{"id":97945,"date":"2022-12-20T16:12:51","date_gmt":"2022-12-20T15:12:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=97945"},"modified":"2023-03-12T20:26:04","modified_gmt":"2023-03-12T19:26:04","slug":"carnets-individuels-christine-eschenbrenner","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-individuels-christine-eschenbrenner\/","title":{"rendered":"#Carnets individuels | Christine Eschenbrenner"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"480\" height=\"640\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/la-de-la-harpe.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-97950\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/la-de-la-harpe.jpg 480w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/la-de-la-harpe-315x420.jpg 315w\" sizes=\"auto, (max-width: 480px) 100vw, 480px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>#40. Note de la poursuite. Le 20 d\u00e9cembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Relativiser<\/em>&nbsp;: importance des gouttes d\u2019eau dans la mer ou des notes dans l\u2019immense partition.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Resserrer<\/em>&nbsp;: contre le gaspillage des mots dans le r\u00e9servoir que guette l\u2019\u00e9puisement plan\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<p><em>R\u00e9sister&nbsp;: <\/em>verbe de l\u2019action qui mobilise chacun.e au quotidien.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Se d\u00e9faire de&nbsp;: <\/em>le verbe pronominal vient d\u2019abord \u00e0 l\u2019esprit. Non pas se d\u00e9faire du carnet, qui existait avant les 40 notes mais le poursuivre autrement, sans qu\u2019il mobilise tout l\u2019espace ou plut\u00f4t en faisant en sorte qu\u2019il ne soit pas invasif dans l\u2019entrelacs des lectures induites. Il y a autre chose&nbsp;: &nbsp;ici, nous sommes rest\u00e9s malgr\u00e9 tout, chacun \u00e0 notre mani\u00e8re, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du d\u00e9fi parfois complexe, parfois presque bizarrement r\u00e9voltant, cette obligation ne d\u00e9pendant que de nous. A pr\u00e9sent&nbsp;: se d\u00e9faire de la confusion&nbsp;: comment expliquer&nbsp;? Par analogie peut-\u00eatre, je tente&nbsp;: en 1988-89, gr\u00e2ce au concours (et concours de circonstances) ai v\u00e9cu \u00e0 l\u2019ENNA Saint-Denis (Ne pas confondre&nbsp;! il s\u2019agissait de l\u2019Ecole normale nationale d\u2019apprentissage) une formation exceptionnelle et d\u00e9couvert alors Combettes, Viala et Schmitt \u2013 la grammaire du texte, une r\u00e9v\u00e9lation. Situation de communication, typologie des textes, codes et genres, marques culturelles focalisations, lecture plurielle et j\u2019en passe. D\u00e9pass\u00e9e ou englob\u00e9e la grammaire de la phrase, Lagarde et Michard aux oubliettes (il aurait sans doute fallu mais trop de souvenirs), enthousiasme, didactique des disciplines&nbsp;: renouvel\u00e9e. Une r\u00e9volution. Apr\u00e8s de tr\u00e8s fortes ann\u00e9es d\u2019enseignement, retour \u00e0 ce que j\u2019\u00e9crivais, sous le boisseau. Et l\u00e0&nbsp;: ai r\u00e9alis\u00e9 que phagocyt\u00e9e par la p\u00e9dagogie, j\u2019avais pris l\u2019habitude de transformer chaque texte en pr\u00e9texte \u2013 tu vois bien l\u00e0 le point de vue omniscient, ou le r\u00f4le de la description dans le contexte&nbsp;? \u2013 et avais perdu l\u2019acc\u00e8s aux textes comme \u00e0 ma propre \u00e9criture. Pas compl\u00e8tement&nbsp;: port\u00e9e par le d\u00e9sir hors grammaire textuelle, ai \u00e9crit-cr\u00e9\u00e9 avec et pour les \u00e9l\u00e8ves 20 pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre (une par an. En cours de reprise \u00e9criture). Malgr\u00e9 l\u2019\u00e9cart\u00e8lement \u00e9puisant (entre didactique et pratique personnelle). Ai fini par couper, non sans mal, le cordon de la didactique<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<em>Marcher seule<\/em>&nbsp;: c\u2019est d\u00e9j\u00e0 le cas depuis longtemps. L\u2019atelier d\u2019\u00e9criture, \u2013 les 40 notes du carnet en l\u2019occurrence \u2013 n\u2019est pas un passage oblig\u00e9 menant le cas \u00e9ch\u00e9ant \u00e0 d\u2019autres publications. C\u2019est un espace diff\u00e9rent, susceptible d\u2019entrer en r\u00e9sonance&nbsp;: il cr\u00e9e sa propre logique, laquelle peut ou non \u00eatre partag\u00e9e. Pour ce qui me concerne, il ne s\u2019agit ni de devenir autonome dans le champ de l\u2019\u00e9criture \u2013 si j\u2019\u00e9cris ici ou ailleurs c\u2019est en conscience donc en autonomie \u2013 ni d\u2019\u00e9puiser les possibles mais d\u2019\u00eatre suffisamment en confiance pour aller jusqu\u2019\u00e0 accepter dans un temps donn\u00e9 des contraintes diff\u00e9rentes de celles qu\u2019on se donne \u00e0 soi-m\u00eame dans les autres facettes du chantier personnel. Accepter aussi les retours et les non-retours apparents. Sans la confiance, je n\u2019aurais pas renouvel\u00e9 cet \u00e9trange pacte qui nous pousse \u00e0 aller jusqu\u2019au terme \u2013 lequel est loin d\u2019en \u00eatre un \u2013, \u00e0 travers des propositions \u00e9manant de la confrontation avec les parcours et choix d\u2019auteurs contemporains. C\u2019est donc qu\u2019il y a bien quelque chose \u00e0 creuser, \u00e0 relier, \u00e0 trouver. Comme pour les 40 autres fois, je ne relirai \u2013 ni ne relierai\u2013 pas tout de suite les notes, les textes. Mais je sais que ce qui est en cours va \u00eatre irrigu\u00e9 par ce qui s\u2019est \u00e9crit ici. &nbsp;Comme pour les 40 fois pr\u00e9c\u00e9dentes, FB s\u2019est vraiment risqu\u00e9 avec nous, en m\u00eame temps que nous et quand on regarde la compile grand carnet, on mesure non seulement son travail mais aussi le respect immense qu\u2019il exprime, notamment par la mise en page, pour chaque arrivage, quel qu\u2019il soit. C\u2019est en soi vertige et le\u00e7on&nbsp;: les deux comme autant de preuves, c\u2019est certain, aideront \u00e0 aller plus loin. Ce sera enfin merci pour les commentaires, pour les silences aussi (ces derniers parmi lesquels les miens). Je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit mais tant de mal avec les allers-retours. Il y a des raisons \u00e0 \u00e7a mais surtout, nous avons fait route ensemble et c\u2019est inestimable. Il est possible que les chemins se recroisent.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Poursuivre<\/em>&nbsp;: verbe fort. Remplac\u00e9 ici par un substantif&nbsp;: <em>poursuite<\/em>. Pas la traque de l\u2019animal bless\u00e9 encore que. Peut-\u00eatre aussi le fait de ne pas en rester l\u00e0, avec l\u2019effort que cela induit et repr\u00e9sente quand recherche il y a. Surtout l\u2019\u00e9clairage poursuite&nbsp;: un projecteur braqu\u00e9 sur un point pr\u00e9cis, concentration du flux puis changement de direction, autre point \u00e9clair\u00e9. Ce qui a \u00e9t\u00e9 mis en lumi\u00e8re est soudain plong\u00e9 dans un noir absolu. Provisoirement ou non. Accepter le passage de la poursuite. \u0152uvre au noir peut-\u00eatre<\/p>\n\n\n\n<p><em>Reconnaitre&nbsp;<\/em>: dans tous les sens.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<em>Musiquer&nbsp;<\/em>: Notes, pulsations, rythmes, harmonie, contrepoint. \u00ab&nbsp;La musique n\u2019est pas du tout une chose mais une activit\u00e9.&nbsp;\u00bb Christopher Small. Ici&nbsp;: notes.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Se pr\u00e9parer&nbsp;<\/em>: le\u00e7on du peintre. Pour la moindre gamme, comme pour les grands travaux, il a mobilis\u00e9 \u00e0 chaque fois tout l\u2019espace possible \u2013 je veux dire&nbsp;: m\u00eame dans l\u2019\u00e9troitesse, dans le dur, dans le grave comme dans l\u2019aigu, dans l\u2019infime, dans l\u2019intime, il s\u2019est pr\u00e9par\u00e9. Table de travail, lieu accueillant l\u2019exercice ou l\u2019immersion. Au risque de la d\u00e9chirure. Avec incroyable patience. Lui qui \u00e9tait tout sauf patient. A son \u00e9cole, \u00eatre, dans le temps imparti, \u00e9l\u00e8ve sur terre.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Apprendre\u2026&nbsp;<\/em> Et le magnifique substantif&nbsp;: apprentissage.<\/p>\n\n\n\n<p>Vifs remerciements \u00e0 FB.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#39. Note du chagrin. Le 18 d\u00e9cembre 22.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Chaque mot p\u00e8se cruellement et dans le sillage entraine les questions insolubles. Je n&rsquo;en rajoute pas et  confie la note du chagrin au flux anonyme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#38. Note en r\u00eave. Le 17 d\u00e9cembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Se pr\u00e9parer \u00e0 franchir la fronti\u00e8re invisible, entrainements&nbsp;? &nbsp;Le r\u00eave \u00e9chappe souvent aux strat\u00e9gies, aux interpr\u00e9tations, aux perches tendues, aux filets. M\u00eame les mailles les plus fines sont grossi\u00e8res, au regard de ce qu\u2019il d\u00e9livre pour des raisons d\u2019abord inconnues. Parfois ses retomb\u00e9es sont bien maigres, trou\u00e9es au r\u00e9veil et les journ\u00e9es qui suivent sont comme appauvries par une sorte d\u2019absence. Pourtant, quand les r\u00eaves importants surgissent, ils ne quittent plus le corps. On en retrouve la pr\u00e9gnance&nbsp;: &nbsp;grand-p\u00e8re de dos dans son &nbsp;&nbsp;fauteuil de cuir, impossible de lui parler. On apprend son d\u00e9c\u00e8s peu apr\u00e8s et une semaine plus tard, pr\u00e9cision de son visage de 1920, \u00e9tonnement car il n\u2019a pas son cache-nez, celui de l\u2019orgue. Il marche \u00e0 grands pas au sortir de Reims. Dit que l\u00e0 o\u00f9 il va, n\u2019en a pas besoin. Ou quand tu es projet\u00e9e au-dessus d\u2019un grand r\u00e9seau entourant la terre, points de lumi\u00e8re aux intersections. D\u00e8s qu\u2019ils traversent, c\u2019est une naissance sur la plan\u00e8te. Ou bien tr\u00e8s lente travers\u00e9e d\u2019un paysage lunaire dans une machine-scie apr\u00e8s avoir vu un tapis rouge sang palpitant et nacr\u00e9 sur lequel impossible de marcher. Le chirurgien te dira que tu as refait en r\u00eave la transposition de la tub\u00e9rosit\u00e9 tibiale. Ou dans la salle de classe&nbsp;: &nbsp;tu es souffrante et soudain tu vois une haute cascade de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la vitre. Tu te retrouves pr\u00e8s d\u2019elle, observant les t\u00eates pench\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur \u2013 l\u00e0 o\u00f9 tu es aussi, dans le m\u00eame temps \u2013 pendant que de la chute d\u2019eau sort le son fil\u00e9 d\u2019une voix, violon humain, analogue au parfum du peuplier pr\u00e8s de l\u2019eau un soir de printemps.&nbsp;Et lui qui passe par la peau du tableau pour te rejoindre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#37. Note retour. Le 16 d\u00e9cembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans les Matinaux La parole en archipel La biblioth\u00e8que est en feu et autres po\u00e8mes. L\u00e0&nbsp;: les compagnons dans le jardin. R\u00e9v\u00e9lation. J\u2019avais dix-sept ans et c\u2019est le musicien professeur de guitare au conservatoire qui m\u2019avait parl\u00e9 de Char, pour moi alors inconnu. Le musicien avait travaill\u00e9 avec H\u00e9l\u00e8ne Martin&nbsp;: elle chantait Char entre autres. Sa voix \u00e0 elle aussi, je l\u2019ai \u00e9cout\u00e9e. Bouleversante. En 1972 \u2013 je devais prendre une d\u00e9cision lourde de cons\u00e9quences\u2013, avec une amie j\u2019ai pris la route d\u2019un \u00e9t\u00e9 radical. En stop. Etapes&nbsp;: &nbsp;Mondoubleau dans la maison des artisans, C\u00e9vennes dans le hameau rachet\u00e9, Pilat chez Mich la c\u00e9ramiste, Vaucluse. Port\u00e9e par une invraisemblable certitude&nbsp;: la rencontre aura lieu. P\u00e9rip\u00e9ties. Mistral fou dans l\u2019Isle-sur-la-Sorgue. Nuit \u00e9toil\u00e9e dans le champ voisin de la maison ferm\u00e9e route de Saumane. Insomnie. Je sors du sac \u00e0 dos les Matinaux (Po\u00e9sie\/Gallimard) avec la frise de cinq fois le visage au milieu de la couverture. J\u2019ouvre au hasard&nbsp;: d\u00e9but de Les compagnons dans le jardin d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Andr\u00e9 du Bouchet et \u00e0 Jacques Dupin. Puis l\u2019\u00e9vidence&nbsp;: en levant la t\u00eate, j\u2019ai vu une br\u00e8che dans le mur du jardin. Et j\u2019ai su. L\u2019amie que je r\u00e9veille en sursaut&nbsp;: nous sommes les compagnons dans le jardin, on entre. Elle m\u2019a dit que j\u2019\u00e9tais folle mais y est all\u00e9e aussi. Nous avons jou\u00e9 dans la nuit du jardin. Elle fl\u00fbte alto, moi guitare. Il est venu voir. La suite, je l\u2019ai \u00e9crite ailleurs, on peut retrouver. Il savait les Transparents, il nous a reconnues. Comme le po\u00e8te avait \u00e9cout\u00e9 la guitare dans le jardin, bien plus tard apr\u00e8s sa disparition, j\u2019ai chant\u00e9 son texte avec ce corps de bois sonore contre le mien. La pi\u00e8ce de la rencontre a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite et donn\u00e9e par les \u00e9l\u00e8ves d\u2019Argenteuil en 2007. En 2021, je suis revenue avec mon dernier dont c\u2019\u00e9tait l\u2019anniversaire sur les traces de son p\u00e8re le peintre, \u00e0 Murs, et sur celles du po\u00e8te, \u00e0 l\u2019Isle-sur- la- Sorgue. C\u2019\u00e9tait d\u00e9but novembre&nbsp;: bruissement des fontaines, vieil or des petits ch\u00eanes, brumes bleut\u00e9es du Luberon. On a sillonn\u00e9 l\u2019espace, devenant compagnons dans le jardin m\u00e9moire&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;L\u2019homme n\u2019est qu\u2019une fleur de l\u2019air \/ tenue par la terre\/ maudite par les astres\/ respir\u00e9e par la mort\/ le souffle et l\u2019ombre \/ de cette coalition\/ certaines fois\/ le sur\u00e9l\u00e8vent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Lhomme-nest-quune-fleur-de-lair-1.m4a\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>#36. Note en cours d\u2019inventaire. Le 15 d\u00e9cembre 22.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Prendre la temp\u00e9rature, en \u00e9cartant les rideaux bleus. Ouvrir la fen\u00eatre m\u00eame si encore nuit. Froid, se ressaisir. Naissance de la journ\u00e9e, au-dehors comme au-dedans. Secouer la poussi\u00e8re des r\u00eaves, s\u2019il en reste, certains ayant \u00e9t\u00e9 not\u00e9s. Radio, offerte par le peintre. Elle fait ann\u00e9es 30, petite, rev\u00eatement bois et depuis longtemps d\u00e9verse \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur les rumeurs h\u00e9t\u00e9roclites du monde&nbsp;: les affronter-\u00e9couter bri\u00e8vement. Caf\u00e9, iPhone, tour d\u2019horizon des rappels textos mails&nbsp;: premier balayage, nettoyage. Fen\u00eatre&nbsp;: coup d\u2019\u0153il vers ceux qui se h\u00e2tent pour ne pas \u00eatre en retard. Exercices musique. Si possible&nbsp;: tourner les pages d\u2019un livre ancien, avec gravures reproduites. Tu le reprendras chaque soir (pages au hasard). Rituel de l\u2019ouvrir-fermer. Garder quelques mots, quelques traits et l\u2019odeur du vieux papier. Passer \u00e0 la suite, selon. La liste. Se d\u00e9barrasser des urgences, des attaques. Prendre le temps de regarder une encre du peintre. S\u2019asseoir bien droite devant l\u2019ordinateur, autre fen\u00eatre mobile, apr\u00e8s les \u00e9tirements de la danse (s\u2019asseoir devant l\u2019ordi fait partie de la danse). En d\u2019autres temps, les ordis ont d\u00e9fil\u00e9&nbsp;: depuis le gros avec ses tours, achet\u00e9 chez un particulier passionn\u00e9 d\u2019informatique en passant par les suivants, encore encombrants, jusqu\u2019au plus l\u00e9ger, portable, rassurant. Pour creuser simplement la complexit\u00e9, d\u00e9couvrir, naviguer via Gallica souvent, reprendre l\u2019\u00e9crit de la veille ou bien plus ancien, voir si \u00e7a tient sans couler, \u00e0 la lumi\u00e8re du jour et de l\u2019\u00e9cran. Ne pas trop d\u00e9river. &nbsp;Puis obligations autres. Bouger. Pratique, l\u2019iPhone pour faire le lien, textos et messages WhatsApp y compris, noter \u00e0 la sauvette, suivre. Il y a longtemps, le premier t\u00e9l\u00e9phone portable&nbsp;: Nokia, r\u00e9put\u00e9 incassable. Un dinosaure. Cru perdu un jour de r\u00e9p\u00e9tition avec les \u00e9l\u00e8ves. Ils avaient tous cherch\u00e9&nbsp;: Ne vous inqui\u00e9tez pas, personne ne vous le volera. Retrouv\u00e9 sous la sc\u00e8ne par l\u2019un des jeunes acteurs. Et le premier iPhone, vol\u00e9 par des professionnels lors d\u2019un bref arr\u00eat TGV \u00e0 Turin, retour de Milan. Disparition brutale des photos du s\u00e9jour Budapest et des notes non sauvegard\u00e9es. Choc, une sorte de panique, douleur, part d\u2019intime arrach\u00e9e. Prise de conscience&nbsp;: cet objet exerce donc un pouvoir redoutable. Il est dans tes nerfs, dans tes veines. Depuis&nbsp;: sauvegarder ce qui compte. Le Cloud. Pr\u00e9sence du virtuel, ta r\u00e9alit\u00e9 comme prot\u00e9g\u00e9e-diffus\u00e9e dans un nuage g\u00e9ant, invisible, fascinant, distill\u00e9 par des milliers de c\u00e2bles, fibres. Quelque chose d\u2019\u00e0 peine pensable, devenant presque naturel quand tu propulses dans l\u2019inconnu d\u00e9multipli\u00e9 toutes sortes d\u2019informations. Ces derniers temps, via l\u2019ordi tous les jours focus sur la litt\u00e9rature ukrainienne, contemporaine. Traduite ou pas encore. Recherches ordi&nbsp;: &nbsp;noms, \u0153uvres, voix, visages. Souvenir d\u2019une discussion ancienne avec Ad\u00e8le Bloch. Elle a traduit entre autres les&nbsp;<em>Contes d\u2019Odessa<\/em> d\u2019Isaac Babel. C\u2019est une autre histoire. On l\u00e2che provisoirement l\u2019\u00e9cran.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>#<\/em> 35. Note avec strates. Le 14 d\u00e9cembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>M\u00e9lange&nbsp;: c\u2019est plut\u00f4t dans la superposition des ann\u00e9es, comme autant de feuilles qui pourraient un jour former un bloc compact sans possibilit\u00e9 de s\u00e9parer les strates. Pour l\u2019instant, on peut feuilleter le tout sans trop d\u2019encombres, \u00e0 l\u2019exception de quelques feuilles coll\u00e9es, certains mots allant jusqu\u2019\u00e0 p\u00e2lir ou ne restant qu\u2019en partie lisibles. Un peu comme lorsqu\u2019on \u00e9crit \u00e0 la vol\u00e9e une note importante sur le moment&nbsp;; elle devient parfois, si l\u2019on n\u2019y revient pas dans l\u2019intervalle, \u00e9nigme ind\u00e9chiffrable. Comme je ne parviens pas \u00e0 me s\u00e9parer de ce qui alors m\u00e9ritait d\u2019\u00eatre retenu, je fais une collection de notes incompr\u00e9hensibles, en me disant qu\u2019un jour peut-\u00eatre, une fois lib\u00e9r\u00e9s de ce qui les plombe, le sens devenu obscur et les raisons du choix referont surface dans le m\u00eame temps. Et si ce n\u2019est pas le cas, la collection telle quelle se transforme en po\u00e8me au fil du relev\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>antidote \u00e0 la d\u00e9tresse empathique anti-maison et temporalit\u00e9 In\u00e8s Safi boomerang Sylvia Whitman un th\u00e9\u00e2tre plus qu\u2019une encyclop\u00e9die Asile&nbsp;! Ultr\u00e9\u00efa un filament de nuage recouvrer \u00e9volution de l\u2019offre orthorexie les Roches bien apr\u00e8s les glanes o\u00f9&nbsp;? (\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#34. Note du bord. Le 13 d\u00e9cembre 22.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un homme au bord de la route. Au bord du vide. &nbsp;Pas n\u2019importe quel homme. &nbsp;Certains de ses gestes&nbsp;: qualifi\u00e9s d\u2019obsc\u00e8nes. Il marche. Lui restent quelques rep\u00e8res chaleureux qu\u2019il d\u00e9truit au fur et \u00e0 mesure. L\u2019aider&nbsp;? Contre son gr\u00e9, premier temps. Mais ensuite&nbsp;? Neige annonc\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Implicitement&nbsp;: dans l\u2019ombre des Cahiers de MLB, au moment o\u00f9 l\u2019auteur rentre \u00e9puis\u00e9 dans son chez-soi provisoire apr\u00e8s son errance dans la ville.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>#33. Note du Vide. Le 12 d\u00e9cembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Surgit le mot Vide, en pensant au livre de Cheng <em>Vide et plein,<\/em> et aussi aux <em>propos sur la peinture du moine Citrouille-Am\u00e8re<\/em>, Shitao, \u2013 les deux impliquant fortes transpositions, au plus pr\u00e8s. C\u2019est dans les coutures du quotidien. Traits. Faire&nbsp;: performatif. Le Vide&nbsp;? Va savoir. On accorde l\u2019instrument, m\u00eame quand il parait sonner juste. On pr\u00e9pare le lieu. &nbsp;Inspiration&nbsp;: lentement le ventre gonfle, l\u2019\u00e9toile se d\u00e9ploie. L\u00e9g\u00e8re apn\u00e9e, on expire sans penser. Les listes de ce qu\u2019il ne faut pas oublier de faire sont provisoirement hors champ. Le corps s\u2019\u00e9tire jusqu\u2019aux extr\u00e9mit\u00e9s, les vert\u00e8bres retrouvant l\u2019axe du tronc&nbsp;: on ferme les yeux et c\u2019est une navigation sans mots, dans les espaces qui se pr\u00e9sentent. \u00c7a peut passer aussi par simplifier, plier ou d\u00e9plier \u2013 selon \u2013se d\u00e9faire sans \u00e9tat d\u2019\u00e2me de ce qui encombre, balayer, arroser les plantes rescap\u00e9es d\u2019une tombe ou de l\u2019atelier. \u00c9plucher, pr\u00e9parer, cuisiner ce qui est l\u00e0, y compris les restes. Se pr\u00e9parer \u00e0 partir. Ouvrir les yeux et le reste.<\/p>\n\n\n\n<p>(Je rajoute ici la note du podcast. Je viens juste d\u2019\u00e9couter.)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Note avec  podcast 31<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Force du flux. Voix rassembl\u00e9es, reli\u00e9es. Visages et paysages de l\u2019urgence criante. Et le montage&nbsp;en lecture&nbsp;: acte artistique, battement du respect dont racine est regard. On \u00e9crit, on \u00e9coute, tu relies, tu relis, tu rejoins, on esp\u00e8re. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#<\/strong> <strong>32. Note de l\u2019eau dormante. Le 11<\/strong> <strong>d\u00e9cembre 22.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un petit \u00e9tang en lisi\u00e8re de for\u00eat, \u0153il ouvert derri\u00e8re le ch\u00e2teau de la chasse. A pr\u00e9sent les carpes hibernent et comme toujours remonteront \u00e0 la surface quand les jours s\u2019adouciront. Il les attendait, une en particulier, bossue. Cercles de la remont\u00e9e et cette bouche ronde avalant du vieux pain avant de se retirer lentement des apparences en cr\u00e9ant le tourbillon qu\u2019il photographiait. Quand le petit \u00e9tang avait provisoirement \u00e9t\u00e9 ass\u00e9ch\u00e9, une fois les carpes transf\u00e9r\u00e9es, il \u00e9tait descendu dans la boue du fond, certain de trouver ce qu\u2019il cherchait. Il \u00e9tait remont\u00e9 avec un morceau de gr\u00e8s dans lequel avait \u00e9t\u00e9 grav\u00e9e une courbe, un reste des murs du treizi\u00e8me si\u00e8cle sans doute. Et aussi avec ce que j\u2019ai pris pour une branche. C\u2019\u00e9tait un f\u00e9mur tout noir, lourd comme pierre, lui rappelant les corps conserv\u00e9s pendant des si\u00e8cles dans les tourbi\u00e8res scandinaves. Il en a fait un porte-pinceaux. On faisait bien des fl\u00fbtes avec les os des morts. L\u2019eau du petit \u00e9tang a \u00e9t\u00e9 replac\u00e9e dans son orbite. Aucun remous. Trop froid pour aller lire \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#31. Note de l\u2019assez.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le 10 d\u00e9cembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Assez les mis\u00e8res fl\u00e9aux et plaies que rouvrent les fascinations \u00e9gocentr\u00e9es &nbsp;assez la litanie des commentaires sur les strat\u00e9gies guerri\u00e8res pendant que la r\u00e9sistance s\u2019\u00e9claire \u00e0 la bougie &nbsp;assez &nbsp;l\u2019inventaire du pire comme si le meilleur \u00e9tait mort pour toujours assez les accumulations de l\u2019horreur qui en veut toujours plus assez la ville d\u00e9vorant la terre fertile sur le plateau de l\u2019adolescence assez le bruit assez la foule folle assez les riches qui tirent \u00e0 eux la couverture &nbsp;assez les inventaires du fumier assez les souffrances inflig\u00e9es aux enfants en ces temps derniers assez les mots mis \u00e0 toutes les sauces assez nos manques d\u2019imagination d\u2019engagement assez nos absences nos m\u00e9fiances nos connivences et incons\u00e9quences assez <\/p>\n\n\n\n<p><strong>#30. Note avec gyrophares. Le 9 d\u00e9cembre 22<\/strong>&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tu quittes en voiture la ville perch\u00e9e et ce qu\u2019on y fait, entre notes et enfants. En-haut, la place est bien d\u00e9cor\u00e9e&nbsp;: lumi\u00e8res color\u00e9es dans un troupeau de sapins. Grande bulle constell\u00e9e de petites ampoules led avec variations, m\u00eame qu\u2019on peut s\u2019asseoir \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Redescendre. Les maisons des particuliers scintillent \u00e0 qui mieux mieux dans la nuit d\u2019en bas. H\u00e2te de rentrer. Aux parages de la cit\u00e9, d\u2019autres lumi\u00e8res bleues clignotent dans le noir. D\u00e9coration du quartier&nbsp;? En ralentissant, tu r\u00e9alises qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un rassemblement de gyrophares, entre pompiers police et samu. On distingue une grande \u00e9chelle dans le faisceau d\u2019un projecteur et un pompier qui enjambe une fen\u00eatre b\u00e9ante, sans doute au neuvi\u00e8me \u00e9tage d\u2019un b\u00e2timent. Pas d\u2019attroupement. Ni fum\u00e9e ni flammes mais une question, b\u00e9ante comme le rectangle sombre de la fen\u00eatre. Plus tard, la gazette locale ne fait pas \u00e9tat de ce d\u00e9tail et annonce les animations pr\u00e9vues pour les f\u00eates.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#29. Note de la pr\u00e9f\u00e9rence. Le 8 d\u00e9cembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 c\u2019est non. Le jour ne s\u2019y pr\u00eate pas. Ce n\u2019est pas le Si j\u2019aurais su j\u2019aurais pas v\u2019nu de Petit Gibus, c\u2019est juste un petit pav\u00e9 qui de toute fa\u00e7on va s\u2019enfoncer lentement dans la fosse \u00e0 bitume&nbsp;: le On n\u2019aurait pas d\u00fb avec son ficelage lourd, sa mac\u00e9ration p\u00e9nible, son allure de confessionnal ne nous revient pas. En d\u2019autres temps, on l\u2019avait chevill\u00e9 au corps cet avatar de culpabilit\u00e9, ce conditionnel pass\u00e9 avec sa casserole n\u00e9gative. On s\u2019en est d\u00e9barrass\u00e9. L\u00e0 on ne joue pas (sauf si on cause musique). &nbsp;On s\u2019est tellement fait pi\u00e9ger par la formulation, figure du temps perdu, qu\u2019on est pass\u00e9s \u00e0 autre chose. On ne tamisera pas la journ\u00e9e avec ce filtre-l\u00e0. Le temps est compt\u00e9. Il y a deux jours on a appris la disparition du chef cuisinier chez Fernand et Nadia l\u00e9ger. Arr\u00eat cardiaque. Un homme merveilleux, au plus pr\u00e8s de chaque repas, de chaque d\u00e9couverte culinaire chaleureuse partag\u00e9e par des milliers d\u2019\u00e9l\u00e8ves. Aujourd\u2019hui, des surprises \u00e9taient pr\u00e9vues pour son d\u00e9part en retraite, et celui de P. Annulation. On pr\u00e9f\u00e9rerait ne pas avoir appris la nouvelle, on pr\u00e9f\u00e9rerait qu\u2019il soit encore l\u00e0, on va voir ce qu\u2019on fait. Au pr\u00e9sent. Le futur&nbsp;? Peut-\u00eatre, si le lendemain daigne chanter, m\u00eame en sourdine. En attendant, ami dont l\u2019\u00e2me se m\u00ealait aux odeurs accueillantes dans la cuisine collective, on pense \u00e0 toi. I prefer to.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#28. Note des pens\u00e9es revenantes.&nbsp; &nbsp;Le 7 d\u00e9cembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Penser \u00e0 ne pas laisser la cl\u00e9 &nbsp;\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur quand justement tu es dans tes pens\u00e9es ne pas oublier d\u2019apporter aux enfants ce dont tu leur as parl\u00e9 penser \u00e0 repartir de l\u00e0 o\u00f9 tu en es tout en \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 ailleurs ne pas oublier d\u2019ajouter une petite couronne au colis de la grande \u00e9charpe &nbsp;penser \u00e0 revoir les derni\u00e8res notes du chant sans laisser tomber la voix ne pas oublier de prendre le cahier des trois associations pour faire le point dans l\u2019apr\u00e8s-midi penser \u00e0 voir d\u2019un autre \u0153il la coul\u00e9e de verre fond de pot car les larmes cristallisent elles aussi ne pas oublier de faire de la place dans l\u2019angle pour la fin de semaine penser \u00e0 retrouver le cahier cartonn\u00e9 dans lequel Lanza a \u00e9crit <em>rien qui ne soit tout<\/em> &nbsp;alors que la phrase traversante du jour est presque rien c\u2019est presque tout ne pas oublier son visage penser \u00e0 la liste qui ne cesse de s\u2019allonger m\u00eame quand tu barres le d\u00e9j\u00e0 fait ne pas oublier d\u2019offrir un pot de gel\u00e9e faite avec les coings de Yoko qui n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0 hier soir penser \u00e0 faire le plein de vide ne pas oublier de faire la part des choses penser \u00e0 prendre le large au pied de l\u2019instant ne pas oublier les ingr\u00e9dients penser \u00e0 ne pas oublier<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#27. Note comme une autre. Le 6 d\u00e9cembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Elle est mise en abyme. Une fois abord\u00e9s jour et nuit, elle parcourt ce qui l\u2019attend&nbsp;: pr\u00e9parer, renoncer, donner ou capter, marcher, d\u00e9chiffrer corps, paysages, rendez-vous, comprendre comment l\u2019absent se manifeste, \u00e9crire. En regardant un dessin, une encre, en retrouvant une rue, une image qui r\u00e9sonne dans la m\u00e9moire. Levain d\u2019une t\u00e9l\u00e9portation&nbsp;\u2013 il s\u2019agit d\u2019un voyage dont elle n\u2019a pas toutes les cl\u00e9s. Y va quand m\u00eame. Et les rituels&nbsp;: &nbsp;touche la coul\u00e9e de verre fond de pot ramass\u00e9e sur les lieux de la verrerie disparue, dans l\u2019Est&nbsp;; prend les petites feuilles de ch\u00eane vert cueillies pr\u00e8s de Murs, l\u00e0 o\u00f9 aimant\u00e9e, elle avait r\u00e9pondu \u00e0 l\u2019appel. Dans l\u2019intervalle&nbsp;: \u00e9crit, vit sa vie en adoptant l\u2019attitude de celle qui guette. Passe par les choses simples qui la retiennent et la lib\u00e8rent en m\u00eame temps&nbsp;: un peu plus tard, fera couronne avec ce qu\u2019un tour dans le brouillard lui a permis de r\u00e9colter. Petites branches de sapin ou de c\u00e8dre, houx, lierre, boules rouges du coton\u00e9aster. La couronne elle aussi est mise en abyme des cercles d\u2019avant. Aux enfants de la Maison, elle disait alors&nbsp;: tout ce qui d\u00e9passe des grilles appartient au peuple. Les enfants croyaient qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une loi. Et le peintre souriait en disant&nbsp;: c\u2019est bien toi. Elle relit ce qu\u2019elle a \u00e9crit au plus pr\u00e8s de ce qui l\u2019attend. Ne veut pas trop en dire. &nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#26. Note avec et sans, m\u00e9lange. &nbsp;Le 5 d\u00e9cembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9coupe des silhouettes sur fond de pluie. Ce qu\u2019on distingue \u00e0 peine, au lointain. Une voix radio a parl\u00e9 de l\u2019offensive du froid. Le lexique de la guerre p\u00e8se sur le jour qui s\u2019ouvre avec le froissement des roues au d\u00e9marrage. Le local change de destination et quelqu\u2019un au passage pose une question. Depuis quand est-il parti&nbsp;? Une porte claque&nbsp;; le devant de la sc\u00e8ne, c\u2019est ce qui suit. Impossible de reconnaitre au lever du jour la jeune femme&nbsp;: un bonnet, une tenue d\u2019homme qui se cache. C\u2019est elle qui s\u2019approche et g\u00e9n\u00e9reusement donne l\u2019explication&nbsp;: \u00e0 cause du traitement, les cheveux tombent alors elle pr\u00e9f\u00e8re ne pas. Mais elle a confiance, il faut, pour la famille. Elle t\u2019envoie un baiser et parle ensuite avec le conducteur d\u2019une camionnette. Tu la revois enfant, princesse du sourire dans la cit\u00e9. Image avec bu\u00e9e. Aller-retour&nbsp;: partir sans rien, revenir avec quelque chose. Et r\u00e9ciproquement. Moisson sans \u00e9pis. Les masques et les sacs \u00e0 sapins ressortent sur fond d\u2019informations dont personne n\u2019a le temps de v\u00e9rifier les sources. Une r\u00e9union, des d\u00e9cisions en attente. Rentrer. Plus tard ressortir entre chien et loup, en tenant compte de la temp\u00e9rature, salle Lucie Aubrac, l\u00e0-haut, pour la r\u00e9vision des notes. Dix-sept degr\u00e9s peut- \u00eatre. Un luxe, quand on pense \u00e0 eux, l\u00e0-bas, dans les villes que la haine glace et tente de d\u00e9truire. La boue du chantier  fait penser \u00e0 celle des tranch\u00e9es. Dans le sillage, le soir s\u2019empare du reste.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#25. Note des battements.&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le 4 d\u00e9cembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Battements \u2013 je suis les battements \u2013 &nbsp;d\u00e9placement d\u2019un centre qui rythme tout jusqu\u2019au extr\u00e9mit\u00e9s \u2013 palpitation de l\u2019 \u00e9trange petit oiseau r\u00e9fugi\u00e9 dans le cou, dans les mains, &nbsp;dans le ventre \u2013 pulsation du chant et flux ininterrompu \u2013 sauf le jour du d\u00e9passement \u2013 le corps est tomb\u00e9 sans signe avant-coureur \u2013 en musique la syncope est note attaqu\u00e9e sur un temps faible et prolong\u00e9e sur un temps fort \u2013 &nbsp;apr\u00e8s une demi-heure de n\u00e9ant les pompiers t\u2019ont demand\u00e9 d\u2019ouvrir les yeux &nbsp;\u2013 tu ne pouvais pas &nbsp;paupi\u00e8res de plomb \u2013 quand enfin tu y es parvenue ils ont dit tension art\u00e9rielle trop basse les \u00e9l\u00e8ves ont pleur\u00e9 l\u2019oiseau est &nbsp;devenu un boulet peu apr\u00e8s les investigations &nbsp;\u00e9lectrophysiologiques ont commenc\u00e9 &nbsp;en direction des battements \u2013 &nbsp;cath\u00e9ter introduit par la f\u00e9morale, emballement d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 du c\u0153ur reproduit oreillettes test\u00e9es \u2013 tests et bilan vous ne vous reposez donc jamais il va falloir battre la mesure autrement \u2013 dans ton r\u00eave de convalescence un petit c\u0153ur, celui qui avait commenc\u00e9 de battre gr\u00e2ce au tien bien avant la chute t\u2019avait dict\u00e9 provisoirement le nouveau tempo \u2013 adagio \u2013 bient\u00f4t remplac\u00e9 par rythme libre \u2013 vie puls\u00e9e \u2013 c\u2019est plus fort que toi.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#24. Note suspendue. Le 3 d\u00e9cembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pas de signal bleu dans le ciel. Juste plafond bas. Temps \u00e0 neige mais sans neige. Pas la musique de l\u2019appel. T\u00e9l\u00e9phonique ou pas. Une bruine brouille les pistes. Le cahier aux feuilles papier Japon ouvert. Presque plein. Un v\u0153u&nbsp;pieux : fin de la guerre, fin du cahier. Derni\u00e8res nouvelles&nbsp;: il faudra au moins un deuxi\u00e8me cahier. Autour&nbsp;: le silence des tableaux accroch\u00e9s. Par la fen\u00eatre&nbsp;: des petits \u00e9coliers aux jambes rouges courent derri\u00e8re un ballon dans un carr\u00e9 du stade d\u00e9limit\u00e9 par des balises blanches. Soudain une id\u00e9e passe&nbsp;: c\u2019est un ramier. Disparait dans le c\u00e8dre. Le t\u00e9l\u00e9phone sonne. Je ne r\u00e9ponds pas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong># 23. Note (s) du d\u00e9compte. Le 2 d\u00e9cembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><strong>Version 2&nbsp;<\/strong> <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>1)Trois suppositions&nbsp;: les liens ne passent pas dans la compile. Collusion entre d\u00e9nombrer et d\u00e9compter. Trop d\u2019implicite . 2) Une constatation&nbsp;: le chiffre trois revient souvent \u2013 mesure int\u00e9rieure, depuis presque toujours. 3) &nbsp;Trois d\u00e9cisions&nbsp;: d\u00e9plier l\u2019implicite. Reprendre, avec \u00e9criture. Quitter les allusions. 4) D\u00e9sactiver les liens. Recopier. \u00c7a donne https:\/\/www.youtube.com\/watch&nbsp;?v=8RHYjV99NIo&amp;ab_channel=PagpangHupaw, soit 64 signes ou caract\u00e8res. Si on restaure le lien, on peut \u00e9couter deux voix interpr\u00e9tant 6 couplets d\u2019un chant sombre. Puis https&nbsp;:www.youtube.com\/watch?v=HiVfoH2_IWE&amp;ab _channel=CappellaMediterranea, soit 74 signes ou caract\u00e8res. Si on restaure le lien on peut &nbsp;voir et \u00e9couter un ensemble constitu\u00e9 d\u2019une viole de gambe, d\u2019un cornet, de quatre fl\u00fbtes \u00e0 bec, d\u2019une harpe italienne, d\u2019un archiluth, de deux guitares, d\u2019un th\u00e9orbe, d\u2019un bandon\u00e9on, d\u2019un clavecin, d\u2019un orgue, soit 14 instruments plus une voix de soprane et un directeur musical interpr\u00e9tant les 124 mots et innombrables notes (quand on aime on ne compte pas) d\u2019une partition reconnue par 213 critiques comme la plus forte expression de la lamentation, \u0153uvre \u00e9crite il y a 455 ans. Enfin &nbsp;m\u00eame principe pour le troisi\u00e8me, soit 68 signes ou caract\u00e8res. Si on restaure le lien, on peut voir et \u00e9couter l\u2019extrait d\u2019une \u0153uvre cr\u00e9\u00e9e en 2018, interpr\u00e9t\u00e9e par 3 ch\u0153urs r\u00e9unis, soit une centaine de choristes plus un orchestre de chambre soit une vingtaine de musiciens, une soliste (soprane), un directeur musical. 122 interpr\u00e8tes en tout. 5) On pourrait d\u00e9nombrer mesures, &nbsp;tempi, pulsations, inflexions, nuances dans les trois cas mais je n\u2019ai pas le temps.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Version 1<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Gwerz Kiev. Denez et Karen Matheson&nbsp;&nbsp; <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=8RHYjV99Nlo&amp;ab_channel=PagpangHupaw\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=8RHYjV99Nlo&amp;ab_channel=PagpangHupa<\/a><strong>V<\/strong>V<strong>Ve<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lamentation de la nymphe  <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=HiVfoH2_IWE&amp;ab_channel=CappellaMediterranea\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=HiVfoH2_IWE&amp;ab_channel=CappellaMediterranea<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Quando corpus morietur. Stabat Mater . de Vincent Bonzom https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=WiZRZY2lBnc&amp;ab_channel=VincentBONZOM<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#22. Note avec cl\u00e9 de sol. Le 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois, ce ne sera pas la derni\u00e8re&nbsp;: m\u00e8che vendue. L\u2019endroit compte autant que l\u2019objet-livre d\u00e9pos\u00e9, son contenu, le fait d\u2019imaginer qui le verra, s\u2019interrogera, le prendra, le feuillettera, l\u2019emportera, le lira ou le laissera l\u00e0, par crainte d\u2019on ne sait quoi. Itin\u00e9raire du jour&nbsp;: relire et relier les lieux r\u00e9cents. Ainsi <em>Trois nouvelles merveilleuses offertes par votre libraire, les Selkies Missolonghi et Je t\u2019apporte l\u2019\u00e9ternit\u00e9 <\/em>sont perch\u00e9es dans les branches du c\u00e8dre sauv\u00e9 de l\u2019abattage dans la cit\u00e9 \u2013 l\u2019arbre prot\u00e9g\u00e9 me le rend bien, sa maitresse branche formant avec le tronc un diapason. <em>Le sac \u00e0 main de<\/em> Marie D est pos\u00e9 dans la galerie marchande pr\u00e8s de la vitrine aux sacs. Le<em> fran\u00e7ais est un jeu <\/em>(Librio), plac\u00e9 sur la balan\u00e7oire de l\u2019aire aux enfants. <em>L\u2019\u00e9tranger <\/em>rejoint la tombe sans nom de la rue de l\u2019Egalit\u00e9 et <em>Sur la route <\/em>fait du stop au milieu d\u2019une place de parking, proche de la for\u00eat. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong># 21. Note du petit d\u00e9placement. Le 30 novembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>M\u2019\u00eatre gar\u00e9e un peu plus loin pour sentir chaque pas vers eux. Avoir chang\u00e9 mon fusil d\u2019\u00e9paule sans qu\u2019il y ait de fusil, en m\u2019arr\u00eatant une fois au milieu de tout. Dans le m\u00eame temps, avoir regard\u00e9 le lointain dans le tr\u00e8s proche, par terre \u2013 feuille dite morte. Ralentir encore. Avoir ramass\u00e9 sur le trottoir un petit caillou en m\u00eame temps que l\u2019impression d\u2019un secret bien gard\u00e9. Inventer \u00e0 partir de l\u00e0 l\u2019air que les enfants vont chanter sous peu. Sentir se former pour eux l\u2019incroyable histoire du caillou minuscule \u2013 \u00e0 raconter dans quelques jours. La confier \u00e0 l\u2019arbre de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du mur pour m\u00e9moire. Recopier ce texte \u00e0 la sauvette, juste avant de prendre le virage puis, toujours en marchant, rejoindre l\u2019entr\u00e9e. Avoir gliss\u00e9 ces mots sans les signer dans une boite aux lettres inconnue, quelque part le long de la rue<\/p>\n\n\n\n<p><strong># 20. Note \u00e0 la carte. Le 29 novembre 22.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Devant l\u2019Accueil, la file d\u2019attente s\u2019est allong\u00e9e. Quelque chose bloque. Quelqu\u2019un plut\u00f4t. Quelqu\u2019un d\u2019agit\u00e9 qui r\u00e9clame quelque chose. Un peu d\u2019attention peut-\u00eatre. Il est perdu. Ou plut\u00f4t semble avoir perdu un objet important. A moins qu\u2019on ne lui ait vol\u00e9 quelque chose. Patiemment, l\u2019h\u00f4tesse lui conseille de bien regarder au fond des poches, dans la sacoche contenant une pochette pleine de cartes de plastique, ce qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 fait \u00e0 plusieurs reprises. A son tour, elle cherche dans les tiroirs du jour, on ne sait jamais. Rien. Il laisse son sac plein dans un coin, sous l\u2019\u0153il du vigile impassible et, en bousculant son monde, refait \u00e0 l\u2019envers le film du parcours labyrinthique, ce qui l\u2019oblige \u00e0 penser \u00e0 ce qu\u2019il a fait, r\u00eav\u00e9, estim\u00e9, oubli\u00e9, pris et repos\u00e9, achet\u00e9 ou h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 acheter dans l\u2019intervalle. Il court presque par endroits et soudain s\u2019agenouille pr\u00e8s d\u2019une t\u00eate de gondole, passe la main sous le pr\u00e9sentoir en murmurant des paroles incompr\u00e9hensibles. Les acheteurs s\u2019\u00e9cartent, pr\u00e9f\u00e9rant faire comme s\u2019ils n\u2019avaient rien vu, comme s\u2019il n\u2019existait pas&nbsp;: la folie fait peur. Toujours rien. L\u2019homme agit\u00e9 revient \u00e0 l\u2019Accueil, exige quelque chose. Un autre vigile lui explique qu\u2019on ne peut pas consulter au pied lev\u00e9 une captation des cam\u00e9ras de vid\u00e9o-surveillance et qu\u2019il serait pr\u00e9f\u00e9rable de faire opposition. Le sort s\u2019acharne&nbsp;: dans la sacoche, pas de t\u00e9l\u00e9phone non plus. Sans doute oubli\u00e9 \u00e0 la maison, en charge quelque part. S\u00e9rie noire. Attroupement, il crie. Impossible de le calmer. On s\u2019agite autour de lui, il faut peut-\u00eatre appeler les secours. Entre la disparition de la carte bancaire, le manque du t\u00e9l\u00e9phone, l\u2019effondrement des glaciers, les bruits de bottes, l\u2019\u00e9t\u00e9 anormalement long, l\u2019inflation et l\u2019avalanche de restrictions, nul ne sait dans la file ce qui est le plus grave.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#19. Note des interactions<\/strong>. <strong>Le 28 novembre<\/strong> <strong>22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au passage, petit signe du gardien avec la main rest\u00e9e libre, l\u2019autre tenant contre son oreille un \u00e9ternel portable | Et Lisbonne, il a aim\u00e9&nbsp;? Petite halte avec phrase pleine de curiosit\u00e9 pendant qu\u2019elle sort \u00e0 pas lents une chienne de velours gris | Remettre les chaises \u00e0 leur place. &nbsp;C\u2019est o\u00f9 leur place&nbsp;? Contre le mur&nbsp;? Empil\u00e9es&nbsp;? On ajoutera un coup de balai, comme une signature | Vieille grille, v\u00e9rifications. Deux silhouettes inconnues ont l\u2019air d\u2019attendre. Ah vous \u00eates l\u00e0 pour retirer les grandes estrades&nbsp;? C\u2019est nous qui avons les cl\u00e9s de la coll\u00e9giale, une responsabilit\u00e9, on allait partir, on rouvre. Vous voyez assez clair&nbsp;? En dix minutes, c\u2019est fait, m\u00eame l\u2019autel en avant-sc\u00e8ne avec bougies et couronne au pied est replac\u00e9. On referme tout. Le camion des services techniques repart sur les pav\u00e9s mouill\u00e9s et les deux hommes nous saluent | Le grand sourire de l\u2019ami africain qui trie toutes sortes d\u2019objets dans le parking froid \u2013 il r\u00e9chauffe tout le monde, rien qu\u2019en parlant, avec toujours la main droite sur le c\u0153ur. | Les mots de l\u2019ascenseur, bon courage, bonne journ\u00e9e | Oui j\u2019ai le droit d\u2019ouvrir toute la fa\u00e7ade des boites aux lettres pour d\u00e9poser un colis. Rien \u00e0 craindre. | Dans ses pens\u00e9es, ne r\u00e9pond pas. |<\/p>\n\n\n\n<p><strong># 18. Note d\u2019entre les partitions. Le 27 novembre 22.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce qui distingue quelqu\u2019un pour qui un livre est fort ou prestigieux, mais qui peut vivre content sans livre ou avec un seul volume embl\u00e9matique, d\u2019un lecteur de livres choisis un par un et d\u00e8s lors personnellement significatifs&nbsp;? Il y a une diff\u00e9rence infranchissable entre le livre que la traduction a d\u00e9clar\u00e9 classique et le livre (le m\u00eame livre) que nous nous sommes appropri\u00e9 par l\u2019instinct, l\u2019\u00e9motion&nbsp;: par lequel nous avons souffert, dans lequel nous nous sommes r\u00e9jouis, que nous avons traduit en exp\u00e9rience personnelle et dont (si nombreuses en soient les lectures successives apr\u00e8s lesquelles il parvient entre nos mains) nous sommes devenus pour l\u2019essentiel les premiers d\u00e9couvreurs, exp\u00e9rience aussi \u00e9tonnante et inattendue que la d\u00e9couverte sur le sable des traces de pas de Vendredi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Peu de temps&nbsp;: deuxi\u00e8me concert des trois ch\u0153urs tout-\u00e0-l \u2019heure dans la ville perch\u00e9e. Alors, c\u2019est l\u00e0, \u00e0 port\u00e9e de main. Chambre, le temps de tirer les rideaux et de voir surgir les quatre espaces de la garde rapproch\u00e9e&nbsp;: secr\u00e9taire aux carnets avec dessins et livres \u2013 plut\u00f4t les po\u00e8mes \u2013&nbsp;; \u00e9tag\u00e8res fix\u00e9es au mur par le peintre, comme s\u2019il savait comment t\u2019entourer apr\u00e8s la disparition&nbsp;; planche longue \u00e0 la t\u00eate du lit avec les ouvrages anciens chin\u00e9s, quelques livres d\u2019artistes dans le faisceau de la lampe de chevet et dernier ensemble \u00e9tag\u00e9, comme une petite maison de bois charg\u00e9e dont on verrait l\u2019int\u00e9rieur. La chambre est arche de No\u00e9 et dans sa population flottante, tu n\u2019as qu\u2019\u00e0 tendre le bras, sans m\u00eame partir en reconnaissance. Le livre debout ressemble \u00e0 une \u00e9vidence. Il s\u2019ouvre, tu le reconnais direct, lui et l\u2019impression. Tu recopies le passage \u2013 texte renait \u00e0 l\u2019\u00e9cran. La Biblioth\u00e8que, la nuit. Retour aux partitions.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#17. Note avec di\u00e8se. Le 26 novembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Se hausser sur la pointe des pieds et casser en silence le mur des s\u00e9parations. \u00a8Prendre la mesure du changement. Dans la cit\u00e9, comme \u00e0 Varsovie, entendre des musiques correspondant au nom des all\u00e9es chaque fois que se pr\u00e9sente un banc. Par exemple, sur le banc de l\u2019all\u00e9e des bouleaux, peut se d\u00e9ployer un bruissement reconnaissable entre tous. Pr\u00e8s des colombiers de bois, pr\u00e9voir l\u2019espace des messages qui seront accroch\u00e9s aux pattes des pigeons voyageurs que les enfants peuvent apprendre \u00e0 \u00e9lever, une fois arros\u00e9 le fouillis fleurs-l\u00e9gumes qu\u2019on nomme jardin de quartier ou quartier de jardin. Parmi les messages, on trouvera de nombreuses pages cueillies chez les po\u00e8tes. Pour ma part, j\u2019ai envoy\u00e9 ce matin les mots de l\u2019au revoir \u00e0 Christian B et je pense que l\u2019oiseau incognito est arriv\u00e9 au Creusot. Aux quatre coins du monde local, disposer de l\u00e9gers caddies t\u00e9l\u00e9command\u00e9s qui permettront aux habitants \u00e2g\u00e9s de transporter facilement les lourdeurs ambiantes. Pas trop de r\u00e9alit\u00e9 augment\u00e9e&nbsp;: &nbsp;veiller plut\u00f4t \u00e0 faciliter les rencontres dans des locaux d\u00e9di\u00e9s, avec accueil surprenant, th\u00e9 \u00e0 la menthe, musique des sph\u00e8res ou des \u00e9tages, et l\u00e0, multiplier les \u00e9changes&nbsp;&#8211; v\u00eatements, livres, nourriture. Cr\u00e9er le collectif du cimeti\u00e8re, qui inscrira po\u00e8mes ou noms retrouv\u00e9s sur les tombes abandonn\u00e9es tout en ne manquant pas de le faire savoir. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#16. Note des secondes peaux. Le 25 novembre 22.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Doudoune noire informe refuge ambulant | doudoune encore noire avec capuche aur\u00e9ol\u00e9e de fausse fourrure | parka pour changer avec doublure \u00e0 caract\u00e8re militaire | manteau grisailleux deuxi\u00e8me main | robe de f\u00eate en-dessous volants de tulle noir aux \u00e9toiles d\u2019or | \u00e9charpe vert pomme avec lettrages noirs et casquette hip-hop au-dessus | grand ch\u00e2le invisible | cinq ponchos de pluie mode chauve-souris | abaya sombre | boots et bottines \u00e0 bouts ronds | jogging beige \u00e9corce | pull ostensiblement moche pour no\u00ebl | sweat \u00e0 capuche rose avec ses deux cordons blancs | baskets brillantes sur les bords | jupe longue tendance New Age | &nbsp;le pompon du bonnet | blue-jeans bon march\u00e9 d\u00e9lav\u00e9 d\u00e9chir\u00e9 subtilement aux genoux | mitaines qui reviennent | jogging gris p\u00e2le | plusieurs tours autour du cou pour l\u2019\u00e9charpe jaune et bleue |<\/p>\n\n\n\n<p><strong># 15. Note de la coupure. 24 novembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a va durer longtemps&nbsp;? Ma m\u00e8re sans t\u00e9l\u00e9, impossible. Un num\u00e9ro pour les joindre&nbsp;? Pas de quoi noter, \u00e7a m\u2019\u00e9nerve. \/ La famille, dans l\u2019ensemble \u00e7a va. \/ Demain, ils ont pr\u00e9vu quoi&nbsp;? De toutes fa\u00e7ons on y va. \/ Alors l\u00e0\u2026 Ah bon&nbsp;\u2026 Mais depuis quand&nbsp;? \/ Le matin, c\u2019est possible, mais avant midi. Apr\u00e8s, c\u2019est compliqu\u00e9. \/ Tu te rends compte, m\u00eame si on avait su\u2026on ne pouvait rien faire \/ Evidemment, le libre-service, c\u2019est pratique. Sept postes de caissi\u00e8res en moins, faites le compte. Et nous qui v\u00e9rifions dans l\u2019espace Paiement par cartes, on n\u2019a pas de reconnaissance. Je peux entrer dans la conversation&nbsp;? &nbsp;La d\u00e9t\u00e9rioration&nbsp;? Oui, il faut laisser un mot \u00e0 la direction. Et m\u00eame des mots.&nbsp;Mais les gens n\u2019ont pas le temps. A bient\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#14. Note du cirque d\u2019hiver \u00e0 la seconde. Le 23 novembre 22.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pause dans les parages, l\u00e9g\u00e8re avance. Vitrine d\u2019un caf\u00e9, un peu de chaleur. En face, le Cirque d\u2019Hiver. Autour, le cirque de la ville. Guerrier et guerri\u00e8re \u00e0 cheval&nbsp;: cariatides de bronze encadrant la porte. Bas-reliefs, blanche dentelle \u00e9questre \u00e0 laquelle r\u00e9pondent les bruyants chevaux modernes qui d\u00e9marrent sans \u00e9tat d\u2019\u00e2me quand les feux passent au vert. Le mot Fantaisie en couleurs sur le panneau lumineux du cirque. Des travaux dans le square voisin o\u00f9 s\u2019ouvrit une fois lointaine le parapluie de l\u2019attente. Il disait&nbsp;: tu es une guerri\u00e8re. Je ne sais toujours pas. Entre le trottoir et le cirque&nbsp;: &nbsp;une boite aux lettres tagu\u00e9e en \u00e9quilibre sur son pied jaune. Une jeune fille &nbsp;&nbsp;trop emmitoufl\u00e9e h\u00e9site une seconde avant de faire disparaitre sa lettre dans l\u2019\u0153il gauche du personnage jaune. Deux femmes font une entr\u00e9e fracassante&nbsp;: des habitu\u00e9es. L\u2019une&nbsp;: pour moi, ce sera un mouchoir. L\u2019autre&nbsp;: pour moi un caf\u00e9. Elles rient. Je file. La r\u00e9union va commencer, pas loin. Objet&nbsp;: &nbsp;service accueil d\u2019urgence, protection de l\u2019Enfance.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Petit cahier des autres notes, bref extrait&nbsp;: Int\u00e9grer le S.A.U au projet global de la Maison. Question du prix de journ\u00e9e (avec dotation particuli\u00e8re via le C.D \u2013 Conseil D\u00e9partemental\u2013). Quelle temporalit\u00e9 (phaser la mise en place, avec travaux de r\u00e9habilitation)&nbsp;? P\u00e9riode de transition indispensable pour tester non seulement le nouveau dispositif mais la mani\u00e8re dont il va int\u00e9grer les questions de fond&nbsp;: &nbsp;passerelles \u00e9ventuelles entre la \u00ab&nbsp;situation d\u2019urgence&nbsp;\u00bb et le r\u00e9tablissement d\u2019un parcours rassurant au sein de la communaut\u00e9 pour l\u2019enfant accueilli.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>#13. Note de la rue t\u00e9l\u00e9phon\u00e9e. Le 22 novembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une ville ancienne, une qui a de l\u2019\u00e2me. S\u2019y croisent les actifs, contents de l\u2019\u00eatre et qui vont m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre g\u00e9n\u00e9reux. Les autres&nbsp;: pas forc\u00e9ment passifs. Dans ce cadre, l\u2019organisation exemplaire existe, les b\u00e9n\u00e9voles montent au cr\u00e9neau. &nbsp;L\u2019aide alimentaire et la culture dans un m\u00eame p\u00e9rim\u00e8tre font bon m\u00e9nage, les temps sont durs. Se pr\u00e9sente l\u2019Homme, dans la force de l\u2019\u00e2ge mais amaigri. Trop difficile pour lui de tout expliquer, le comment du pourquoi il en est l\u00e0, alors il s\u2019\u00e9nerve. Patiemment quelqu\u2019un lui explique que pour obtenir de la nourriture, il faut \u00eatre inscrit. D\u00e9marche n\u00e9cessaire. Mais j\u2019ai faim, dit l\u2019Homme. Oui bien s\u00fbr, lui r\u00e9pond l\u2019interlocuteur navr\u00e9, il vous suffit de faire la d\u00e9marche d\u2019inscription, revenez apr\u00e8s. Mais j\u2019ai faim, crie l\u2019Homme en s\u2019\u00e9loignant sans se retourner. Ch.E<\/p>\n\n\n\n<p><strong># 12. Note du geste et du blanc. Rien dessous. Le 21 novembre 22.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ne pas recouvrir. D\u00e9couvrir. Ne pas \u00e9touffer l\u2019espace. Blanc du papier. Le peintre disait&nbsp;: Laisser faire le blanc, pour qu\u2019adviennent les lumi\u00e8res. Et la nuit aussi. Son immense travail&nbsp;: une vie enti\u00e8re. &nbsp;Il lisait mes textes, regardait mes minuscules encres et aquarelles, disait y retrouver le geste initial. &nbsp;Encre et aquarelle sont de grandes assoiff\u00e9es, l\u2019eau les conduit dans les fibres des surfaces offertes. Force du lavis. Vagues et paysages \u00e0 l\u2019encre de Chine de Hugo, propos de Shitao. Lib\u00e9ration du geste et du souffle. Comme d\u00e9sencombrer l\u2019\u00e9criture pollu\u00e9e. Conscience aigu\u00eb du soul\u00e8vement. Pas de repentir.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/bras-de-FH-1989.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-102910\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/bras-de-FH-1989.jpg 640w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/bras-de-FH-1989-420x315.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">geste du peintre Francis Herth. 1989.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"480\" height=\"640\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/ilot-de-Christine.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-102911\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/ilot-de-Christine.jpg 480w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/ilot-de-Christine-315x420.jpg 315w\" sizes=\"auto, (max-width: 480px) 100vw, 480px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Encre de ChE<\/p>\n\n\n\n<p><strong># 11. Note de l\u2019empreinte<\/strong>. <strong>Le 20 novembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9cole, en classe de CM2. Coup\u00e9e en deux par un d\u00e9m\u00e9nagement. Je n\u2019avais pas compris que plus jamais je ne reviendrais au Domaine. Chagrin immense quand l\u2019enfant <em>r\u00e9serv\u00e9e ou<\/em> <em>introvertie<\/em>&nbsp; &nbsp;\u2013 disaient les adultes \u2013 avait r\u00e9alis\u00e9 pour la premi\u00e8re fois ce qu\u2019est la disparition, la perte. Mais par bonheur, la r\u00e9v\u00e9lation des retrouvailles avait eu lieu gr\u00e2ce aux dict\u00e9es. Pas celles qui vous laissent \u00e9cras\u00e9s sous le poids des fautes \u2013 rien que le mot faute tue \u2013 mais les autres, les \u00e9tincelantes. Les dict\u00e9es \u00e9taient des portes de toutes sortes&nbsp;: les grandes, les tr\u00e8s petites, les brillantes, les simples, les compliqu\u00e9es, les secr\u00e8tes. J\u2019attendais le jour de la dict\u00e9e, avec les mots lentement articul\u00e9s par la maitresse, les myst\u00e9rieux et les connus, les rassurants et les autres. La dict\u00e9e avec sa relecture \u00e0 voix haute qui te plongeait dans la musique du texte. Deux en particulier ont ouvert la voie et m\u2019ont non pas gu\u00e9rie d\u2019une sensation de trahison mais \u00e9blouie&nbsp;: le texte des Violettes de Colette, dans <em>Les Vrilles de la vigne<\/em> \u2013 l\u2019adresse aux fleurs&nbsp;: <em>vous treillagez<\/em>.. leurs <em>visages \u2013 <\/em>et le texte \u00e9voquant la pr\u00e9sence de la lune &nbsp;dans <em>Les M\u00e9moires d\u2019Outre-Tombe . (<\/em>En lisant le livre, je l\u2019ai retrouv\u00e9 avec d\u00e9lices, au chapitre 7 du L7 , \u00e9crit \u00e0 Londres, d\u2019avril \u00e0 septembre 1822). C\u2019est avec ces deux <em>dict\u00e9es<\/em> que tout a commenc\u00e9&nbsp;: j\u2019ai recopi\u00e9 plusieurs fois les textes pour m\u2019en impr\u00e9gner \u2013 comme si je les \u00e9crivais moi-m\u00eame \u2013 puis les ai recopi\u00e9s dans les premiers carnets (\u00e0 spirales) remplis de <em>passages <\/em>qui ont form\u00e9 un tout voyageur, pr\u00e9c\u00e9dant de peu l\u2019\u00e9criture d\u2019un journal\u2026 doubl\u00e9 d\u2019une d\u00e9vorante envie de lire-relire-\u00e9crire. Toujours pr\u00e9sente<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#10 .Note du pendant. Le 19 novembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que les notes une \u00e0 une s\u2019accumulent, le fil du chant se tend | pendant que tu y penses, veille \u00e0 r\u00e9gler avec la cl\u00e9 d\u2019accordage &nbsp;la justesse de l\u2019instrument debout | pendant que les agresseurs &nbsp;d\u00e9truisent, l\u2019orchestre des vies se reforme sans cesse dans les souterrains ou dehors dans le froid pour pr\u00e9parer&nbsp; les lendemains | pendant que les un.e.s r\u00e9sistent, les autres glosent | pendant qu\u2019il est encore temps, les sentinelles d\u00e9signent la voie lact\u00e9e | pendant la rupture, il &nbsp;trouve provisoirement refuge dans la maison de l\u2019adolescence | pendant qu\u2019on se demande pourquoi, quelques-uns font ce qu\u2019il faut faire | pendant que la mer se retire, le miroir se reforme sur l\u2019\u00e9tendue mouill\u00e9e pour accueillir un ciel d\u2019encre &nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et pendant que tout recommence, ce qui se finit prend place | pendant que tu fais le tri, p\u00e8sent \u00e0 \u00e9galit\u00e9 &nbsp;dans la balance les raisons de garder et les raisons de se d\u00e9faire &nbsp;| pendant que les grandes bernaches colonisent la pelouse du stade, les &nbsp;enfants r\u00eavent de ballon rond | &nbsp;pendant qu\u2019elle pr\u00e9pare des douceurs relatives dans sa cuisine, ses semblables et ses diff\u00e9rentes se pr\u00e9parent au pire | pendant qu\u2019il est question d\u2019illuminations et de feux d\u2019artifice sobres, des villes s\u2019\u00e9teignent, \u00e9clair\u00e9es sporadiquement par les explosions des drones | pendant qu\u2019ils parlent, on se tait | pendant que j\u2019y suis, j\u2019y reste | &nbsp;pendant que la roue tourne, les passagers clandestins s\u2019organisent | pendant que tu suis le mouvement, te pr\u00e9c\u00e8dent les d\u00e9tenteurs officiels | pendant que j\u2019\u00e9coute la valse folle de la vie, le silence se reconstitue en contre-plong\u00e9e au-dessus de la m\u00eal\u00e9e | pendant que tu y es, dis-moi &nbsp;| pendant que s\u2019agr\u00e8gent les temp\u00eates je pars en reconnaissance | pendant que tu t\u2019interroges, le chemin trac\u00e9 prend de l\u2019\u00e2ge | pendant que tu fais ce que tu crois devoir faire, tu explores l\u2019intervalle et moi aussi, comme je peux<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#09 Note de l\u2019\u00e9loignement.<\/strong> <strong>Le 18 novembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>(Le dire pour ne pas en rester l\u00e0&nbsp;?) Ne pas s\u2019attarder sur les soucis les syst\u00e8mes de mise \u00e0 feu et \u00e0 sang les injures du temps et &nbsp;les autres, celles qui tentent d\u2019atteindre la mani\u00e8re-m\u00eame dont on les re\u00e7oit &nbsp;les bruits de bottes \u00e9crasant les chemises brod\u00e9es d\u00e9j\u00e0 prises par la glace&nbsp;les arguments pr\u00e9venants qui tendent \u00e0 t\u2019entrainer ailleurs alors qu\u2019au fond de toi tu sais &nbsp;pourquoi et comment tu resteras malgr\u00e9 tout en pr\u00e9sence de son \u0153uvre la poussi\u00e8re sous le tapis le trop-plein les larmes de la petite fille s\u00e9par\u00e9e pour son bien de sa m\u00e8re dans le cadre de la protection de l\u2019enfance&nbsp; les questions qui f\u00e2chent quand elles sont les b\u00e9liers de l\u2019intrusion complaisante la porte d\u00e9finitivement close&nbsp;la place occup\u00e9e par l\u2019incompr\u00e9hension les contorsions du black Friday la disparition des rep\u00e8res le retard pris le hurlement des sir\u00e8nes et le feu clignotant des gyrophares<\/p>\n\n\n\n<p><strong># 08. Note des noms entrecrois\u00e9s. Le 17 novembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Paul Gauguin Claude Monet Jacques Pr\u00e9vert Georges Delbard Souad Massi Jean-Baptiste Javon Sylvain Caubert Roger Salengro Louis Pasteur Germain (saint) Youssef Zaki Jean-Baptiste Berthier Berthe Dufour n\u00e9e Le Proux de la Rivi\u00e8re Artisan Michelet Louis-Augustin Bosc d\u2019Antic Bachir Ami Armand Hayem Victor Hugo Samira Courage Rosa Ch.E<\/p>\n\n\n\n<p><em>En enfilade &nbsp;le d\u00e9roul\u00e9 des noms aujourd\u2019hui m\u00eame et tout de suite ce qu\u2019ils rassemblent leur pr\u00e9sence inscrite dans l\u2019\u00e9vidence comme dans l\u2019anonymat pour nous sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9 dans le grand flux des noms qui s\u2019allument encore ou de ceux que nul ne retiendrait s\u2019il n\u2019y avait pas le flux le flow transporteur avec tout ce qu\u2019on pourrait dire d\u2019eux connus et inconnus m\u00eame que dans le connu il y a de l\u2019inconnu et r\u00e9ciproquement ce qu\u2019on retient d\u2019eux ou pas Berthe si patiente pr\u00e8s de la fen\u00eatre \u00e2me &nbsp;s\u0153ur \u00e2me as-tu vu revenir &nbsp;avant de partir tous tes enfants n\u00e9s du choc des deux cultures et ton nom m\u00eame pas grav\u00e9 sur ta tombe pendant que dans les rues &nbsp;bienfaiteurs et artistes embl\u00e9matiques pavoisent alors comme consolation on pourrait lire \u00e0 voix haute tous les noms enfin r\u00e9unis hors hi\u00e9rarchie sur une immense feuille virtuelle pour qu\u2019au moins on devine on r\u00eave on pense \u00e0 l\u2019\u00e9coute<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>#07. Note aux trois visages. Le 16 novembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Parfum \u00e0 la h\u00e2te, sonnerie de l\u2019\u00e9cole en t\u00eate, une petite main dans la sienne, elle se d\u00e9p\u00eache. Largue l\u2019enfant. Coup d\u2019\u0153il et geste d\u2019au revoir, rapides. Seule de nouveau, fait volte-face et, t\u00e9l\u00e9phone en main, court vers l\u2019arr\u00eat de bus. | A pas lents, il rassemble m\u00e9thodiquement le troupeau des feuilles mortes avec un aspirateur-souffleur. Casque anti-bruit sur les oreilles, gilet plus orange que les feuilles pourchass\u00e9es, il avance. | Pench\u00e9 sur une feuille, visage cach\u00e9 par des boucles blondes, le petit gar\u00e7on marocain dessine les h\u00e9ros Captain Am\u00e9rica et Thanos. R\u00e9dige en deux lignes leur aventure&nbsp;: ils ont battu une arm\u00e9e enti\u00e8re. Fin de l\u2019histoire&nbsp;: c\u2019est \u00e9crit. | Ch.E<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#06. Note du sycomore. Le 15 novembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Personne d\u2019autre que moi n\u2019aurait remarqu\u00e9 l\u2019importance de l\u2019arbre \u2013 non loin de la fen\u00eatre \u2013 au moment de la danse matinale \u2013 centr\u00e9e sur la pr\u00e9sence immobile, colonne vert\u00e9brale qui d\u00e9livre l\u2019id\u00e9e et la tension du geste. Proposition silencieuse. Les feuilles rougeoyantes rest\u00e9es accroch\u00e9es cachent de moins en moins l\u2019imploration des branches, la torsion, l\u2019\u00e9lan, l\u2019inscription du jour. C\u2019est l\u00e0 que se trouve l\u2019intensit\u00e9 qui me sert de tronc chaque fois que je puise en lui la force de la danse, celle qui ouvre l\u2019\u00e9criture. Je crois que c\u2019est un sycomore. Jusqu\u2019\u00e0 maintenant&nbsp;: debout. Ch.E<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>&nbsp;(Note annexe<\/strong>. Confirmation de d\u00e9p\u00f4t d\u2019observation sur le registre \u00e9lectronique. 23 septembre 22.)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Vous avez d\u00e9pos\u00e9 une observation sur le registre \u00e9lectronique du projet DDT95 &#8211; FORET MONTMORENCY.<br><br>Nous vous remercions de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat que vous y portez. Num\u00e9ro de l&rsquo;observation : 30.<br>Texte de l&rsquo;observation.<\/em>&nbsp;Depuis de nombreuses ann\u00e9es, marchant r\u00e9guli\u00e8rement en for\u00eat, je n&rsquo;ai d&rsquo;abord pas observ\u00e9 d&rsquo;activit\u00e9 foresti\u00e8re particuli\u00e8re. Il y a environ 3 ans, la donne a chang\u00e9 : d&rsquo;abord des points rouges et jaunes sur de nombreux arbres notamment dans le p\u00e9rim\u00e8tre du ch\u00e2teau de la Chasse, des panneaux&nbsp;: \u00ab\u00a0Nous pr\u00e9parons la for\u00eat de demain\u00a0\u00bb puis d&rsquo;autres panneaux d&rsquo;alerte \u2013 \u00e0 propos de la maladie de l&rsquo;encre, puis quelques mois plus tard, maladie du fr\u00eane. Autant d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments compr\u00e9hensibles a priori, s&rsquo;agissant aussi du changement climatique. Sauf que nous avons assist\u00e9 impuissants \u00e0 des s\u00e9quences g\u00e9antes d&rsquo;abattage englobant non seulement des ch\u00e2taigniers malades &nbsp;\u2013 ce qui se comprend \u2013, des fr\u00eanes &nbsp;\u2013 ce qui peut se comprendre sauf que l&rsquo;INRA pr\u00e9cise que des fr\u00eanes dans la force de l&rsquo;\u00e2ge ne sont pas sujets \u00e0 la maladie \u2013 mais aussi toutes sortes d&rsquo;essences ( h\u00eatres, tilleuls, ch\u00eanes \u2013 arbres parmi lesquels 3 magnifiques ch\u00eanes plusieurs fois centenaires, patrimoniaux \u2013 ils ont vu passer Hugo et peut-\u00eatre Rousseau, sans parler des autres \u2013, et pas du tout malades au bord de l&rsquo;\u00e9tang de Montlignon.). Certes l&rsquo;exploitation foresti\u00e8re des arbres\u00a0\u00bb arriv\u00e9s \u00e0 maturit\u00e9 \u00a0\u00bb se comprend mais on \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence bien au-del\u00e0. Pendant des mois, de magnifiques grumes ont \u00e9t\u00e9 empil\u00e9es le long des all\u00e9es sur des centaines et des centaines de m\u00e8tres. Et cela partout dans la for\u00eat. Dans les hauteurs de Margency, m\u00eame chose. A certains endroits, empilements de troncs sur des kilom\u00e8tres. Sans parler des d\u00e9g\u00e2ts faits par de monstrueux engins ni du massacre de la flore et de la faune. Certes quelques parcelles ont \u00e9t\u00e9 replant\u00e9es mais sans masquer la folle<br>fi\u00e8vre d&rsquo;abattage mettant en \u00e9vidence des int\u00e9r\u00eats autres qu&rsquo;\u00e9cologiques. Comme beaucoup de citoyens, apr\u00e8s un sentiment de col\u00e8re et d&rsquo;impuissance, j&rsquo;ai sign\u00e9 la p\u00e9tition lanc\u00e9e par la Maire de Taverny, et j\u2019ai constat\u00e9 au cours de nos promenades que les panneaux p\u00e9dagogiques expliquant en des endroits strat\u00e9giques les travaux pour \u00ab\u00a0la for\u00eat de demain\u00a0\u00bb avaient \u00e9t\u00e9 assortis de commentaires du style \u00ab\u00a0Mensonge&nbsp;! Profiteurs !\u00a0\u00bb &#8230; L\u00e0 o\u00f9 beaucoup d&rsquo;arbres ont \u00e9t\u00e9 abattus, on a des ronciers ; la for\u00eat n&rsquo;est pas nettoy\u00e9e (enlever branches ou arbres morts dangereux n&rsquo;est sans doute pas rentable, contrairement aux arbres \u00ab\u00a0frais\u00a0\u00bb et puis il faut recr\u00e9er de l&rsquo;humus disent les sp\u00e9cialistes). Alors, classement de la for\u00eat, moratoire sont urgents, m\u00eame si le mal est fait, les \u00e9normes op\u00e9rations foresti\u00e8res ayant certainement permis aux int\u00e9ress\u00e9s de r\u00e9colter des millions d&rsquo;euros. A partir de justes d\u00e9cisions, il sera possible, je l&rsquo;esp\u00e8re, d&rsquo;\u00e9viter d&rsquo;autres massacres \u00e0 la tron\u00e7onneuse.<br><br><\/p>\n\n\n\n<p><strong>#05. Note petit ciel du jour. Le 14 novembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si quelques arbres de la cit\u00e9 n\u2019\u00e9taient pas l\u00e0 pour le d\u00e9signer, l\u2019\u00e9pingler, le retenir, le ciel passerait inaper\u00e7u. Par la fen\u00eatre&nbsp;: &nbsp;\u00e9cran de fum\u00e9e immobile, gris blanc d\u2019une absence. Rien ne dit que le ciel \u00e9blouissant d\u2019avant reviendra. Pas de mar\u00e9e pour dicter au ciel la conduite du jour, les miroitements des nuages sur le sable dont l\u2019eau ne s\u2019est pas tout-\u00e0-fait retir\u00e9e ; pas l\u2019impression d\u2019\u00eatre dans un tableau o\u00f9 tout est c\u00e9l\u00e9bration de l\u2019encre et de l\u2019aquarelle. &nbsp;Pas la certitude qui traversait, il y a peu&nbsp;: tu marches dans le reflet du ciel, il est l\u00e0 de nouveau. Une \u00e9vidence alors, dans la fusion des espaces parcourus. L\u00e0 non. Pourtant, dans le temps de la note, l\u2019imperceptible d\u00e9chirure voit le jour et une trace bleue fait signe aujourd\u2019hui. Ch.E<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/ciel-gris-du-14.11.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-99989\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/ciel-gris-du-14.11.jpg 640w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/ciel-gris-du-14.11-420x315.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/ciel-avec-un-peu-de-bleu-le-14.11.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-99990\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/ciel-avec-un-peu-de-bleu-le-14.11.jpg 640w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/ciel-avec-un-peu-de-bleu-le-14.11-420x315.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/ciel-magique-Dossen-le-4.11.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-99991\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/ciel-magique-Dossen-le-4.11.jpg 640w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/ciel-magique-Dossen-le-4.11-420x315.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>#04 Note petit matin. Le 13 novembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le son tout proche\u2026 Impression du visage \u2026Reste ! ChE<\/p>\n\n\n\n<p><em>Un \u00e9tat, que seuls ceux qui sont pass\u00e9s par l\u00e0 comprennent. D\u2019autres ont dit&nbsp;: avec le temps, tu verras, on s\u2019y fait, on se fait \u00e0 tout. Ce genre de choses. Ce n\u2019est pas qu\u2019on ne s<strong>\u2019y<\/strong> fait pas <strong>(Y<\/strong> est une dr\u00f4le de lettre, dans le contexte) mais ce qui se passe ensuite est impossible \u00e0 partager sauf peut-\u00eatre dans le prisme de l\u2019\u00e9criture et de la nuit. Bien souvent les deux vont de pair. La preuve&nbsp;: un son qui revient en r\u00eave, comme celui d\u2019un archet qui filerait une note intense et longue, celle d\u2019une cascade de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la vitre. Alors on se sent pr\u00eats, et pr\u00e8s. Le visage perdu n\u2019est pas loin, il faut juste \u00e9couter ce son-l\u00e0, unique, pour l\u2019accueillir. Mais voil\u00e0, un bruit l\u00e9ger ou le jour qui pointe et c\u2019est le r\u00e9veil : un renoncement cruel mais provisoire. Alors on vaque \u00e0 ses occupations. Une chance aujourd\u2019hui&nbsp;: &nbsp;jour entier de r\u00e9p\u00e9tition pour le ch\u0153ur, un peu en retard pour le concert \u00e0 venir. De quoi adopter clandestinement le r\u00e9seau des voix , respiration pour guetter en plein jour le son, passerelle vers le visage qu\u2019on sait. Une nouvelle nuit&nbsp;: proche.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>#03. Note autour d\u2019il aurait fallu (il faudra, il faut.) Le 12 novembre 22<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Carr\u00e9 de ciel pli\u00e9, diagonale : il est midi. Dans la trop grande surface, moins de monde pour les courses. Il fait un peu froid dans les all\u00e9es de l&rsquo;immense pr\u00e9sentoir et tu te h\u00e2tes en longeant tous les bacs pleins d&rsquo;objets aux prix cass\u00e9s. Envie de fuir. Une caisse libre, avec sa paroi de plexiglas. La caissi\u00e8re explique \u00e0 la personne pr\u00e9c\u00e9dente qu&rsquo;elle n&rsquo;aura pas de pause avant dix-sept heures et qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas eu le temps de manger. Elle a sur les \u00e9paules une petite laine. Un petit ch\u00e2le. Parce qu&rsquo;en plus, ils baissent vraiment un peu beaucoup le chauffage, vous comprenez. Tu t&rsquo;insurges int\u00e9rieurement : comment \u00e7a, pas de pause ?&nbsp; Et l\u00e0, tout l&rsquo;apr\u00e8s-midi, \u00e0 ne pas bouger. Il faudrait voir la direction, faire quelque chose. Elle sourit tristement, te rappelle quelqu\u2019un. Tu lui souhaites lamentablement bon courage en t&rsquo;\u00e9loignant. Tu reviendras avec une \u00e9tole pour elle, un cadeau que tu lui remettras, accompagn\u00e9 d\u2019un petit mot. La lettre \u00e0 la direction, c&rsquo;est fait. Ch.E<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les notes sont reli\u00e9es au silence, aux images qui se d\u00e9plient, aux d\u00e9cisions prises, \u00e0 celles qui nous \u00e9chappent, \u00e0 ce qui pousse \u00e0 d\u00e9chiffrer la partition au moment o\u00f9 elle s\u2019\u00e9crit. L\u00e0, c\u2019\u00e9tait trop grande surface gla\u00e7ante, demain ce sera r\u00e9p\u00e9tition du ch\u0153ur. Et d\u2019autres notes en attente.  Lesquelles<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>#02. Note du ch\u00e2le. Le 11 novembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sans doute tr\u00e8s grand, un carr\u00e9 pli\u00e9 en deux, cachemire pas s\u00fbr car dans le vieux petit film de l\u2019entre-deux-guerres elle danse avec dans un jardin \u2026 Jeune fille pendant la grande guerre, jeune m\u00e8re pendant la seconde\u2026 Le ch\u00e2le, un grand abri souple et doux qui tourne autour d\u2019elle\u2026 et me voil\u00e0, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s la fin des combats&nbsp;: ma grand-m\u00e8re paternelle a pos\u00e9 son ch\u00e2le sur un fauteuil\u2026 elle ne le porte plus\u2026 &nbsp;J\u2019ai sept ans peut-\u00eatre, je m\u2019enveloppe dans le beau tissu frang\u00e9, je fais comme elle\u2026 elle me surprend, sourit \u2026 me donne la main en marchant dans les feuilles mortes, disparait un an apr\u00e8s\u2026Ch.E<\/p>\n\n\n\n<p><em>C\u2019est la deuxi\u00e8me carte. L\u2019image du ch\u00e2le m\u2019a envahie. Apr\u00e8s la note, il faisait un peu frais, je me suis envelopp\u00e9e dans une \u00e9tole de laine bon march\u00e9. J\u2019ai regard\u00e9 la photo de Mano fianc\u00e9e, donn\u00e9e par mon grand-p\u00e8re quand j\u2019avais dix-huit ans:  je voulais qu\u2019il me parle d\u2019elle, dont je reconnaissais en moi l\u2019empreinte floue. &nbsp;Puis j\u2019ai pris le temps de rechercher les ch\u00e2les dans la litt\u00e9rature&nbsp;: celui de Cynthia Ozick, \u00e0 la trame tragique&nbsp;; celui de Zeineb, par Le\u00efla Hamouten tissant les horreurs de la colonisation&nbsp;; celui de Marie Curie par D\u00e9borah L\u00e9vy-Bertherat qui le transforme en lien onirique entre deux femmes\u2026J\u2019arr\u00eate l\u00e0 car le ch\u00e2le grandit \u00e0 vue d\u2019\u0153il et je dois partir.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>#01. Note nuit. Le 10 novembre 22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Impr\u00e9vue, la note elle-m\u00eame dans ce qu\u2019elle appelle. La nuit quand elle se pr\u00e9sente. Au bord du sommeil. Lancinante. Une douleur qui lance&nbsp;?&nbsp; Ou r\u00e9sonne. Elle a deux \u00e9quivalents&nbsp;: son grave de la corde tendue (la de la harpe) et voix de Denez dans la gwerz&nbsp; Kiev. Se relever pour l\u2019\u00e9crire. Ch.E<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ce matin, une carte de visite pos\u00e9e sur l\u2019ordinateur&nbsp;: inscrite dessus, la note nuit. Il \u00e9tait tr\u00e8s tard ou tr\u00e8s t\u00f4t quand elle s\u2019est impos\u00e9e, j\u2019ai pris ce qui me tombait sous la main pour la recueillir. Un rectangle blanc dans une boite transparente. Carte de visite sans nom. Alors j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 que les 40 fois ce serait l\u00e0, sur les cartes de visite, une d\u00e9clinaison du carnet. Puis j\u2019ai survol\u00e9 en ligne les carnets individuels. Image de l\u2019Arche de No\u00e9, toutes les vies embarqu\u00e9es. Apr\u00e8s la quarantaine, quelles rives ? Aujourd\u2019hui tri et attente des nouvelles. Dehors les arbres sont roux et la petite voiture bleue de l\u2019aide-soignante un peu \u00e2g\u00e9e et si vaillante a d\u00e9coll\u00e9 comme toujours \u00e0 la m\u00eame heure.&nbsp;<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#40. Note de la poursuite. Le 20 d\u00e9cembre 22 Relativiser&nbsp;: importance des gouttes d\u2019eau dans la mer ou des notes dans l\u2019immense partition. Resserrer&nbsp;: contre le gaspillage des mots dans le r\u00e9servoir que guette l\u2019\u00e9puisement plan\u00e9taire. R\u00e9sister&nbsp;: verbe de l\u2019action qui mobilise chacun.e au quotidien. Se d\u00e9faire de&nbsp;: le verbe pronominal vient d\u2019abord \u00e0 l\u2019esprit. 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