\u2019index semble mettre en garde, me pointer, d\u00e9sapprobatrice, accusatrice, de ce flagrant d\u00e9lit de voyeurisme photographique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Crev\u00e9. Heureusement, place assise. Je n\u2019ai qu\u2019\u00e0 me laisser bercer. Me laisser bercer par le ronflement du train, le chuchotement de ceux qui parlent. Il font doucement. C\u2019est l\u2019effet que fait la nuit sur certains. Sur d\u2019autres, les plus jeunes, la nuit est excitant. Mais l\u00e0, \u00e7a va. \u00c7a ne s\u2019affole pas, \u00e7a souffle plus bas. Je baisse la garde. Je me laisse bercer. Ne pas louper ma station surtout. Ce sixi\u00e8me sens que j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 avec le temps, avec les semaines et les mois, avec les ann\u00e9es de trajet de nuit. Quelque chose me dit quand je peux m\u2019assoupir, quand pas. Quand j\u2019ai raison d\u2019avoir confiance. Quand je ne m\u2019en remets qu\u2019\u00e0 moi. Quand je romps, quand je peux flotter. Quand je dois me raidir. Renforcer mon regard. Le durcir ou le d\u00e9tourner. L\u00e0, je peux, je crois. L\u00e0 quelque chose me fuit. Quelque chose qui me r\u00e9conforte comme un flottement ti\u00e8de. Qui m\u2019efface un moment de moi-m\u00eame. Quelque chose l\u00e2che en moi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plong\u00e9s dans le noir, tous. Il a confi\u00e9 son corps \u00e0 la nuit, ample \u00e0 travers la vitre, et \u00e0 l\u2019assise rembourr\u00e9e. 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