{"id":95461,"date":"2022-10-18T16:20:45","date_gmt":"2022-10-18T14:20:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=95461"},"modified":"2023-05-23T10:29:06","modified_gmt":"2023-05-23T08:29:06","slug":"photofictions-07-quatorze-juillet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photofictions-07-quatorze-juillet\/","title":{"rendered":"#photofictions #07 |&nbsp;quatorze juillet"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Entends-tu la fanfare militaire qui cadence le pas des soldats en d\u00e9fil\u00e9 ? Sens-tu l\u2019\u00e9vaporation de la fiert\u00e9 nationale envahir l\u2019atmosph\u00e8re ? Vois-tu les regards dirig\u00e9s vers la ligne de front ?<\/em>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quatorze juillet, culture de la fiert\u00e9 nationale. Une musique pour amidonner les tripes, une chor\u00e9graphie primaire sur un rythme binaire. Une-deux-une-deux. Garde-\u00e0-vous, les poils se redressent et se figent. Salut militaire, le majeur d\u2019une main sur la tempe, main ouverte, le majeur de l\u2019autre main sur la couture du pantalon, main coll\u00e9e. Geste cent fois, mille fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9. T\u00eate droite, buste gonfl\u00e9, menton haut, regard altier. Tableau b\u00e9gayant, succession d\u2019images saccad\u00e9es, un film en deux images\/seconde.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux enfants, sept et dix ans. Au centre. De l\u2019image mais surtout de l\u2019attention. Les pieds dans le caniveau, debout. Short, sandales, tee-shirts quelconques. En noir et blanc, \u00e9videmment. Entre eux deux, le p\u00e8re, une main sur une \u00e9paule de ses fils. Sa main droite sur l&rsquo;\u00e9paule gauche du plus petit, sa main gauche sur l\u2019\u00e9paule droite de son fr\u00e8re. Il est sur le trottoir, lui. Jour de fiert\u00e9 national, il s\u2019\u00e9l\u00e8ve. Il est fier. D\u2019\u00eatre l\u00e0 avec ses fils, d\u2019\u00eatre regard\u00e9, d\u2019\u00eatre photographi\u00e9. \u00c0 leur gauche, un homme bedonnant de trois quarts. Il les regarde, il sourit. Il admire le tableau. \u00c0 droite, une femme permanent\u00e9e tourne la t\u00eate dans leur direction, sourire elle-aussi. Quatorze juillet, d\u00e9fil\u00e9 militaire, un p\u00e8re et ses deux fils, fiert\u00e9 nationale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>La photographie est une composition des regards, ai-je appris. Je croyais que les yeux de la foule allaient m\u2019amener dans les rangs bien ordonn\u00e9s des militaires en marche ou dans les gradins officiels, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019ar\u00e9opage des \u00e9lus jouent de la dignit\u00e9 en se mordant les l\u00e8vres. Mais non, j\u2019ai saisi ces regards qui se concentraient sur ces deux enfants. Regards plein de fiert\u00e9 \u00e0 l\u2019adresse de ces m\u00f4mes dont la plus grande joie est de demeurer au c\u00f4t\u00e9 de leur p\u00e8re. Le d\u00e9fil\u00e9 ? Pour ce qu\u2019ils ont pu en voir, derri\u00e8re les jambes raides et les fesses grasses de la foule des citoyens spectateurs. Alors, j\u2019ai pris mon Contax \u00e9quip\u00e9 d\u2019un 55mm et j\u2019ai appuy\u00e9 sur le d\u00e9clencheur. Plusieurs fois. Les regards furtifs s\u2019\u00e9vanouissent parfois dans un battement de paupi\u00e8res.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a, dans les d\u00e9fil\u00e9s du quatorze juillet, de cette ambiance surnaturelle o\u00f9 sont agglom\u00e9r\u00e9s tous les symboles cocardiers dans une p\u00e2te patriotique. \u00c7a go\u00fbte le gigot\/flageolet et le Bordeaux vieilli, \u00e7a colore de bleu-blanc-rouge les pens\u00e9es, \u00e7a libertise, \u00e9galise, fraternise. Zim-boum-boum, une-deux,une-deux, allonzenfants. Avant les p\u00e9tards qui vrillent les oreilles, le feu d\u2019artifice qui allume le ciel et le bal o\u00f9 l\u2019on r\u00e9vise les standards populaires des cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es. Jour de fiert\u00e9 nationale, excessive, indicible, noble, tapageuse.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Mon p\u00e8re n\u2019avait pas trente ans quand il n\u2019est pas revenu. De la guerre. Mort pour la France, pour les trois couleurs. Mort sans avoir pu jouer avec moi, sans avoir pu m\u2019emmener au d\u00e9fil\u00e9. Parti avant que je puisse ressentir la fiert\u00e9 de le sentir \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s. Dans le viseur de mon appareil photo, j\u2019aper\u00e7ois l\u2019esquisse d\u2019une autre vie. J\u2019aper\u00e7ois des enfants aux centres des regards \u00e0 qui l\u2019on pr\u00eate une fiert\u00e9 d\u2019apparat mais qui en exhalent une toute autre, celle de se tenir l\u00e0 avec leur p\u00e8re.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Jour de fiert\u00e9 nationale.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:12px\">Photo License Creative Commons<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entends-tu la fanfare militaire qui cadence le pas des soldats en d\u00e9fil\u00e9 ? 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