{"id":94549,"date":"2022-10-09T14:03:28","date_gmt":"2022-10-09T12:03:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=94549"},"modified":"2023-06-24T12:25:16","modified_gmt":"2023-06-24T10:25:16","slug":"photofictions-05-et-vous","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photofictions-05-et-vous\/","title":{"rendered":"#photofictions #05 | Et vous ?"},"content":{"rendered":"\n<p><em>[J&rsquo;y connais rien, rien de rien. Je ferai semblant. Je vais citer. Je vais renvoyer \u00e0&#8230; \u00c7a, quand on cite, tout de suite&#8230; \u00c7a fera terrain. Rocaille m\u00eame. Cin\u00e9ma v\u00e9rit\u00e9. <\/em><em>Rien de rien&#8230; <\/em>]<\/p>\n\n\n\n<p>Voix off. \u00c9cran noir. Bruits d&rsquo;eau et de vaisselle, craquement du parquet, frottement du tissu, zip d&rsquo;un sac, claquement de la porte, la cl\u00e9 qui tourne, les pas dans l&rsquo;escalier, une porte claque \u00e0 nouveau. Une rue monte jusqu&rsquo;au carrefour. Image relativement stable. Le smartphone port\u00e9 \u00e0 la main accompagne la marche. On entend un bruit de talons. Ronronnement des voitures qui montent. Bruit froid du matin.<\/p>\n\n\n\n<p>[<em>Tu vois, il fait nuit, l\u00e0 c&rsquo;est le caf\u00e9 face \u00e0 la sortie du m\u00e9tro. Il est 7h du matin, \u00e7a vient d&rsquo;ouvrir, c&rsquo;est les habitu\u00e9s, c&rsquo;est l&rsquo;heure des pauvres, enfin des pas riches. A partir de 10h, c&rsquo;est plus les m\u00eames.] <\/em>La cam\u00e9ra se stabilise. Un homme en bleu de travail.<em> Monsieur, \u00eates-vous heureux ? <\/em>L&rsquo;homme ne r\u00e9pond pas. Son regard est fixe. <em>Monsieur, allez, je fais un reportage sur le bonheur, soyez un peu sympa! \u00cates-vous heureux ?<\/em> L&rsquo;homme ne r\u00e9pond pas. L&rsquo;\u00e9cran glisse vers le visage ferm\u00e9 et concentr\u00e9 du serveur, torchon le long du bras qui d\u00e9barrasse une table. <em>Pas fini d&#8217;emmerder les gens le matin dans mon caf\u00e9 ?<\/em> <em>Monsieur, est-ce que vous servez des gens heureux dans votre caf\u00e9 ?<\/em> <em>&#8211; Et, toi, je te sers quoi ? &#8211; Un caf\u00e9. &#8211; Voil\u00e0, \u00e7a c&rsquo;est sens\u00e9. <\/em><em>Moi je pose des questions auxquelles on peut r\u00e9pondre. Il faut pas poser des questions auxquelles on peut pas r\u00e9pondre.<\/em> [<em>Lui, il est l\u00e0 depuis des ann\u00e9es, il a toujours un peu sa gueule rev\u00eache, mais je l&rsquo;aime bien, il s&rsquo;inscrit bien dans le paysage.] &#8211; Je t&rsquo;entends!<\/em> [<em>Tu vois, dans le film d&rsquo;origine, je crois qu&rsquo;elle a l&rsquo;air plus sympathique celle qui pose des questions. Et puis une cam\u00e9ra, \u00e7a fait plus s\u00e9rieux qu&rsquo;un smartphone<\/em>]. Vue sur le caf\u00e9. Plan fixe. Les hommes attabl\u00e9s. Cliqu\u00e8tement des cuillers et tasses. Parfois l&rsquo;objectif suit le mouvement du serveur qui se retourne pour faire la grimace. [<em>On pourrait rester longtemps, tr\u00e8s longtemps ici. \u00c7a fera \u00e0 l&rsquo;usure et \u00e0 l&rsquo;usage, comme une chor\u00e9graphie : la r\u00e9p\u00e9tition des gestes, la lumi\u00e8re, le petit bruit des conversations. Le caf\u00e9, quand il fait froid le matin, c&rsquo;est un peu comme la piscine. Le corps tout immerg\u00e9 s&rsquo;all\u00e8ge, presque a\u00e9rien, bouffi de sucre et de r\u00eaveries, je dirais meringu\u00e9.<\/em>]<\/p>\n\n\n\n<p>Vue sur la bouche de m\u00e9tro. [<em>Tu vois \u00e7a descend pas mal. Et bien voil\u00e0, c&rsquo;est encore en panne.<\/em>]. Premier escalier. Couloir. Et ensuite un escalier en cinq paliers qui semble descendre \u00e0 l&rsquo;infini. Une femme est agripp\u00e9e \u00e0 la rampe et avance prudemment, l&rsquo;air crisp\u00e9. <em>Madame, \u00eates-vous heureuse ? <\/em>La femme regarde l&rsquo;\u00e9cran. <em>Hein ? &#8211; Je fais un reportage sur le bonheur, \u00eates-vous heureuse ? &#8211; Ne me d\u00e9concentrez-pas Mademoiselle, vous voyez bien que je descends et je suis vieille. &#8211; Vous ne pensez pas qu&rsquo;on est plus heureux d\u00e9concentr\u00e9 ? <\/em>La femme descend, marche par marche, pesamment, sans r\u00e9pondre. Vue en contre plong\u00e9e sur la femme \u00e0 mi-parcours. Elle arrive et l\u00e8ve les yeux. <em>&#8211; Et maintenant, heureuse un peu ? &#8211; Ha je suis soulag\u00e9e oui. Soulag\u00e9e. &#8211; Vous allez loin ? &#8211; Non voir mon fils. &#8211; Il est heureux ? &#8211; vous en avez de dr\u00f4les de question. Il vit bien.<\/em> [<em>Je voudrais bien demander, c&rsquo;est quoi vivre bien ? Mais elle est d\u00e9j\u00e0 partie.<\/em>]<\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9e au tourniquet. Un escalier et puis le quai. Vue sur le m\u00e9tro qui arrive puis vue sur la porte qui s&rsquo;ouvre. &#8230;<em> si vous pouviez m&rsquo;aider ne serait-ce que d&rsquo;une petite pi\u00e8ce, ou alors d&rsquo;un ticket restaurant, ou m\u00eame d&rsquo;un sourire, ce serait tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9reux de votre part<\/em>. La cam\u00e9ra parcourt les visages pench\u00e9s sur les \u00e9crans et suit l&rsquo;homme qui s&rsquo;achemine \u00e0 travers la rame. Zoom sur le visage d&rsquo;un nourrisson endormi.<em> Monsieur, \u00eates-vous heureux ? <\/em>[<em>Il ne r\u00e9pond pas, il a d\u00e9j\u00e0 abandonn\u00e9. Si jeune et un tel renoncement.<\/em>]<\/p>\n\n\n\n<p>Descente sur un quai. La foule descend. Le quai se vide. Station Bonne nouvelle. Zoom sur un corps \u00e9tendu sous le panneau bleu et blanc.<\/p>\n\n\n\n<p>[<em>Il fait chaud ici. On n&rsquo;est pas mal. Alors l\u00e0, je vais descendre et remonter, et ensuite j&rsquo;arriverai au travail. <em>Je n&rsquo;ai plus de batterie.<\/em> <\/em>]<\/p>\n\n\n\n<p>Hors champ. Une voix de femme essouffl\u00e9e lointaine puis plus proche et un bruit de course. <em>Attendez! Moi je le suis! Moi je le suis!<\/em> <em>Et pour rien !<\/em><\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\"><strong>Codicille<\/strong> : apr\u00e8s avoir \u00e9crit cette bafouille, j'ai entendu parler de Fr\u00e9d\u00e9ric Berthet, <em>Daimler s'en va<\/em>. Je cherche \u00e0 l'emprunter. A la place je tombe sur Fr\u00e9d\u00e9rique Berthet, <em>la Voix manquante<\/em>... <em>L'auteure retrace l\u2019apparition fugitive et inoubliable de Marceline Loridan dans le film Chronique d\u2019un \u00e9t\u00e9, une enqu\u00eate \u00e0 moiti\u00e9 s\u00e9rieuse de Jean Rouch et Edgar Morin.<\/em> Dr\u00f4le de hasard... \"<em>Et parmi cette s\u00e9quence, qui est pur mouvement\u00a0\u2013\u00a0d\u00e9li\u00e9 de la marche, d\u00e9li\u00e9 de la pens\u00e9e\u00a0\u2013, la petite \u00e9quipe met en bo\u00eete un plan qui va se d\u00e9tacher peu \u00e0 peu. Une silhouette du pass\u00e9 en point de convergence des lignes de fuite de l\u2019image. L\u2019ombre de Marceline Loridan plac\u00e9e \u00e0 l\u2019aplomb d\u2019un pavillon Baltard, au centre de l\u2019arche d\u2019une \u00ab\u00a0gare de cauchemar\u00bb<\/em>\" <em>Chroniques d'un \u00e9t\u00e9<\/em> est diffus\u00e9 au m\u00eame moment que le proc\u00e8s Eichmann et quelques jours avant le 17 octobre 1961. Le hors champ que j'ai cru inventer \u00e0 la fin de mon petit pastiche existe, presque identique, dans les rush de Chroniques d'un \u00e9t\u00e9. Alors qu'un passant s'adressant \u00e0 Marceline indique \u00e0 \"la petite\" qu'\"elle \u00e9tait pas heureuse\", Marceline r\u00e9pond \"la petite elle est tr\u00e8s, tr\u00e8s, tr\u00e8s heureuse\". La r\u00e9ponse est coup\u00e9e au montage.<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[J&rsquo;y connais rien, rien de rien. Je ferai semblant. Je vais citer. Je vais renvoyer \u00e0&#8230; \u00c7a, quand on cite, tout de suite&#8230; \u00c7a fera terrain. Rocaille m\u00eame. Cin\u00e9ma v\u00e9rit\u00e9. Rien de rien&#8230; ] Voix off. \u00c9cran noir. Bruits d&rsquo;eau et de vaisselle, craquement du parquet, frottement du tissu, zip d&rsquo;un sac, claquement de la porte, la cl\u00e9 qui tourne, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photofictions-05-et-vous\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#photofictions #05 | Et vous ?<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":403,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3865,1],"tags":[],"class_list":["post-94549","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-05_savelli","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/94549","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/403"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=94549"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/94549\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=94549"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=94549"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=94549"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}