{"id":96966,"date":"2022-11-07T13:09:34","date_gmt":"2022-11-07T12:09:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=96966"},"modified":"2022-11-07T13:33:42","modified_gmt":"2022-11-07T12:33:42","slug":"photofictions-09-silo-marcel-proust","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photofictions-09-silo-marcel-proust\/","title":{"rendered":"#photofictions #09 |\u00a0silo Marcel Proust"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"680\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Capture-decran-2022-11-07-a-12.35.37-1024x680.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-96967\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Capture-decran-2022-11-07-a-12.35.37-1024x680.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Capture-decran-2022-11-07-a-12.35.37-420x279.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Capture-decran-2022-11-07-a-12.35.37-768x510.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Capture-decran-2022-11-07-a-12.35.37-1536x1020.png 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Capture-decran-2022-11-07-a-12.35.37-2048x1359.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Tels sont nos g\u00e9ants. La Beauce s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 l&rsquo;horizontale, avec les fermes closes en carr\u00e9 comme dans Zola, ou selon saison les arrosages sur roues plus larges que les champs ou les tracteurs \u00e0 vous remorquer toute une ville: elles sont dans les replis, les villes, comme enserr\u00e9es sur elles-m\u00eames plut\u00f4t qu&rsquo;\u00eatre d\u00e9pec\u00e9es par le vent alors les toponymes on les reconna\u00eet, on les a lus dans Proust pour quelques-uns, dans Saint-Simon pour beaucoup d&rsquo;autres, mais de silos non, ceux-l\u00e0 n&rsquo;en parlent pas. Combray \u00e0 \u00e9chelle de <em>Recherche<\/em> c&rsquo;est un assemblage de d\u00e9tails, d&rsquo;int\u00e9rieurs, et la campagne encore morcel\u00e9e dans ses haies et taillis, l&rsquo;odeur des aub\u00e9pines ou la mare secr\u00e8te, c&rsquo;\u00e9tait avant le monde industriel qu&rsquo;on y voit transpara\u00eetre par quelques personnages o\u00f9 bute le vieil ordre du monde: \u00e9crire nous condamnant \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 \u00e0 parler de ce qu&rsquo;on perd, bien au-del\u00e0 du temps ? On marche dans les rues grises d&rsquo;Illiers-Combray, les bars et boutiques \u00e0 jamais ferm\u00e9es, m\u00eame selon tes propres souvenirs d&rsquo;une venue il y a trois ans, ou cinq ans, ou dix ans. La maison mus\u00e9e, o\u00f9 te r\u00e9jouissaient, puisque rien \u00e0 voir avec la maison fiction de la <em>Recherche<\/em>, qui en combine trois au moins, les prises, interrupteurs, poign\u00e9es ou rideaux qui te renvoyaient \u00e0 la date m\u00eame de cr\u00e9ation du mus\u00e9e, trente ans apr\u00e8s la mort de Proust, \u00e0 ce que tu touchais de tes mains dans la maison de tes propres grands-parents, une sorte de transfert homoth\u00e9tique \u2013&nbsp;et cette maison aussi maintenant ferm\u00e9e, moderniser les prises et y mettre un ascenseur, la petite ombre qui se construit en toi \u00e0 penser que tu n&rsquo;y reviendras pas, la maison inhabit\u00e9e plus loin dans le bourg (elles ne manquent pas) devenue la rempla\u00e7ante arbitraire pendant les travaux, et plus haut, o\u00f9 la ville se d\u00e9fait pour se perdre dans la grande Beauce \u00e9tal\u00e9e, la fausse maison dite de Swann, deux \u00e9tages de belle fa\u00e7ade mais cinq m\u00e8tres d&rsquo;\u00e9paisseur c&rsquo;est tout, plaqu\u00e9e contre un vieux mur et am\u00e9nag\u00e9e pour profits par un industriel des mariages chinois (sauf que oui, pas vis\u00e9 juste avec la pand\u00e9mie) et toi, dans ces encombrements de voitures gar\u00e9es, \u00e0 chasser quand m\u00eame de vieilles enseignes, recueillir \u00e0 tomber sur la rivi\u00e8re quelque vieille porte de jardin oubli\u00e9e, c&rsquo;est l\u00e0-bas, dans l&rsquo;\u00e9tendue, non plus la voie ferr\u00e9e o\u00f9 la famille du narrateur de la <em>Recherche<\/em> d\u00e9barque pour les vacances de P\u00e2ques \u2013 on les a d\u00e9multipli\u00e9es, \u00e9cras\u00e9es sur le sol, les voies m\u00eame si la vieille gare est pareille mais que resterait-il dans ces gares secondaires qui les distingue de toutes les autres, la belle lourdeur des silos et leurs ajouts composites, le nom Illiers en typographie maintenant \u00e9raill\u00e9e et qui n&rsquo;a pas eu le temps de devenir Illiers-Combray mais s&rsquo;en tient \u00e0<a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/krnk\/spip.php?article2352\"> SCA d&rsquo;Illiers-Saumeray<\/a> moi j&rsquo;avais mis l\u00e0 au sol une petite cam\u00e9ra 360 que j&rsquo;avais ces jours-l\u00e0 (et la maison dite de tante L\u00e9onie l\u00e0 aussi, clandestinement, j&rsquo;avais fait mes photos 360) et lui, Eric, m&rsquo;avait gentiment r\u00e9pondu, d\u00e9couvrant mes photos sur mon site, qu&rsquo;eux avaient eu l&rsquo;autorisation de grimper tout l\u00e0-haut, sur le toit plat, mais \u00e7a on n&rsquo;en avait pas photo: moi aussi alors maintenant je voyais tout d&rsquo;en haut, la petite bourgade repli\u00e9e et en \u00e9tat grandissant d&rsquo;abandon, les rues grises et les voitures gar\u00e9es, le supermarch\u00e9 \u00e0 dix kilom\u00e8tres, les visiteurs qui ne s&rsquo;y reconnaissaient plus, et puis, juste l\u00e0 au pont sur la Vivonne (dans le livre) et qu&rsquo;on appelait ainsi \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de soi, entre promenade du c\u00f4t\u00e9 de chez Swann (le vrai, Tansonville) et du c\u00f4t\u00e9 de Guermantes, plut\u00f4t que dire simplement le Loir son nom d&rsquo;\u00e9tat-civil, l&rsquo;eau calme trouant le lavoir ne vous en voulait pas, d&rsquo;en haut tu vois les pancartes bien plus attractives que celles vou\u00e9es au mus\u00e9e en r\u00e9fection, vers la ferme toute proche (mais il fait visiter quoi, celui-ci, sa penderie, ses sous-v\u00eatements) d&rsquo;un animateur de t\u00e9l\u00e9vision \u00e0 la voix synth\u00e9tique mais in\u00e9puisable lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de cachets \u00e0 la cha\u00eene mais quoi, des gens viennent contempler ses richesses? et d&rsquo;en haut du silo, si tu ne vois pas Chartres et la si belle perc\u00e9e, selon l&rsquo;envahissement des immeubles, des fl\u00e8ches de la cath\u00e9drale comme miniature trouant les champs, la bourgade suivante sur la route, la petite affiche sous un plastique punais\u00e9, accroch\u00e9 \u00e0 la porte de la petite \u00e9glise lourdaude, indiquant un 06 pour que la personne en charge de l&rsquo;accueil, de sa maison ann\u00e9es 70 de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du rond-point, vienne t&rsquo;ouvrir et t&rsquo;explique si besoin, cette <em>danse des morts<\/em> dans sa p\u00e9nombre qui soudain te renvoie dans une autre obscurit\u00e9, celle du temps m\u00eame : Proust qui a \u00e9crit Combray dans les lacunes de sa m\u00e9moire et sans y revenir ne la mentionne pas, la <em>danse des morts<\/em> et toi tu resterais l\u00e0 des heures, trop sombre m\u00eame pour photographier, ce que l&rsquo;isolement et le quasi abandon, la petite \u00e9glise lourdaude sur son rond-point de la route de Chartres, ne dit \u00e0 personne qu&rsquo;elle abrite, ce qui danse \u00e0 pleins murs sur toute sa paroi, et apprendre que le peintre qui a travaill\u00e9 l\u00e0 (des mois, des ann\u00e9es, en une fois ou plusieurs, avec des aides ? on ne sait pas, on ne saura jamais) \u00e9tait un de ces peintres ambulants comme on en trouve aussi chez Hoffmann, que des danses des morts dans la m\u00eame \u00abr\u00e9gion naturelle\u00bb que reconstitue l&rsquo;atlas on en compte au moins quatre, m\u00eame si celle-ci \u00e0 Meslay-le-Grenet est la plus grande la plus belle, ce peintre marchant de village \u00e0 village dans cette toute fin du XVe si\u00e8cle, il est comme ces deux photographes arr\u00eatant leur voiture pour prendre en vue frontale chacun des silos de la Beauce, toi tu vois maintenant de tout en haut, mont\u00e9 sur la terrasse de b\u00e9ton, tu vois le pays entier, ses bourgades, la <em>Recherche du temps perdu<\/em> comme voir dans le livre laiss\u00e9 l\u00e0, en bas, tout petit ouvert, la voix mielleuse de l&rsquo;animateur t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 et l&rsquo;immensit\u00e9 de l&rsquo;oc\u00e9an c\u00e9r\u00e9alier, la terre enti\u00e8re devenue machine \u00e0 billets, pesticides, machines achet\u00e9es avant m\u00eame que la pr\u00e9c\u00e9dente soit us\u00e9e si les subventions europ\u00e9ennes sont l\u00e0, et des silos encore plus g\u00e9ants rempla\u00e7ant les anciens: sur cette photo tu avais bien vu qu&rsquo;il \u00e9tait en ruine, le silo, trou\u00e9 et d\u00e9vast\u00e9, le silo, \u00e0 l&rsquo;abandon pour des si\u00e8cles parce qu&rsquo;indestructible masse de b\u00e9ton, le silo et puis non : la photo \u00e9tait dat\u00e9e de 2017 et portait la mention: \u00abd\u00e9moli en 2018\u00bb, et tu avais repens\u00e9 fort au peintre anonyme recommen\u00e7ant de village en village ses danses morts \u00e0 pleine paroi des vieilles \u00e9glises, et l&rsquo;ombre de Proust comme d\u00e9pec\u00e9e ici o\u00f9 il en restait si peu d\u00e9sormais. Tu regardais cette photo, la mention \u00abd\u00e9moli\u00bb (est-ce la m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 que repr\u00e9sente une photographie, selon que perdure ce qu&rsquo;elle repr\u00e9sente ou pas ?), et tu as eu cette certitude soudain, qu&rsquo;\u00e0 Illiers qui ne pouvait plus \u00eatre Combray jamais plus tu ne reviendrais. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"992\" height=\"164\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Capture-decran-2022-11-07-a-12.35.53.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-96972\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Capture-decran-2022-11-07-a-12.35.53.png 992w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Capture-decran-2022-11-07-a-12.35.53-420x69.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Capture-decran-2022-11-07-a-12.35.53-768x127.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 992px) 100vw, 992px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tels sont nos g\u00e9ants. 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