{"id":97671,"date":"2022-12-18T11:11:00","date_gmt":"2022-12-18T10:11:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=97671"},"modified":"2022-12-20T08:44:14","modified_gmt":"2022-12-20T07:44:14","slug":"carnets-carnetdeliot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-carnetdeliot\/","title":{"rendered":"carnets individuels | Philippe Liotard"},"content":{"rendered":"\n<p>01 \u2013 tout d\u2019un coup dans les phares sur le c\u00f4t\u00e9, un surgissement, silhouette noire dans le noir, invisible jusque-l\u00e0, r\u00e9v\u00e9l\u00e9e au dernier moment, o\u00f9 les roues presque \u00e0 la toucher, la renverser, impossible de noter, mains sur le volant, la nuit la pluie, garder l\u2019image en soi, la peur r\u00e9trospective, j\u2019ai failli le foutre en l\u2019air, l\u2019ai vu au dernier moment, apparition de la silhouette de l\u2019homme en noir l\u00e0 o\u00f9 pas de pi\u00e9ton d\u2019habitude pas de trottoir<\/p>\n\n\n\n<p>02 \u2013 les yeux sont ferm\u00e9s, sensation \u00e0 chercher retrouver. Sentir son propre corps s\u2019emplir, de quoi? impression t\u00e9nue de corps confus, odeur perdue, m\u00eame les images, absentes, le noir de la paupi\u00e8re ferm\u00e9e ne suffit pas \u00e0 les convoquer. Ce n\u2019est pas un oubli, non, une recherche dans l\u2019oubli\u00e9, les images brouill\u00e9es flottent, les bras se referment sur le vide de corps flous et froid, effac\u00e9s sit\u00f4t aper\u00e7us, vacillants comme flammes d\u2019une bougie sur une fen\u00eatre dans la nuit de l\u2019hiver<\/p>\n\n\n\n<p>03 \u2013 \u00c7a a dur\u00e9 quoi, dix secondes, quinze? Deux visages tourn\u00e9s l\u2019un vers l\u2019autre, chacun dans son m\u00e9tro \u00e0 aller dans une direction oppos\u00e9e, deux regards plant\u00e9s profond\u00e9ment, et un sourire qui s\u2019\u00e9bauche lorsque les rames s\u2019\u00e9branlent. Tirer le signal d\u2019alarme. Sortir. Remonter le quai. Prendre les escaliers. Se retrouver dans le couloir de la sortie. Et puis rester l\u00e0, immobiles, face \u00e0 face, bras ballants, \u00e0 se demander en quelle langue se saluer<\/p>\n\n\n\n<p>04 \u2013 Toute la nuit, le r\u00eave est revenu. Comme chaque nuit. Il est l\u00e0, \u00e0 chaque micro-r\u00e9veil, dans l\u2019infra veille. Je le reconnais. Je le sais. Il est question d\u2019une liste de choses \u00e0 faire. Plusieurs niveaux de r\u00e9alit\u00e9 se superposent avec clart\u00e9 et fixit\u00e9. Rien ne se d\u00e9roule. Images palimpseste effac\u00e9es sit\u00f4t r\u00e9veill\u00e9. Le r\u00eave reviendra la nuit prochaine et je l\u2019oublierai \u00e0 nouveau. De cette nuit-ci, je me souviens d\u2019une chose. Le visage de P. est apparu, grave.<\/p>\n\n\n\n<p>05 \u2013 Nuit non noire, entre anthracite et ardoise, bleu de minuit et bleu charron marbr\u00e9 d\u2019\u00e9tain pur. Et deux points lumineux comme des yeux perdus.<br>Quand l\u2019argent chasse le plomb, bruisse le murmure pastel du ciel de l\u2019aube comme un regard abstrait .<br>Dans le d\u00e9but du matin, le ciel encore bas cisaille au rayon les nuages avant de les d\u00e9pecer et de percer, rieur. Mais les nuages l\u2019enfarinent bient\u00f4t \u00e0 grands coups d\u2019\u00e9pais gris.<br>De l\u2019indicible ciel, d\u2019ici ou de l\u00e0, que dire d\u2019autre si ce n\u2019est qu\u2019il \u00e9chappe.<\/p>\n\n\n\n<p>06 \u2013 Personne d\u2019autre que moi n\u2019aurait remarqu\u00e9 que jamais d\u2019autre que toi n\u2019aura plus compt\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>07 \u2013 Masque obligatoire dans l\u2019h\u00f4pital, encore, seuls les yeux qu\u2019on voit. Elle les ouvre grands comme pour s\u2019excuser de savoir qu\u2019il souffre, l\u00e8vres cach\u00e9es pinc\u00e9es | Visage rond, barbu? l\u00e9g\u00e8rement, une semaine max, cheveux gris, non pas gris, mais cheveux, la coupe, je ne sais pas, chauffeur de taxi, gar\u00e9 devant, en attente | Les regards autour regardent la goutte au bout du nez mais la goutte ne tombe pas, elle reste, comme stalagtite, du grec stalaktos &#8211; \u00ab qui coule goutte \u00e0 goutte \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>08 \u2013 Pelletier, Morini, Espinoza, Norton, Amalfitano, Fate, H. Reiter, Almada, Almendro, Campos, Crawford, Cruz, Cura, de Dios Mart\u00ednez, del Mar Enciso Montes, Dorothea, Entrescu, Fern\u00e1ndez, Flores, Gonz\u00e1lez, S. Gonz\u00e1lez, Guerra, Halder, Larraz\u00e1bal, L\u00f3pez Santos, Maga\u00f1a, Medina, Montes, Nisamata, O\u2019Bannion, Palacio, Pickett, Popescu, Rebolledo, Reinaldo, Roncal, Seaman, L. Reiter, von Archimboldi, von Zumpe<\/p>\n\n\n\n<p>09 \u2013 ne pas s\u2019attarder sur la peau sur les os, sur les bleus qui s\u2019y marquent, sur les gestes lents des mains qui disent ce que la voix ne peut plus, ne pas s\u2019attarder sur le murmure qu\u2019elle est devenue, sur la totale fragilit\u00e9 du corps connu fort, sur les fluides que l\u2019on sonde et ceux que l\u2019on injecte, les douleurs que l\u2019on sent, le souffle qui se retranche, garder le bleu des yeux ouverts dans les miens aussi bleus, s\u2019attarder sur la main avec sa propre main.<\/p>\n\n\n\n<p>10 \u2013 pendant qu\u2019il agonise et que nous le regardons, suspendus \u00e0 l\u2019amplitude de sa poitrine qui se restreint jusqu\u2019\u00e0 n\u2019\u00eatre plus rien, nos yeux accroch\u00e9s au bleu de ses yeux qui se grise, il est d\u00e9j\u00e0 ailleurs, pas parti mais ailleurs, bien avant le dernier souffle et les tous derniers mots. Il ne s\u2019attarde pas, il se balade, pas loin, mais ailleurs, toujours \u00e0 peine ailleurs, et nous restons babas.<\/p>\n\n\n\n<p>11 \u2013 <em>La<\/em> <em>Gloire de mon p\u00e8re<\/em> est mon tout premier souvenir de lecture. Triste ironie. La plus ancienne image qui me vient est celle d\u2019un apr\u00e8s-midi o\u00f9 je lisais \u00e0 la table de la cuisine. Je n\u2019avais pas sept ans. Ma m\u00e8re voulait que j\u2019arr\u00eate de lire ce livre, et que j\u2019aille jouer dehors. Ce livre, je ne pouvais pas le l\u00e2cher. Il racontait ma vie de petit gar\u00e7on ayant appris \u00e0 lire je ne sais comment. Pourtant, en le lisant, sans bien s\u00fbr le savoir, je m\u2019\u00e9loignais de mon p\u00e8re. Irr\u00e9m\u00e9diablement.<\/p>\n\n\n\n<p>12 \u2013 dessous la grisaille qui gagne les yeux et le coeur, il y a les mots oubli\u00e9s, perdus, jamais dits, peut-\u00eatre pens\u00e9s, les mots qui affleurent, les mots que l\u2019on cherche qui peut-\u00eatre ne viendront pas, jamais, m\u00eame trop tard, m\u00eame pour soi, surtout pour soi, l\u00e0, sous la grisaille, ils baignent dans la boue des sentiments confus et des souvenirs impr\u00e9cis, des larmes s\u00e8ches et des col\u00e8res mauvaises, sous la grisaille, encore le gris, encore la boue, \u00ab&nbsp;la langue se charge de boue&nbsp;\u00bb alors il faut tamiser, laisser s\u00e9cher, venir la poussi\u00e8re, puis souffler, laisser la page grise<\/p>\n\n\n\n<p>13 \u2013 le visage d\u2019une fille de seize ans \u00e9clatant de rire, riant \u00e0 pleines dents, d\u2019un rire franc et honteux. Elle est devant des tombes. Autour d\u2019elle d\u2019autres filles du m\u00eame \u00e2ge ou \u00e0 peu pr\u00e8s rient aussi, soeurs ou cousines. Le rire d\u2019entre les tombes qu\u2019on dit fou est irr\u00e9pressible. Autour, aucun regard de r\u00e9probation. Ce sont plut\u00f4t sourires et plaisanteries. \u00ab&nbsp;Tu l\u2019aimais beaucoup ton p\u00e9p\u00e9 pour d\u00e9poser ton t\u00e9l\u00e9phone dans sa tombe&nbsp;\u00bb. Il a suffit du smartphone d\u2019une fille de seize ans, autant dire sa vie, tomb\u00e9 dans le caveau alors qu\u2019elle d\u00e9posait une rose pour mettre le cimeti\u00e8re en joie<\/p>\n\n\n\n<p>14 \u2013 Le dernier regard \u00e9chang\u00e9, il m\u2019a regard\u00e9 de ses yeux, azur comme jamais. Je me suis pench\u00e9 pour l\u2019embrasser sur le cr\u00e2ne. Dans ses yeux, lev\u00e9s vers les miens, j\u2019ai vu le vide. Je l\u2019ai senti. Fulgurant. Pas une inqui\u00e9tude, ni une fatigue ni une souffrance, un vide. \u00c7a a dur\u00e9 quoi, une seconde? M\u00eame pas. Le temps que les yeux \u00e9changent ce que la conscience ne peut saisir. Ce vide dans ces yeux si bleus \u00e9tait terrible. Je ne voulais pas le voir et je l\u2019ai vu, intense, imp\u00e9n\u00e9trable, immobile.<\/p>\n\n\n\n<p>15 \u2013 et oui, c\u2019est pas vrai, c\u2019est pas vrai, on s\u2019entendait bien, s\u2019il n\u2019a pas souffert, c\u2019est l\u2019essentiel, le 6 d\u00e9cembre 2 heures ici, tu peux payer en deux fois, tant mieux, bon ben parfait, comment je vais savoir si \u00e7a marche? t\u2019habite dans un arbre&nbsp;? toute cette violence \u00e7a fait peur, il faut beaucoup d\u2019humilit\u00e9, je vais o\u00f9? la porte orange, on va se faire engueuler, tu vois c\u2019est qui? Le sport, \u00e7a n\u2019est pas \u00e7a, je n\u2019ai pas compris ce qui m\u2019arrivait, on n\u2019imagine pas ce qui est possible<\/p>\n\n\n\n<p>16 \u2013 charentaises noires \u00e0 scratch, trois-quart cuir marron, mouchoir \u00e0 carreaux qui d\u00e9passe de la poche d\u2019une veste, cravate noire nou\u00e9e sur le trottoir, foulard gris galet qui couronne une blouse blanche portant sur la poche gauche le logo du labo, veste trop grande aux plis lourds, tablier noir aux genoux sur pantalon noir, \u00e9charpe bicolore \u00e0 franges tress\u00e9es, chaussons \u00e9cossais \u00e9cul\u00e9s fatigu\u00e9s, talons aiguilles sous bas opaques, petite robe noire, pull en laine avec pi\u00e8ces aux coudes, jean, perfecto, docs, chemise \u00e0 manches longues et lignes verticales, chausse-pied long sortant d\u2019un chausson, hoodie noir avec capuche rabattue sur casquette noire, canne en bois torsad\u00e9 sign\u00e9e bois et laiton, tee-shirt vert \u00e0 manche courte tour de cou bleu blanc rouge et flocage en feutre blanc MF dans un rectangle sous lequel est \u00e9crit Manufrance plus logo coq sportif en haut \u00e0 droite<\/p>\n\n\n\n<p>17 \u2013 <strong>Agencement pour soulager un corps agonisant&nbsp;:<\/strong> D\u2019abord, activer l\u2019appareil \u00e0 murmurer des mots doux, acc\u00e9l\u00e9rer le rythme de l\u2019instrument \u00e0 bonnes vibrations, puis positionner le pi\u00e8ge \u00e0 panique, alimenter la m\u00e9canique \u00e0 douceur, catapulter les marques d\u2019amour, bombarder la chair de caresses, souffler sur les braises des bons souvenirs, ouvrir la fen\u00eatre en grand qu\u2019on entende encore les oiseaux et aiguiser, enfin, la d\u00e9licate et cruelle \u00e9vidence d\u2019\u00eatre l\u00e0 rassembl\u00e9s dans l\u2019ultime instant<\/p>\n\n\n\n<p>18 \u2013 \u00ab&nbsp;<em>Moi aussi, bien s\u00fbr, j\u2019ai eu plus d\u2019une fois des mots blessants pour toi, mais chaque fois, je le savais&nbsp;; j\u2019en souffrais, mais je ne pouvais pas me dominer, je ne pouvais pas retenir le mot, \u00e0 peine l\u2019avais-je prononc\u00e9 que d\u00e9j\u00e0 je le regrettais. Tandis que toi tu ass\u00e9nais froidement tes mots, sans piti\u00e9 pour personne, ni pendant, ni apr\u00e8s; on \u00e9tait devant toi absolument sans d\u00e9fense.<\/em>&nbsp;\u00bb<br>En guise de marque-page, l\u2019annuaire 2022 des m\u00e9decins du centre hospitalier partage le livre petit format \u00e0 la tranche fendue, dans une belle \u00e9dition (Petite Biblioth\u00e8que Ombres). Il \u00e9tait pos\u00e9 l\u00e0, sur le bureau, par dessus des carnets et des stylos, en travers, comme le cadavre d\u2019un renard sur le bord de la route, comme en attente d\u2019\u00eatre ouvert pour y puiser ces phrases, ou d\u2019autres, remuant l\u2019impens\u00e9, brassant les sentiments.<\/p>\n\n\n\n<p>19 \u2013 Les deux chauffeurs (un homme et une femme) descendent la vitre de leur bus qui se croisent. Ils \u00e9changent un rapide et souriant salut \u00e7a va oui et toi ;<br>\u00ab \u2013 allo, je devais subir une intervention ce matin mais le test PCR est positif\u2026<br>\u2013 Restez chez vous \u00bb&nbsp;;<br>La pharmacienne qui se tient au fond, derri\u00e8re l\u2019ant\u00e9p\u00e9nulti\u00e8me caisse, prot\u00e9g\u00e9e d\u2019une plaque en Plexiglas et d\u2019un masque chirurgical, l\u00e8ve un bras et regarde la longue file d\u2019attente en penchant la t\u00eate sur le c\u00f4t\u00e9 . C\u2019est \u00e0 moi.<\/p>\n\n\n\n<p>20 \u2013 Pouvoir encore payer, poser le billet de vingt euros \u00e0 plat sur la table et le tenir de ses doigts tordus, perclus, pendant que la serveuse d\u00e9pose les verres. Ne pas savoir, ne pas pouvoir savoir, que ce sera la derni\u00e8re fois mais en profiter quand m\u00eame d\u2019\u00eatre l\u00e0, tous les deux, \u00e0 payer son coup, sans rien dire, sans avoir besoin de rien dire, juste sourire. Appr\u00e9cier la terrasse, le soleil, la place, avec l\u2019un des fils, se regarder, ramasser la monnaie pour la toute derni\u00e8re fois.<\/p>\n\n\n\n<p>21 \u2013 ne pas mettre le r\u00e9veil, s\u2019\u00e9veiller t\u00f4t malgr\u00e9 tout, rester au lit, \u00e9veill\u00e9, \u00e7a change quoi aux pens\u00e9es? Juste \u00e7a&nbsp;: se r\u00e9veiller sans r\u00e9veil, rester \u00e9veill\u00e9 \u00e0 ne rien faire, sauf penser \u00e0 lui, m\u00eame pas lui parler, le sentir quelque part, ici&nbsp;? Partout . Rester au lit avec ces pens\u00e9es brouillonnes, se laisser porter par elles, se lever, garder sa pr\u00e9sence dans chacun de ses propres gestes, sans devoir sortir, sans r\u00e9pondre \u00e0 rien, se faire un caf\u00e9, se raser, \u00eatre l\u00e0 avec lui qui ne l\u2019est plus<\/p>\n\n\n\n<p>22 \u2013 Je d\u00e9poserai demain <em>La Toussaint<\/em> de Bergounioux dans un endroit prot\u00e9g\u00e9 afin que la pluie ne l\u2019ab\u00eeme pas, disons dans l\u2019\u00e9glise o\u00f9 je ne vais jamais, dans le silence et dans l\u2019oubli, parmi les livres de messe, afin que quelqu\u2019un puisse lire, s\u2019il lui prend l\u2019envie de l\u2019ouvrir, que \u00ab&nbsp;<em>les morts existent deux fois&nbsp;: dehors, avant et, ensuite, dedans<\/em>&nbsp;\u00bb. Dedans la terre et dedans le ciel qui est dedans soi.<\/p>\n\n\n\n<p>23\u2013 Je veux compter chacun des brins d\u2019herbe de novembre sur lesquels tu as march\u00e9 pour la derni\u00e8re fois \u00e0 petits pas, chacun des trous que faisait ta canne dans la terre, en retirer le nombre des pas que tu ne faisais plus pour aller \u00e0 la rivi\u00e8re, y ajouter les rides qui ont creus\u00e9 ton visage, celles qui partaient des yeux en \u00e9ventail, et toutes les autres, et puis les poils de ta moustache et les m\u00e9sanges qui continuent \u00e0 voleter dans le jardin, \u00e0 te chercher mais sans le dire.<\/p>\n\n\n\n<p>24 \u2013 en cercle on se regarde de regards effar\u00e9s on se questionne on a compris on sait on ne veut pas savoir on le regarde \u00e0 nouveau et on attend les yeux mis aux fers sur ses fines l\u00e8vres entrouvertes qu\u2019on scrute et on attend on attend on attend on regarde saisis on est tous l\u00e0 on attend on ne l\u2019attend pas on sait qu\u2019elle a gagn\u00e9 le corps on attend qu\u2019un peu d\u2019air encore passe entre les l\u00e8vres il est long ce temps, insupportablement long aussi long qu\u2019un clignement d\u2019oeil qui ne cligne plus<\/p>\n\n\n\n<p>25 \u2013 Ce doigt, le majeur de la main droite \u2013\u2013 doigt droit gauchi au milieu de tous les doigts courts et \u00e9pais, comment en est-il venu \u00e0 se tordre ainsi, lui dont la fonction serait plut\u00f4t de se dresser droit et bien haut&nbsp;? \u2013\u2013 geste que tu n\u2019as jamais fait \u2013\u2013 doigt de travailleur manuel \u00e0 peau encore \u00e9paisse bien que fine ailleurs \u2013\u2013 ab\u00eem\u00e9 par le froid, le chaud de la flamme et du fer, serrer fort pour ne pas sentir la chaleur (ah bon?) \u2013\u2013 derni\u00e8re phalange en travers \u2013\u2013 comme un x sur un i<\/p>\n\n\n\n<p>26 \u2013 C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a. Ce matin, le brouillard. Envie de passer un coup de chiffon sur la vitre mais il n\u2019y a pas de vitre. Le flou du monde. Au toucher, de la glace sur les surfaces, le brouillard d\u00e9pose son givre. La duret\u00e9 de la glace d\u00e9pos\u00e9e par une substance sans consistance. Sur la route, jaune vapeur de la lumi\u00e8re des lampadaires que tranche la duret\u00e9 des bandes de branches sans plus de feuilles. J\u2019enl\u00e8ve mes lunettes. Rien ne change.<\/p>\n\n\n\n<p>27 \u2013 Se regarder faire pour se rendre compte. Juste avant de dire, se dire. Auto\u00e9valuation de rigueur. Imagerie mentale. Accroissement requis des performances. Anticipation infinit\u00e9simale. Sentir son regard dans son propre dos peser, se voir \u00e9crire un mot avant d\u2019effleurer le clavier. Se dire de ne pas l\u2019\u00e9crire. Se voir l\u2019\u00e9crire. L\u2019effacer, effacer tous les autres commande A commande X commande Q Ne pas sauvegarder. Se regarder vraiment, fermer l\u2019ordinateur et se dire \u00e0 quoi bon?<\/p>\n\n\n\n<p>28 \u2013 trouver le temps de poser quelques mots inutiles notes qui ne servent \u00e0 rien si ce n\u2019est ne pas oublier entre les pressions du boulot qui s\u2019entrecroisent se superposent se t\u00e9lescopent tenter de noter l\u2019absence ce qu\u2019elle convoque souvenirs lieux anecdotes dates r\u00e9diger un rapport glisser quelques mots sur un carnet r\u00e9pondre aux emails planifier les r\u00e9unions d\u00e8s l\u2019aube pr\u00e9parer une pr\u00e9sentation avoir envie besoin de n\u2019\u00e9crire rien d\u2019autre que les mots contre l\u2019oubli comme ils viennent<\/p>\n\n\n\n<p>29 \u2013 Je n\u2019aurais pas d\u00fb parler, le lui demander, poser cette question avec ces mots-l\u00e0, ni aucune autre, je n\u2019aurais pas d\u00fb, apr\u00e8s avoir pos\u00e9 la question porter mes yeux sur son regard, je n\u2019aurais pas d\u00fb y regarder et donc y voir ce que j\u2019y ai vu, je n\u2019aurais pas d\u00fb chercher \u00e0 me rassurer ainsi en l\u2019obligeant \u00e0 regarder si loin \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, vers cette peur que l\u2019on a depuis l\u2019enfance et qui grandit jusqu\u2019\u00e0 nous submerger au moment o\u00f9 nous avan\u00e7ons vers la certitude, non, pas d\u00fb.<\/p>\n\n\n\n<p>30 \u2013 Une jeune conductrice fait un t\u00eate-\u00e0-queue sur le verglas, pas de quoi fouetter un chat. Mais elle s\u2019en rappellera. Son p\u00e8re a gard\u00e9 la photo pass\u00e9e dans le journal. Il faut dire que le v\u00e9hicule s\u2019\u00e9tait immobilis\u00e9 sur le bas-c\u00f4t\u00e9 de la route, la RD21. Sur la photo, on la voit bien la Seat, avec deux balises pour la signaler et de la neige sur le bas-c\u00f4t\u00e9. \u00c0 part \u00e7a, il ne s\u2019est pas pass\u00e9 grand chose. Il ne se passe jamais rien ici. Au moins, \u00e7a fera des souvenirs ce verglas.<\/p>\n\n\n\n<p>31 \u2013 Comment tu peux dire \u00e7a hein? comment tu peux oser, non pas oser, comment tu peux ne pas penser que ce sont des enfants, des gamins, comme tes filles, ton fils, et qu\u2019ils cr\u00e8vent, et que non seulement tu ne fais rien mais qu\u2019au contraire tu fais tout pour qu\u2019ils cr\u00e8vent, et tu argumentes, et tu justifies de les laisser crever, tu le revendiques m\u00eame, comment tu peux dire \u00e7a et apr\u00e8s t\u2019offusquer en toute bonne conscience devant la photo de l\u2019un d\u2019eux mort, \u00e9chou\u00e9 sur une plage<\/p>\n\n\n\n<p>32 \u2013 Il est en arri\u00e8re-plan, comme il a pass\u00e9 sa vie, juste derri\u00e8re l\u2019\u00e9cran sur lequel j\u2019\u00e9cris. Il suffirait de fermer la fen\u00eatre, command W, pour le faire appara\u00eetre ici, d\u00e9j\u00e0 d\u00e8s l\u2019aube, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 l\u2019\u00e9veil efface les r\u00eaves, au moment o\u00f9 une pens\u00e9e nait sur la journ\u00e9e \u00e0 venir, et puis dehors, une fois sorti dans le gris du boulevard, command W, il parle, je le vois, je reviens au plein \u00e9cran de la journ\u00e9e qui se d\u00e9roule, comme \u00e7a, jusqu\u2019au soir. En arri\u00e8re-plan, seul, il vaque.<\/p>\n\n\n\n<p>33 \u2013 Carnet noir couverture rigide papier noir, \u00e0 droite parall\u00e8lement au carnet, un stylo bille \u00e0 encre blanche achet\u00e9 en pap\u00e8terie d\u2019art&nbsp;: immobile, devant la page noire, attendre que tout s\u2019efface de ce qui aurait pu \u00eatre \u00e9crit. Carnet vert couverture rigide papier petits carreaux: tracer des cases de 11&#215;11 carreaux sur deux colonnes et quatre lignes, chaque case \u00e0 deux carreaux d\u2019une autre case (huit cases par page), poser le feutre noir, attendre que les cases restent vides.<\/p>\n\n\n\n<p>34 \u2013 ce serait une histoire pour Beckett, cette langue qui remue dans la neige au bout d\u2019un corps, qui ne l\u00e8che pas, non, qui remue, comme si elle cherchait ses mots mais elle ne cherche rien, elle remue alors que le corps reste immobile, d\u00e9sax\u00e9 par rapport \u00e0 la t\u00eate pench\u00e9e, non, pas pench\u00e9e, renvers\u00e9e en arri\u00e8re la t\u00eate, comme celle d\u2019un veau qui t\u00eate, cette langue sans mots et donc sans langue a creus\u00e9 un petit trou dans la neige \u00e0 force de remuer, il ne se passe rien d\u2019autre<\/p>\n\n\n\n<p>35 \u2013 Je la connais la date, \u00e9crite en majuscules dans l\u2019agenda, un cri. Elle ne sert \u00e0 rien, je veux dire que personne ne la demande. C\u2019est une date parmi d\u2019autres dates anodines. Un d\u00e9c\u00e8s dans le journal. Mais bon sang, comment je peux ne pas m\u2019en rappeler? On \u00e9tait tous l\u00e0. C\u2019\u00e9tait un vendredi. Le vendredi o\u00f9 il devait rentrer \u00e0 la maison. J\u2019y \u00e9tais la veille d\u00e9j\u00e0, apr\u00e8s avoir chang\u00e9 les pneus. Et le matin, j\u2019avais fait faire mon passeport. Mon passeport, o\u00f9 est mon passeport&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>36 \u2013 05h00 et des brouettes, avant le caf\u00e9, chercher la phrase du jour dans celles d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9es de la version folio de <em>2666<\/em>, la poster sur @vonarchimboldib, continuer avec <em>2666<\/em>, passer \u00e0 ###0242 jeu 15 dec 2022, laisser filer la lecture selon l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit, les \u00e9motions, la m\u00e9t\u00e9o, s\u2019arr\u00eater sur un passage, le recopier et se laisser porter dix minutes, quinze minutes, sauvegarder \u00e7a sur Ulysses, copier et poster le r\u00e9sultat, faire un tour sur Linkedin, v\u00e9rifier Snap, aller voir sur Twitter le compte perso, lire deux-trois trucs, laisser les col\u00e8res, passer sur France Culture, lire les annonces de programmes, les titres \u00e0 la Une, \u00ab&nbsp;Les Pieds sur terre f\u00eatent leurs 20 ans&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Tadeusz Kantor, r\u00e9f\u00e9rence mythique du th\u00e9\u00e2tre contemporain&nbsp;\u00bb, Ludovic Debeurme : \u00ab&nbsp;Le monde est un myst\u00e8re qu\u2019en tant que dessinateur je ne cesse de questionner&nbsp;\u00bb, ouvrir les emails pro, merde, je verrai \u00e7a plus tard, prendre la voiture, ne plus lire, ne pas \u00e9crire, WhatsApp au feu rouge, Messenger, Facebook, quand \u00e7a roule, laisser le t\u00e9l\u00e9phone pos\u00e9, arriv\u00e9 au bureau, email, pi\u00e8ces jointes, ouvrir, lire, parcourir le mail du jour du <em>Progr\u00e8s<\/em>, penser au p\u00e8re, faire un tour sur [Tierslivre] y lire quelques textes de la compilation de la veille, ouvrir <em>Le Monde<\/em>, parcourir les titres, se mettre au boulot, \u00e9crire quelques messages priv\u00e9s du matin, noter des bricoles sur les carnets, les \u00e9motions qui viennent, les choses \u00e0 \u00e9crire pour soi, le petit carnet noir, le moyen carnet noir, et les carnets du boulot, le rouge \u00e0 spirales, les notes au jour le jour, quelques phrases sur la plateforme en ligne pour le cours \u00e0 venir, quelques articles \u00e0 lire, emails pro, jouer des registres d\u2019\u00e9criture selon les interlocuteurs, utiliser \u2022es pour marquer le f\u00e9minin, juste pour ceux que \u00e7a agace, pour le reste, rester factuel et penser, non pas penser, avoir \u00e7a en t\u00eate, l\u2019\u00e9criture qui ne se fait pas, qui est l\u00e0, lettre au p\u00e8re, qu\u2019on remet \u00e0 trop tard, r\u00e9ponse imm\u00e9diate \u00e0 message qui s\u2019affiche, croisements m\u00e9dias sociaux de plus en plus pro, fermer mail, partir pour cinq heures de cours, ne plus lire, ne plus \u00e9crire, parler, questionner, \u00e9couter, oublier l\u2019heure, revenir au bureau, ouvrir les mails, WhatsApp, Snapchat, Twitter (compte perso et compte @vonarchimboldib), Facebook, y lire les mots du jour de Vinau, laisser une paire de commentaires, quelques coeurs, Messenger, \u00ab&nbsp;bonne journ\u00e9e papa, je t\u2019aime&nbsp;\u00bb, SMS ,Linkedin, Gmail, Blogger, attendre #37 poster #36 se demander quand pouvoir \u00e9crire<\/p>\n\n\n\n<p>37 \u2013 \u00ab&nbsp;<em>Tel \u00e9tait le pape que les fous venaient de se donner&nbsp;<\/em>\u00bb,&nbsp;<em>Quasimodo<\/em>, tu as donn\u00e9 ton nom \u00e0 une revue perdue de vue, l\u2019auto \u00e9dit\u00e9e&nbsp;<em>Quasimodo<\/em>, toi le laid, le borgne, le bossu, le boiteux, marqu\u00e9 au B., l\u2019humain moqu\u00e9 qui m\u2019a offert la rencontre avec la cr\u00e9ation, avec les revues, avec le do-it-yourself, Quasimodo mon amour, tu me manques, maintenant que je suis devenu fou, moi aussi, enfin, je te veux pour pape, viens sonner les cloches, viens dans ma m\u00eal\u00e9e, viens qu\u2019on regarde Paris depuis les tours et qu\u2019on s\u2019y jette \u00e0 notre tour, ne respectons plus les consignes, rions de ton rire hideux, saluons les corbeaux et \u00ab&nbsp;<em>ceci tuera cela<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>38 &#8211; je r\u00eave comme on note dans un carnet, par bribes, des images comme des mots griffonn\u00e9s, align\u00e9es sans rime ni raison, les images ne riment pas, je r\u00eave de mots aussi, entendus, \u00e9chang\u00e9s, oubli\u00e9s, micro-r\u00e9veil, page suivante, on recommence, les mots et les images s\u2019encha\u00eenent plage de sommeil apr\u00e8s page, mon p\u00e8re aimait beaucoup Joe Dassin, il est sympa il disait, \u00e7a, \u00e7a se note dans un carnet, \u00e7a ne se r\u00eave pas, \u00e7a s\u2019entend dans la t\u00eate d\u00e8s le r\u00e9veil, pas besoin de relire, c\u2019est l\u2019Am\u00e9rique<\/p>\n\n\n\n<p>39 \u2013 Le secret, c\u2019est la violence en soi, et la peur et la honte qu\u2019on en a. Il y a le sexe aussi et la volont\u00e9 de savoir ce qu\u2019il en est, m\u00eame si les deux ne sont pas li\u00e9s ou pas toujours ou pas encore. Et puis la mort. Le sexe, la violence et la mort, \u00e7a fait un beau brelan au poker menteur de l\u2019\u00e9criture. On peut s\u2019y plonger, aligner les mots pour chasser la peur, effacer la honte, pour comprendre aussi. On invente des histoires qui n\u2019auraient rien \u00e0 voir. Tout au moins, c&rsquo;est ce qu\u2019on ferait croire mais au fond de soi on sait bien qu\u2019on a \u00e9crit pour remplacer la violence par l\u2019amour dans lequel la honte se dissout, m\u00eame si les histoires ne sont pas des histoires d\u2019amour, m\u00eame si elles ne r\u00e8glent pas les col\u00e8res et les peurs tapies qui rongent, m\u00eame si elles parlent de bien autre chose. Et on a beau raconter des histoires on ne peut pas savoir, on ne peut jamais savoir si les mots seront assez forts, un jour, pour chasser la peur que l\u2019on a de soi, m\u00eame s\u2019ils sont sortis malgr\u00e9 soi, \u00e0 force de stagner, expuls\u00e9s par on ne sait quoi. Ce dont on ne peut parler est li\u00e9 aux autres aussi, \u00e0 leur regard qui se porte sur soi et se transforme d\u00e8s lors qu\u2019on \u00e9crit. Ce dont on ne peut parler vient de cette surveillance que l\u2019on a apprise et qu\u2019on exerce sur sa propre \u00e9criture, de peur d\u2019\u00eatre d\u00e9voil\u00e9 ou accus\u00e9, mais de quoi\u00a0? \u00ab\u00a0<em>L\u2019\u00e9rection et le soleil scandalisent de m\u00eame que le cadavre et I&rsquo;obscurit\u00e9 des caves<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>40 \u2013 <em>555 conseils pour \u00e9crire \u00e0 partir de petits riens<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>01 \u2013 tout d\u2019un coup dans les phares sur le c\u00f4t\u00e9, un surgissement, silhouette noire dans le noir, invisible jusque-l\u00e0, r\u00e9v\u00e9l\u00e9e au dernier moment, o\u00f9 les roues presque \u00e0 la toucher, la renverser, impossible de noter, mains sur le volant, la nuit la pluie, garder l\u2019image en soi, la peur r\u00e9trospective, j\u2019ai failli le foutre en l\u2019air, l\u2019ai vu au <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-carnetdeliot\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">carnets individuels | Philippe Liotard<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":171,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3942,3897],"tags":[],"class_list":["post-97671","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-carnets_individuels","category-le_grand_carnet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/97671","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/171"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=97671"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/97671\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=97671"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=97671"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=97671"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}