{"id":94837,"date":"2022-10-10T10:22:56","date_gmt":"2022-10-10T08:22:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=94837"},"modified":"2023-05-23T08:53:55","modified_gmt":"2023-05-23T06:53:55","slug":"photofictions-5-jose-et-susan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photofictions-5-jose-et-susan\/","title":{"rendered":"#photofictions #05 | jos\u00e9 et susan"},"content":{"rendered":"\n<p>Je tente le portrait, et c\u2019est la foule qui se pr\u00e9cipite vers moi. Une foule dense, compacte, plut\u00f4t joyeuse, color\u00e9e. Les visages un \u00e0 un noy\u00e9 dans une masse heureuse et mouvante. Comme un animal, elle avance, chaude, aucun trait pr\u00e9cis, mille yeux concentr\u00e9s et dirig\u00e9s dans la m\u00eame direction, un beau regard de foule gagnante, aucune silhouette mais chaque corps comme une \u00e9caille de ce curieux dragon qui avale la ville et descend jusqu\u2019au grand pr\u00e9 vers la rivi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>La foule a laiss\u00e9 sa voiture aux marges de la ville, la foule a pris les autobus \u00e0 disposition et la voil\u00e0 qui se rassemble. Elle agglom\u00e8re chaque nouvel arrivant, et enfle, enfle. Chaque trait, chaque sourire, chaque chevelure, chaque poitrine exalt\u00e9e, chaque dos press\u00e9 d\u2019arriver, chaque bras lev\u00e9 ne font qu\u2019un et d\u00e9veloppent une beaut\u00e9 mouvante et puissante. La foule ondule, elle respire, elle attend avec bonheur. Ils vont venir. Ils parleront. La foule ne s\u2019impatiente pas, et la musique l\u2019aide \u00e0 attendre avec une patience de juin, une patience de ciel clair. Lui d\u2019abord, s\u2019avance. Les milliers de mains le saluent, les applaudissements d\u00e9chirent l\u2019air, il r\u00e9pond d\u2019un sourire \u00e9norme, camp\u00e9 droit sur un corps r\u00e2bl\u00e9, des mains \u00e9paisses bien que petites bougent devant lui, de derri\u00e8re ses moustaches remarquables, connues sur les cinq continents, sa bouche s\u2019ouvre large, il exulte. La foule envoie toute son \u00e9nergie vers lui, il para\u00eet grandir. Devant le Tribunal ce matin, il a hurl\u00e9 la fiert\u00e9 de se battre avec ou sans la loi, cet apr\u00e8s-midi les mots semblent des morceaux de verre color\u00e9, \u00e9clats d\u2019un vitrail \u00e0 dessiner l\u2019utopie que la foule d\u00e9sire, et si tous s\u2019y mettent  on y arrivera, la nu\u00e9e des voix qui chantent en r\u00e9ponse s\u2019en tient garante. Son corps flotte au-dessus de la rumeur, \u00e0 la fois lourd et extatique, il encourage au combat, dit qu&rsquo;il reviendra, annonce son tour et lui ouvre la sc\u00e8ne. Elle entre. Longiligne, cheveux aux \u00e9paules, un pantalon large, et une tunique ceintur\u00e9e. Le silence est imm\u00e9diat. Elle a des gestes assur\u00e9s et lents. Elle observe chacun des regards vers elle, m\u00eame si cela est \u00e9videmment impossible, elle prend le micro en main, se d\u00e9place avec gr\u00e2ce et certitude. Tout en elle sonne juste. Les mots arrivent, la voix subjugue, la foule bruit en guise de r\u00e9ponse, les graves de sa gorge, inimitables, vibrent et produisent une envie de la toucher, de la suivre, de l\u2019entendre encore parler, d&rsquo;\u00eatre de ses luttes, de ses voyages, de ce qu\u2019elle a vu et entendu, de ce qu\u2019elle demande et de ce qu\u2019elle exige. Elle parle de son corps, il est l\u2019image m\u00eame du monde en flamme mais elle jure qu&rsquo;il  poss\u00e8de le pouvoir de gu\u00e9rison en lui. Ses v\u00eatements chics et simples lui font une ligne fluide, pr\u00e9sente bien qu&rsquo;un peu \u00e9th\u00e9r\u00e9e. Son accent adoucit le fran\u00e7ais, il est un contraste color\u00e9 avec la duret\u00e9 de ses propos, ou plut\u00f4t les propos que la duret\u00e9 du monde et du corps l\u2019oblige \u00e0 tenir. Elle en tremble de rage et de d\u00e9sir. Elle regarde une nouvelle fois loin devant elle, pose ses yeux sur un appui ici et l\u00e0, voit tout et sourit sans bouger, puis par n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rieuse quitte la sc\u00e8ne. \u00c0 l\u2019instant la foule est en deuil, d\u00e9j\u00e0 la musique reprend, mais le manque d\u2019elle est un trou b\u00e9ant qui ne sera pas combl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-code has-medium-gray-color has-dark-gray-background-color has-text-color has-background has-normal-font-size\"><code>trouver les personnages, et les installer dans ce qui fait texte, voil\u00e0 ce qui \u00e9tait complexe dans cette reflexion, alors ici ce qui peut sembler \u00eatre une pirouette, mais pas seulement, car les corps remarquables expos\u00e9s dans la foule sont iconics et inoubliables - photgraphiques - la photo d'archive surexpos\u00e9e comme le sont les souvenirs qui s'effacent.\n<\/code><\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je tente le portrait, et c\u2019est la foule qui se pr\u00e9cipite vers moi. 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