{"id":94126,"date":"2022-10-02T16:52:05","date_gmt":"2022-10-02T14:52:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=94126"},"modified":"2023-11-26T12:56:53","modified_gmt":"2023-11-26T11:56:53","slug":"photofictions-04-fosses-communes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photofictions-04-fosses-communes\/","title":{"rendered":"#photofictions #04 | Fosses communes"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1559\" height=\"877\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Figure-7-\u2013-Fosse-deau-de-pluie-la-pompe-2-\u2013-GIF-perso-a-2-images-seconde.gif\" alt=\"\" class=\"wp-image-94130\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Figure 7 \u2013 Fosse d\u2019eau de pluie (la pompe) \u2013 GIF perso \u00e0 2 images seconde<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"72\" id=\"arch\u00e9o-un\">\n<li>Un cadre, un corps dedans, le visage, un hors-champ invisible \u2014 \u00e7a me fait penser \u00e0 un tableau de Francis Bacon.<\/li>\n\n\n\n<li>Mais c\u2019est la fosse qui me vient en t\u00eate, depuis qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 vidang\u00e9e il y a quelques jours. La fosse septique, avec la pierre blanche au fond que le gars a faite tomber avec son tuyau. Ou un coup de botte. Et l\u2019autre fosse, du m\u00eame type mais pour r\u00e9cup\u00e9rer les eaux de pluie. Je l\u2019ai vid\u00e9e avec la pompe immerg\u00e9e et le ballon de surpression pour remplir la premi\u00e8re. L\u2019eau passant en continu par les toilettes, chasses d\u2019eau bloqu\u00e9es. La pierre blanche a disparu. Et le fond de la fosse \u00e0 eau s\u2019est d\u00e9couvert. Sous les quelques centim\u00e8tres d\u2019eau restant, un fond d\u2019impuret\u00e9s de je ne sais quelle nature, un petit tas m\u00eame, au pied du tuyau par o\u00f9 l\u2019eau tombe. Et quelque chose qui bougeait sur les reflets de la lumi\u00e8re, une petite ombre rampante sur ce tas.<\/li>\n\n\n\n<li>Je n\u2019ai pas eu la pr\u00e9sence d\u2019esprit de prendre une photo du fond des fosses. C\u2019est mort pour la fosse septique. Mais c\u2019est encore possible pour l\u2019autre fosse. M\u00eame s\u2019il a plu \u2014 enfin&nbsp;! \u2014 ces jours-ci, elle reste loin d\u2019\u00eatre pleine.<\/li>\n\n\n\n<li>Mais que fait cet homme dans la fosse&nbsp;? Il descend chercher la pierre blanche&nbsp;? Il va nettoyer le tas d\u2019impuret\u00e9s&nbsp;? Il compte s\u2019installer&nbsp;? Un m\u00e8tre de large par deux de long par deux de haut&nbsp;: quatre m\u00e8tres cube, \u00e7a suffit&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>L\u2019autre jour, dans la rue, en allant \u00e0 la pharmacie pour acheter je ne savais encore quoi qui pousse me d\u00e9tendre avant ma rentr\u00e9e au lyc\u00e9e \u2014 qui n\u2019aura jamais lieu \u2014, j\u2019ai crois\u00e9 un gars, assez grand, cheveux mi-longs boucl\u00e9s, la mine plut\u00f4t \u00e9clair\u00e9e, qui a mon passage et en me regardant s\u2019est mis \u00e0 rire. J\u2019ai tout de suite repens\u00e9 au m\u00eame genre de sc\u00e8ne, dans une rue de Bordeaux, il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, en croisant un grand gaillard typ\u00e9 hindou, qui parlait tout seul, et dont le mot <em>coll\u00e8ge<\/em> s\u2019est d\u00e9tach\u00e9 quand je l\u2019ai crois\u00e9, comme s\u2019il avait lu dans mes pens\u00e9es ma pr\u00e9occupation du moment, de donner mes premiers cours de fran\u00e7ais. Mais que vient faire ce type dans la fosse&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Il y a cette sc\u00e8ne d\u2019un film, je n\u2019ai jamais su lequel, aper\u00e7ue simplement en bande annonce des sorties \u2014 en tout cas c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019elle me revient, \u00e0 plus de trente ans, en sortie \u2014, une voiture qui roule au milieu des bois, la nuit, \u00e9vite de justesse quelque chose sur le bord de la route, ou le percute, et s\u2019arr\u00eate, on descend pour voir (un homme ou un couple), et on voit, \u00e0 la lisi\u00e8re du bois, dans la lumi\u00e8re des phares (la voiture s\u2019est retourn\u00e9e&nbsp;? elle s\u2019est arr\u00eat\u00e9e avant la percussion&nbsp;?), une cr\u00e9ature humaine, nue, \u00e0 quatre pattes, mais les pieds et les mains d\u00e9sarticul\u00e9s, ou articul\u00e9s \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un animal, et capable de tourner la t\u00eate comme un hibou. Inexpressif.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019aurais bien nettoy\u00e9 la fosse, avec un seau et une pelle. La pluie en a d\u00e9cid\u00e9 autrement, et la fosse est bien plus remplie que je n\u2019aurais cru.<\/li>\n\n\n\n<li>J\u2019ai vu un homme donner des coups de pioche dans le sol en terre du chai, transform\u00e9 en chambre. J\u2019en ai vu un autre \u00e0 coups de pelle jeter le sable dans la b\u00e9tonni\u00e8re qui p\u00e9taradait. J\u2019en ai vu torses nus, sur la remorque, lancer d\u2019un jet de fourche des bottes de paille et de foin, que je r\u00e9cup\u00e9rais sur le tas et rangeais en les encastrant. J\u2019ai vu une femme porter sur le dos une hotte pleine de raisin et monter sur le tombereau pour la vider. D\u2019autres b\u00eacher, sarcler, gratter, le dos courb\u00e9 sur un rang en pente qui n\u2019en finissait pas. J\u2019ai vu battre au fl\u00e9au les haricots en grain sur un grand drap blanc, qui sursautaient. Et fendre le bois, des b\u00fbches sur un billot, le cul du merlin sur un coin. Et des coups de masse pour casser un mur. Et une barre \u00e0 mine dans un sol sec, l\u00e9zard\u00e9. Et les enfants avec leurs mains dans le sable mouill\u00e9.<\/li>\n\n\n\n<li>Bien s\u00fbr, mille et une autres situations dans les arts de l\u2019image. Et me vient l\u00e0 celle d\u2019un homme, dans une carri\u00e8re de soufre \u00e0 ciel ouvert, avec un gros bloc jaune sur l\u2019\u00e9paule, la t\u00eate pench\u00e9e d\u2019un c\u00f4t\u00e9, le bloc dans le creux du cou, et cette omoplate vrill\u00e9e qui ressort comme une malformation squelettique, une enflure osseuse, la voie d\u2019une d\u00e9sarticulation. L\u2019homme descend son bloc de la montagne par un sentier, il remontera en chercher un comme tous les autres qu\u2019il croise. On est l\u00e0 avec Michael Glawogger dans <em>Workingman&rsquo;s Death<\/em>.<\/li>\n\n\n\n<li>Et en fait, dans la fosse, l\u2019homme serait tout petit. Ce serait peut-\u00eatre lui l\u2019ombre rampante sur le tas de merdouille. Un tout petit bonhomme au fond de la fosse, \u00e0 grimper sur ce tas, \u00e0 marcher dans l\u2019obscurit\u00e9, un peu comme le personnage de Volodine, avec \u00ab&nbsp;l\u2019obscurit\u00e9 qui ruisselle sur sa peau, qui se r\u00e9pand \u00e0 la rencontre de son visage&nbsp;\u00bb, dans <em>\u00c9crivains<\/em>. L\u00e0, sur ce tas, pour gagner le sommet et reprendre son travail, avec sa pelle et son seau.<\/li>\n\n\n\n<li>Avant l\u2019installation des toilettes dans les ann\u00e9es 1980, c\u2019\u00e9tait le pot de chambre, un seau en plastique cr\u00e8me, aux bordures arrondies, lisses, et un couvercle. Je ne sais pas o\u00f9 on le vidait. La fosse \u00e0 purin&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Tout cela, comme une esp\u00e8ce d\u2019arch\u00e9ologie de la phrase paragraphe, la photo graphie \u00e0 venir&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>La pelle et le seau, oui, \u00e0 la recherche de la pierre blanche sous le tas immerg\u00e9, noy\u00e9 sous l\u2019eau \u00e9paissie du bloc de b\u00e9ton et d\u2019obscurit\u00e9.<\/li>\n\n\n\n<li>Et comment on s\u2019en aper\u00e7oit, un jour, qu\u2019il y a un petit bonhomme dans la fosse, au travail. Qu\u2019est-ce qui pourrait nous interpeler&nbsp;? Qu\u2019est-ce qui nous mettrait la puce \u00e0 l\u2019oreille, sachant que lui aussi conna\u00eet l\u2019autre monde, hors de la fosse, notre monde au-del\u00e0 de la trappe, et il fait bien attention de ne jamais l\u2019ouvrir et de dispara\u00eetre si jamais, nous, on l\u2019ouvrait&nbsp;? Un petit bruit du c\u00f4t\u00e9 de la fosse, un soir, en sortant pisser dans le jardin&nbsp;? Un faible cercle de lumi\u00e8re autour de la trappe en ciment&nbsp;? Et comment alors observer ce petit bonhomme au travail sans le d\u00e9ranger, sans \u00eatre vu&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Mais quelque chose me dit qu\u2019il est \u00e0 moiti\u00e9 aveugle. Comme tous les habitants des cavernes, sa vue n\u2019est adapt\u00e9e qu\u2019\u00e0 une faible luminosit\u00e9 et une courte profondeur de champ. Que j\u2019ouvre la trappe et il ne me verrait m\u00eame pas, il serait aveugl\u00e9. Que je passe la t\u00eate et il n\u2019apercevrait rien d\u2019autre qu\u2019une sorte d\u2019\u00e9clipse, une lune noire. Pas d\u2019autre issue alors pour lui que de se camoufler tant bien que mal et fuir discr\u00e8tement, en rampant.<\/li>\n\n\n\n<li>Il y a je crois quelque chose de cet ordre dans le <em>Nagasaki<\/em> d\u2019\u00c9ric Faye. Cette femme vivant cach\u00e9e chez un homme, qui d\u2019abord ne comprend pas pourquoi ceci a disparu, pourquoi cela a \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9.<\/li>\n\n\n\n<li>(Alors, elle vient cette photo\u2026&nbsp;? J\u2019sais pas si j\u2019vais encore tenir la pose longtemps moi, avec ta pelle&nbsp;! Et puis on \u00e9touffe l\u00e0-dedans&nbsp;!)<\/li>\n\n\n\n<li>Richard Avedon\u2026 je savais bien que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 vu certaines de ses photos. Dans <em>La Chambre claire<\/em> de Barthes, on trouve deux portraits d\u2019hommes noirs&nbsp;: une en zoom sur le visage de William Casby, n\u00e9 esclave (photo de 1963), l\u2019autre en plan am\u00e9ricain, avec A. Philip Randolph, porte-parole du mouvement pour les droits des Noirs (photo de 1976). D\u2019une certaine mani\u00e8re, les deux hommes s\u2019opposent dans leur condition et leur \u00e9ducation (je prends des raccourcis&nbsp;: c\u2019est la m\u00eame condition afro-am\u00e9ricaine, mais vue aux deux extr\u00e9mit\u00e9s de la servitude involontaire et de la lutte initiale). Mais dans leurs visages, pourtant bien diff\u00e9rent, on retrouve le m\u00eame air&nbsp;: cette m\u00eame fa\u00e7on de mettre \u00e0 plat les yeux et la bouche&nbsp;: ce m\u00eame signe en quoi Barthes peut \u00e9crire pour l\u2019un, \u00ab&nbsp;le masque, c\u2019est le sens, en tant qu\u2019il est absolument pur&nbsp;\u00bb, et pour l\u2019autre, \u00ab&nbsp;aucune pulsion de pouvoir&nbsp;\u00bb.<\/li>\n\n\n\n<li>\u00c9videmment, on pourrait aussi penser \u00e0 quelqu\u2019un qu\u2019on s\u00e9questre.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse has-light-gray-background-color has-background has-small-font-size\">Un matin, le bruit est revenu, le m\u00eame petit bruit sourd, \u00e9touff\u00e9, mais r\u00e9gulier, l\u00e0 \u00e0 c\u00f4t\u00e9, presque sous mes pieds, alors, malgr\u00e9 les yeux encore poch\u00e9s et embu\u00e9s de sommeil, j\u2019ai ouvert la trappe en ciment, \u00e7a a grond\u00e9 dans toute la fosse dans laquelle il n\u2019y avait rien, parce qu\u2019on ne voyait rien, ou juste l\u2019esp\u00e8ce de lune sur le fond d\u2019eau que faisait la lumi\u00e8re du jour en entrant par le trou, et mon visage dedans surnageant, juste la ligne d\u2019eau sur les parois d\u2019ombre, qui se sont peu \u00e0 peu \u00e9claircie une fois que j\u2019ai pass\u00e9 la t\u00eate l\u00e0, et j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 mieux voir leur grain et celle de l\u2019obscurit\u00e9, de fragiles toiles d\u2019araign\u00e9es flottantes dans les coins, de fines racines qui s\u2019\u00e9coulaient comme des filets d\u2019eau noirs, et tout au fond, au pied de la pompe, sur un monticule de d\u00e9chets, des feuille mortes d\u00e9compos\u00e9es peut-\u00eatre, quelques plumes ensevelies, du sable, comme un bonhomme, un petit homme au sommet de ce tas qui pour lui semblait une butte, de dos au trois-quarts, courb\u00e9 vers l\u2019avant, vers un trou apparemment, v\u00eatu d\u2019un bleu sale, ouvert sur la poitrine et baillant largement, tenant d\u2019une main quelque chose comme un b\u00e2ton plant\u00e9 dedans, ou un outil pour faire ce trou, et sans se redresser la t\u00eate tourn\u00e9e vers moi l\u00e0-haut, retourn\u00e9e m\u00eame, un bras lanc\u00e9 en avant, la main tendue, ouverte, comme pour se prot\u00e9ger le visage bl\u00eame, glabre, frapp\u00e9 par la lumi\u00e8re qui passait autour de ma t\u00eate, sa main me masquant ses yeux et son nez, pas sa bouche ferm\u00e9e, referm\u00e9e plut\u00f4t, les l\u00e8vres en avant, formant un point, comme on contiendrait un cri et des larmes, et il a saut\u00e9 dans le trou et je n\u2019ai plus rien vu, rien que les reflets sur le tas luisant, et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 ma figure d\u2019ombre dans le croissant lumineux de la trappe, \u00e0 fleur d\u2019eau.<\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"91\" id=\"arch\u00e9o-deux\">\n<li>Arch\u00e9ologie, peut-\u00eatre. Mais \u00e0 la diff\u00e9rence que si arch\u00e9ologues travaillent dans des sols relativement stables, parfois d\u00e9sertiques, ici, en mati\u00e8re de langue, en mati\u00e8re d\u2019image puisque parler d\u2019arch\u00e9ologie c\u2019est parler par m\u00e9taphore, le sol demeure instable, glissant, mouvant, voire bouillonnant. On fouille toujours dans un plateau dont on ne s\u2019aper\u00e7oit pas d\u2019abord qu\u2019il s\u2019agit du fond d\u2019un crat\u00e8re, d\u2019une caldeira form\u00e9e par l\u2019effondrement du c\u00f4ne volcanique, on creuse toujours au-dessus d\u2019une chambre magmatique, de mots et d\u2019images. \u2014 Apr\u00e8s, si j\u2019ai bon sur le fond, la forme pour le dire est peut-\u00eatre mauvaise, je reste peut-\u00eatre encore un peu sec. Ce genre d\u2019image, ce n\u2019est s\u00fbrement pas la premi\u00e8re fois. Et certains pr\u00e9f\u00e9reront \u00e0 la terre le ciel avec l\u2019astronomie, d\u2019autres le corps sous l\u2019angle de la thanatopraxie, ou les grands enfants le jardinage parce qu\u2019ils n\u2019ont pas oubli\u00e9 quelle magie c\u2019est le haricot plant\u00e9 dans un nuage de coton imbib\u00e9 d\u2019eau.<\/li>\n\n\n\n<li>Dans le cimeti\u00e8re, \u00e0 Saint-Georges, il y avait pr\u00e8s de l\u2019entr\u00e9e un mausol\u00e9e toujours entrouvert. C\u2019\u00e9tait celui du cantonnier qui pla\u00e7ait l\u00e0 son mat\u00e9riel, une pelle, un r\u00e2teau, un seau, une truelle, une grosse \u00e9ponge, un sac de ciment, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un cercueil d\u00e9labr\u00e9. On disait qu\u2019il r\u00e9cup\u00e9rait les cr\u00e2nes.<\/li>\n\n\n\n<li>La derni\u00e8re image o\u00f9 il n\u2019y a presque plus rien, le reflet d\u2019un visage \u00e0 peine visible dans l\u2019eau, ondoyant peut-\u00eatre \u00e0 cause d\u2019un tout petit caillou qui vient de tomber, on pourrait voir l\u00e0 quelque chose du travail photographique d\u2019Araki dans sa p\u00e9riode o\u00f9 il chauffait les n\u00e9gatifs jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils commencent \u00e0 fondre, \u00e0 s\u2019enflammer, et les refroidissait aussit\u00f4t pour fixer le grain de l\u2019image d\u00e9form\u00e9e, en train de dispara\u00eetre \u2014 il n\u2019est pas japonais pour rien.<\/li>\n\n\n\n<li>(Oui peut-\u00eatre mais c\u2019est pas trop t\u00f4t. J\u2019peux voir\u2026&nbsp;? Ah ben merci&nbsp;! Tout \u00e7a pour \u00e7a&nbsp;? Bonjour la joie&nbsp;!)<\/li>\n\n\n\n<li>On peut ainsi multiplier les situations&nbsp;: du cantonnier dans un caveau, de qui est s\u00e9questr\u00e9, d\u2019un homuncule dans une c\u00f4te.<\/li>\n\n\n\n<li>Je ne vais quand m\u00eame pas installer une webcam dans la fosse, comme le personnage d\u2019\u00c9ric Faye le fait dans sa cuisine&nbsp;! Ce serait histoire de voir \u00e0 quoi \u00e7a ressemble dans la fosse ferm\u00e9e. De toute fa\u00e7on on sait d\u00e9j\u00e0 ce qu\u2019on y verrait&nbsp;: rien. Et puis ce n\u2019est pas l\u00e0 qu\u2019il faudrait installer la webcam, mais dans ma fosse cr\u00e2nienne.<\/li>\n\n\n\n<li>(Et Marcel qui fait le con\u2026) \u00c7a d\u00e9range une touche de grotesque&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>En intitulant l\u2019ensemble <em>Fosse commune<\/em>, je joue sur les mots. On comprend qu\u2019il va s\u2019agir sinon d\u2019un charnier, du moins d\u2019un cimeti\u00e8re du pauvre. \u00c9videmment, pass\u00e9 ce sens courant et peut-\u00eatre un peu choquant, on se doute, on esp\u00e8re, qu\u2019il y a contrefa\u00e7on et qu\u2019il ne s\u2019agit pas de \u00e7a. Et en effet la fosse dont je parle, toutes eaux, ou de r\u00e9cup\u00e9ration d\u2019eau de pluie, c\u2019est une fosse commune au sens de banale, courante, quand on n\u2019a pas le tout \u00e0 l\u2019\u00e9gout. On se rassure, il n\u2019y a pas de v\u00e9ritable risque, sinon de se salir. N\u2019emp\u00eache, le principe du jeu de mots, c\u2019est de superposer, \u00e0 un moment donn\u00e9, les images, les flux s\u00e9mantiques. Le lieu commun est toujours l\u00e0, en arri\u00e8re-plan, en horizon mortel. Merde alors&nbsp;! On esp\u00e8re qu\u2019une chose&nbsp;: que la superposition n\u2019entra\u00eene pas une identification, que les contours ne correspondent pas, que \u00e7a d\u00e9borde de part et d\u2019autre, un peu. Que l\u2019artefact fasse signe. Et on se rappelle Antoine Emaz et son <em>Cambouis<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ne pas uniformiser, ne pas vouloir unifier, ratiboiser pour obtenir du m\u00eame.&nbsp;\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>Est-ce que mes voisins ont le m\u00eame genre de fosse commune&nbsp;? Est-ce qu\u2019ils ont le m\u00eame type de regard rond pour observer dedans, ou un autre&nbsp;? Et quand ils soul\u00e8vent la trappe, voit-on la m\u00eame esp\u00e8ce de cro\u00fbte noire surnager&nbsp;? Et pour la vider, font-ils aussi appel \u00e0 Balthazar&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li><em>f<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u2026 c\u2019est ce qui s\u2019exprime de silhouette\u2026 et en quoi la silhouette, est, aussi, le visage\u2026&nbsp;?&nbsp;\u00bb (Faudrait pas oublier d\u2019o\u00f9 on part.)<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse has-light-gray-background-color has-background has-small-font-size\">Yves, qui les a entendus courir, a vite pouss\u00e9 la porte, jet\u00e9 le seau, qui s\u2019est renvers\u00e9, et s\u2019est laiss\u00e9 glisser \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur pour aller s\u2019allonger entre les quatre planches, pour s\u2019y caler tant bien que mal, le sommet du cr\u00e2ne sur le rebord, la t\u00eate repli\u00e9e sur son ventre d\u00e9passant comme une p\u00e2te lev\u00e9e dans un four sous un papier aussi tendu que sa chemise tartan \u00e0 bandes noires et blanches, et lignes rouges, et il a maintenu sa pelle contre lui, le godet masquant son visage, en attendant leur arriv\u00e9e, et il voyait au bruit de leurs pas o\u00f9 ils se trouvaient, il les entendait se rapprocher, et il a su, quand l\u2019obscurit\u00e9 s\u2019est faite en chuchotant, en flottant un instant, qu\u2019ils se trouvaient l\u00e0, devant la porte \u00e0 demi ouverte, et il a attendu que l\u2019obscurit\u00e9 soit totale, qu\u2019elle entre en passant la t\u00eate la premi\u00e8re, pour se redresser avec sa pelle dont le godet, rebondissant sur le plafond dans un cri aigu, lui est revenu en pleine figure.<\/pre>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"101\">\n<li>(Et pendant qu\u2019on y est, pourquoi pas le vidangeur plongeant dans la fosse pour aller chercher la pierre blanche qu\u2019il a fait tomber, disparaissant sous l\u2019esp\u00e8ce de cro\u00fbte noire&nbsp;?!)<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" 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la fosse dans laquelle il n\u2019y avait rien, parce qu\u2019on ne voyait rien, ou juste l\u2019esp\u00e8ce de lune <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photofictions-04-fosses-communes\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#photofictions #04 | Fosses communes<\/span><span 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