{"id":97805,"date":"2022-12-21T13:38:10","date_gmt":"2022-12-21T12:38:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=97805"},"modified":"2022-12-21T13:47:34","modified_gmt":"2022-12-21T12:47:34","slug":"97805-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/97805-2\/","title":{"rendered":"Carnet individuel &#8211; Alain Bastard"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/image-29.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-105400\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/image-29.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/image-29-420x315.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/image-29-768x576.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Instructions pour que continue le carnet<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"199\" height=\"254\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/page-de-carnet.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-110773\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Des r\u00e8gles et des contraintes, tu peux esp\u00e9rer de la satisfaction, car tu produiras quelques lignes en les observant. Tu ne seras pas \u00ab&nbsp;fier&nbsp;\u00bb de cette production mais tu ressentiras du soulagement. Tu auras fait ce que tu devais. La fiert\u00e9 \u00e9prouv\u00e9e, \u00e9colier, coll\u00e9gien, lyc\u00e9en quand tes r\u00e9dactions et dissertations obtenaient la meilleure note de la classe, tu ne la retrouveras pas, sache-le. Que cette nostalgie ne t\u2019emp\u00eache pas d\u2019avancer&nbsp;! Une simple consigne formul\u00e9e chaque jour, starter et rampe de lancement te sera utile. Une fois lanc\u00e9, ne te consacre qu\u2019\u00e0 ton \u00e9criture, sans aucune autre source de distraction. Impose-toi de r\u00e9server dans ton emploi du temps quotidien une heure au moins pendant laquelle seul ce que tu \u00e9cris compte. Essaie, lorsque tu y seras parvenu, d\u2019augmenter cette dur\u00e9e. Ne regarde surtout pas, par-dessus l\u2019\u00e9paule des voisins leur propre production. Tu sais \u00e0 quel point \u00e7a peut \u00eatre paralysant. Ne tiens pas davantage compte des ombres titanesques au-dessous desquelles tu \u00e9cris. Elles r\u00e9prouvent, de toutes fa\u00e7ons, ta pr\u00e9tention \u00e0 \u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ce dont on ne peut parler<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce dont je n\u2019ai pas pu parler \u00e0 qui que ce soit, l\u2019ai-je jamais \u00e9crit&nbsp;?&nbsp; Ecrire, m\u00eame dans les recoins d\u2019un carnet lui-m\u00eame dissimul\u00e9, c\u2019est laisser une trace. Et la trace constitue un indice, a vocation \u00e0 r\u00e9apparaitre au mauvais moment et au mauvais endroit. M\u00eame infime, elle est en mesure de provoquer des s\u00e9ismes, personnels, familiaux ou amicaux. Dans les m\u00e9andres de la cure analytique, quand la confiance devait \u00eatre absolue entre soi et l\u2019analyste, se dissimulait n\u00e9anmoins l\u2019inavouable. Ce qu\u2019on ressentait tel, en tout cas. Pas de grands secrets donc mais suffisamment intimes pour qu\u2019une mise en mots ou une transcription \u00e9crite serait d\u00e9j\u00e0 risquer l\u2019aggravation de la blessure. &nbsp;A moins de faire dispara\u00eetre sous les oripeaux de la fiction, la charge explosive de la r\u00e9alit\u00e9. Tel ceux dont se paraient les visites dominicales \u00e0 une amie au pr\u00e9texte d\u2019aller se recueillir un moment sur la tombe des parents et de marcher une \u00ab&nbsp;petite heure&nbsp;\u00bb alentour. Rien de grave sinon la honte et la crainte que le pot aux roses soit ouvert inopin\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>strat\u00e9gies du r\u00eave<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un r\u00eave passe comme un ange passe ou un d\u00e9mon. Quelques fois, et pour r\u00e9pondre \u00e0 la demande pressante de ta psychanalyste, mais c\u2019\u00e9tait il y a longtemps quand tu te m\u00ealais encore d\u2019\u00e9ducation sp\u00e9cialis\u00e9e et d\u2019accompagnement des enfants autistes, tu notais les r\u00eaves passants chaque matin ou presque, comme un entomologiste pique les insectes sur un carton. Aujourd\u2019hui, il n\u2019en est plus question car tu en as fait le tour, comme on fait le tour du propri\u00e9taire pour s\u2019assurer, inutilement, que tout est bien en place. Tu sais que tes pas en avant, tu ne les dois pas \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation de tes r\u00eaves. Alors tu t\u2019es habitu\u00e9 aux anges et aux d\u00e9mons qui traversent tes nuits. Salle de r\u00e9union, anciens coll\u00e8gues, \u00e9lus, situations d\u00e9licates, c\u2019est ton lot de chaque nuit. Tu tentes de r\u00e9soudre des difficult\u00e9s qui n\u2019existent plus comme si tu \u00e9tais encore en situation. Tu causes, tu affutes tes arguments, tu essaies de d\u00e9montrer, de convaincre. Bref, c\u2019est un festival&nbsp;!&nbsp;  Tu travailles sans discontinuer. Et tout cela, sans aucune r\u00e9mun\u00e9ration. De temps \u00e0 autre, une r\u00e9compense pour toutes tes s\u00e9ances de travail oniriques, un visage et un corps f\u00e9minin, connus ou pas, traversent ton sommeil. H\u00e9las&nbsp;! tu constates que ces belles passantes ne font que passer. C\u2019est trop injuste! <\/p>\n\n\n\n<p><strong>du par&nbsp; c\u0153ur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Certains se sont longtemps couch\u00e9s de bonne heure. Moi, j\u2019ai longtemps appris de nombreux textes et po\u00e8mes par c\u0153ur. Il en reste de traces. \u00ab Demain, d\u00e8s l\u2019aube, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 blanchit la campagne, je partirai. Vois-tu, je sais que tu m\u2019attends&nbsp;\u00bb. Comme beaucoup de coll\u00e9giens et de lyc\u00e9ens de l\u2019\u00e9poque, Victor Hugo, Ronsard, Verlaine, Apollinaire se sont invit\u00e9s dans les replis de mon cerveau. J\u2019ai eu ma p\u00e9riode Montaigne, ma p\u00e9riode Flaubert et quelques autres \u00e0 suivre, Erri De Luca, Olivier Rollin\u2026 La plus marquante, les quelques ann\u00e9es pendant lesquelles j\u2019\u00e9tais en mesure de r\u00e9citer et chanter tout Brassens. Peu \u00e0 peu, je me suis d\u00e9saccoutum\u00e9 de l\u2019habitude de souligner, noter et apprendre par c\u0153ur. Aujourd\u2019hui, Il me semble ne rester que de maigres traces de ce qui avait \u00e9t\u00e9 accumul\u00e9 nagu\u00e8re. Quand je suis optimiste, ce qui est assez rare, j\u2019utilise la m\u00e9taphore du compost. Bien avant d\u2019obtenir une terre sombre et fertile, il est possible d\u2019identifier dans le tas, au fond du jardin, des restes de carottes, du marc de caf\u00e9, des pages de journaux et de tout ce qu\u2019on y jette au jour le jour. Puis, arrive le stade o\u00f9 plus rien n\u2019est identifiable. Donc, compost ou rien. Et si ce n\u2019\u00e9tait rien&nbsp;? &nbsp;Flottent n\u00e9anmoins quelques jolis morceaux comme celui-ci \u00ab Une vie d\u2019homme dure autant que celle de trois chevaux, et tu as d\u00e9j\u00e0 enterr\u00e9 le premier&nbsp;\u00bb. J\u2019en suis \u00e0 deux, presque trois. Et puis cette derni\u00e8re pour la route \u00ab Si moi aussi, je suis un autre, c\u2019est parce que les livres, plus que les ann\u00e9es et les voyages, changent les hommes&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>routine du lire \u00e9crire, et quoi faire de mieux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Routine du lire \u00e9crire&nbsp;?&nbsp; Le livre que tu ouvres vers deux heures dans la nuit. La consultation des SMS, mails et du fil d\u2019actualit\u00e9 aux alentours de cinq heures. L\u2019heure de lecture plus appliqu\u00e9e et s\u00e9rieuse entre six et sept.&nbsp; Et, en arri\u00e8re-plan, depuis 35 jours une consigne d\u2019\u00e9criture qui agite tes m\u00e9ninges, faisant \u00e9merger des bribes que tu notes sur ton calepin. Crayon de bois toujours. Savoir que le texte doit \u00eatre boucl\u00e9 et envoy\u00e9 avant dix-huit heures. Le reste \u00ab \u00e0 sauts et \u00e0 gambades \u00bb en fonction des occupations du jour. Parfois de longues plages de lecture. Parfois pas. Du temps devant l\u2019ordinateur, trop, parce qu\u2019il y a presque toujours de petits travaux \u00e0 faire. Tout cela est banal. Il faudrait faire autrement et mieux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La panne, l\u2019embrouille<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Va-ou.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-109555\" width=\"194\" height=\"260\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>\u00ab Je pense aux personnes qui me merveillent la vie d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui et jusqu\u2019au lendemain la merveille de leurs voix de leurs rires et chagrins\u2026&nbsp;\u00bb Val\u00e9rie Rouzeau, Va o\u00f9<\/p>\n\n\n\n<p>Tu le connais par c\u0153ur le po\u00e8me de Val\u00e9rie Rouzeau et te voil\u00e0 sur la sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre municipal. Tu es plut\u00f4t fier, cette ann\u00e9e, d\u2019introduire un soup\u00e7on de fantaisie dans le s\u00e9rieux habituel de la c\u00e9r\u00e9monie de v\u0153ux. Confiant, sans note. Le moment venu, les jolis mots s\u2019\u00e9vaporent et se m\u00e9langent. Tu bafouilles un salmigondis sans queue ni t\u00eate, sorte de po\u00e8me lettriste dit par Isidore en personne. Val\u00e9rie Rouzeau en rit encore. Des vingt-quatre discours de v\u0153ux que tu as prononc\u00e9s, c\u2019est le plus dr\u00f4le et le plus m\u00e9morable.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ah \u00e7a serait une histoire pour<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>Ils sont quatre. Ils ne se sont plus vus depuis une bonne quinzaine d\u2019ann\u00e9es. Tout \u00e0 la joie des retrouvailles, ils prennent l\u2019habitude de d\u00e9jeuner ensemble presque chaque semaine. Tant\u00f4t chez l\u2019un, tant\u00f4t chez l\u2019autre. Les vins sont bons et les mets soign\u00e9s. De temps \u00e0 autre, le restaurant du coin suppl\u00e9e les d\u00e9fections. \u00c7a dure&nbsp;! Puis, sans raison \u00e9vidente, la belle harmonie se d\u00e9sunit. Le ver s\u2019insinue dans le trop beau fruit. L\u2019un d\u2019entre eux invite moins souvent, puis plus tout. Il se laisse inviter. Les conversations prennent un autre tour. \u00c7a jase, bien s\u00fbr. Jusqu\u2019au jour o\u00f9 une conversation t\u00e9l\u00e9phonique d\u00e9rape et les comptes se r\u00e8glent. Mal. Ce serait peut-\u00eatre une histoire pour Emmanuel Bove ou Georges Brassens.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Faire le vide<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/etais.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-108938\" width=\"392\" height=\"261\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Tu te d\u00e9cides aujourd\u2019hui \u00e0 faire de la place. Le vide, si tu le peux. L\u2019encombrement de tes espaces et de ta t\u00eate est tel qu\u2019il le faut bien. D\u2019ailleurs, on te l\u2019a dit et r\u00e9p\u00e9t\u00e9&nbsp;: rien ne vaut le d\u00e9nuement et une t\u00eate au carr\u00e9 pour avoir les id\u00e9es claires. Ce faisant, tu attaques, tambour en avant, les amas d\u2019objets et de pens\u00e9es diverses qui obstruent ta lucidit\u00e9. Las&nbsp;! Tu t\u2019aper\u00e7ois bien vite que dans ta qu\u00eate enthousiaste du Graal tu as \u00f4t\u00e9 quelques \u00e9tais. Ta masure, ton esprit tenaient debout gr\u00e2ce \u00e0 eux et depuis des ann\u00e9es. Tu t\u2019empresses de les remettre en place. Tu verras \u00e7a demain.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Nos morts sont parmi nous<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>Il est seul tout au fond du grand jardin sous un petit carr\u00e9 de b\u00e9ton. Il sait qu&rsquo;au-dessus sont entrepos\u00e9s des coquillages et quelques plaques comm\u00e9moratives. Il pense que cela n\u2019excuse pas la raret\u00e9 des visites qu\u2019il re\u00e7oit. Il en a, pourtant des choses \u00e0 dire, pourvu qu\u2019on lui pr\u00eate attention. Ce que c\u2019est que mourir et d\u2019\u00eatre r\u00e9duit en cendres. Ce que c\u2019est aussi d\u2019avoir une telle perspective sur les chemins enchant\u00e9s et les voies sans issue du pass\u00e9. Il m\u2019en parle lorsque je ralentis le pas. Un murmure, un souffle. Comme un souffle de vie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>De l\u2019\u00e9tat du monde<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/journaux.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-108436\" width=\"352\" height=\"234\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Bruits quotidiens Inde, Pakistan, Russie, populations laiss\u00e9es au bord du chemin, migrants, Congo, \u00e7a chauffe partout. Tohu-Bohu incessant. Boule \u00e0 des milliers de facettes, incandescentes et sombres \u00e0 la fois. Vas-tu faire entendre ton air de fl\u00fbtiau au milieu des airs discordants&nbsp;? Allumer ta minuscule loupiote&nbsp;? &nbsp;D\u2019autres ont essay\u00e9 avant toi. Et pour quels r\u00e9sultats&nbsp;? De l\u2019\u00e9tat de la conscience humaine depuis des temps imm\u00e9moriaux. Laisse tomber ton fl\u00fbtiau et ta loupiote camarade. Quoique&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fait divers, tout petit fait divers<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/gabarre.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-108166\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/gabarre.webp 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/gabarre-420x315.webp 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/gabarre-768x576.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans la grande ville, une gabarre du XVIII -\u00e8me qui fait plouf dans la rivi\u00e8re, sous les fen\u00eatres du pr\u00e9fet, \u00e7a attire la curiosit\u00e9. \u00c7a change des coups de p\u00e9toire dans les cit\u00e9s, des sachets de blanche saisis dans le v\u00e9hicule d\u2019un conducteur f\u00e9brile, des accidents de circulation et des querelles de m\u00e9nage.&nbsp; Les pompiers font pimpon, les badauds mitraillent pour la post\u00e9rit\u00e9 et le bateau fait glouglou au grand dam du malouin qui l\u2019avait r\u00e9nov\u00e9 et inaugur\u00e9 il y a peu de temps.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>On n\u2019aurait pas d\u00fb, voil\u00e0<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/un-verre-ou-deux.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-107965\" width=\"212\" height=\"211\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/un-verre-ou-deux.jpg 225w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/un-verre-ou-deux-200x200.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 212px) 100vw, 212px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Dresser la liste de toutes les fois o\u00f9\u2026\u00e7a rend triste. Boire, hier, le verre de trop qui fait sauter la bonde et prof\u00e9rer des propos nus et blessants comme ce que tu crois \u00eatre la V\u00e9rit\u00e9 sortant du puits. Tu voudrais bien les rhabiller aujourd\u2019hui. Mais ce qui est dit est dit. La cible est atteinte, ce n\u2019\u00e9tait pas la bonne cible et encore moins les bonnes fl\u00e8ches. L\u2019ami est constern\u00e9 et peut-\u00eatre perdu. Rembobiner&nbsp;? Se confondre en vaines excuses. Ce n\u2019\u00e9tait pas toi&nbsp;? Ton verre ou deux de trop&nbsp;? Imb\u00e9cile qui croit que quand tu bois, ce n\u2019est pas toi.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Rumin\u00e9, rab\u00e2ch\u00e9, ressass\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La pens\u00e9e rumin\u00e9e comme la phrase du r\u00e9veil &nbsp;en son temps &nbsp;est trop existentielle trop intime pour un&nbsp; carnet semi personnel l\u2019\u00e9criture si elle est dans le th\u00e8me propos\u00e9 et ressass\u00e9 n\u2019\u00e9claircit rien pour autant fais effort car si ta vie est pleine de morceaux disjoints fa\u00e7on puzzle elle n\u2019est pas moins int\u00e9ressante \u00e0 tes yeux clos la nuit et ouverts le jour c\u2019est elle ou plut\u00f4t la question de son sens que tu rumines rab\u00e2che et ressasse sans cesse au point de saouler tes proches tu rumines l\u2019herbe de ta vie en cherchant quoi au juste fous toi un peu la paix<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pas moi, mais mon double<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/moi-et-mon-double.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-107469\" width=\"355\" height=\"218\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019est lev\u00e9 trop t\u00f4t. Je le devine \u00e0 sa t\u00eate lourde des r\u00eaves de la nuit. Il passe en revue ce que sera sa journ\u00e9e. Il ne s\u2019est jamais d\u00e9parti de ses habitudes de travail. Mais en guise de r\u00e9unions et de rendez-vous, il sait que \u00e7a sera m\u00e9nage, courses, d\u00e9jeuner rapide, lecture et peut-\u00eatre exercice d\u2019\u00e9criture. Je le sens tracass\u00e9. Je dois l\u2019approcher de plus pr\u00e8s. Il est mon double, mais post\u00e9 sagement en arri\u00e8re, je le d\u00e9crypte difficilement. C\u2019est un dr\u00f4le de bonhomme, compliqu\u00e9. Je le suis discr\u00e8tement et tente de le cerner. Il s\u2019affaire aux t\u00e2ches qu\u2019il s\u2019est assign\u00e9es. Je l\u2019entends marmonner \u00ab&nbsp;Kafka, Kafka\u2026patte de loup&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;La prisonni\u00e8re&nbsp;\u00bb ne le distrait pas. Il s\u2019assoit devant l\u2019ordinateur, tape un texte. Je jette un \u0153il par-dessus son \u00e9paule.&nbsp;\u00ab&nbsp;Tout \u00e7a pour \u00e7a&nbsp;!&nbsp;\u00bb me dis-je.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Choses nettes, choses floues<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Brouillard dense et intense ce matin. Les choses et les \u00eatres se distinguent \u00e0 peine. Dans ta ville p\u00e9riph\u00e9rique le beau et le laid se confondent. Confort de l\u2019absence de nettet\u00e9. De plus, tes yeux et leurs r\u00e9cents implants ont modifi\u00e9 ta perception. Sans lunettes, le net est flou et le flou est net. De la relativit\u00e9 des choses&nbsp;! &nbsp;Cela modifie-t-il ta fa\u00e7on de penser&nbsp;? Le brouillard disparu, le rideau d\u2019arbres, l\u00e0-bas se d\u00e9coupe bien \u00e0 l\u2019horizon, l\u2019\u00e9cran de ton smartphone, en revanche, est ind\u00e9chiffrable. C\u2019est un autre monde&nbsp;? Le m\u00eame, h\u00e9las, puisqu\u2019il existe en-dehors de la vision que tu en as.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fragment du corps<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"275\" height=\"183\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/pied.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-106842\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Le pied, lav\u00e9 et frais \u2013 prot\u00e9g\u00e9 par de la laine, r\u00e2peuse \u2013 enserr\u00e9 dans du gros cuir \u2013 il se pr\u00e9pare \u2013Tout ce chemin \u00e0 parcourir \u2013 gaillard et bon enfant, il y va \u2013 il s\u2019\u00e9chauffe \u2013 devient un peu rouge \u2013 \u00e9met un signal de d\u00e9tresse, petite douleur encore insignifiante \u2013 ne se sent pas \u00e9cout\u00e9 \u2013 est contraint \u00e0 avancer, \u00e0 prendre appui \u2013 accentue la force du signal \u2013 forme une cloque, l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a doit faire mal \u2013 &nbsp;s\u2019arr\u00eate \u2013 on le lib\u00e8re de la chaussure et de la laine r\u00e2peuse \u2013 l\u2019enduit de cr\u00e8me et lui colle un adh\u00e9sif &#8212;&nbsp; le pied se sent mieux et repart.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Salle d\u2019attente<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A ton arriv\u00e9e, sourire peint et accueil chaleureux de circonstance. \u00ab&nbsp;Patientez un instant, s\u2019il vous pla\u00eet&nbsp;\u00bb. Le sourire t\u2019enjoint de gagner la salle d\u2019attente. A l\u2019entr\u00e9e de la salle, regard circulaire et discret sur les personnes pr\u00e9sentes. Tu t\u2019assois. D\u00e9tendu et serein. Tu fais un inventaire complet . Couleur du sol, des murs, pauvret\u00e9 de la d\u00e9coration, plantes ch\u00e9tives et empoussi\u00e9r\u00e9es. Il fait bon. Cal\u00e9 dans une chaise \u00e0 accoudoirs, tu t\u2019engourdis. L\u2019esprit mouline au ralenti. Tic-tac de la montre. Le sourire a appel\u00e9 quelques personnes, mais pas toi. Une certaine agitation, te gagne. Des vaguelettes d\u2019impatience l\u00e8chent ton calme initial, puis le recouvrent. Pr\u00e8s d\u2019une heure est pass\u00e9e. \u00ab Mr x ne pourra malheureusement pas vous recevoir aujourd\u2019hui, nous allons fixer un autre rendez-vous&nbsp;\u00bb. Tu maugr\u00e9es une r\u00e9flexion assassine. Mais tu te r\u00e9signes<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il fait froid, couvrons-nous<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Perfecto noir en faux cuir, robe de grossesse vert bouteille fendue au-dessous des genoux. Blouson matelass\u00e9 gris souris, le reste est banal et indiff\u00e9rent. Veste denim sur tee-shirt trois couleurs bleu, gris, rouge, \u00e7a ne veut pas dire qu\u2019il n\u2019y a pas de pantalon. Casquette rouge vif Causette floqu\u00e9e \u00ab&nbsp;Make f\u00e9ministan great again&nbsp;\u00bb, tout un programme. Caban de marin, \u00e9charpe ray\u00e9e bleu et blanc, jeans, bottes en cuir de ch\u00e8vre, je les sens. Blouson bouffant blanc cass\u00e9 au revers de col noir, casquette ivy cap vintage. Veste de pluie en nylon bleu marine et casquette gavroche en feutre. Veste de lainage noire, chemise blanche, cravate rouge sombre. Bonnet docker avec bord mauve et blanc, tr\u00e8s fluorescent, \u00e9charpe assortie piquet\u00e9e de fleurs mauve. Treillis de chasse, ceinturon et bottines en cuir noir. Robe droite noire, petit tablier blanc de service, coiffe blanche et noire dans les cheveux. Pullover ras du cou trou\u00e9 vert assez \u00e9trange, enveloppant une bedaine cons\u00e9quente. Polo \u00e0 la Brassens gris musaraigne, jean bleu et ceinture en cuir, chaussures \u00e0 l\u2019avenant, pas de guitare mais \u00e7a pourrait.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Petits embellissements bienvenus<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tu chausses tes lunettes de psycho-g\u00e9ographe et tu t\u2019en vas explorer le quartier \u00e0 la recherche des \u00e9motions perdues \u00e0 retrouver. Ta maison, tu la pr\u00e9serves au nom du trouble ressenti \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Ta premi\u00e8re maison \u00ab&nbsp;neuve&nbsp;\u00bb&nbsp;!&nbsp;Tu la gardes. La maison bourgeoise d\u2019en face avec ses arbres de haute -tige, tu la gardes aussi. Tu y as observ\u00e9 un ciel de lundi matin comme si tu \u00e9tais devant une toile de Magritte. La rue, tu la rends inaccessible aux automobiles. Elle redevient chemin vicinal, tout juste bonne pour les charrettes de foin. La placette, centre du hameau d\u2019autrefois, elle est peut-\u00eatre celle, o\u00f9 par le plus grand des hasards de la vie, tu as \u00e9t\u00e9 en nourrice pendant trois ann\u00e9es quand ta m\u00e8re \u00e9tait au sanatorium. Tu y es revenu 44 ans plus tard. Tu la pr\u00e9serves donc. Tu sautes directement dans l\u2019aire de jeux, plac\u00e9e l\u00e0, faute de mieux, et parce que les lignes \u00e0 Haute Tension ne permettent aucune construction sous elles. Tu gommes les lignes \u00e0 Haute-Tension et tu transformes le terrain de jeux en paradis pour les enfants. Tu te rends face \u00e0 la Chapelle, construction modeste, sans doute faite pour les pauvres, mais il faut bien un peu de spiritualit\u00e9 dans ces lieux qui en manquent. Tu entres dans la Sup\u00e9rette, juste en face, elle est juste \u00e0 ta dimension. Tu aimes y croiser et y observer les gens, ceux qui y travaillent et ceux qui y passent. Tu penses avec de la g\u00eane que tu pourrais habiter un quartier un peu plus hupp\u00e9. La pauvret\u00e9, il faudrait l\u2019\u00e9radiquer mais tu n\u2019y crois pas, quelle que soit la puissance de ton d\u00e9sir. Tu pousses le vice jusqu\u2019\u00e0 la boulangerie o\u00f9 tu aimes \u00e0 converser avec la boulang\u00e8re. Tu rebrousses chemin jusqu\u2019\u00e0 la pharmacie. Indispensable \u00e0 l\u2019\u00e2ge que tu atteins. Tu avais presque oubli\u00e9 la voie du tramway. Un jour, pourtant, par une des vitres du tramway, en une seconde, tu as aper\u00e7u une que tu avais perdue de vue pendant de longues ann\u00e9es. Rien que de l\u2019\u00e9voquer, tiens ! le c\u0153ur s\u2019emballe. Tu gardes donc&nbsp;!&nbsp; Tu effaces au passage d\u2019un geste rageur les avions qui passent trop souvent au-dessus de ta t\u00eate. C\u2019est presque un quartier id\u00e9al. Garde tes lunettes de psycho-g\u00e9ographe, je t\u2019en prie&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Recopier, c\u2019est facile<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quant au bonheur, il n\u2019a presque qu\u2019une seule utilit\u00e9, rendre le malheur possible. Il faut que dans le bonheur nous formions des liens bien doux et bien forts de confiance et d\u2019attachement pour que leur rupture nous cause le d\u00e9chirement si pr\u00e9cieux qui s\u2019appelle le malheur. Si l\u2019on n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 heureux, ne f\u00fbt-ce que par l\u2019esp\u00e9rance, les malheurs seraient sans cruaut\u00e9 et par cons\u00e9quent sans fruit. Recopier, c\u2019est facile. Bien comprendre ce que l\u2019on recopie qui ressemble \u00e0 premi\u00e8re approche \u00e0 une de ces maximes qu\u2019affichent les semainiers vendus en pile d\u00e8s que le tournant d\u2019une ann\u00e9e \u00e0 l\u2019autre est en vue en est une autre. Seraient sans cruaut\u00e9 et par cons\u00e9quent sans fruit. Tout ou presque est dans \u00ab&nbsp;sans fruit&nbsp;\u00bb. Comme on ne comprend pas toujours les choses, on va voir du c\u00f4t\u00e9 de chez Goldsmith. Toujours \u00e7a de pris, et tr\u00e8s enrichissant. Bref, on \u00e9tudie la Recherche avec les retrait\u00e9s de l\u2019Universit\u00e9 Permanente (permanente, elle l\u2019est sans doute, nous c\u2019est moins s\u00fbr). Edition \u00e9tablie par Pierre Clairac et Andr\u00e9 Ferr\u00e9, aux \u00e9ditions Gallimard collection La Pl\u00e9iade, tout le monde ou presque conna\u00eet. Avant, on n\u2019y est jamais arriv\u00e9. On ne dira rien de plus.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Transaction<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tes premiers pas dehors. Tu croises le voisin casqu\u00e9 et harnach\u00e9 sur son impressionnante machine. Quelques mots \u00e9chang\u00e9s \u00ab Marie a mis vingt minutes pour aller jusqu\u2019au Mc Do&nbsp;\u00bb. On se comprend. La machine \u00e0 deux roues s\u2019impose. Puis, deux agents de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la grande surface. Des sourires et des propos de connivence pour bien commencer la journ\u00e9e. Transactions positives. Las&nbsp;! une jolie transaction n\u00e9gative quand tu reprends la voiture et que tu te fais klaxonner par un imp\u00e9tueux. Reste serein, la journ\u00e9e n\u2019est pas finie&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>PS- Les journ\u00e9es se suivent, ne se ressemblent pas et c&rsquo;est tant mieux. Des journ\u00e9es se passent sans aucune transaction en vis-\u00e0-vis. Et souvent, c&rsquo;est plut\u00f4t dommage. Car demander un acte de naissance en ligne ou obtenir un rendez-vous pour un renouvellement de pi\u00e8ce d&rsquo;identit\u00e9 tourne vite au supplice, comme si tous ces parcours num\u00e9riques avaient \u00e9t\u00e9 invent\u00e9s pour agacer les nerfs et \u00e9prouver les limites de la patience. D&rsquo;autres journ\u00e9es sont riches d&rsquo;\u00e9changes directs de toutes sortes, n\u00e9gatifs et parfois d\u00e9primants, agr\u00e9ables et revigorants. Dire qu&rsquo;il est possible de ramasser ces transactions en 450 signes, alors l\u00e0. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>La sc\u00e8ne est muette (mais vaut son prix)<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"375\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/image-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-106859\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/image-1.png 500w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/image-1-420x315.png 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019homme gare sa voiture devant l\u2019\u00e9glise et se dirige vers la boulangerie. Il pousse la porte. Elle r\u00e9siste. Visiblement d\u00e9contenanc\u00e9, l\u2019homme insiste et regarde tout autour de lui. Comme si un miracle pouvait survenir et ouvrir cette fichue porte. Une machine lui fait signe. Il y est \u00e9crit \u00ab&nbsp;poulichettes fra\u00eeches&nbsp;\u00bb. Il s\u2019approche, lit et relit le peu d\u2019informations disponibles, porte la main \u00e0 la poche int\u00e9rieure gauche de sa veste, en sort un portefeuille, d\u2019o\u00f9 il extrait sa carte bancaire. Relit les consignes, comme pour conjurer ses doutes. Du pain qui sortirait, frais et craquant, de la gueule de la machine&nbsp;? Il pose sa carte \u00e0 l\u2019emplacement ad\u00e9quat. A peine une minute plus tard, sortent du ventre de la machine deux baguettes qu\u2019il retourne sous toutes leurs coutures, incr\u00e9dule. Transaction termin\u00e9e. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Faire bouger les choses.<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_20221130_090407-461x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-105659\" width=\"347\" height=\"768\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-blue-background-color has-background\">La lame rouill\u00e9e d\u2019un canif dans le ventre replet de ma r\u00e9alit\u00e9. Dans le confort de l\u2019habitude. Coup d\u2019\u00e9clat. Non. A peine quelques pas de c\u00f4t\u00e9 au petit matin. Une exp\u00e9rience incongrue de la bifurcation, d\u2019un chemin autre, de d\u00e9saccoutumance des yeux et de l\u2019esprit. La ville c\u00f4t\u00e9 face. Son visage satanique et beau. Loin de son c\u00f4t\u00e9 pile, aseptis\u00e9. Exp\u00e9rience d\u2019un seul jour. Demain, aucune surprise possible. Retour aux pas habituels. A moins de ruptures successives et de coups de canif r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. Un petit effluve d\u2019aventure dans l\u2019air parfois pesant du quotidien.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>On remet \u00e7a mais avec un livre (\u00e0 perdre)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je ne perds des livres que parce que, las de la promiscuit\u00e9 ils s\u2019\u00e9vadent. &nbsp;Ainsi des \u00ab&nbsp;Eaux \u00e9troites&nbsp;\u00bb de Julien Gracq. \u00c7a m\u2019a turlupin\u00e9 un bon moment avant que je le capture et le remette \u00e0 sa place. Mais aujourd\u2019hui, je perdrai un livre ou plut\u00f4t, je le laisserai sur la table du restaurant o\u00f9 je vais aller d\u00e9jeuner avec des amis. Lequel&nbsp;? Au fond de moi, l\u2019envie de tricher un peu, d\u2019en laisser un qui m\u2019a d\u00e9j\u00e0 abandonn\u00e9. Trop facile&nbsp;! Je vais forcer mes r\u00e9ticences et laisser les \u00ab&nbsp;Vies minuscules&nbsp;\u00bb de Pierre Michon. \u00ab Vies minuscules&nbsp;\u00bb, \u00e7a devrait attirer l\u2019\u0153il et susciter le d\u00e9sir de s\u2019en emparer. Non&nbsp;? &nbsp;Et je glisserai entre la couverture et la page de garde, un petit bristol avec mon num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone. &nbsp;\u00ab Appelez-moi si \u00e7a vous tente d\u2019en parler&nbsp;\u00bb De quoi&nbsp;? Me direz-vous. De nos vies minuscules, pardi&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Exercice avec d\u00e9nombrement<\/strong><\/h6>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"244\" height=\"544\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/10000005481.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-106267\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/10000005481.jpg 244w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/10000005481-188x420.jpg 188w\" sizes=\"auto, (max-width: 244px) 100vw, 244px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Tentative d\u2019inventaire du mobilier urbain de la Place Fran\u00e7ois Mitterrand dite Place du Ch\u00e2teau. Du curieux man\u00e8ge auquel je me suis livr\u00e9 ce matin et qui a s\u00fbrement attir\u00e9 l\u2019attention d\u2019habitants suspicieux, il r\u00e9sulte que ladite place, de forme parall\u00e9l\u00e9pip\u00e9dique est bord\u00e9e de 98 boules de couleur soit environ 20 fois 5 boules (2 boules ont probablement \u00e9t\u00e9 d\u00e9grad\u00e9es et enlev\u00e9es) de couleur, bleue, rouge, verte, jaune, prune. Je note que les 20 s\u00e9ries de 5 sont r\u00e9guli\u00e8res \u00e0 l\u2019exception d\u20192 ou 3 d\u2019entre elles qui jouent une partition diff\u00e9rente. Je remarque 11 bancs en b\u00e9ton gris de forme demi-ovale et 6 bancs de m\u00eame consistance et de m\u00eame couleur droits. Je n\u2019ai pas compt\u00e9 les quelques magnolias sur tige, plut\u00f4t maigrichons ni les pav\u00e9s autobloquants. J\u2019y aurais pass\u00e9 ma journ\u00e9e et me serais fait trop remarquer. Ni les habitants fort nombreux \u00e0 cette heure et encore moins les voitures. J\u2019ai appris, en recherchant la diff\u00e9rence entre d\u00e9nombrer et compter que mon squelette est constitu\u00e9 de 206 os (je crois n\u2019en avoir perdu aucun) et qu\u2019une heure \u00e9quivaut \u00e0 60 minutes, soit 3600 secondes. Depuis, je compte tout ce que je vois&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Personne d&rsquo;autre que moi aurait remarqu\u00e9 que <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Personne d\u2019autre que moi n\u2019aurait remarqu\u00e9 que lors du d\u00e9jeuner de ce midi au restaurant et malgr\u00e9 la temp\u00e9rature assez fra\u00eeche qui y r\u00e9gnait, les sali\u00e8res de V\u00e9nus de la jeune patronne apparaissaient fugacement au d\u00e9tour de ses all\u00e9es et venues. Nul ne paraissait s\u2019int\u00e9resser \u00e0 ce d\u00e9tail, pr\u00e9f\u00e9rant le contenu de l\u2019assiette et la conversation insipide de rigueur dans ce type de circonstance. Pourquoi moi&nbsp;? Et pourquoi ces sali\u00e8res, si discr\u00e8tes que seul le hasard ou une intention divine pouvaient diriger mon regard, innocent mais subjugu\u00e9, vers elles&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>#1Tout d\u2019abord, m\u00e9moriser ce titre que je transforme \u00e0 chaque fois en \u00ab&nbsp;J\u2019aurais d\u00fb remarquer que.&nbsp;\u00bb. Etrange&nbsp;! Y r\u00e9fl\u00e9chir longuement \u00e9claircirait, j\u2019en suis s\u00fbr, un pan cach\u00e9 de ma psych\u00e9, mais l\u00e0 n\u2019est pas le propos aujourd\u2019hui. Personne d\u2019autre que moi n\u2019aurait remarqu\u00e9 que dans le flux de lecture &#8212; de litt\u00e9rature &#8212; dans lequel je me baigne chaque jour, des parasites nomm\u00e9s \u00ab&nbsp;charabias&nbsp;\u00bb se glissent, nombreux, et en rendent la compr\u00e9hension difficile. Souvent, j\u2019ai la sensation d\u2019\u00eatre le seul \u00e0 les d\u00e9tecter, quand tant de voisins applaudissent leur beaut\u00e9 et leur pertinence. Je me sens comme cet enfant qui, voyant le roi, s\u2019\u00e9crie \u00ab&nbsp;le roi est nu&nbsp;\u00bb, quand la foule alentours applaudit \u00e0 tout rompre<\/p>\n\n\n\n<p>#2Personne d\u2019autre que moi n\u2019aurait remarqu\u00e9 que ces inhabituels moment de joie int\u00e9rieure, peu perceptibles par des tiers, \u00e9tait dus \u00e0 la sensation d\u2019\u00eatre pleinement dans la r\u00e9daction de quelques phrases, \u00e9crites chaque jour, \u00e0 partir des indications re\u00e7ues la veille par message. Elles ne sont pas grand-chose, mais pas grand-chose, c\u2019est mieux que rien. Cette id\u00e9e que j\u2019existe mieux en extirpant patiemment des petits \u00e9clats de vie \u00e0 ma pauvre cervelle.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><\/h2>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>De l&rsquo;impr\u00e9vu<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/932-edited.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-98348\" width=\"470\" height=\"362\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Apr\u00e8s des semaines d&rsquo;infid\u00e9lit\u00e9, je suis de retour sur les chemins de Saint Lumine. Sensation inhabituelle, donc impr\u00e9vue, d&rsquo;intense satisfaction. Les fortes averses de la nuit pass\u00e9e ont lav\u00e9 les petites routes vers la Berderie d&rsquo;o\u00f9 je rejoins Malsaine. Nous sommes le 9 novembre et l&rsquo;air est presque trop doux. J&rsquo;\u00e9coute d&rsquo;une oreille inattentive les propos de qui marche \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s. Seulement pr\u00e9sent aux marais, aux ch\u00eanes et au vert brillant de l&rsquo;herbe des prairies. Trop \u00e9l\u00e9mentaire pour ne plus entendre la rumeur de la grande ville et le fracas du Monde ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>de l\u2019impr\u00e9vu&nbsp; 2<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;L\u2019horizon de ta journ\u00e9e est d\u00e9gag\u00e9. O\u00f9 l\u2019impr\u00e9vu y aurait-il place&nbsp;? Tu n\u2019envisages pas de l\u2019y inviter d\u2019ailleurs. Car impr\u00e9vu et bonne surprise ne sont pas, \u00e0 coup s\u00fbr, synonymes. \u00c7a peut m\u00eame \u00eatre le contraire. Tu as encore en t\u00eate des journ\u00e9es cens\u00e9es \u00eatre belles et paisibles qui ont vir\u00e9es au cauchemar. Pour conjurer ce risque, tu pr\u00e9f\u00e8res laisser venir. Mais&nbsp;! Il suffit d\u2019un voisin qui d\u00e9m\u00e9nage et\u2026l\u2019impr\u00e9vu s\u2019invite. &nbsp;Pluie battante, obscurit\u00e9, rue \u00e9troite et \u00e0 sens unique toutes places de stationnement occup\u00e9es, gros camion qui se pointe, man\u0153uvre p\u00e9rilleuse et le voil\u00e0 l\u2019impr\u00e9vu. Casquette sur la t\u00eate, chaussures vite lac\u00e9es, tu vas t\u2019enqu\u00e9rir de la situation. Ta sortie de cour va \u00eatre obstru\u00e9e toute la journ\u00e9e. Contrari\u00e9t\u00e9. &nbsp;Il faut sortir les voitures, trouver une place en catastrophe. Dans la pr\u00e9cipitation et l\u2019\u00e9nervement qui va avec, gaffe aux man\u0153uvres p\u00e9rilleuses. De transformer un impr\u00e9vu mineur en un incident majeur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Si loin si loin<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/telechargement.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-98351\" width=\"481\" height=\"319\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Un moulin \u00e0 roue pendante, d\u00e9volu d\u00e9sormais \u00e0 l&rsquo;accueil de s\u00e9minaires professionnels et de manifestations culturelles,&nbsp;construit au XV\u00e8me, dans&nbsp;une boucle du fleuve. On ne saurait en approcher sans \u00e9prouver un choc esth\u00e9tique et \u00e9motionnel. S&rsquo;il a exist\u00e9 un Paradis avant la cr\u00e9ation du monde, il \u00e9tait l\u00e0. L&rsquo;\u00e9cho du fleuve, l&rsquo;harmonie des masses v\u00e9g\u00e9tales, les teintes mordor\u00e9es des pierres du b\u00e2timent, tout concourt \u00e0 susciter la sensation qu&rsquo;on devrait, sans d\u00e9lai, s&rsquo;y installer et n&rsquo;en plus bouger. On y entre, le c\u0153ur et l&rsquo;esprit s&rsquo;apaisent. On ne voudrait pas \u00e9lever la voix, \u00e9mettre un son discordant. Il y aura, \u00e0 suivre, des discussions paisibles, des d\u00e9jeuners et diners assortis au lieu, une d\u00e9gustation de vins issus de la biodynamie, une exposition d&rsquo;oeuvres d&rsquo;art et une petite sculpture qui manque aujourd&rsquo;hui encore.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il aurait fallu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette sculpture, une petite statuette, je l\u2019ai longuement regard\u00e9e, je l\u2019ai prise en mains pour en v\u00e9rifier le prix.&nbsp;&nbsp;J\u2019ai tourn\u00e9 autour, tent\u00e9 de l\u2019acqu\u00e9rir en d\u00e9pit du prix \u00e9lev\u00e9. Elle contenait toutes les \u00e9motions intenses et confuses \u00e9prouv\u00e9es depuis mon arriv\u00e9e au Moulin dont le d\u00e9sir tr\u00e8s vif de beaut\u00e9 et de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 quotidiennes. Peu m\u2019importait alors la qualit\u00e9 et la densit\u00e9 des r\u00e9unions auxquelles je participais, la finesse des plats servis lors des repas ou l\u2019amabilit\u00e9 des personnes pr\u00e9sentes. A si faible distance des terres de Flaubert, je me sentais habit\u00e9 par ce qu\u2019il repr\u00e9sentait pour moi. Il aurait fallu repartir avec la statuette et me mettre \u00e0 l\u2019\u00e9coute de mes intuitions. Ma vie en aurait elle \u00e9t\u00e9 chang\u00e9e&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Phrase de r\u00e9veil<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis couch\u00e9 de bonne heure, croyant que c\u2019\u00e9tait une condition pour que \u00ab&nbsp;la phrase&nbsp;\u00bb se pr\u00e9sente \u00e0 moi avant l\u2019aube, fra\u00eeche et pimpante, par\u00e9e de ses plus jolis mots. Je me suis r\u00e9veill\u00e9 deux fois au cours de la nuit, doublant ainsi les chances de la tenir avant le lever. J\u2019ai r\u00eav\u00e9. De ces r\u00eaves tristement habituels et indignes de \u00ab&nbsp;la phrase&nbsp;\u00bb. J\u2019ai cru tenir ma chance au petit matin quand, encore entre deux eaux, il m\u2019a sembl\u00e9 voir une petite lueur pr\u00e8s de la table de nuit. \u00ab C\u2019est la phrase, \u00e0 coup s\u00fbr elle s\u2019annonce, lumineuse comme une \u00e9vidence&nbsp;\u00bb. Las, il s\u2019agissait de l\u2019\u00e9cran du smartphone imprudemment laiss\u00e9 en veille avant le coucher. Certain que \u00ab&nbsp;la phrase&nbsp;\u00bb ne viendrait plus, je me suis lev\u00e9, d\u00e9pit\u00e9, boire mon caf\u00e9 et manger mes tartines. \u00ab Tant pis, me suis-je dit, tu te consoleras en lisant la prochaine compile ce soir&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ciel du lundi<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/1000000313-nuages.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-99862\" width=\"205\" height=\"455\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/1000000313-nuages.jpg 257w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/1000000313-nuages-189x420.jpg 189w\" sizes=\"auto, (max-width: 205px) 100vw, 205px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019encadrement de la fen\u00eatre de la chambre, le premier ciel de la semaine. Une ouverture apr\u00e8s l\u2019enfermement de la nuit, volets clos et la rupture avec le dehors. Comme un saut inattendu dans une toile de Magritte. L\u2019insoutenable pesanteur du corps quand le regard capte une telle image. La pluie ensuite et l\u2019effacement des nuages sur l\u2019ardoise c\u00e9leste. Commence alors l\u2019attente de tableaux renouvel\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chaque visage, un trait<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>|Une t\u00eate de caissi\u00e8re du supermarch\u00e9, aux lunettes cercl\u00e9es d\u2019\u00e9caille noire dont le sourire damnera le premier saint qui se pr\u00e9sente, d\u2019hydre des passagers du tramway compress\u00e9s dans la rame, pench\u00e9e d\u2019instagramer compulsif dont seul le menton se voit sous une tignasse brune, balafr\u00e9e d\u2019assassin des nuits de pleine lune, \u00e9namour\u00e9e de celle qui n\u2019a d\u2019yeux que pour Lui|<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les noms c&rsquo;est du propre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Owen Glendower Sean Connery Marine Coutelle Romuald Barr\u00e9 Emilie Cancre Dominique Fran\u00e7ois Jacques Albert Hugues de Varine Daniel P\u00e9chon Hugues Pagan Yves Gicquiau Gilles Couton Michel Cr\u00e9tin Brigitte Dejongh Jean Michel Dennebouy Michel Fran\u00e7ois Philippe Fuchs Marie-Th\u00e9r\u00e8se Gourdon Fr\u00e9d\u00e9ric Guillaume Didier Graniou Camille Durand Philippe Mah\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ne pas s&rsquo;attarder sur..<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ne pas s\u2019attarder sur le contenu des articles qui apparaissent sur l\u2019\u00e9cran du smartphone lorsque je scrolle. Il fait encore nuit et il y a mieux \u00e0 faire. Ne pas s\u2019arr\u00eater au contenu d\u2019un message particuli\u00e8rement contrariant La contrari\u00e9t\u00e9 passera. Ne pas s\u2019arr\u00eater \u00e0 la voiture mal stationn\u00e9e qui emp\u00eache la mienne de sortir dans de bonnes conditions. Je suis press\u00e9. Ne pas s\u2019arr\u00eater au bruit fracassant du m\u00e9tal qui r\u00e2pe le mur. L\u2019addition du garagiste sera sal\u00e9e. Ne pas s\u2019attarder sur les embarras de la circulation. De toutes fa\u00e7ons, je suis bloqu\u00e9. Ne pas s\u2019attarder, mais acc\u00e9l\u00e9rer quand m\u00eame lorsque la voie est libre. Je suis vraiment en retard maintenant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pendant que\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que je demande une baguette tradition \u00e0 la boulangerie, une petite voix me souffle que les traditions fichent le camp. Pendant que je verse des croquettes dans l\u2019assiette du chat, je m\u2019imagine qu\u2019il me voit avec un n\u0153ud papillon noir et une veste blanche. Pendant que je parcours le quotidien r\u00e9gional, je sens que je voudrais vivre dans une r\u00e9gion sans histoires. Pendant que je me brosse les dents, je vois le visage hideux de la mort dans le miroir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>C&rsquo;est dimanche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un souvenir pr\u00e9cis&nbsp;? Aucun. De ces souvenirs qui nimberaient ton enfance d\u2019un halo de pr\u00e9destination, pas un. Pas d\u2019argent, pas de livres, c\u2019est tout simple. Alors, \u00e7a sera l\u2019\u00e9cole. Tu aimeras ton premier livre de lecture, tu n\u2019es pas trop b\u00eate et tu apprends facilement. Une sorte de petit miracle. Puis, ce seront les premi\u00e8res r\u00e9dactions, les premi\u00e8res bonnes notes, l\u2019envie d\u2019apprendre, les premiers volumes de la biblioth\u00e8que rose. Un chemin plut\u00f4t banal. C\u00f4t\u00e9 pile, la mis\u00e8re de la vie quotidienne, le manque de tout, la honte et c\u00f4t\u00e9 face l\u2019enchantement des histoires que tu lisais dans les livres. Pas de quoi se raconter des histoires et penser que tu as \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 par la gr\u00e2ce de la litt\u00e9rature. \u00c7a viendra pourtant avec Montaigne, Balzac et tant d\u2019autres en classe de seconde o\u00f9 tu te retrouveras avec les fils de \u2026Tu leur dameras le pion sans m\u00eame le vouloir et sans en tirer de gloire. Et tu vivras longtemps ainsi, dans l\u2019ombre des auteurs et dans le d\u00e9sespoir de n\u2019avoir su \u00e9crire que des notes et des rapports, brillants n\u00e9anmoins.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La grisaille, les dessous<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La grisaille du lundi matin est bien l\u00e0, accompagn\u00e9e de pluie froide et drue et de vent d\u2019ouest. Je reprends mon modeste travail d\u2019\u00e9criture quotidien, pour y chercher un lumignon. Une sous-couche \u00e9paisse et quelques \u00e9tais sont n\u00e9cessaires avant que viennent des mots et s\u2019\u00e9bauchent des phrases. Sous-couche informe faite de r\u00e9veils nocturnes et de r\u00eaveries, faite surtout du d\u00e9sir de r\u00e9ussir un peu mieux que la veille. En toute immodestie, je vais chercher mes appuis et mes couleurs, dans une reproduction d\u2019un tableau de James Tissot ou dans une page de la Recherche. Apr\u00e8s \u00ab&nbsp;l\u2019effet couvercle&nbsp;\u00bb, enfin \u00ab&nbsp;l\u2019effet corolle&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Arr\u00eater le monde<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"257\" height=\"571\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/bourg-immobile.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-103513\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/bourg-immobile.jpg 257w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/bourg-immobile-189x420.jpg 189w\" sizes=\"auto, (max-width: 257px) 100vw, 257px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>16 ao\u00fbt 1912, 22 novembre 2022&nbsp;\u00ab&nbsp;Rien, ni au bureau, ni \u00e0 la maison&nbsp;\u00bb. FK, AB. O\u00f9 aller glaner l&rsquo;inspiration ? L\u00e0, o\u00f9 tu sais que le monde s&rsquo;arr\u00eate chaque jour jusqu&rsquo;\u00e0 15h. Tes pas te conduisent&nbsp; vers le bourg immobile. Tu t\u2019assois sur une margelle le temps d\u2019un clich\u00e9. Souvent, tu recherches la stabilit\u00e9 dans le mouvement urbain et plus rarement la mobilit\u00e9 dans un cadre statique. Par chance, tu aper\u00e7ois, fugace, une silhouette dont les pas la conduisent hors de ta vue.&nbsp;&nbsp;Comme un souffle qui agite trois secondes, pas plus, la l\u00e9thargie ambiante. Le bourg retrouve son immobilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>En une seconde<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>Une requ\u00eate sur le Net m\u2019apprend qu\u2019en une seconde 43000 vid\u00e9os sont vues sur YouTube et 4100 statuts sont partag\u00e9s sur Facebook tandis que Bill Gates empoche 285 dollars. Fascinant&nbsp;! J\u2019\u00e9tais certain de ne rien avoir le temps de faire en si peu de temps, m\u00eame pas celui d\u2019\u00e9crire un mot, tant je suis lent et maladroit. Il n\u2019en est rien. Par la vitre du tramway, en une seconde \u00e0 peine, j\u2019aper\u00e7ois une personne perdue de vue depuis des ann\u00e9es je sens mon c\u0153ur acc\u00e9l\u00e9rer ses battements. C\u2019est fugace et saisissant et les effets se font sentir un long moment, comme ces sons qui n\u2019en finissent pas de se dissoudre dans l\u2019air. Le tramway a continu\u00e9 son chemin. Et je suis&nbsp; l\u00e0, sujet de sensations \u00e9tranges et douloureuses.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cut up moi \u00e7a<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Vous \u00eates l\u00e0&nbsp;? Je vous croyais en Alg\u00e9rie ben non, ce n\u2019est pas tout de suite, peut-\u00eatre en fin d\u2019ann\u00e9e. Bon, je passe chez le boucher et je reviens. C\u2019est le march\u00e9 le plus bruyant du coin, on s\u2019entend plus. Bah&nbsp;! Nous on s\u2019habitue. Il est beau le saumon fum\u00e9. Mettez m\u2019en une tranche. Quatre cr\u00eapes comme d\u2019habitude&nbsp;? Pour le pot-au-feu, un bon morceau de basse-c\u00f4te \u00e0 braiser, c\u2019est mieux que le paleron. J\u2019vous mets un os \u00e0 mo\u00eblle&nbsp;? Les l\u00e9gumes, c\u2019est moins cher que la viande, m\u00eame vendue par le producteur. La cl\u00f4ture, il faut la refaire. Vous m\u2019faites un devis. Oui, mais \u00e7a sera pas avant 2024, on est plein toute l\u2019ann\u00e9e prochaine. On dirait qu\u2019il va pleuvoir, le ciel est charg\u00e9. Y z\u2019annoncent un peu, hein&nbsp;! &nbsp;Z\u2019\u00eates la caissi\u00e8re \u00e0 quatre bras, passer un client pendant qu\u2019une autre retourne peser ses fruits et garder son panier sur les genoux. Ben&nbsp;! Merci, vous \u00eates gentil.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Instructions pour que continue le carnet Des r\u00e8gles et des contraintes, tu peux esp\u00e9rer de la satisfaction, car tu produiras quelques lignes en les observant. Tu ne seras pas \u00ab&nbsp;fier&nbsp;\u00bb de cette production mais tu ressentiras du soulagement. Tu auras fait ce que tu devais. La fiert\u00e9 \u00e9prouv\u00e9e, \u00e9colier, coll\u00e9gien, lyc\u00e9en quand tes r\u00e9dactions et dissertations obtenaient la meilleure note <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/97805-2\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Carnet individuel &#8211; Alain Bastard<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":113,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3942,1],"tags":[],"class_list":["post-97805","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-carnets_individuels","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/97805","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/113"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=97805"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/97805\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=97805"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=97805"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=97805"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}