{"id":97796,"date":"2023-04-06T05:32:36","date_gmt":"2023-04-06T03:32:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=97796"},"modified":"2023-04-06T05:32:37","modified_gmt":"2023-04-06T03:32:37","slug":"carnets_individuels-quelque-part-quelquun-ecrit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets_individuels-quelque-part-quelquun-ecrit\/","title":{"rendered":"#carnets individuels | Emilie Marot"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>#46 | 05\/04\/23 |<\/strong> <em>Aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;\u00e9cris la #13. C&rsquo;est tr\u00e8s court. Ca saisit un geste. L&rsquo;arr\u00eate dans le flux d&rsquo;une marche. Mots qui capturent tout vif un instant, arrach\u00e9 \u00e0 la course folle et quotidienne de la petite dame du Carmel. Lui pr\u00eater voix pour la deuxi\u00e8me fois dans ce carnet alors m\u00eame qu&rsquo;\u00e0 la boulangerie, je comprends qu&rsquo;elle ne parle pas. Quelques sons seulement. Des gestes. Elle \u00e9tait pimpante aujourd&rsquo;hui. Pas alerte et color\u00e9.<\/em> <\/p>\n\n\n\n<p><strong>#45 | 04\/04\/23 | <\/strong>Sur ma gauche : un verre d&rsquo;eau presque vide et le bois de la table dans sa transparence ; deux petites pi\u00e8ces rondes de lego grises un peu plus haut, de celles que l&rsquo;on perd facilement ; un casque noir et les m\u00e9andres de son fil ; un smartphone ; une tasse de caf\u00e9 vide ; la tablette o\u00f9 s&rsquo;\u00e9crit l&rsquo;inventaire du jour ; \u00e0 droite, un cahier \u00e0 spirales et des notes o\u00f9 il est question de listes et d&rsquo;inventaires ; des feuilles de brouillon avec des chiffres, des montants, des calculs, des frais, des additions ; une trousse ouverte, tissu d\u00e9lav\u00e9 et gorg\u00e9 d&rsquo;encre turquoise  ; un tout petit carnet bleu marine aux motifs \u00e0 plumes de paon ou \u00e9ventails qui \u00e9voqueraient des plumes de paon ; dessous, une chemise cartonn\u00e9e grise \u00e0 \u00e9lastiques rouges ; ici et l\u00e0, autour, un stylo, un bout de r\u00e8gle cass\u00e9e, deux autres stylos, un fluo orange ; \u00e0 droite, une premi\u00e8re pile de quatre livres et un carnet, un autre, \u00e0 spirales l\u00e0 encore ; \u00e0 droite encore, une autre pile de carnets vierges sur les vestiges du <em>Monde Diplomatique<\/em> du mois de mars d\u00e9coup\u00e9 d\u00e9pec\u00e9 d\u00e9chir\u00e9 ; \u00e0 droite encore, une autre pile de porte-vue, de liasses de feuilles et de livres ; et \u00e0 droite encore une derni\u00e8re pile de chemises cartonn\u00e9es et de livres ; au-dessus de cette ligne de piles tout le long de la table en bois, c&rsquo;est plus foutraque : une boite de trombones, un emballage d&rsquo;adaptateur HDMI, un autre d&rsquo;airbox ; une multiprises et des chargeurs ; une enceinte bose ; un sac en tissu ; un sac d&rsquo;ordinateur et dessus un chat qui respire et s&rsquo;\u00e9tire. Voil\u00e0 ma table de travail aujourd&rsquo;hui. Table o\u00f9 l&rsquo;on mange aussi. O\u00f9 l&rsquo;on discute. Il faut pousser les piles parfois, les r\u00e9organiser. Face au letchi, aux manguiers et au soleil qui se couche. Dans le bruit de la route pas loin, du coq et des poules et de la vie de tous les jours. Table nomade ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es. Table de travail qui cherche un lieu \u00e0 soi pour s&rsquo;extraire du bruit. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>#44 |<\/strong> <strong>03\/04\/23 |<\/strong> <em>Aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;\u00e9cris la #12. Ca tombe bien on est lundi aussi. Je ne l&rsquo;avais pas comprise alors. Je la trouvais intimidante. Et puis ce soir, j&rsquo;ai une r\u00e9ponse \u00e0 apporter. Alors j&rsquo;ai pos\u00e9 mon aplat de gris. Je vais reprendre le voyage aussi. C&rsquo;est les vacances. L\u00e0 encore, \u00e7a tombe bien. Je vais poser le fracas du monde, le laisser un peu de c\u00f4t\u00e9 et raccrocher le wagon. Comme je peux. Tenter de me r\u00e9accorder.<\/em> <\/p>\n\n\n\n<p><strong>#43 |<\/strong> <strong>10\/01\/23 | <\/strong><em>Aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;\u00e9cris la #9. Ne pas s&rsquo;attarder sur la difficult\u00e9 de trouver un espace et un temps \u00e0 soi. Pour \u00e9crire. Ne pas s&rsquo;attarder&#8230;S&rsquo;attarder dans les creux, les interstices&#8230;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>#42 |<\/strong> <strong>09\/01\/23 |<\/strong> <em>Aujourd\u2019hui, j\u2019\u00e9cris la #8. Je r\u00e9\u00e9cris plut\u00f4t. La premi\u00e8re version, trop personnelle, est rest\u00e9e dans l\u2019ordinateur. Aujourd\u2019hui j\u2019ai choisi les noms propres de lieux de la<\/em> Prose du Transsib\u00e9rien <em>de Cendrars. Pour me lancer dans le nouvel atelier. J\u2019ai choisi finalement de prendre les lieux dans l\u2019ordre et de retenir les r\u00e9p\u00e9titions, d\u2019accepter le voyage alors m\u00eame que, je l\u2019esp\u00e8re, je m\u2019appr\u00eate \u00e0 m&rsquo;ancrer enfin dans un lieu \u00e0 moi. Il semblerait en tout cas. &nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>#41 |<\/strong> <strong>29\/12\/22 | <\/strong><em>Je comble les trous de mon carnet individuel pour que \u00e7a continue et vive. Aujourd&rsquo;hui, la #4 et la #6. Pour la #4, une envie de collectionner ces phrases du r\u00e9veil, exercice tr\u00e8s difficile dans la saisie du langage de ce fragment de r\u00e9el si balbutiant mais absolument passionnant. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>#40 |<\/strong><a> <\/a><strong>instructions pour que continue le carnet<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong> Treize conseils pour que vive le carnet !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-small-font-size\" style=\"font-style:normal;font-weight:100\">1. Pas un soir sans une note. Lourde du jour travers\u00e9. M\u00eame un mot&nbsp;!<\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-small-font-size\" style=\"font-style:normal;font-weight:100\">2. Oser le malfini, le pas encore abouti, la note insatisfaite, encore balbutiante et tr\u00e9buchante.<\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-small-font-size\" style=\"font-style:normal;font-weight:100\">3. Carnet papier ou bien num\u00e9rique, la question n\u2019est pas tranch\u00e9e. S\u2019adapter. Faire comme on le sent. Ne pas craindre la dispersion.<\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-small-font-size\" style=\"font-style:normal;font-weight:100\">4. Larguer les amarres.<\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-small-font-size\" style=\"font-style:normal;font-weight:100\">5. Embrasser le fragment. Le multiplier.<\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-small-font-size\" style=\"font-style:normal;font-weight:100\">6. S\u2019imaginer le carnet comme un filet \u00e0 papillon&nbsp;: capturer le r\u00e9el, accrocher la mati\u00e8re. Le carnet, effraction dans le r\u00e9el.<\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-small-font-size\" style=\"font-style:normal;font-weight:100\">7. Ne pas oublier d\u2019\u00e9crire la date, et si possible le lieu.<\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-small-font-size\" style=\"font-style:normal;font-weight:100\">8. Ne pas craindre le vrac&nbsp;: note de lecture, bribe de r\u00e9el, bouts de conversation, impressions, sensations, citations, cris de col\u00e8re, fragments du dehors, fragment du dedans, fragment de r\u00eaves\u2026.<\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-small-font-size\" style=\"font-style:normal;font-weight:100\">9. Ne pas h\u00e9siter \u00e0 l\u2019augmenter \u00e0 le faire grossir&nbsp;: feuillets, feuilles volantes, collages, griffonnages, images, photos\u2026<\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-small-font-size\" style=\"font-style:normal;font-weight:100\">10. Emporter toujours un carnet avec soi. Qu\u2019on sente, \u00e0 force, le passage du temps et des espaces travers\u00e9s. Frottements, taches, pages corn\u00e9es\u2026<\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-small-font-size\" style=\"font-style:normal;font-weight:100\">11. Multiplier les carnets&nbsp;: carnet de r\u00eaves, carnet de voyage, journal intime, journal d\u2019\u00e9criture, carnet de l\u2019\u00e9tat du monde, carnets de mots rares, bizarres, inconnus, nouveaux, ch\u00e9ris, qu\u2019on trouve beaux\u2026et parfois \u00e7a se m\u00eale, se croise\u2026<\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-small-font-size\" style=\"font-style:normal;font-weight:100\">12. Relire (ou pas) ses carnets et voir le temps passer. Les ann\u00e9es.<\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-small-font-size\" style=\"font-style:normal;font-weight:100\">13. Dans son testament, bien stipuler quoi d\u00e9truire (carnet papier ou fichiers num\u00e9riques). Trouver pour cela une personne de confiance.<\/h2>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>#38 |<\/strong><a> <\/a><strong>strat\u00e9gies du r\u00eave<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lieux r\u00e9currents du r\u00eave |<\/strong> villes labyrinthiques dans lesquelles je d\u00e9ambule je m\u2019enfonce depuis sa p\u00e9riph\u00e9rie au bord de rien, comme suspendues | immeubles \u00e0 la hauteur improbable o\u00f9 je reconnais quelques-uns des lieux o\u00f9 j\u2019ai v\u00e9cu, concentr\u00e9s l\u00e0 dans un m\u00eame espace | villes de bord de mer \u00e0 port\u00e9e de hautes vagues sur le point de tout submerger mais qui restent en suspens tandis que je marche, ou bien, plus rarement, qui s\u2019abattent et l\u00e0, il faut fuir | vastes a\u00e9roports dans lesquels je cours contre le temps les contr\u00f4les les foules les files d\u2019attente pour attraper un avion | gares et halls d\u2019attente \u00e0 la recherche de correspondances que je ne peux pas prendre<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#37 |<\/strong><a> <\/a><strong>du par c\u0153ur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>\u00ab&nbsp;Hors d\u2019ici tout \u00e0 l\u2019heure, et qu\u2019on ne r\u00e9plique pas. Allons, que l\u2019on d\u00e9tale de chez moi, ma\u00eetre jur\u00e9 filou, vrai gibier de potence&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai dix ou onze ans, enfin je crois. Je ne sais plus si je suis encore \u00e0 l\u2019\u00e9cole ou bien d\u00e9j\u00e0 au coll\u00e8ge. Dans mon souvenir, je suis sur la sc\u00e8ne de la salle municipale. C\u2019est rouge, c\u2019est grand, c\u2019est en hauteur. Sur le plateau, une table, des chaises. Le noir des coulisses. Et en m\u00eame temps, j\u2019ai l\u2019impression que je confonds. On joue des petites sc\u00e8nes de <em>L\u2019Avare<\/em> de Moli\u00e8re. J\u2019imagine. Je joue Harpagon. En \u00e9crivant me reviennent d\u2019autres bribes de la sc\u00e8ne et les gestes avec&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Montre-moi tes mains. \/ Les voil\u00e0. \/ Les autres. \/ Les autres&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em>. C\u2019est dr\u00f4le&#8230; mais j\u2019ai peur. Je ne sais plus qui me donne la r\u00e9plique. La panique d\u2019alors semble vider la salle et le souvenir de tout ma\u00eetre ou professeur. Les autres \u00e9l\u00e8ves sont l\u00e0 sans \u00eatre l\u00e0. Juste des regards. Et encore. J\u2019imagine. C\u2019est flou. T\u00eate \u00e0 t\u00eate avec le texte et le personnage, et soi-m\u00eame. &nbsp;La fureur d\u2019Harpagon en boucle pendant longtemps, qui surgit encore parfois aujourd\u2019hui. Dans mon souvenir, je sens que je suis terrifi\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e de me mettre en spectacle. Je me sens toute nue. Harpagon emprisonn\u00e9 dans sa folie et moi dans ma timidit\u00e9. &nbsp;Feu aux joues probablement. Je n\u2019ai jamais compris pourquoi cette bribe de texte est rest\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 revenir de temps \u00e0 autre de fa\u00e7on comique et th\u00e9\u00e2trale comme \u00e7a ou quand les circonstances s\u2019y pr\u00eatent, pour rire. Pour conjurer la peur d\u2019alors peut-\u00eatre. La faire d\u00e9taler.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#36 |&nbsp;&nbsp;routines du lire \u00e9crire, et quoi faire de mieux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>T\u00f4t le matin. Saisir le smartphone. Avant les routines matinales. Tour d\u2019horizon. Mails. Prioritaire. Autre. Whatsapp. Tour d\u2019horizon. Prioritaire. Les impr\u00e9vus surtout. Du matin du quotidien. Insta parfois. Et puis c\u2019est tout. Polars Michaux Pessoa Franquin en bord de lit ou sur table de nuit. Sagement attendent le soir. Caf\u00e9. Tartines.&nbsp;Ecole. Boulot. Livres entam\u00e9s : Edouard Louis, Annie Ernaux. Livre stabilot\u00e9, colori\u00e9, annot\u00e9. Lu et relu&nbsp;: <em>Manon Lescaut<\/em>. Rep\u00e9rages de passages \u00e0 lire \u00e0 voix haute. En classe plus tard. Et puis dans les trous d\u2019attente dans les flottements de la journ\u00e9e&nbsp;: les gros titres quelques articles parfois selon les jours. Le pouce qui fait d\u00e9filer. L\u2019\u0153il qui saisit. De haut en bas. Le pouce clique ou pas. Newsletter <em>The Conversation<\/em>. Newsletter <em>Arr\u00eat sur Images<\/em>. Newsletter <em>Basta<\/em>. Newsletter <em>Mediapart<\/em>. Un jour, je me d\u00e9cide \u00e0 lire les gros titres syst\u00e9matiquement. Avec promesse de le faire chaque jour. Promesse non tenue le jour suivant. Crise de d\u00e9sespoir face au non lu. R\u00e9currente. Epuisante. Et la journ\u00e9e alterne comme \u00e7a. Ca picore, \u00e7a cogite, \u00e7a savoure, se d\u00e9lecte, s&rsquo;enthousiasme de clic en pages corn\u00e9es, crayonn\u00e9es. Ca se promet de lire \u00e7a. Et \u00e7a. Passage \u00e0 la librairie. On s&rsquo;est promis que cette fois non. Et puis si Makenzy Orcel rejoint la pile.  Manon \u00e0 pleines mains lue \u00e0 voix haute, analys\u00e9e, interpr\u00e9t\u00e9e, vid\u00e9o-projet\u00e9e. Livres empil\u00e9s et picor\u00e9s. Et puis le soir apr\u00e8s travers\u00e9e de jour. Lecture du tome 5 d\u2019<em>Harry Potter<\/em> \u00e0 voix haute. Les cris quand je m\u2019arr\u00eate. Le rituel. On est presque \u00e0 la fin. Extinction des feux. Dans la nuit pr\u00e9coce, l\u2019\u00e9criture et la lecture pour soi se fraient un chemin \u00e9troit. Ecrans lus et puis noircis. Atelier d\u2019\u00e9criture. Ecriture de la proposition qui a mijot\u00e9 une nuit et une bonne partie de la journ\u00e9e. Carnet individuel. Lecture de la suivante. Copier-coller dans le fichier consacr\u00e9. Derniers picorages sur l\u2019ordi et dans les piles de livres qui s\u2019entassent sur la table. Et puis se coucher. Polar du soir. Michaux du soir. Avant de sombrer. Et de laisser mijoter.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#35 |&nbsp;la panne, l\u2019embrouille<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>il est l\u00e0\u2026elle est l\u00e0\u2026sur le bout de la langue\u2026tellement pr\u00e8s d\u2019\u00eatre prononc\u00e9.e qu\u2019elle il s\u2019envole\u2026mot\u2026phrase\u2026pens\u00e9e\u2026je ne sais plus ce que je disais\u2026je disais quoi d\u00e9j\u00e0\u2026\u00e9cran noir avant de\u2026extinction des lumi\u00e8res\u2026 grand saut grand vide grand blanc grand noir black out\u2026 circulez y a rien \u00e0 voir\u2026je disparais avec les mots\u2026 paralys\u00e9e autour de la b\u00e9ance qui se fait l\u00e0\u2026 inattendue et terrifiante\u2026plus rien \u00e0 voir \u00e0 dire \u00e0 entendre\u2026t\u00eate \u00e0 t\u00eate avec son vide\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#34 |&nbsp;ah \u00e7a ce serait une histoire pour&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>sur le rebord de la fen\u00eatre ouverte au num\u00e9ro 8, deux sacs plastique&nbsp;; l\u2019autre jour c\u2019\u00e9tait une po\u00eale&nbsp;; de l\u2019appartement obscur, dans le soir tombant, r\u00e9sonnent la radio et la solitude de Ren\u00e9 | elle erre en robe moulante noire dans le quartier du front de mer pr\u00e8s du Leader Price, le visage ravag\u00e9 | au lieu de d\u00e9jeuner, assise sur son tapis de yoga en robe marron pliss\u00e9e volante et ceinture noire, elle respire, yeux ferm\u00e9s, avant de retourner au tribunal<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#33 |&nbsp;faire le vide<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>faire le vide dans la marmite du quotidien <em>faut que je pense \u00e0 faut pas que j\u2019oublie quelle heure mince encore \u00e7a \u00e0 faire tant pis <\/em>laisser \u00e9clore le vide dans le bouillon de l\u2019ordinaire car quelque chose se d\u00e9pose en feuillet\u00e9 ni vu ni connu mine de rien une fois devant le clavier bulle d\u2019\u00e9criture malgr\u00e9 les bruits de la maison \u00e0 l\u2019arr\u00eat pister le feuillet\u00e9 faire d\u00e9canter \u00e0 l\u2019aff\u00fbt de ce qui s\u2019est jou\u00e9 dans le trop plein et \u00e7a vient comme \u00e7a peut fleur de th\u00e9 qui s\u2019ouvre dans l\u2019eau<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#32 |&nbsp;les morts sont parmi nous<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>\u00e0 E.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>les sentiers du Mont Blanc foul\u00e9s malgr\u00e9 sa douleur au genou et sa douleur tout court | son ventre arrondi sur un banc du jardin des plantes et son angoisse tapie | ses confidences dans le silence nuit d\u2019un appartement lyonnais et son cri jusqu\u2019alors \u00e9touff\u00e9 |son \u00e9criture sur notre journal de bord de 2003, ses cartes postales dans les bo\u00eetes \u00e0 chaussures, et ce conseil de lecture qui te hante dans ton petit carnet vert&nbsp;: <em>Veronika d\u00e9cide de mourir<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Nantes. Jardin des plantes. Jeux d\u2019enfants. Quel banc d\u00e9j\u00e0&nbsp;? Cris. Poussettes. Course-poursuite. Chutes. Un ventre arrondi. Le bac \u00e0 sable. Le salon de th\u00e9. Rien n\u2019a chang\u00e9. Apparemment. Inqui\u00e9tude des m\u00e8res. Le ciel est gris le soleil timide. Pas loin de l\u2019entr\u00e9e un homme en terre d\u2019exil attrape comme il peut les regards des fl\u00e2neurs du mois d\u2019ao\u00fbt. Comme alors. Rien n\u2019a chang\u00e9. Apparemment. Tout semble au ralenti en attente. Le banc est l\u00e0. Dans l\u2019air un creux une absence.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Deux versions. La deuxi\u00e8me, celle finalement envoy\u00e9e, apr\u00e8s relecture plus attentive de la proposition. Version plus troublante pour moi. Enfin compris et not\u00e9, ce que j&rsquo;ai ressenti cet \u00e9t\u00e9. Quand l&rsquo;on se rend compte que retourner dans certains lieux, c&rsquo;est chercher la trace des absent.es<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>#31 |&nbsp;de l\u2019\u00e9tat du monde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/31_emilie-marot_cri.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>#30 |&nbsp;fait divers, tout petit fait divers<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u00ab&nbsp;<em>Tenir solide les pieds pos\u00e9s malgr\u00e9 catastrophes naturelles \u00e0 faire courir tomber nos jambes coton puis courants d\u2019air je vous en prie restons debout.&nbsp;<\/em>\u00bb (Albane Gell\u00e9)<\/p>\n\n\n\n<p>Morne \u00e0 Vaches. Effondrement d\u2019un ancien pont militaire en travaux de d\u00e9construction. Six victimes. Parmi les ouvriers. Blessure l\u00e9g\u00e8re. Fracture du pied. Fracture \u00e0 la jambe gauche. Pied gauche sectionn\u00e9. Aucun communiqu\u00e9 pour deux des victimes. En attendant les secours, plusieurs heures dans le gouffre chaos de terre structure m\u00e9tallique pierre b\u00e9ton arrach\u00e9. En bas, un ouvrier r\u00e9clame de l\u2019eau. Derri\u00e8re lui la rivi\u00e8re suit son cours, indiff\u00e9rente au drame. L\u2019accident a eu lieu \u00e0 14h45. A la m\u00eame heure au lyc\u00e9e, quatre adolescents, pench\u00e9s sur les tables rondes du CDI, \u00e9crivent leur \u00ab&nbsp;Tenir debout&nbsp;\u00bb gr\u00e2ce au recueil d\u2019Albane Gell\u00e9 <em>Si je suis de ce monde<\/em>. Oui, si je suis de ce monde, alors j\u2019en traverse le drame et la beaut\u00e9. <em>Tenir<\/em> c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te pont qui s\u2019effondre cris g\u00e9missements des ouvriers pendant que lignes noircies couch\u00e9es sur le cahier faits si divers et pourtant cris de vies pour tenter malgr\u00e9 tout jusqu\u2019au dernier souffle de rester <em>debout<\/em>. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#29 |&nbsp;on n&rsquo;aurait pas d\u00fb, voil\u00e0<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong> <\/strong><em>Comme ton p\u00e8re<\/em>\u2026n\u2019aurais pas d\u00fb prononcer ces trois mots aurais mieux fait de les ravaler tourner sept fois ma langue dans ma bouche avant de parler tiens\u2026<em>comme ton p\u00e8re<\/em>\u2026non n\u2019aurais pas d\u00fb les laisser \u00e9chapper regrett\u00e9s d\u00e9j\u00e0 d\u2019\u00eatre formul\u00e9s au moment m\u00eame o\u00f9 ils tr\u00e9buchaient sur le sol de la cuisine mots vip\u00e8res mots crapauds des contes de f\u00e9es mots \u00e9chapp\u00e9s dans le vif de la col\u00e8re\u2026<em>comme ton p\u00e8re<\/em>\u2026trois gros pav\u00e9s dans la mare f\u00e9tide de l\u2019enfance\u2026ce jour-l\u00e0 je n\u2019aurais pas d\u00fb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#28 |&nbsp;rumin\u00e9, rab\u00e2ch\u00e9, ressass\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>quelque chose tracasse qui s\u2019est pos\u00e9 l\u00e0 il y a quelques jours voile de nuit dans le grand soleil de d\u00e9cembre confusion dans la clart\u00e9 du jour grain de chagrin qui crispe le visage fait qu\u2019on n\u2019est pas \u00e0 ce qu\u2019on fait \u00e0 sa vaisselle \u00e0 son repas \u00e0 ses trajets \u00e0 sa lecture aux conversations \u00e7a ronge tout l\u2019air de rien alors on cherche ce que \u00e7a pourrait \u00eatre \u00e7a qui fait ouvrir les yeux avant l\u2019aube \u00e7a qui fait ruminer quand la nuit dort \u00e7a qui fait que quelque part \u00e7a cloche<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#27 | pas moi, mais mon double<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Matin ext\u00e9rieur jour |<\/strong> tu peines \u00e0 te regarder \u00e0 te s\u00e9parer de toi et pourtant te voil\u00e0 devant moi la courbure de ton dos quand tu marches le regard ailleurs tout plein de ce qu\u2019il y a \u00e0 faire de ce qu\u2019il faudrait dire ce qu\u2019il aurait fallu faire et dire tout \u00e7a dans le regard et puis le poids de la fatigue en montant les marches du lyc\u00e9e avant les sourires et saluts du matin \u00e0 la loge puis \u00e0 la grille d\u2019entr\u00e9e ton pied glisse sur un pav\u00e9. <strong>Midi int\u00e9rieur-ext\u00e9rieur jour |<\/strong> tu es assise tout en noir sur ton zafu multicolore et ton tapis de yoga bleu face au paysage de canne et de mer tu es encore un peu essouffl\u00e9e tu es arriv\u00e9e en retard tu avais oubli\u00e9 dans le <em>tout plein de ce qu\u2019il y a \u00e0 faire<\/em> et puis tu fermes les yeux tu esquisses un sourire tu gonfles le ventre tu laisses la respiration aller et venir comme une vague on te demande d\u2019\u00eatre spectatrice de toi-m\u00eame de ces espaces qui en toi respirent et qui le matin encore \u00e9touffaient sous le <em>tout plein de ce qu\u2019il y a \u00e0 faire de ce qu\u2019il faudrait dire ce qu\u2019il aurait fallu dire et faire<\/em> c\u2019est difficile mais on dirait que tu t\u2019en sors bien. <strong>Soir int\u00e9rieur nuit |<\/strong> tu t\u2019affaires comme chaque soir dans le <em>tout plein<\/em> d\u00e9fais un sac refais un lit r\u00e9chauffes une soupe orchestres un coucher racontes une histoire caresses une joue \u00e9teins une lumi\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#26 | choses nettes, choses floues<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>silhouette du jardinier dans les ruminations du lundi | corps sans vie d\u2019un colibri dans les pattes du chat | l\u2019horizon et le bleu de la mer dans les angoisses du matin | flou du dehors quand je me perds dans le dedans | flou du dedans quand je me mets \u00e0 l\u2019\u00e9coute du dehors | aujourd\u2019hui lundi, att\u00e9nuation des contrastes de la lumi\u00e8re de d\u00e9cembre | nostalgie d\u2019hier : dilution des reliefs, des ar\u00eates de couleurs et de lumi\u00e8re dans la toute beaut\u00e9 du volcan et de la mer comme une nappe d\u2019huile bleue, aujourd\u2019hui comme blanchie, \u00e9cras\u00e9e, brouillonne <\/p>\n\n\n\n<p><strong>#25 | fragments du corps<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>d\u00e9plier le corps \u2013 nuque lourde dans le petit matin \u2013 tout l\u2019accompli et l\u2019inaccompli du jour, log\u00e9s l\u00e0 &#8211; tensions et crispations partout dans le corps, tapis, \u00e0 la faveur de la nuit, dans l\u2019immobile et le peu de souffle juste assez pour te maintenir &#8211; l\u00e0 au creux des reins, l\u00e0 au creux des lombes \u2013 la douleur a quitt\u00e9 le ventre \u2013 a fait le tour \u2013 pour se lover cristalliser irradier dans le bas de ton dos \u2013 grimace du petit matin car il va bien falloir \u2013 d\u00e9plier le corps<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#20 | la sc\u00e8ne est muette (mais vaut son prix)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je d\u00e9pose les courses sur le tapis roulant, le frais avec le frais, le volumineux avec le volumineux, le fragile en dernier. Une ombre rouge s\u2019affaire \u00e0 l\u2019autre bout tout enti\u00e8re au client pr\u00e9c\u00e9dent. Il paie par ch\u00e8que. Je soupire. Il va falloir une pi\u00e8ce d\u2019identit\u00e9. Qu\u2019il ne trouve pas. Ouvre sa sacoche, la vide, ne la trouve pas. La caissi\u00e8re attend. Me regarde et les clients suivants.&nbsp;Sourire compatissant contre moue r\u00e9barbative, nez plong\u00e9 dans le portable ou calme placide. Pour ma part je choisis de lui sourire aussi.&nbsp;Car il lui en faut du courage. L\u2019autre cherche. La caissi\u00e8re passe un sopalin sur le devant de sa caisse. L\u2019autre finit par trouver. Le temps de noter les chiffres et les lettres. De faire signer apr\u00e8s avoir fait v\u00e9rifier. Ch\u00e8que finalement rang\u00e9 dans le ventre de la caisse. En \u00e9change un long ticket de caisse. C\u2019est enfin mon tour.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#19 | Transaction<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Salut \u00e0 la maman de Lucas, polici\u00e8re municipale, sur le passage pi\u00e9ton de l\u2019\u00e9cole&nbsp;; voitures immobilis\u00e9es par le flux des voitures aux heures de pointe et qu\u2019on laisse passer car pour une fois on a le temps&nbsp;; bonjour \u00e0 la caissi\u00e8re du Super U qui ouvre la conversion des articles en euros sonnants et tr\u00e9buchants&nbsp;; pas de carte fid\u00e9lit\u00e9 en revanche, \u00e9chec de la transaction&nbsp;; hochement de t\u00eate silencieux \u00e0 celui qui en face me laisse passer voire salut de la main esquisse d\u2019un sourire pour signifier cette pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019autre le temps d\u2019un croisement dans la climatisation de nos habitacles&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#13 | arr\u00eater le monde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">regard qui se tourne en robe rose vif et parapluie \u00e0 fleurs<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#12 | la grisaille, les dessous<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le gris des absences. Le gris originel. Primitif. Le gris des r\u00e9veils dans le vide et le silence. Le gris du temps des ventres nou\u00e9s. Le gris des catastrophes enfantines. Le gris du temps qui ne finit pas avec au bout ce qu\u2019on devine puis qu\u2019on sait et que visc\u00e9ralement on redoute. Le gris des creux \u00e0 combler. Des yeux dans le vide. Le gris des cris jet\u00e9s dans la nuit ou le petit jour. Dans le vide gris les cris. La voil\u00e0 la grisaille avant les mots.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#11 | c\u2019est dimanche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tu te souviens. C\u2019est un soir. Ta m\u00e8re t\u2019accompagne. Tu dois avoir 14 ans. Environ. Le souvenir est vague. Comme la plupart de tes souvenirs. Une auberge. Sur une colline. Un feu de bois. Dehors il fait froid. C\u2019est l\u2019automne ou l\u2019hiver. Des tables et des chaises en cercles. C\u2019est une veill\u00e9e po\u00e9tique. Les po\u00e8tes lisent leurs textes. Tu lis les tiens. Pour la premi\u00e8re fois. En public. Les mots ont un go\u00fbt de terre mouill\u00e9e, de for\u00eat, de pluie, de vent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#10 | pendant que<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que je chante, je cherche ma voix. | Pendant que je danse, je ne pense pas. | Pendant que je vis, quelqu\u2019un meurt. | Pendant que je ris, quelqu\u2019un pleure. | Pendant que je dors, il veille.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#09 | ne pas s&rsquo;attarder sur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>ne pas s\u2019attarder sur les angoisses qui saisissent le ventre au petit matin | ne pas s\u2019attarder sur les coulures de peinture sur le carrelage, les fen\u00eatres, les clayettes | ne pas s\u2019attarder sur le jardin en friche trou\u00e9 de gravats | ne pas s\u2019attarder sur les portes qui ne ferment pas | ne pas s\u2019attarder sur les infiltrations les plafonds les murs qui pleurent quand il pleut | ne pas s\u2019attarder sur le temps qui passe | ne pas s\u2019attarder sur la poussi\u00e8re de chantier | ne pas s\u2019attarder sur les promesses non tenues les belles paroles les silences | ne pas s\u2019arr\u00eater sur l\u2019\u00e9tat du monde | ne pas s\u2019arr\u00eater et continuer vaille que vaille co\u00fbte que co\u00fbte envers et contre tout<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#08 | les noms c&rsquo;est du propre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Moscou Eph\u00e8se la Place Rouge de Moscou le Kremlin Novgorode Saint-Esprit Moscou Sib\u00e9rie Amour Novgorode Sheffield Malmo\u00eb Kharbine Pforzheim Golconde Oural Chine Europe Flandres Baylone B\u00e2le Tombouctou Auteuil Longchamp Paris Neaw-York Madrid Stockholm Patagonie Patagonie Patagonie les mers du Sud Montmartre la Butte le Sacr\u00e9-C\u0153ur Paris Sib\u00e9rie Montmartre &nbsp;Montmartre Montmartre Tomsk Tcheliabinsk Kainsk Obi Ta\u00efchet Verkn\u00e9 Oudinsk Kourgane Samara Pensa Touloune Mandchourie Kharbine Montmartre Paris pays de Cocagne Montmartre Fidji Pacifique Ph\u00e9nix Marquises Born\u00e9o Java C\u00e9l\u00e8bes Japon Mexique P\u00e9rou Paris Berlin Saint-P\u00e9tersbourg Oufa Grodno Notre-Dame Louvre Bruges-la-Morte New-York Venise Moscou la Porte-Rouge Prague Syracuse Irkoustsk lac Ba\u00efkal Mongolie Extr\u00eame-Orient Talga Krasno\u00efarsk Khilok Port-Arthur Tchita Gobi Kha\u00eflar Europe Asie Tsitsika Kharbine Paris France Saint-Germain Montmartre la Butte le Sacr\u00e9 C\u0153ur Paris Italie Am\u00e9rique Mandchourie France Paris<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#7 |<\/strong> <strong>chaque visage un trait<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>rond du visage traits tir\u00e9s yeux \u00e9carquill\u00e9s de stupeur affol\u00e9s d\u2019\u00e9tonnement d\u2019interrogation happant l\u2019air main tendue dans le grand vent et le soleil de midi | yeux rieurs elle a surgi toute v\u00eatue de noir corps menu projet\u00e9 et j\u2019ai souri \u00e9clat de vie adolescente heureuse d\u2019\u00eatre l\u00e0 visage offert \u00e0 la surprise du jour | baguette dans une main sandwich dans l\u2019autre il marche et il a faim alors il mange oscillant mastiquant encombr\u00e9 de son corps et de son pain dans le petit matin<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#6 |<\/strong> <strong><strong>personne d\u2019autre que moi n\u2019aurait remarqu\u00e9 que<\/strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>si je n\u2019avais pas lev\u00e9 la t\u00eate pieds dans le vrac des bouts de bois flott\u00e9s, des gousses de flamboyants, de fragments de coraux, de fibres de cocos si je n\u2019avais pas lev\u00e9 la t\u00eate arrim\u00e9e au sol ocre aux aguets \u00e0 l\u2019aff\u00fbt r\u00f4dant flairant le cadre maraudant nez en l\u2019air, je n\u2019aurais pas remarqu\u00e9 \u2013 et personne d\u2019autre que moi n\u2019aurait pu, l\u2019un l\u2019une l\u2019autre affair\u00e9.e qui dans l\u2019eau, qui dans le sable, qui dans les rires et les conversations, qui dans un livre, qui sur la ligne d\u2019horizon \u2013 non \u00e0 cet instant-l\u00e0, personne d\u2019autre que moi n\u2019aurait pu remarquer la suspendue, la tremblante, feuille de raisinier bord de mer toute rougie, c\u0153ur palpitant doucement, petit battement dans le vent le soleil d\u00e9clinant et le ciel feuillu vert bleu et blanc<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/291222_carnet6_bis.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-111302\" width=\"419\" height=\"314\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/291222_carnet6_bis.jpg 591w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/291222_carnet6_bis-420x315.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 419px) 100vw, 419px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">29\/12\/22 &#8211; Plage de Rocroy &#8211;<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong>#5 | ciel du lundi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>6h45 (au r\u00e9veil) | Courses d\u2019\u00e9pais nuages gris de vent de pluie \u00e0 la Turner et au loin sur la mer ciel bleu d\u00e9lav\u00e9 d\u2019aube o\u00f9 reposent pachydermes blancs des grappes de gros nuages \u00e0 la cr\u00eate ensoleill\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>7h45 &#8211; Champ d\u2019Arbaud (apr\u00e8s l\u2019\u00e9cole) | Ciel bleu \u00e7a et l\u00e0 des nuages blancs tr\u00e8s l\u00e9gers d\u2019autres plus \u00e9pais certains gris certains immobiles d\u2019autres avancent doucement tandis que le flux des voitures en bas va et vient en ce lundi matin et puis c\u00f4t\u00e9 mer c\u2019est beaucoup plus dense le ciel bleu a quasiment disparu les nuages sont \u00e0 la fois tr\u00e8s gros et semblent pourtant l\u00e9gers. Ils bouchent l\u2019horizon.<\/p>\n\n\n\n<p>8h45 | Ciel \u00e9pais gorg\u00e9 d\u2019eau. Cama\u00efeu gris et blanc. Taches de soleil. Trou\u00e9es. A l\u2019ouest \u00e7a s\u2019apaise c\u2019est bleu matin.<\/p>\n\n\n\n<p>9h30 | Nappe grise. Disparition de la mer. De l\u2019horizon.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#4 | phrase de r\u00e9veil<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>29\/12\/22 | <\/strong>Ce bruit&nbsp;? \u2026 L\u2019escalier&nbsp;? \u2026 Il n\u2019est pas l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#3 | il aurait fallu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Elle remonte la rue en pente, courb\u00e9e, gestes d\u00e9sordonn\u00e9s, paroles \u00e9chapp\u00e9es en solitaire, vie affol\u00e9e, happant le regard de qui veut bien de qui ose le croiser puis elle disparait dans le r\u00e9troviseur. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>#2 | si loin, si loin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&#8230;le visage de L\u00e9ontine\u2026les odeurs des maisons d\u2019enfance\u2026le visage du gar\u00e7on dans les vagues de la plage de La Par\u00e9e\u2026le soir o\u00f9 j\u2019ai bris\u00e9 la douceur de l\u2019\u00e9t\u00e9&nbsp;: les graviers de la cour dans mes chaussons\u2026la petite grille noire\u2026les ombres \u00e0 travers la porte-fen\u00eatre des voisins d\u2019en face\u2026 le visage et les mots de la voisine dans mes larmes&nbsp;\u2026 l\u2019arriv\u00e9e du p\u00e8re\u2026 le visage et le silence de la m\u00e8re\u2026la cavalcade dans l\u2019escalier\u2026l\u2019immensit\u00e9 de la solitude dans la chambre&#8230;et la petite s\u0153ur dans tout ce fracas du soir d\u2019\u00e9t\u00e9\u2026 le go\u00fbt du bonbon \u00e0 la menthe dans la chambre d\u2019h\u00f4pital\u2026le silence de la maison\u2026la biblioth\u00e8que municipale\u2026l\u2019odeur des livres et des fiches de pr\u00eats\u2026la maison d\u2019E. \u00e0 La Baule\u2026vague souvenir de cassettes \u00e9parpill\u00e9es au sol, d\u2019airs d\u2019op\u00e9ras\u2026le jardin de Plantes \u00e0 Nantes de ces ann\u00e9es-l\u00e0\u2026mon premier voyage en train avec ma grand-m\u00e8re\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#1 | de l&rsquo;impr\u00e9vu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Fraicheur du carrelage sous le pied nu au petit matin le corps encore tout chaud des plis d\u00e9plis et replis de la nuit. Dans l\u2019encadrement de la porte, la d\u00e9coupe sombre des monts. La nuit s\u2019accroche encore dans la p\u00e2leur de six heures.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#46 | 05\/04\/23 | Aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;\u00e9cris la #13. C&rsquo;est tr\u00e8s court. Ca saisit un geste. L&rsquo;arr\u00eate dans le flux d&rsquo;une marche. Mots qui capturent tout vif un instant, arrach\u00e9 \u00e0 la course folle et quotidienne de la petite dame du Carmel. Lui pr\u00eater voix pour la deuxi\u00e8me fois dans ce carnet alors m\u00eame qu&rsquo;\u00e0 la boulangerie, je comprends qu&rsquo;elle ne <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets_individuels-quelque-part-quelquun-ecrit\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#carnets individuels | Emilie Marot<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":140,"featured_media":101391,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3942,3897],"tags":[],"class_list":["post-97796","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-carnets_individuels","category-le_grand_carnet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/97796","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/140"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=97796"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/97796\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/101391"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=97796"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=97796"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=97796"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}