{"id":97209,"date":"2022-11-08T09:31:14","date_gmt":"2022-11-08T08:31:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=97209"},"modified":"2023-05-22T22:18:32","modified_gmt":"2023-05-22T20:18:32","slug":"carnets-prologue-le-poids-des-carnets","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-prologue-le-poids-des-carnets\/","title":{"rendered":"#carnets #prologue | le poids des carnets"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"941\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_2824-copie-1024x941.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-97210\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_2824-copie-1024x941.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_2824-copie-420x386.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_2824-copie-768x706.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_2824-copie-1536x1412.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_2824-copie-2048x1883.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Lisa Diez, Marseille, 2021<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai six ans, le p\u00e8re m&rsquo;offre un carnet rouge \u00e0 couverture rigide et petits carreaux bleus qu&rsquo;un \u00e9lastique tient ferm\u00e9. Les pages sont douces et fines, l&rsquo;odeur et les lignes me donnent envie d&rsquo;\u00e9crire, je suis entrain d&rsquo;apprendre. Voil\u00e0 \u00e0 quoi sert l&rsquo;\u00e9criture, remplir des pages vierges. J&rsquo;y consigne ce que je mange, en d\u00e9tail. Je remplis mon ventre pour remplir mon carnet o\u00f9 je trace des mots, avec la difficult\u00e9 et le plaisir de la graphie, puis de la calligraphie, \u00e9lans qui se confondent avec celui de l&rsquo;\u00e9crire. Un jour, entre \u00ab\u00a0biftek\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0frittes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0petis pois\u00a0\u00bb, un voyage r\u00e9el en avion, seule, avec mon pr\u00e9nom plastifi\u00e9 autour du cou; j&rsquo;\u00e9cris \u00ab\u00a0la femme assise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi \u00e9tait trop bavarde, elle m&rsquo;a racont\u00e9 sa vie, \u00e7a m&rsquo;a \u00e9n\u00e9rv\u00e9\u00a0\u00bb. Le carnet ne me traite pas de menteuse, je rougis et je jubile. La fiction est \u00e0 la fois une nouvelle \u00e9motion et une exp\u00e9rience sans cons\u00e9quences, on peut donc faire \u00e7a aussi l\u00e0 dedans. Vers douze ans, la m\u00e8re m&rsquo;ach\u00e8te un carnet avec cadenas, rose, couverture molletonn\u00e9e, tout est permis. Chaque \u00e9t\u00e9 je rentre d&rsquo;Espagne &#8211; o\u00f9 les rayons papeterie sont plus fournis, moins chers &#8211; les valises remplies de carnets de toutes sortes. Les crit\u00e8res varient, ma graphie change et se confirme : \u00e0 l&rsquo;encre sur les grandes pages \u00e9paisses, douces et lign\u00e9es des Clairefontaines, au bic sur les cahiers fantaisie pour le plaisir du son des pages feuillet\u00e9es, fines, gorg\u00e9es de bas reliefs, au bic encore sur le papier recycl\u00e9 gris pour la mollesse et le poids des pages presque humides. Je ne sais pas exactement pourquoi je remplis ces carnets: pour me regarder \u00e9crire, pour le geste, le toucher, pour la couleur, pour l&rsquo;odeur, pour contrer la solitude, parfois pour raconter. Les carnets se multiplient: celui-ci re\u00e7oit mes critiques de films et de spectacles, cet autre mon intimit\u00e9, il y a un carnet pour les r\u00eaves, les histoires, les projets, les croquis, les voyages, les copies de textes aim\u00e9s, les cours. J&rsquo;y colle de tout, des photos, des images, des articles. Autour de vingt ans, je fusionne avec eux. Mes tiroirs sont remplis de pages vierges, de couvertures douces, ils me promettent la merveille, veulent \u00eatre remplis, se remplissent, s&rsquo;accumulent, me supportent, m&rsquo;assurent que j&rsquo;existe. J&rsquo;accouche, l&rsquo;aventure, j&rsquo;ouvre un carnet pour mon fils, le seul qui ne s&rsquo;adresse pas \u00e0 moi. Et soudain, j&rsquo;ai peur de les perdre ou pire, qu&rsquo;on me les vole. Les Moleskines \u00e0 pages blanches font leur apparition, plus de lignes, j&rsquo;\u00e9cris et je trace, je dessine et je note. Je r\u00eave (encore) de me rassembler dans un seul carnet. Je les classe d\u00e9sormais en fonction des dates. L&rsquo;ordinateur accueille la fiction, le carnet tout ce qui la soutient: recherches, conf\u00e9rences, \u00e9missions de radio, r\u00e9flexions \u00e0 la vol\u00e9e, titres, fulgurances, noms, num\u00e9ros de t\u00e9l\u00e9phone, choses \u00e0 faire, notes de stages, de travaux collectifs, de conversations. Je dois les avoir sous les yeux, ils me rassurent et me p\u00e8sent. \u00c0 quarante ans, l&rsquo;inqui\u00e9tude s&rsquo;\u00e9paissit: si je meurs, le poids des carnets va s&rsquo;abattre sur mon fils. Lui demander, dans celui qu&rsquo;il lira en premier, de les br\u00fbler avec moi?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai six ans, le p\u00e8re m&rsquo;offre un carnet rouge \u00e0 couverture rigide et petits carreaux bleus qu&rsquo;un \u00e9lastique tient ferm\u00e9. Les pages sont douces et fines, l&rsquo;odeur et les lignes me donnent envie d&rsquo;\u00e9crire, je suis entrain d&rsquo;apprendre. Voil\u00e0 \u00e0 quoi sert l&rsquo;\u00e9criture, remplir des pages vierges. J&rsquo;y consigne ce que je mange, en d\u00e9tail. 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