{"id":96959,"date":"2022-11-07T20:08:08","date_gmt":"2022-11-07T19:08:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=96959"},"modified":"2022-11-09T10:09:02","modified_gmt":"2022-11-09T09:09:02","slug":"carnets-prologue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-prologue\/","title":{"rendered":"#carnets #prologue | amoncellement"},"content":{"rendered":"\n<p>Le carnet, c\u2019est d\u2019abord la culpabilit\u00e9.<br>C\u2019est l\u2019essence-m\u00eame du reproche \u00e9ternellement adress\u00e9 \u00e0 mon incapacit\u00e9 \u00e0 le remplir tout entier. Toute l\u2019histoire de mon rapport \u00e0 l\u2019\u00e9criture se tient l\u00e0, farouche, rectangulaire et muette.<br>Tout carnet me regarde en me disant : encore un que tu n\u2019as pas fini, encore une trace de tes vell\u00e9it\u00e9s, de tes enthousiasmes passagers, de ton manque de pers\u00e9v\u00e9rance.<br>Ce que je vois en premier quand j\u2019envisage un carnet, ce sont ces pages rest\u00e9es vides et pourtant destin\u00e9es \u00e0 ce que j\u2019aurais d\u00fb \u00e9crire, ce que j\u2019aurais d\u00fb devenir, ce que j\u2019aurais d\u00fb \u00eatre. Des pages vides qui m\u2019observent et n\u2019en pensent pas moins. Me jugent, me renvoient \u00e0 mon insignifiance.<br>Je crois que jamais je n\u2019ai achet\u00e9 de mon propre chef un carnet, gu\u00e8re davantage qu\u2019un stylo. Tous sont glan\u00e9s ici ou l\u00e0, jamais vol\u00e9s mais vraiment d\u00e9couverts comme par hasard sur ma route. Jamais ma d\u00e9marche ne fut adulte, en somme. Tiens, ce carnet l\u00e0, qui tra\u00eene, je pourrais le prendre, dis, s\u2019il te plait ? Y\u2019aurait pas un bic quelque part, s\u2019il te plait ? Path\u00e9tique, je te dis.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les deux objets que j\u2019ai conserv\u00e9s, pourtant, se forme une esp\u00e8ce d\u2019\u00e9quilibre. L\u2019un des deux comporte plus de pages \u00e9crites que de pages vides. Mais forc\u00e9ment, je le regarde comme moins important que l\u2019autre, moins pur, plus h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne.<br>Je vais donc ici leur reprendre un peu de leur pouvoir mal\u00e9fique \u00e0 mon encontre en caract\u00e9risant celui qui ne veut pas me l\u00e2cher du regard.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus important pour d\u00e9terminer un carnet utilisable a toujours \u00e9t\u00e9 l\u2019absence de spirales.<br>Ma main droite est \u00e0 plat lorsque j\u2019\u00e9cris. Le carnet \u00e0 spirale me fait peur car il m\u2019interdit toutes les pages de gauche. Je n\u2019ai jamais trouv\u00e9 comment placer ma main pour \u00e9crire jusqu\u2019au bout de la ligne. L\u00e0 encore, la peur de laisser un espace inoccup\u00e9, inaccessible, un bout de page vide qui, on l\u2019a compris, m\u2019est insupportable.<br>Obsession de ne pas g\u00e2cher, de tout justifier, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019absolu.<br>Je ne veux pas me demander explicitement pourquoi toute cette complexit\u00e9. Ne le sais que trop bien.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon carnet le plus ancien n\u2019est d\u2019ailleurs pas destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre \u00e9crit, je crois. Il s\u2019agit d\u2019un cahier \u00e0 dessin, tr\u00e8s \u00e9pais, aux pages blanches, sans aucune ligne, de format demi A4 il me semble, sigl\u00e9 aux \u00e9ditions La Pastourelle et accompagn\u00e9 d\u2019un logo compliqu\u00e9 mettant en sc\u00e8ne ces deux initiales : L et P. Il est tr\u00e8s \u00e9trange d\u2019avoir voulu \u00e9crire dans ce cahier \u00e0 dessin, alors que ma mauvaise vue aurait plut\u00f4t d\u00fb me dicter un carnet pourvu de lignes. Son apparence n\u2019est pas moins \u00e9trange. Sa couverture affiche, sur un fond rose fuchsia profond, des sortes d\u2019empreintes noires, de dessins qui pourraient vaguement rappeler le pelage d\u2019une panth\u00e8re, ou bien une sorte de carte myst\u00e9rieuse de reliefs inconnus, de cours d\u2019eau trac\u00e9s \u00e0 l\u2019encre de chine\u2026 La tranche ainsi que les angles sont \u00e9galement noirs.<br>\u00c0 toutes ces pages vierges, immacul\u00e9es, r\u00e9pondent d\u2019autres pages arrach\u00e9es \u00e0 d\u2019autres carnets disparus, quelques lettres re\u00e7ues ou bien \u00e9crites sans avoir \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9es. Un amoncellement toujours d\u00e9bordant de d\u00e9buts de romans, de plans inaboutis, de po\u00e8mes de jeunesse.<br>Toute cette \u00e9tranget\u00e9 me semble aujourd\u2019hui saisissante, d\u2019autant plus que je r\u00e9alise que j\u2019y tiens sp\u00e9cialement. Le perdre, ce cahier presque vide, me ferait sans doute beaucoup souffrir. Dans le blanc de ces pages \u00e0 dessin, j\u2019ai d\u00fb laisser la trace de mes espoirs \u00e9vanouis.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le carnet, c\u2019est d\u2019abord la culpabilit\u00e9.C\u2019est l\u2019essence-m\u00eame du reproche \u00e9ternellement adress\u00e9 \u00e0 mon incapacit\u00e9 \u00e0 le remplir tout entier. Toute l\u2019histoire de mon rapport \u00e0 l\u2019\u00e9criture se tient l\u00e0, farouche, rectangulaire et muette.Tout carnet me regarde en me disant : encore un que tu n\u2019as pas fini, encore une trace de tes vell\u00e9it\u00e9s, de tes enthousiasmes passagers, de ton manque <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-prologue\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#carnets #prologue | amoncellement<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":549,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3937,3897],"tags":[],"class_list":["post-96959","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-carnets_prologue","category-le_grand_carnet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/96959","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/549"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=96959"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/96959\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=96959"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=96959"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=96959"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}