{"id":95487,"date":"2022-10-19T14:24:17","date_gmt":"2022-10-19T12:24:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=95487"},"modified":"2022-10-19T18:34:18","modified_gmt":"2022-10-19T16:34:18","slug":"photofictions-07-en-sourdine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photofictions-07-en-sourdine\/","title":{"rendered":"#photofictions #07 | en sourdine"},"content":{"rendered":"\n<p>Ce qui frappe d\u2019abord  ce sont ses l\u00e8vres pleines, d\u00e9sirables et pourtant appel\u00e9es, on n\u2019y pense m\u00eame pas alors, \u00e0 se fl\u00e9trir, \u00e0 p\u00e2lir, \u00e0 s\u2019amincir, peu \u00e0 peu s\u2019effacer comme les souvenirs, sa chevelure abondante, indomptable, brillante appel\u00e9e \u00e0 se rar\u00e9fier et se ternir, que sa main tente de discipliner en pure perte, je la saisissais alors avec ma cam\u00e9ra qui tombera d\u00e9finitivement en panne un an apr\u00e8s, enfin la saisir, et les instants et la croissance des enfants, le premier gar\u00e7on si vif appel\u00e9 \u00e0 \u2026, cheveux blonds coupe tintin mignon, son agitation, il saute, il court, caracole, revient, curieux de l\u2019\u0153il de la cam\u00e9ra, grimace, file de nouveau, rejoint la copine du moment, sautent \u00e0 deux sur le pauvre petit canot gonflable qui servait \u00e0 tout, baignoire, trampoline, cabane mais canotait assez peu au final, vacances d\u2019\u00e9t\u00e9 dans le Finist\u00e8re, je me souviens&nbsp;&nbsp;la pluie sans cesse, peu film\u00e9e parce que peu propice, le film affiche plein \u00e9t\u00e9, ment \u00e9hont\u00e9ment, Voil\u00e0 ma m\u00e8re encore belle, venue l\u00e0 s\u2019a\u00e9rer quelques jours, profiter du petit, appel\u00e9e \u00e0 mourir dans les treize ans qui suivent, son cancer se pr\u00e9parait t\u2019il d\u00e9j\u00e0 en sourdine&nbsp;? Son regard brutal, elle apporte au jardin le plat de moussaka qu\u2019elle a longuement pr\u00e9par\u00e9, son sourire contraint qui n\u2019a jamais su masquer la douleur, cette vie qu\u2019elle n\u2019a pas su conduire, ses illusions qui l\u2019ont men\u00e9e o\u00f9, quelle mis\u00e8re mais l\u2019heure d\u2019alors, l\u2019heure du film lui offre un bon moment avec son petit-fils m\u00eame si moi je l\u2019agace et elle, trop \u00e9nigmatique \u00e0 son go\u00fbt, impossible \u00e0 saisir pour ma m\u00e8re aussi, se m\u00e9fier de l\u2019eau qui dort, donc elle se m\u00e9fiait, mais sourit, tache de rendre service pour l\u2019acc\u00e8s au petit. A l&rsquo;\u00e9poque je peignais &nbsp;en forcen\u00e9, l&rsquo;\u00e9t\u00e9  loin des pinceaux je saisis \u00e0 la cam\u00e9ra, elle s\u2019avance vers l&rsquo;objectif, regard glissant, elle passe, rejoint le rivage, ramasse les cheveux encombrants, maillot deux pi\u00e8ces, ventre tr\u00e8s en pointe, nombril \u00e9carquill\u00e9, on ne devine rien de dos, septi\u00e8me mois je crois, le 2<sup>e<\/sup>&nbsp;lov\u00e9 l\u00e0, au chaud, le calme, appel\u00e9e \u00e0 naitre et grandir, souffrir lui aussi \u00e0 son tour. Hors champ, un type assis sur le sable la mate avec insistance, elle s\u2019en plaindra, il suit chacun de ses gestes de ses mouvements, ses yeux plongeant dans les seins et le ventre gonfl\u00e9s, et peut-\u00eatre comme moi attir\u00e9 par la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 grave de son \u00e9tat particulier, elle est mal \u00e0 l\u2019aise, m\u00eame enceinte jamais la paix, c&rsquo;est peut-\u00eatre ce que ses l\u00e8vres disent dans le silence du super-huit et puis la tendresse donn\u00e9e \u00e0 l\u2019enfant sautillant, toujours en mouvements, les joues fuyantes et dans la s\u00e9quence qui suit au b\u00e9b\u00e9 paisible enfin n\u00e9, embrass\u00e9, r\u00e9embrass\u00e9, cajol\u00e9. La cam\u00e9ra change de main, je le filme, blond, 32 ans, d\u00e9j\u00e0 un peu envelopp\u00e9, son sourire ironique, l&rsquo;oeil qui frise, p\u00e8re id\u00e9al, appel\u00e9 \u00e0 se d\u00e9sint\u00e9resser de moi  et d\u2019eux pourtant, inimaginable alors, beau encore, il fait sauter le petit sur ses \u00e9paules, ses yeux si clairs au regard parfois noir, mais l\u00e0, clairs, souriants, les traits pleins appel\u00e9s \u00e0 se creuser, sa silhouette appel\u00e9e \u00e0 forcir, l\u2019image est moins bonne, mal cadr\u00e9e, oscillante, elle filme sans le savoir le sable, la cam\u00e9ra pendue au poignet, je reprends la cam\u00e9ra, images plus caressantes, elle porte sa robe rouge imprim\u00e9 proven\u00e7al, d\u00e9got\u00e9 parmi les vieilleries de sa m\u00e8re, elle s\u2019habillait exclusivement des vieilleries familiales, compl\u00e9t\u00e9es par quelques achats aux puces de Montreuil, on ne disait pas encore vintage, \u00e7a avait son charme. Le petit tient assis dans sa baignoire, c\u2019est en Aveyron, Najac je crois, tout tourne autour de lui, l&rsquo;ain\u00e9 r\u00f4de autour, curieux, perplexe, peut-\u00eatre inquiet, en tout cas beaucoup moins agit\u00e9. C\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9 o\u00f9 il s\u2019est fait piquer par des abeilles \u00e0 la l\u00e8vre sup\u00e9rieure, il en a \u00e9t\u00e9 d\u00e9figur\u00e9, on l\u2019a soign\u00e9 avec des granules Apis je sais plus quoi, le film n\u2019en porte pas t\u00e9moignage. Mensonge par omission. Il ne porte t\u00e9moignage que des corps que nous \u00e9tions alors, de l\u2019occupation du temps, les pens\u00e9es bien calfeutr\u00e9es dans les cerveaux, masqu\u00e9es par les illusions, l\u2019avenir se pr\u00e9pare, mais en sourdine\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><code>J'ai lu la proposition juste apr\u00e8s avoir eu l'exceptionnelle occasion de visionner un film familial dat\u00e9 de trente ans...  alors film, tant pis...<\/code><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce qui frappe d\u2019abord ce sont ses l\u00e8vres pleines, d\u00e9sirables et pourtant appel\u00e9es, on n\u2019y pense m\u00eame pas alors, \u00e0 se fl\u00e9trir, \u00e0 p\u00e2lir, \u00e0 s\u2019amincir, peu \u00e0 peu s\u2019effacer comme les souvenirs, sa chevelure abondante, indomptable, brillante appel\u00e9e \u00e0 se rar\u00e9fier et se ternir, que sa main tente de discipliner en pure perte, je la saisissais alors avec ma <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photofictions-07-en-sourdine\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#photofictions #07 | en sourdine<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":106,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3885,3815,1],"tags":[],"class_list":["post-95487","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-07_boltanski","category-photofictions","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/95487","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/106"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=95487"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/95487\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=95487"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=95487"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=95487"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}