{"id":97897,"date":"2022-12-13T08:38:31","date_gmt":"2022-12-13T07:38:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=97897"},"modified":"2023-05-22T22:18:00","modified_gmt":"2023-05-22T20:18:00","slug":"carnets-individuels-ld","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-individuels-ld\/","title":{"rendered":"carnets individuels | LD"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Jour 1 &#8211; pas pu choisir<br><\/strong>le vent a transport\u00e9 ce balcon sur celui du voisin | il plisse les yeux devant la file d\u2019attente | seul un conseiller gaz peut r\u00e9cup\u00e9rer la bonbonne | le serveur appr\u00e9cie qu\u2019on l\u2019appelle jeune homme | un corps osseux | ils connaissent la recette de la meilleure bouillabaisse | les yeux bleus du coach regardent le ciel et tombent | elles sont russes | l\u2019enfant ne porte d\u2019inter\u00eat qu\u2019au football | rue Juramy quel nom \u00e9trange | Monsieur Rivi\u00e8re a une carte de fid\u00e9lit\u00e9<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1001\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_1753BON-1001x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-97902\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_1753BON-1001x1024.jpg 1001w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_1753BON-411x420.jpg 411w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_1753BON-768x786.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_1753BON-1502x1536.jpg 1502w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_1753BON-2002x2048.jpg 2002w\" sizes=\"auto, (max-width: 1001px) 100vw, 1001px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Lisa Diez, Marseille, 2021<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Jour 2 &#8211; nappe<\/strong>, <strong>au loin<\/strong><br>Dans le premier carnet, une note \u00ab&nbsp;Ce matin j\u2019ai jou\u00e9 \u00e0 la balle avec mamie, apr\u00e8s j\u2019ai regard\u00e9 les grenouilles cach\u00e9es sous le lavoir&nbsp;\u00bb. Ce contentement-l\u00e0, cette satisfaction limpide valaient la peine d\u2019\u00eatre consign\u00e9s. La vie n\u2019\u00e9tait que \u00e7a, pleine de seulement \u00e7a; le carrelage frais, l\u2019odeur de cire et de p\u00e2tisserie, le silence de sieste, la clart\u00e9 de l\u2019air. Le vent marin chatouille les feuilles du figuier. Ce grand calme, cet \u00e9norme calme. LD<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"615\" height=\"397\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_9558leg.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-98516\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_9558leg.jpg 615w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_9558leg-420x271.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 615px) 100vw, 615px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Lisa Diez, Canet-Plage, 2012<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Jour 3 &#8211; l&rsquo;oeil du lapin<br><\/strong>Autour de la poubelle, diss\u00e9min\u00e9s \u00e0 la diable, un matelas, un perroquet en plastique, des bouts d&rsquo;objets sales &#8211; lambeaux d\u00e9sol\u00e9s d\u2019une chambre d\u2019enfant. Juch\u00e9 sur le trottoir, \u00e0 peine \u00e0 l\u2019\u00e9cart, un lapin rose regarde la sc\u00e8ne. Du point de vue de son unique oeil, elle fonctionne : une explosion a tout balanc\u00e9 l\u00e0, quelqu\u2019un va surgir du d\u00e9sastre, quelque chose va na\u00eetre, il attend. Alors on l\u2019enjambe en silence et par respect, on ne prend pas de photo.&nbsp;LD<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_1953-768x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-98956\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_1953-768x1024.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_1953-315x420.jpeg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_1953-1152x1536.jpeg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_1953-1536x2048.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_1953-scaled.jpeg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Lisa Diez, Marseille, 2021<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Jour 4 <\/strong>&#8211; <strong><em>Hair<\/em> &#8211; Kafka &#8211; aspirateur<\/strong><br>&#8211; where do i go &#8211; possible pour un mammif\u00e8re de capter la radio ? &#8211; follow my heartbeat &#8211; No\u00ebl bient\u00f4t &#8211; le mot dimanche &#8211; Kafka n\u2019avait pas \u00e0 passer l\u2019aspirateur &#8211; pellicules de phrases cri\u00e9es chuchot\u00e9es les unes sur les autres d\u00e9bit rapide sans oublier la foutue chanson tout autour &#8211; quel genre de cadeau Fran\u00e7ois Bon ach\u00e8te \u00e0 No\u00ebl ? &#8211; Kafka avait de l\u2019espace libre &#8211; si je ne passe pas l\u2019aspirateur aujourd\u2019hui &#8211; why I live and die &#8211; d\u00e9gage &#8211; est-ce que Kafka perdait ses cheveux ? &#8211; le mot vrac &#8211;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jour 5 &#8211; rinc\u00e9<br><\/strong>\u00c9crire lever la t\u00eate vers lui puis \u00e9crire il est l\u00e0 quand je cherche comment dire il me regarde toujours entre les mots et maintenant impossible de le ramener dans la phrase. Rinc\u00e9 de ses m\u00e9taphores grises bleues roses le malheureux s&rsquo;est \u00e9chapp\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jour 6 &#8211; traces<br><\/strong>Les mots des autres laissent une trace dans l\u2019espace, pellicule ouat\u00e9e, boule a\u00e9rienne, p\u00e9tillement discret, d\u00e9p\u00f4t terreux, charnu, strident. Les voir, vraiment les voir, les cueillir et jouer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jour 7 &#8211; yeux<\/strong><br>l\u2019\u0153il disparait sous le blanc le regard s\u2019\u00e9paissit sous la p\u00e2te tu te reposes il est l\u00e0 | je ne sais pas nommer la couleur parce qu\u2019il y en a plusieurs elles luisent furieuses sous les paupi\u00e8res roses | coins qui persistent \u00e0 rire<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jour 8 &#8211; flux <\/strong><br>Camille Flammarion Paul Valery Paul Verlaine Paul Ceylan Pablo Picasso Luis Emilio Recabarren Violeta Parra Pina Bauch Hukleberry Finn Pierre Beregovoy Ernesto Guevara Mao Tse Tung Josef Staline Hannah Arendt Claudia Shiffer Annie Ernaux Denise Daumas Marc Aug\u00e9 Natividad Gracia Alex Fenton Jimmy Hendricks Barbara Hendricks Johnny Cash Samantha Bauer Johnny Depp Hernann Duke Clive Owen Nancy Kennedy Mohamed Ali Ann Hataway Jessica Fletcher Perry Mason Liberty Valance Youssef Chahin Marcel Proust Tipi Hendren Alfred Hitchcock Friedrich Nietzsche Marisa Paredes Mickael Jackson Lisandro Mesa Antonio Banderas Demi Moore James Bond H\u00e9l\u00e8ne Boucher Charles Chaplin Charles Hingals James Dean Amalia Rodriguez William Shakespeare Tino Rossi Louis Lumi\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jour 9 &#8211; pas s\u2019attarder<\/strong><br>pas s\u2019attarder sur la douleur la lourdeur le souvenir manquant d\u2019un temps sans douleur le corps qui gratte le corps qui pique le corps qui tire le corps qui tombe la peau qui l\u00e2che la peau qui s\u00e8che la peau qui p\u00e8le la peau qui fuit le cheveu qui abandonne le cheveu qui oublie sa couleur les yeux qui p\u00e8sent les yeux qui s\u2019\u00e9teignent<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jour 10 &#8211; pendant que<\/strong><br>Pendant que je fume je me demande si j\u2019arr\u00eaterai un jour de fumer | Pendant que j\u2019\u00e9cris j\u2019\u00e9vite d\u2019aimer le bruit des touches | Pendant que j\u2019arrose mes plantes je me promets de les arroser plus souvent | Pendant que je composte mon billet de train je remarque que tout le monde a un t\u00e9l\u00e9phone | Pendant que je jette ma poubelle je pense \u00e0 mes affaires au milieu d&rsquo;une d\u00e9charge | Pendant que je sucre mon caf\u00e9 je me demande si je pourrais m&rsquo;habituer au caf\u00e9 sans sucre | Pendant que je mange un met savoureux je regrette de ne pas en avoir davantage dans mon assiette | Pendant que je dessine je vois comment d\u2019autres le feraient, mieux | Pendant que je regarde un visage je l\u2019imagine enfant ou nourrisson | Pendant qu&rsquo;une mauvaise haleine me parle je fais semblant de bailler | Pendant que je r\u00e9dige des listes de choses \u00e0 faire je ne fais rien | Pendant que je regarde la mer j&rsquo;imagine le rivage en face | Pendant que je fais le m\u00e9nage je me f\u00e9licite de faire le m\u00e9nage | Pendant que je me ronge un ongle je vois les yeux r\u00e9vuls\u00e9s des requins quand ils attaquent une proie | Pendant que j\u2019allume une bougie la mort me saute aux yeux<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jour 11 &#8211; retour amont<\/strong><br>Je n\u2019aimais pas lire, peut-\u00eatre parce que ma m\u00e8re lisait. D\u00e8s qu\u2019elle pouvait, elle m\u2019abandonnait pour lire. Alors j\u2019\u00e9crivais. Des fictions. \u00c0 l\u2019\u00e2ge des meilleures copines, l\u2019une d\u2019elles me colle Simone de Beauvoir entre les mains. Je me vois entrain de la lire au bord d\u2019une piscine de vacances. Le d\u00e9sir de lire surgit, celui d\u2019\u00e9crire est ailleurs. \u00c0 l\u2019\u00e2ge du bac, je rencontre Hermann Hesse. Un Allemand, ma m\u00e8re ne l\u2019aurait jamais lu. Le loup des Steppes me voit, me reconnait, me prend, je le recopie, le copie, l\u2019incorpore, le dig\u00e8re, l\u2019\u00e9ructe, le recrache, je veux fondre avec lui, mourir et renaitre avec lui, \u00e9crire.<br>(pourquoi? peut-\u00eatre que pour la premi\u00e8re fois, j&rsquo;\u00e9tais lue par un texte, autant que je le lisais).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"954\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_2842-954x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-102684\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_2842-954x1024.jpeg 954w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_2842-391x420.jpeg 391w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_2842-768x825.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_2842-1431x1536.jpeg 1431w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_2842-1907x2048.jpeg 1907w\" sizes=\"auto, (max-width: 954px) 100vw, 954px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Lisa Diez, Marseille, 2022<br>(j&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 le conserver)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Jour 12 &#8211; emboitements<\/strong><br>Si les dessous donnent aux dessus la vie, \u00e0 l\u2019ombre la lumi\u00e8re, ils ne sont ni tout \u00e0 fait le fond, ni tout \u00e0 fait la base ou le dessous. Les dessous dit-il sont grisaille charpent\u00e9e, douce \u00ab &#8230;il faut commencer neutre. Apr\u00e8s il pouvait s&rsquo;en donner \u00e0 coeur joie voyez-vous?\u00bb Et par ici ? R\u00eaves, mots d\u00e9rob\u00e9s au quotidien, ciels, images crois\u00e9es, infinie documentation \u2014 ce que les sc\u00e9naristes appellent ar\u00e8ne et qui fera dire en surface que le d\u00e9sir premier c\u2019\u00e9tait l\u2019histoire, alors qu\u2019aux dessous commen\u00e7ait peut-\u00eatre, d\u00e9j\u00e0, seulement, l\u2019emboitement continu. (Et maintenant, nommer ce qui s&#8217;emboite).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jour 13<\/strong> &#8211; Assis par terre devant la fa\u00e7ade d\u2019Utile il a allum\u00e9 le poste de radio pos\u00e9 sur une boite molle en carton fa\u00e7on table basse. Devant lui une assiette, un cendrier. Il p\u00e8le une pomme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jour 14<\/strong> &#8211; Je dicte il me regarde et dans sa forme je per\u00e7ois la forme qui pousse comment elle pousse comment pousse la certitude que le monde se donnera \u00e0 lui pourvu que dans sa main la machette tranche tout ce que la peur et la pression font d\u00e9j\u00e0 de lui tout ce qu\u2019il sait d\u00e9j\u00e0 oui il sait ce que le milieu donne et ne donne pas tandis qu\u2019il impose au e un chapeau circonflexe il sait tout<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jour 15<\/strong> &#8211; S\u2019il te pla\u00eet merci il faut je dois tu dois c\u2019est fait ce sera fait dis au revoir dis merci \u00e7a va je suis fatigu\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jour 16<\/strong> &#8211; pantalon recousu bleu brille un peu chemise et gros pull p\u00e9tants chaussettes en laine manteau en pilou couvertures d\u2019hiver<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jours 17, 18<\/strong> &#8211;  je suis en retard. D\u2019autres \u00e9critures me tiennent enti\u00e8re. Les consignes me nourrissent, guident mes yeux. Je suis l\u2019atelier de dedans.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jour 19<\/strong> &#8211; si tu fais \u00e7a je vais faire \u00e7a | donne moi \u00e7a sinon | apr\u00e8s je te promets que | arr\u00eate de | bon d\u2019accord mais seulement si | oui une minute et apr\u00e8s j\u2019y vais | si tu existes pour toi tu n\u2019existes pas (pour moi).&nbsp;<br>Transactions radicales et permanentes, pouvoir d\u00e9ment de l\u2019enfant \u00e0 cogner l\u00e0 o\u00f9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jour 20<\/strong> &#8211; ses pieds tournent en petits ronds devant la boulangerie elle montre \u00e0 chaque visiteur une boite pos\u00e9e par terre, celui l\u00e0 regarde la boite et d\u00e9tourne aussit\u00f4t le regard sa d\u00e9marche s\u2019est raidie le bassin tient sa route droit devant il passe la porte en verre pendant que sa bouche minuscule dit des mots minuscules elle est habitu\u00e9e \u00e0 ce raidissement et vite en courant une qui sort et lui donne une baguette elle en a achet\u00e9 deux \u00e0 peine un sourire vite la mettre dans le sac&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jour 21<\/strong> &#8211; Regarder ma main impuissante face au mistral qui lui arrache le re\u00e7u de carte bleue maintenant f\u00e9brile autour de la statue sans nom Place Leverrier, rapide, dansant, brusque, d\u00e9j\u00e0 disparu.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jour 22<\/strong> &#8211; \u00e9tudiante en art et obs\u00e9d\u00e9e par Michaux j\u2019avais pos\u00e9 son recueil \u00ab&nbsp;Ailleurs&nbsp;\u00bb dans une agence touristique, sur la table basse \u00e0 cot\u00e9 des prospectus. Et puis ce n\u2019est pas tout \u00e0 fait pareil mais \u00e7a me revient, au lyc\u00e9e, lorsque je prenais le m\u00e9tro avec J. nous inventions des livres merveilleux dont nous faisions l\u2019\u00e9loge tonitruante et emphatique, dans l\u2019espoir que les passagers tout autour cherchent \u00e0 se les procurer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jours 23, 24<\/strong> &#8211; \u00c7a reste dedans<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jour 25<\/strong> &#8211; va loin en se d\u00e9pliant \u2014 psoas \u2014 sacrum \u2014 dehors \u2014 dedans \u2014 il pleut<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jour 26 <\/strong>&#8211; <strong>choses nettes, choses floues<\/strong><br>| dans le noir | les draps parlent encore | des r\u00eaves | du poids de la couette | de la chaleur de la peau | du temps savourant l\u2019espace | identifier les sensations | une deux trois | comme poussi\u00e8res au soleil | les yeux ouvrent le corps | saluent la main | lumi\u00e8re |&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jour 27<\/strong> &#8211; <strong>elle dit<\/strong><br>| mets donc tes yeux dans ton sacrum | je le fais | et soudain nous sommes deux | celle qui bouge et celle qui est boug\u00e9e | &nbsp; |&nbsp; trois&nbsp; |&nbsp; dont l\u2019une a ouvert son \u00e9pine dorsale | une autre se dit |&nbsp; derri\u00e8re, devant, avancer sont des mots vides | le dos est aussi devant | la poitrine est aussi derri\u00e8re&nbsp; | les doubles et les triples s\u2019agitent en rouages<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jour 28 &#8211; \u00ab\u00a0la masse organique pr\u00eate \u00e0 lever\u00a0\u00bb<\/strong><br>\u00e7a fait des mois qu\u2019elle ne me quitte pas non ce n\u2019est pas une pens\u00e9e ce serait trop doux c\u2019est une chose aigre qui s\u2019accroche et s\u2019agite comme une mauvaise vague c\u2019est une chose qui l\u00e8che les organes digestifs qui \u00e9lance qui emp\u00eache qui r\u00e2le qui rep\u00e8re notre condition de mammif\u00e8re qui masqu\u00e9e saurait en dire quelque chose&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jours 29, 30, 31<\/strong>&#8211; en dedans. Le petit et le gros.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jour 32<\/strong> &#8211; dans l\u2019\u00e9locution de chaque citadin blanc de Mexico \u2014 ceux qu\u2019ils appellent chilangos \u2014 entendre la d\u00e9sinvolture, la complaisance, la certitude que rien ne lui \u00f4tera sa pleine puissance. Et l\u00e0 dedans, au coeur de cette musique arrogante, l\u2019exact contraire; une tendresse incompr\u00e9hensible<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jour 33<\/strong>&nbsp;&#8211; \u00e9crire : le vide se fait devant pour que le temps s\u2019oublie dans un grand silence des appareils et des \u00e9ch\u00e9ances | jouer : le vide se fait dedans \u00e0 travers la vigilance des volumes et des sens d\u2019un corps abandonn\u00e9 aux courants | peindre broder dessiner: s\u2019y mettre comme au soleil et le vide se fait&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jour 34<\/strong> &#8211; amorces ou lambeaux d\u2019amorces | difficiles \u00e0 pister | le chat circonspect d\u00e9couvre la neige au ralenti | comment \u00e7a serait un meurtre dans cette communaut\u00e9 ? un meurtre en yourte \u00e7a sonne bien | une vieille dame joue encore \u00e0 la marchande | elle meurt dans la neige | pourquoi si souvent un meurtre? | liste des fant\u00f4mes qui ont dormi avec moi cette nuit dans le mas<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jour 1 &#8211; pas pu choisirle vent a transport\u00e9 ce balcon sur celui du voisin | il plisse les yeux devant la file d\u2019attente | seul un conseiller gaz peut r\u00e9cup\u00e9rer la bonbonne | le serveur appr\u00e9cie qu\u2019on l\u2019appelle jeune homme | un corps osseux | ils connaissent la recette de la meilleure bouillabaisse | les yeux bleus du coach <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-individuels-ld\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">carnets individuels | LD<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":350,"featured_media":98956,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3942,3897],"tags":[],"class_list":["post-97897","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-carnets_individuels","category-le_grand_carnet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/97897","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/350"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=97897"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/97897\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/98956"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=97897"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=97897"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=97897"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}