{"id":96703,"date":"2022-11-07T15:25:55","date_gmt":"2022-11-07T14:25:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=96703"},"modified":"2022-11-07T18:26:04","modified_gmt":"2022-11-07T17:26:04","slug":"d568-automne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/d568-automne\/","title":{"rendered":"#photofictions #09 |\u00a0D568 automne"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"512\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/medium-7edab5cb-fd36-4aa0-b4fa-506c3901bf1c-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-96704\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/medium-7edab5cb-fd36-4aa0-b4fa-506c3901bf1c-2.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/medium-7edab5cb-fd36-4aa0-b4fa-506c3901bf1c-2-420x280.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Automne -marseillais- p\u00e9riph\u00e9rie- terrain vague-2020<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Ne pars pas, je n&rsquo;ai pas fini. Oui c&rsquo;est vrai on dirait un film, on serait de retour d&rsquo;un braquage rat\u00e9 je serais bless\u00e9e tu tiendrais ma main pour que je ne meure pas tout de suite.  C&rsquo;est presque \u00e7a, pas tout \u00e0 fait pourtant. Je suis l\u00e0 et je dois te dire. J&rsquo;ai essay\u00e9 de faire ce que tu sugg\u00e9rais quand tu as re\u00e7u la photo. Je l&rsquo;ai bien d\u00e9crite dans un premier temps, j&rsquo;ai plac\u00e9 ce paragraphe au centre du r\u00e9cit. \u00c7a fonctionnait comme tu l&rsquo;avais dit, un miroir o\u00f9 mon histoire allait s&rsquo;ab\u00eemer. Un bel effet de construction. Tu avais raison, comme toujours.  Mais tu vois, je nous ai sentis englu\u00e9s mon livre et moi dans le r\u00e9seau trop huil\u00e9 des images. Il a fallu que je les expulse. Pas elles, les carcasses, non, mais ce qu&rsquo;en disait ma guirlande de m\u00e9taphores. Oui tu prends ton air exc\u00e9d\u00e9, parce que les \u00e9diteurs ont refus\u00e9 le livre, tu penses que j&rsquo;aurais d\u00fb t&rsquo;\u00e9couter. Le manuscrit est all\u00e9 rejoindre sur la pile ses petits fr\u00e8res non advenus, rest\u00e9s en attente d&rsquo;approbation sous leurs couvertures de bristol, alors que nous ne savons pas dans la situation o\u00f9 nous sommes si je pourrai en \u00e9crire un autre. Beaucoup d&rsquo;obstacles s&rsquo;accumulent je sais bien.  Et je continue \u00e0 tout compliquer. Mais essaie encore de comprendre. Je ne les ai pas jet\u00e9es. Elles sont l\u00e0, elles hantent le livre. Elles flottent dans l&rsquo;air entre les pages, si tu veux bien baisser la garde quelques minutes tu les verras.  Elles sont l\u00e0 comme d\u00e9shabill\u00e9es une fois de plus, \u00e9vid\u00e9es ou presque , nettoy\u00e9es de leurs costumes d&rsquo;\u00e9l\u00e9phants morts, d&rsquo;armures rouill\u00e9es, de cadavres. Soustraites \u00e0 ce fatras qui ne dit rien de ce que j&rsquo;ai vu ce jour-l\u00e0.   Elles s&rsquo;imposent dans la lumi\u00e8re tendre de l&rsquo;automne sur ce terrain vague long\u00e9 au retour, alors que je croyais en avoir fini, que je quittai les abords de Marseille lest\u00e9e de la collecte de t\u00e9moignages qui alimenterait mon livre. Je me souviens. J&rsquo;avais pos\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, sur le si\u00e8ge passager, une pile de feuilles imprim\u00e9es et de photos, mal retenues par une chemise en carton dont l&rsquo;elastique faiblissait. Certains entretiens m&rsquo;avaient trop \u00e9mue pour que je sache quoi en faire et d&rsquo;autres au contraire presque vides me renvoyaient l&rsquo;inanit\u00e9 de mon projet. La pile se d\u00e9pla\u00e7ait dans les virages, glissait au risque de se d\u00e9faire. La photo n&rsquo;y \u00e9tait pas, je ne l&rsquo;ai jamais imprim\u00e9e. Il y a juste cette vue que je t&rsquo;ai envoy\u00e9e depuis mon portable. Tu as tout de suite exprim\u00e9 ton enthousiasme, tes id\u00e9es. La photo ferait une excellente couverture, toutes ces t\u00f4les abandonn\u00e9es fourniraient une image-source. J&rsquo;ai essay\u00e9 mais non, pas de tirage. J&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l&rsquo;image que ma r\u00e9tine avait saisie, dupliqu\u00e9es seulement dans le t\u00e9l\u00e9phone. Pourtant   elles sont l\u00e0, \u00e9videntes et tranquilles sous les arbres, hors de notre port\u00e9e. Rendues au temps long o\u00f9 \u00e7a meurt sans mots. Rouge et gris mang\u00e9s, embo\u00eet\u00e9es, les unes dans les autres Elles ne sont pas dans le livre comme tu l&rsquo;aurais souhait\u00e9, en majest\u00e9, au c\u0153ur d&rsquo;un r\u00e9cit sc\u00e9naris\u00e9 selon les r\u00e8gles. Je pr\u00e9f\u00e8re qu&rsquo;elles diffusent depuis cette p\u00e9riph\u00e9rie o\u00f9 finalement je me plais. Ne te sauve pas. J&rsquo;aime les histoires, la preuve je viens de le dire, je nous verrais bien en cavale comme dans les romans que nous lisions, avant. Ou dans ces chansons dont le titre est un nom de route et qui parlent de motel d&rsquo;\u00e9treinte et de d\u00e9part dans le petit matin. On aurait des pr\u00e9noms bien am\u00e9ricains et je tiendrais une cigarette. Mais je ne sais pas en \u00e9crire de ces histoires- l\u00e0, je campe \u00e0 leurs abords. Je les regarde faire, \u00e9voluer, varier. Disons que j&rsquo;attends que \u00e7a passe comme on le dit des anges quand affleure le temps que l&rsquo;on ne meuble pas. Tu ne m&rsquo;\u00e9coutes plus et tu as bien raison, je parle trop, \u00e0 moins que j&rsquo;aie r\u00eav\u00e9 une partie des mots que je crois avoir dits. Mais au moins regarde le ciel . Comme il s&rsquo;incurve au-dessus d&rsquo;elles, comme il amorce une vo\u00fbte tr\u00e8s douce bien avant que la nuit n&rsquo;avive les images anciennes des contes. Regarde aussi les arbres, dis moi leur noms. Il me semble voir des roseaux mais je n&rsquo;en suis pas certaine aide -moi. Et d&rsquo;ailleurs que montre l&rsquo;image ? Une casse ? Sauvage alors puisque rien n&rsquo;est tri\u00e9, qu&rsquo;on ne voit pas d&rsquo;engin. Oui aide moi \u00e0 regarder encore. Ou pr\u00e9pare-nous du caf\u00e9, le mien est presque froid. De toute fa\u00e7on, ce livre, tu n&rsquo;y as jamais cru. Pour moi il a du sens. Dire ce qu&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 ces ann\u00e9es -l\u00e0, l&rsquo;espace -temps imagin\u00e9 dans lequel nous agissions et le temps vrai de notre adolescence. Dire l&rsquo;\u00e9cart entre deux. Tu parles de folklore. Peut-\u00eatre. Nous sautions \u00e0 pieds joints en criant le nom des leaders r\u00e9volutionnaires sans rien savoir du ciel tendu, des jardins verts surgis tout crus des pierres blanches et des d\u00e9serts aux portes de la ville. Tout le temps qu&rsquo;a dur\u00e9 l&rsquo;enqu\u00eate, j&rsquo;avais repris pied dans le paysage. Je n&rsquo;\u00e9tais pas la seule. Les anciens militants et m\u00eame ceux qui continuaient parlaient \u00e0 pr\u00e9sent volontiers cuisine locale. Ils avaient atterri. A moins qu&rsquo;ils aient trouv\u00e9 refuge  dans un autre r\u00e9cit. Quand j&rsquo;ai pris la photo &#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ne pars pas, je n&rsquo;ai pas fini. Oui c&rsquo;est vrai on dirait un film, on serait de retour d&rsquo;un braquage rat\u00e9 je serais bless\u00e9e tu tiendrais ma main pour que je ne meure pas tout de suite. C&rsquo;est presque \u00e7a, pas tout \u00e0 fait pourtant. Je suis l\u00e0 et je dois te dire. 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