{"id":98039,"date":"2022-12-21T17:19:02","date_gmt":"2022-12-21T16:19:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=98039"},"modified":"2022-12-21T17:19:03","modified_gmt":"2022-12-21T16:19:03","slug":"carnet-individuel-du-peu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-individuel-du-peu\/","title":{"rendered":"carnets individuels | Du peu | Solange Vissac"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"193\" height=\"151\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/515BSJ44VWL._SX195_.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-98044\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>#40 <strong>Choses \u00e0 m\u00e9diter<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>( attente derri\u00e8re la vitre que les ombres de la nuit se dissipent)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>personne ne peut rien \u2014 seul soi et son obstination \u2014 c\u2019est l\u2019au-del\u00e0 de la raison \u2014 \u00e0 chacun la d\u00e9finition de ses obligations \u2014<\/p>\n\n\n\n<p>du peu du r\u00e9el malaxer les atomes \u2014 chacun dans sa vie \u2014 aff\u00fbter le regard \u2014 prendre le dehors comme on prend le soleil \u2014<\/p>\n\n\n\n<p>le dehors c\u2019est aussi l\u2019\u00e9cran \u2014 ou le livre \u2014 ou quelque chose qu\u2019on entend \u2014 c\u2019est tout ce qui produit un \u00e9cho \u2014<\/p>\n\n\n\n<p>comme on enfile un type de v\u00eatement \u2014 jean chemise pull large \u2014 trouver sa forme d\u2019\u00e9criture \u2014 se sentir \u00e0 l\u2019aise \u2014 faire des essayages \u2014<\/p>\n\n\n\n<p>ne pas craindre les contraintes \u2014 les adorer \u2014 les cajoler \u2014 les cultiver \u2014 les remercier pour ce qu\u2019elles lib\u00e8rent \u2014<\/p>\n\n\n\n<p>regarder le jour qui passe comme au travers d\u2019une jalousie \u2014 ce treillis au travers duquel on voit sans \u00eatre vu \u2014 avec ses claires-voies \u2014<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e9crire ce qui est filtr\u00e9 du dehors \u2014 l\u2019au-del\u00e0 de la fen\u00eatre \u2014 l\u2019\u00e9cran \u2014 le livre \u2014 l\u2019\u00e9coute \u2014<\/p>\n\n\n\n<p>tenir pr\u00e8s de soi un livre \u2014 aux solitudes partag\u00e9es \u2014 pour l\u2019envol de deux ou trois mots \u2014 une image qui se cr\u00e9e \u2014 une ombre qui se profile \u2014<\/p>\n\n\n\n<p>entre ombres et lumi\u00e8res \u2014 poser son \u00e9criture \u2014 d\u00e9finir le nombre de contraintes \u2014 penser ponctuation \u2014 penser nombre de mots \u2014 penser forme \u2014 penser temps \u2014 penser r\u00e9gularit\u00e9 \u2014 penser bien-\u00eatre \u2014<\/p>\n\n\n\n<p>penser outils \u2014 stylo ordinateur \u2014 police de caract\u00e8re \u2014 penser dates \u2014 penser moment \u00e0 soi qu\u2019on aime bien \u2014<\/p>\n\n\n\n<p>penser carnet d\u2019ouverture \u2014 penser d\u00e9tails de pas grand-chose \u2014 penser paroles de rien \u2014 penser routine n\u00e9cessaire \u2014 penser moment \u00e0 soi qu\u2019on aime bien \u2014<\/p>\n\n\n\n<p>penser \u00e0 la steppe en soi \u2014 penser se recentrer \u2014 penser aux solitudes des songes \u2014 penser au socle de l\u2019arri\u00e8re-pays \u2014<\/p>\n\n\n\n<p>penser vision \u2014 penser jalousie du jour avec ses claires-voies \u2014 penser aller marcher aussi \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>(pendant tout ce carnet se dire qu\u2019on s&rsquo;est senti bien et c\u2019est immense)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>#39 Choses qui resteront dans le secret<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>#38 <strong>Choses intrigantes et n\u00e9cessaires<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>( de la dentelle sur la v\u00e9randa, l\u2019au-del\u00e0 est froid)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>des couleurs n\u2019en ai aucune id\u00e9e \u2014 mais de l\u2019espace et du temps remani\u00e9s \u2014 recompos\u00e9s sur des places ou des maisons incurv\u00e9es \u2014 tenir son \u00e9quilibre est parfois difficile \u2014 les personnes sont petites \u2014 elles viennent de l\u2019autre monde souvent \u2014 celui des morts \u2014 ou bien ce sont des \u00eatres que je ne croise plus \u2014 que j\u2019aimerais bien revoir \u2014 et il y a toujours cette difficult\u00e9 \u00e0 parvenir jusqu\u2019\u00e0 eux \u2014 quelque chose se disloque \u2014 peu souvent de la peur\u2014 mais la perte oui \u2014 et le d\u00e9sir de tout pr\u00e9server au r\u00e9veil \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant les r\u00eaves quel souffle traverse<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#37 <strong>Choses qui font partie de soi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>(comme un matin de presque hiver)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>la table est ronde\/ et ma m\u00e9moire aussi\/ je me souviens de tout le monde\/ m\u00eame de ceux qui sont partis<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>ces quatre vers d\u2019une belle \u00e9criture pench\u00e9e \u2014 appos\u00e9s sur une planche en bois \u2014 accroch\u00e9e sur un mur de la maison de campagne \u2014 ces vers lus et relus \u2014 lorsqu\u2019assis autour de la table familiale \u2014 les yeux finissaient toujours par se poser dessus \u2014 avec le p\u00e8re \u00e0 toujours \u00e9voquer le pass\u00e9 \u2014 puis un jour s\u2019immerger dans Pierre Reverdy \u2014 et lire <em>Tard dans la nuit \u2014 <\/em>et retrouver ses mots \u00e0 la toute fin du po\u00e8me \u2014 une part de soi \u00e9cartel\u00e9e l\u00e0 dans un livre \u2014 porte ouverte de la parole \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>les horizons m\u2019encerclent comme des fagots<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>vingt-trois ans que ces mots me traversent \u2014 les premiers lus de Sylvia Plath \u2014 les premiers d\u2019une longue connivence \u2014 j\u2019ai d\u00e9vor\u00e9 ensuite tous ses livres \u2014 comment ces mots \u00e9crits quarante ans plus t\u00f4t pouvaient dire ce moment de ma vie \u2014 combien l\u2019image offerte \u00e9tait juste et forte \u2014 et combien cette autrice a de l\u2019importance pour moi \u2014 oui tout aurait pu br\u00fbler autour \u2014 tout se consumer et se d\u00e9liter \u2014 d\u2019autres mots m\u2019ont sans doute sauv\u00e9e \u2014 mais ceux-ci \u00e0 l\u2019empreinte dense \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>rien que du blanc \u00e0 songer<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>atelier d\u2019\u00e9criture d\u2019une semaine \u00e0 Cheyne en Haute-Loire \u2014 il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es \u2014 et cette phrase de Rimbaud offerte \u2014 qui reviendra souvent sur mes l\u00e8vres \u2014 face au paysage bien s\u00fbr \u2014 mais face aussi \u00e0 la page blanche \u2014 ou aux livres de certains auteurs \u2014 dont les espaces vierges sur la page laissent au lecteur du temps \u2014 ne pas tourner la page trop vite \u2014 prendre le temps de la relecture du fragment \u2014 prendre le temps du silence \u2014 ou du rien \u2014 le temps du souffle \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>j\u2019avance avec de l\u2019ombre sur les \u00e9paules<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>alors bien s\u00fbr <em>le blanc \u00e0 songer<\/em> s\u2019est gliss\u00e9 entre les mots d\u2019Andr\u00e9 Du Bouchet \u2014 m\u00eame si l\u2019\u00e9criture semble aride \u2014 elle me nourrit \u2014 m\u2019incite chaque jour \u00e0 me tenir devant la page blanche \u2014 \u00e0 marcher aussi avec l\u2019\u0153il aux aguets \u2014 \u00e0 scruter les ajours \u2014 \u00e0 tenir des carnets \u2014 \u00e0 poser la main sur l\u2019\u00e9corce des arbres \u2014 \u00e0 habiter le blanc de la page \u2014 \u00e0 conserver l\u2019\u00e9clat du jour \u2014 \u00e0 aimer me tenir dans l\u2019\u00e9cart \u2014 \u00e0 me d\u00e9salt\u00e9rer d\u2019air \u2014 \u00e0 rester suspendue \u00e0 l\u2019horizon \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>certains textes deviennent de v\u00e9ritables lieux<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>de ce m\u00eame stage ou Du Bouchet me fut r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u2014 s\u2019ensuivit logiquement Antoine Emaz \u2014 et ce livre <em>Plaie \u2014 <\/em>longtemps gard\u00e9 \u00e0 port\u00e9e de main <em>\u2014 <\/em>lu et relu \u2014 \u00e0 la travers\u00e9e de deuils \u2014 et leur tra\u00een\u00e9e de cendres \u2014 et ne plus se sentir tout \u00e0 fait seule \u2014 et ce dehors souvent si difficile \u00e0 appr\u00e9hender \u2014 alors la glycine dans le jardin pour Emaz \u2014 la bruy\u00e8re pour moi \u2014 et on reprend le dessus \u2014 avec l\u2019aide des mots \u2014 leurs ricochets \u2014 et le crat\u00e8re du temps \u2014 qui se comble \u2014 peu \u00e0 peu \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant la mise en feu de ces souvenirs comme <\/em><em>une joie<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#36 <strong>Choses du quotidien des mots<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>(des averses drues et tristes)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>il y a les phrases de la nuit \u00e9vanescentes \u2014 et celles accroch\u00e9es aux tempes \u2014 il y a les mots de tendresse pour se souhaiter le bonjour \u2014 il y a le regard pos\u00e9 sur le dehors et son palimpseste \u2014 il y a l\u2019\u00e9cran du t\u00e9l\u00e9phone en buvant le th\u00e9 \u2014 avec les chroniques d\u2019Andr\u00e9 Markowicz pour se br\u00fbler au r\u00e9el \u2014 il y a les mails devant l\u2019ordi apr\u00e8s le th\u00e9 \u2014 les r\u00e9ponses \u00e0 envoyer \u2014 il y a la liste des choses \u00e0 faire pour ce jour \u2014 on consulte celle du jour d\u2019avant \u2014 tout n\u2019est pas ray\u00e9 de rouge \u2014 il y a la consigne re\u00e7ue la veille au soir \u00e0 relire \u2014 on ouvre un livre \u2014 quelques lignes pour la route \u2014 on trace les premiers mots \u2014 on \u00e9crit \u2014 ne pas rester trop longtemps assise \u2014 on va on vient \u2014 on m\u00e2che les mots \u2014 on \u00e9vite de parler \u2014 on se perd aussi sur l\u2019\u00e9cran \u00e0 chercher ce qu\u2019on ne savait pas vouloir \u2014 des mots ici ou l\u00e0 percutent \u2014 des mots que l\u2019on n\u2019attendait pas \u2014 cela s\u2019\u00e9crit \u2014 sortir marcher l\u2019apr\u00e8s-midi \u2014 lire au retour \u2014 et pr\u00e9parer un atelier d\u2019\u00e9criture \u2014 une s\u00e9ance sur Virginia Woolf et les m\u00e9taphores \u2014 se plier et d\u00e9plier dans une langue \u2014 s\u2019essouffler dans le flou de la sienne \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant le flux du temps tenter de le dire<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#35 <strong>Choses qui se terrent quelque part<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>(un peu de douceur, adieu neige)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>sans empreinte \u2014 sans vestige de leur passage \u2014 dans le ciel d\u00e9sormais rugueux de la m\u00e9moire \u2014 ou alors ils ne sont que poussi\u00e8re \u2014 ce sont toutes les fins de livres \u2014 ou de films \u2014 les naissances d\u2019un roman laissent traces \u2014 les \u00e9pilogues ne s\u2019impriment pas \u2014 les premi\u00e8res phrases taraudent \u2014 les excipit se d\u00e9litent se perdent se meurent \u2014 et laissent ainsi le bonheur de pouvoir relire sans fin \u2014 mais cherchant un peu sur les livres allong\u00e9s l\u00e0 \u2014 un \u00e9clat \u2014<em> j\u2019ai eu ma vision \u2014<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>p<\/em><em>endant que les mots se cherchent d\u2019autres s\u2019articulent<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#34 <strong>Choses qui pourraient s\u2019\u00e9crire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>( paysage enneig\u00e9 la lumi\u00e8re vient d\u2019en-bas)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>le t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 la main \u2014 mais pas pour parler \u2014 l\u2019allure est lente \u2014 elle fr\u00f4le le quotidien \u2014 une photo \u2014 elle se tient en attente \u2014 elle erre dans la ville \u2014 une photo \u2014 de mani\u00e8re soudaine \u2014 puis reprend sa marche sans but \u2014 s\u2019arr\u00eate sur le pont \u2014 dessous l\u2019eau s\u2019\u00e9chappe \u2014 une photo \u2014 le fil du temps \u2014 un pr\u00e9sent captur\u00e9 \u2014 quelque chose se passe \u2014 seule elle capte ce presque rien \u2014 quel aimant l\u2019attire \u2014 quelle n\u00e9cessit\u00e9 \u2014 quel miroir \u2014 qui sinon Virginia pour ce d\u00e9-placement \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant tous les pendant l\u2019esprit rumine<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#33 <strong>Choses qu\u2019il faut faire sans trop savoir pourquoi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>( le ciel est clair et le froid s\u2019est ancr\u00e9)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>poser l\u2019esprit au-dehors \u2014 derri\u00e8re la vitre \u2014 o\u00f9 survit le jardin \u2014 le ciel les arbres la bruy\u00e8re \u2014 toujours dans cet ordre \u2014 les m\u00e9sanges parfois \u2014 puis un livre dans le hasard des pages \u2014 ces jours-ci Du Bouchet ou \u00c9maz \u2014 lire sans lire \u2014 d\u2019un esprit flottant \u2014 d\u2019un pas l\u2019autre \u2014 sans trop voir \u2014 puis deux ou trois mots font socle \u2014 et se mettent \u00e0 lancer l\u2019\u00e9cho \u2014 le livre se referme \u2014 tenir le fil de ce qui pourrait na\u00eetre \u2014 les doigts sur le clavier \u2014 un chemin peut-\u00eatre \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant l\u2019\u00e9chapp\u00e9e au-dehors l\u2019index sur de petits cristaux<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#32 <strong>Choses qui nous hantent<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>( de la lumi\u00e8re et du froid)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>sept ans qu\u2019elle n\u2019est plus \u2014 et soudain ses mots cach\u00e9s dans un enregistrement surgissent \u2014 et le sourire sur son visage \u00e0 l\u2019\u00e9coute de sa voix \u2014 et l\u2019intensit\u00e9 de sa pr\u00e9sence \u2014 une main tendue quand il fallait \u2014 une mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart quand il fallait aussi \u2014 la braise de cette voix \u2014 ce souffle qui traverse les ann\u00e9es \u2014 et met en mouvement \u2014 repousse les parois du temps \u2014 appelle \u00e0 \u00eatre encore \u2014 \u00e0 aller toujours plus loin \u2014 \u00e0 d\u00e9border un peu de soi \u2014 avec la force d\u2019une voix \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant les plis du froid les pens\u00e9es \u00e9clatent<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#31 <strong>Choses qui donnent de la col\u00e8re<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>( rien que du blanc ce matin)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>de l\u2019incertitude de l\u2019avenir dans les lointains ou le quotidien \u2014 de l\u2019amputation des rires ici ou l\u00e0 \u2014 des d\u00e9chirements de l\u2019\u0153il \u00e0 fixer les images de guerre \u2014 de l\u2019instabilit\u00e9 du sol o\u00f9 pi\u00e9tinent nos pas \u2014 de tous ces<em> tais<\/em><em>-toi donc<\/em> qu\u2019on lance avec rage \u2014 de l\u2019immonde et des plaies qu\u2019on ne peut regarder \u2014 de ces vies \u00e9miett\u00e9es de ces voix \u00e9touff\u00e9es \u2014 des meurtrissures et meurtres de femmes en tous pays\u2014 de l\u2019articulation des mots pour expliquer cela \u00e0 ma petite-fille \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant que j\u2019enregistre, une sir\u00e8ne au loin<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#30 <strong>Choses qui auraient pu \u00eatre plus graves<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>(du brouillard et une pluie fine)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>s\u00e9questration d\u2019une femme et son enfant \u2014 dans un appartement de la ville \u2014 elle vient d\u2019Espagne \u2014 ne sait rien de la ville d\u2019ici &#8212; elle parvient \u00e0 faire des photos d\u2019immeubles en face \u2014 elle les envoie \u00e0 un proche en Espagne \u2014 via l\u2019ambassade les photos seront d\u00e9crypt\u00e9es \u2014 la rue est identifi\u00e9e \u2014 la porte est fractur\u00e9e \u2014 la femme sauv\u00e9e \u2014 une surveillance est mise en place \u2014 le ravisseur est interpell\u00e9 \u2014 la femme et l\u2019enfant sont en s\u00e9curit\u00e9 \u2014 tout est sous contr\u00f4le \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant que ce temps gris prend ses aises, on se recroqueville un peu<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#29 <strong>Choses \u00e0 refermer en soi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>(le soleil n\u2019est vraiment pas loin on y croit)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>s\u00fbr il aurait mieux valu ne pas \u2014 cette petite phrase qui pique \u00e0 peine \u2014 mais quand m\u00eame un peu \u2014 est-elle utile &#8212; elle ne soulage de rien \u2014 on la formule juste pour dire eh je suis l\u00e0 \u2014 et rappeler que sans moi la maison ne tournerait pas rond \u2014 des histoires de pouvoir en sorte \u2014 des rapports de force \u2014 ne rien l\u00e2cher \u2014 apr\u00e8s on n\u2019est d\u00e9lest\u00e9 de pas grand-chose \u2014 et \u00e7a ne changera pas le cours des vies \u2014 des histoires de beaut\u00e9 seraient mieux non \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant que l\u2019on parle est-ce qu\u2019on s\u2019\u00e9coute<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#28 <strong>Choses qui hantent<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>( le dehors comme un dedans bien pourri)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>que me reste-t-il d\u2019eux tous accroch\u00e9s sur le p\u00eale-m\u00eale des photos sur le mur que me reste-t-il de leurs vies de leurs pens\u00e9es de ce qu\u2019ils ont fait alors qu\u2019ils ne sont plus depuis plusieurs ann\u00e9es d\u00e9sormais qu\u2019est-ce que je sauve d\u2019eux quelle trace garder de ce qui n\u2019est plus quelles images sauvegarder et puis quelle trace vais-je laisser bien s\u00fbr tout est li\u00e9 eux moi l\u2019apr\u00e8s des jours et des ans le pr\u00e9sent si intense qui deviendra du sable et de la cendre m\u00eame si on voudrait bien laisser une trace<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant que je plonge mon regard dans ces visages disparus je crois que je souris<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#27 <strong>Choses de l\u2019\u00e9cart<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>(jardin de gel ciel de clart\u00e9)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>o\u00f9 l\u2019issue du corps \u2014 pieds qui se projettent \u2014 dans un avant sans espoir \u2014 main qui se tend \u2014 prend la tasse de th\u00e9 \u2014 la repose sur le bureau \u2014 et que dire de l\u2019esprit \u2014 enfin la pens\u00e9e \u2014 voudrait aller plus loin \u2014 mais se bloque l\u00e0 \u2014 ne d\u00e9bouche sur rien \u2014 les mains se joignent \u2014 puis se frottent \u2014 recherchent une chaleur int\u00e9rieure \u2014 sursauter au son d\u2019une voix qui interpelle \u2014 se tendre dans l\u2019intensit\u00e9 de la r\u00e9ponse \u2014 faire face au dehors \u2014 au mieux \u2014 dans une tension \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant l\u2019effort de l\u2019\u00e9cart, se sentir d\u00e9sorient\u00e9e<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#26  <strong>Choses qui ne sont pas claires<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>(comme une renaissance de voir enfin le ciel bleu)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>l\u2019\u0153il tente le dehors \u2014 aller dans l\u2019illisible \u2014 au travers de la bu\u00e9e et des traces du froid \u2014 flou et souffle s\u2019allient \u2014 se tenir dans ce flottement \u2014 cette \u00e9nigme de ce qui est \u2014 s\u2019y plaire \u2014 brouiller les certitudes \u2014 o\u00f9 le d\u00e9but \u2014 et o\u00f9 la finitude \u2014 n\u2019avoir que des peut-\u00eatre et des sans doute \u00e0 r\u00e9gurgiter \u2014 retrouver la vision de l\u2019enfant sans lunettes devant le tableau noir \u2014 cristaux de gel ou lumi\u00e8re c\u00e9leste \u2014 pr\u00e9f\u00e9rer le brouillard \u2014 au ras du flou \u2014 au ras de soi \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant que je scrute la vitre le ciel bleu se fait coupant<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#25 <strong>Choses \u00e0 regarder de pr\u00e8s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>( grisaille et bl\u00eamitude)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>affairement des mains \u2014 \u00e9plucher des pommes et des poires \u2014 les couper en quartiers \u2014 les veines saillent sous la peau \u2014 les rides s\u2019\u00e9tirent \u2014 les taches brunes s\u2019\u00e9talent \u2014 la peau est encore vive \u2014 creuser les sillons de la paume d\u2019un recroquevillement des doigts \u2014 sourire \u00e0 la pens\u00e9e des mois de l\u2019ann\u00e9e \u2014 compt\u00e9s sur les jointures \u2014 de la main de la m\u00e8re \u2014 toujours penser \u00e0 la m\u00e8re en regardant les mains \u2014 et \u00e0 la derni\u00e8re photo d\u2019elle &#8212; celle de sa main toute rid\u00e9e \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant la cuisson de la compote une odeur d\u2019enfance se r\u00e9pand<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#24 <strong>Choses qu\u2019il est n\u2019est pas mauvais de traverser<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>( le brouillard semblable \u00e0 celui des songes me prend dans ses filets)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>aucun poster \u2014 nulle couleur \u2014 un carr\u00e9 de fen\u00eatre opaque \u2014 pas de rideau \u2014 des murs blancs \u2014 beiges peut-\u00eatre \u2014 pas de table avec magazines \u2014 quatre chaises espac\u00e9es \u2014 du plastique sous les fesses \u2014 pas de musique d\u2019ambiance \u2014 seules les voix des passants qui passent \u2014 une feuille A4 punais\u00e9e sur le mur \u2014 horaires d\u2019ouverture et tarifs y sont notifi\u00e9s \u2014 aridit\u00e9 totale \u2014 seule dans la salle \u2014 juste soi avec soi \u2014 et ses pens\u00e9es qui passent \u2014 serait-ce absence ou pr\u00e9sence \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant cette sorte d\u2019inertie j\u2019accorde le corps \u00e0 la patience<\/em><\/p>\n\n\n\n<p># 23 <strong>Choses qui n\u2019en finissent pas de s\u2019accumuler<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>( les nuages se touchant tous dans une grande nu\u00e9e, ne peux les \u00e9num\u00e9rer)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>jour 2 du douzi\u00e8me mois de 2022 \u2014 ente 8 et 13 heures \u2014 racont\u00e9 6 histoires \u2014 dont une 3 fois \u2014 chant\u00e9 12 chansons \u2014 r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>Jean petit qui danse&nbsp;\u00bb<\/em> 48 fois \u2014 sorti 12 crayons de couleurs et deux stylos \u2014 taill\u00e9 2 crayons \u2014 \u00e9pluch\u00e9 6 carottes 4 pommes de terre et 2 oignons \u2014 vers\u00e9 4 poign\u00e9es de p\u00e2tes dans une casserole \u2014 n\u2019ai pas compt\u00e9 le nombre de p\u00e2tes \u2014 aimerais bien savoir enfin le nombre de freux qui viennent se coucher tous les soirs sur les 4 ou 5 arbres du boulevard \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant que cela s\u2019\u00e9num\u00e8re le r\u00e9veil change de minutes sans arr\u00eat<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#22<strong>Choses qui ont \u00e0 voir avec le ricochet \/2<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>( ferais bien une entaille dans le ciel pour y trouver de la lumi\u00e8re)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>difficile de savoir lequel \u2014 vouloir c\u00e9der quelque chose de bien \u2014 et penser \u00e0 la s\u00e9paration qui en r\u00e9sulte \u2014 r\u00e9aliser la difficult\u00e9 de l\u2019abandon \u2014 se focaliser sur le titre \u2014 il faut qu\u2019il donne envie \u2014 chercher encore dans les centaines de livres \u2014 la main h\u00e9site beaucoup \u2014 ouvre feuillette repose \u2014 celui-ci peut-\u00eatre \u2014 le parcourir un peu avant \u2014 il faut prendre le taureau par les cornes &#8212; celui-l\u00e0 \u2014 poser <em>Le go\u00fbt des mots<\/em> dans la bo\u00eete \u00e0 livres de la m\u00e9diath\u00e8que \u2014 les livres n\u2019y restent jamais longtemps \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant que je recherchais un livre, j\u2019en ai d\u00e9nich\u00e9 plein d\u2019autres o\u00f9 je voudrais bien replonger<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#21 <strong>Choses qui ont \u00e0 voir avec le ricochet<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>( comme si le jour refusait de se lever)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>penser \u00e0 r\u00e9diger ce mail \u2014 \u00eatre claire sans trop se livrer \u2014 ne poser qu\u2019un doigt dans l\u2019engrenage \u2014 imaginer toutes les cons\u00e9quences futures \u2014 se recentrer sur les bienfaits potentiels \u2014 tenter d\u2019att\u00e9nuer les cons\u00e9quences de cette d\u00e9cision \u2014 peser le pour et le contre \u2014 les risques ne sont pas si grands \u2014 se dire que c\u2019est un beau projet \u2014 \u00e9crire le message \u2014 relire et peser tous les mots \u2014 laisser reposer \u2014 se lancer dans une nouvelle aventure c\u2019est bien \u2014 cliquer sur envoyer \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant ce remuement de pens\u00e9es, s&rsquo;activer \u00e0 faire le m\u00e9nage<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#20 <strong>Choses qui s\u2019\u00e9changent en silence 2<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>(comme un monde tass\u00e9 sous le ciel sombre)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>besoin d\u2019une punaise \u00e0 t\u00eate noire \u2014 juste une \u2014 se rendre \u00e0 la papeterie \u2014 d\u00e9nicher les bo\u00eetes de punaises \u2014 penser juste une je pourrais la prendre et refermer la bo\u00eete \u2014 ni vu ni connu \u2014 la vendeuse est derri\u00e8re sa banque \u2014 absorb\u00e9e par une t\u00e2che qui lui fait froncer les sourcils \u2014 c\u2019est vraiment facile et franchement n\u2019est pas grave \u2014 et pourtant je prends la bo\u00eete \u2014 sors la carte bancaire \u2014 je n\u2019ai pas de monnaie \u2014 et paye 1,98 euro \u2014 le petit ange a gagn\u00e9 face au diablotin farceur \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant que j\u2019\u00e9coute un podcast, je joue au solitaire<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#19 <strong>Choses qui s\u2019\u00e9changent en silence<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>( un ciel d\u2019une ouate terne et sale)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>assise sur la terrasse au-dessus de la rue \u2014 elle regarde et surveille \u2014 toujours tr\u00e8s calme \u2014 seule sa t\u00eate balaie l\u2019air qui est frais ce matin \u2014 tourne \u00e0 droite \u00e0 gauche \u2014 au passage d\u2019une voiture \u2014 elle me reconna\u00eet \u2014 entre elle et moi un regard \u2014 peut-\u00eatre m\u00eame un sourire \u2014 je lance un timide bonjour Fiona \u2014 elle me r\u00e9pond&nbsp;\u2014 sa queue balaie le sol deux ou trois fois \u2014 une chienne qui n\u2019aboie presque jamais \u2014 mais dont le doux regard plonge dans le mien \u2014 ne suis pas s\u00fbre de voir quelqu\u2019un d\u2019autre aujourd\u2019hui \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant le croisement de regards la lumi\u00e8re se fait plus vive<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#18 <strong>Choses que l\u2019on souhaite conserver pour ne pas oublier<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>( il semblerait que le soleil chercherait \u00e0 percer la mati\u00e8re dense des nuages)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Et donc, par un accident incroyable, je suis confront\u00e9e \u2013 et c\u2019est une confrontation, extr\u00eamement violente \u2013 avec ce que j\u2019avais oubli\u00e9. Ce sont des caisses pleines d\u2019oubli&nbsp;; et si je les avais oubli\u00e9es, c\u2019est que j\u2019avais mes raisons. L\u2019oubli a une fonction de survie&nbsp;: si on n\u2019oubliait pas, on mourrait. Je ne dis pas qu\u2019il faut tout oublier, mais l\u2019oubliement est une fonction vitale, salutaire, n\u00e9cessaire&nbsp;; on enfouit par besoin de viv<\/em>re.<\/p>\n\n\n\n<p>livre rang\u00e9 sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re des livres \u00e0 lire \u2014 \u00e0 droite de la fen\u00eatre \u2014 re\u00e7u en cadeau \u00e0 No\u00ebl 2020 \u2014 avec ses 1182 pages il a d\u00fb patienter \u2014 il est lourd entre les mains \u2014 il faut le lire assise au bureau \u2014 et peu de pages \u00e0 la fois \u2014 crayon et carnet \u00e0 port\u00e9e de main \u2014 il n\u2019a pas encore subi le froissement du temps \u2014 la densit\u00e9 des mots sur la page induit une lecture concentr\u00e9e \u2014 le fragment a \u00e9t\u00e9 not\u00e9 quelques minutes avant la lecture de la consigne du jour \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant que je recopie ces notes, je pense aux 1157 pages qu\u2019il me reste \u00e0 lire<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#17 <strong>Choses pour am\u00e9liorer la vie en ville<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>(on pourrait souhaiter mieux que ce ciel sombre et bas)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>pour chaque place de la ville \u2014 il n\u2019y en a pas tant que \u00e7a \u2014 cr\u00e9er un d\u00e9ambulatoire couvert \u2014 o\u00f9 la marche pourrait se faire prot\u00e9g\u00e9e de la pluie ou du soleil \u2014 selon les saisons \u2014 mais surtout on pourrait marcher tourner et se recentrer \u2014 ce serait des clo\u00eetres de pens\u00e9es \u2014 au centre de la place des fleurs et de l\u2019herbe \u2014 un bosquet d\u2019arbres \u2014 un lieu o\u00f9 pouvoir laisser aller et venir l\u2019esprit \u2014 avec la lenteur du pas \u2014 aux angles des riens qui \u00e9meuvent \u2014 sculpture vitrail po\u00e8me \u2014 pr\u00e9sence absence au monde \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant que j\u2019imagine, je me sens bien<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#16 <strong>Choses qui collent \u00e0 la peau<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>(ciel gris, gris, gris et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment gris)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>une robe de chambre sans \u00e2ge et sans forme de la couleur des illusions perdues \u2014 un sarouel sombre avec des ramages color\u00e9s \u2014 une tenue noire de haut en bas et les cheveux bien blancs pour couronner la silhouette \u2014 une superposition de hauts peut-\u00eatre quatre laissant bien deviner des couleurs tr\u00e8s diff\u00e9rentes presque forc\u00e9es \u2014 un jean un T-shirt des baskets un blouson par-dessus et la t\u00eate rentr\u00e9e \u2014 une robe tr\u00e8s ajust\u00e9e au fond noir et de grosses fleurs sur la partie basse avec quelques sequins pour briller \u2014 un pantalon en velours marron dont l\u2019usure au post\u00e9rieur est bien marqu\u00e9e avec une chemise \u00e0 carreaux plut\u00f4t dans les tons de beige qui pendouille au-dessus un anorak pos\u00e9 sur le dossier de la chaise et les yeux vagues \u2014 de longues mains gant\u00e9es de noir sortent des manches du manteau en laine damass\u00e9 de gris \u2014 chaussures d\u2019un rouge qui \u00e9clipse tout le reste \u2014 gabardine je n\u2019en crois pas mes yeux comme celle du p\u00e8re \u2014 costume bleu marine cravate d\u2019un bleu similaire et le regard triste \u2014 bonnet et \u00e9charpe assortis tricot\u00e9s main d\u2019un bleu p\u00e9trole \u2014 un sweat \u00e0 capuche d\u00e9j\u00e0 tremp\u00e9 par la pluie dense \u2014 un manteau laid et triste \u2014 l\u2019ourlet d\u00e9fait de la robe qui pend au bas du manteau \u2014 le jean trou\u00e9 aux genoux un blouson ouvert sur un pull avec des chiffres incrust\u00e9s et un bonnet enfonc\u00e9 bas \u2014 une tenue tout en d\u00e9sordre \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant que je d\u00e9visage les passants je sens la pluie couler sur mon visage<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#15 <strong>Choses qui se rassemblent sans trop savoir pourquoi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>( \u00e0 grands coups d\u2019ailes, deux freux retardataires bougent le ciel)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>ce sont les oiseaux ou les voix qui s\u2019\u00e9loignent \u2014 lilou lilou lilou \u2014 Aragon est un \u00e9crivain d\u2019orgue de barbarie \u2014 \u00e9coutez vos enfants grandir \u2014 la m\u00e9t\u00e9o \u00e0 toutes jambes \u2014 il va falloir composer \u2014 c\u2019est bizarre comme les choses arrivent \u2014 je me pr\u00e9sente Karine de Total \u00e9nergie \u2014 on continue de lire en \u00e9crivant \u2014 j\u2019attendais que le texte se d\u00e9voile \u2014 les mots c\u2019est comme les atomes \u2014 lilou lilou lilou \u2014 s\u2019affranchir de la mal\u00e9diction de n\u2019\u00eatre que soi \u2014 on n\u2019a jamais le temps de faire une pause \u2014 la litt\u00e9rature c\u2019est le don que font les morts pour nous \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant que la radio parle, je note<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#14 <strong>Choses qui surgissent et donnent le vertige<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>(des aplats de nuages \u00e0 l\u2019horizon)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>le regard crois\u00e9 \u2014 moi derri\u00e8re la fen\u00eatre \u2014 lui dans la rue en surplomb de la maison \u2014 le gar\u00e7on de treize ou quatorze ans \u2014 rentre du coll\u00e8ge chez lui \u2014 la maison juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 \u2014 plus jeune il venait souvent sonner pour r\u00e9cup\u00e9rer son ballon dans le jardin &#8212; il tourne la t\u00eate de mon c\u00f4t\u00e9 \u2014 c\u2019est lui bien s\u00fbr \u2014 mais dans le croisement de regards \u2014 il y aura aussi celui de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 \u2014 noy\u00e9 dans un lac \u2014 il y a cinq ans peut-\u00eatre \u2014 vertige du temps \u2014 \u00eatre sur le seuil de deux mondes \u2014 et penser au poids qu\u2019il porte malgr\u00e9 lui sur les \u00e9paules \u2014 ramasser le silence d\u2019apr\u00e8s \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant que je relis ces mots, je sens soudain un voile de tristesse<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#13 <strong>Choses qui se cueillent au hasard du chemin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>( <em>des lambeaux de bleu m\u2019ont souri ce matin<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p>la voir courir \u2014 l\u00e0 sur le trottoir \u2014 au bord d\u2019une route dense en voitures \u2014 \u00e0 peine voir son visage \u2014 juste pouvoir dire que c\u2019\u00e9tait une femme \u2014 entre deux tailles \u2014 entre deux \u00e2ges \u2014 dans un surv\u00eatement aux tons de bordeaux \u2014 et se demander apr\u00e8s quoi elle court \u2014 mais penser \u00e7a parce que \u2014 sans doute \u2014 ce matin avoir lu Anh Mat \u2014 se posant cette m\u00eame question \u2014 pour lui-m\u00eame \u2014 et la pens\u00e9e se poursuivant \u2014 alors m\u00eame que je l\u2019ai crois\u00e9e depuis quelques minutes \u2014 apr\u00e8s quoi je cours lorsque j\u2019\u00e9cris \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant que je me pose des questions existentielles, j\u2019entrevois les premi\u00e8res gouttes s\u2019\u00e9chouer sur le pare-brise<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#12 <em>Choses qui lentement se d\u00e9tachent de soi<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>(de l\u2019aube grise est-ce qu\u2019on sortira aujourd\u2019hui?)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>chaque jour devant la vitre o\u00f9 se tenir \u2014 la bu\u00e9e la recouvre \u2014 dehors les murs d\u2019en face \u2014 gris et d\u00e9cr\u00e9pits \u2014 se d\u00e9brouiller avec \u2014 tenter de voir \u2014 la fissure o\u00f9 passerait la lumi\u00e8re \u2014 le doigt sur la vitre sillonne \u2014 quelques arabesques naissent \u2014 des chemins se tracent \u2014 une esquisse pour voir le jour \u2014 un \u00e9lan pour aller \u2014 un d\u00e9sir vers \u2014 un besoin m\u00eame vers \u2014 ce qui palpite en soi \u2014 une trace o\u00f9 se risquer \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant que je visualise la vitre embu\u00e9e, j\u2019entends la voix maternelle me demander de cesser de tracer ces traits sur la vitre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#11<strong> <em>Choses qui ont chang\u00e9 le cours de la vie<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>( le ciel joue \u00e0 se colorer puis se d\u00e9colorer)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\/je suis les racines rouges du ciel\/ \u2014 <\/em>les mots de Claude P\u00e9lieu au premier atelier d\u2019\u00e9criture auquel je participe \u2014 se sentir au d\u00e9but de soi \u2014 un avant et un apr\u00e8s \u2014 et les rhizomes qui ont trac\u00e9 leurs chemins souterrains depuis \u2014 et les lectures qui ont chang\u00e9 \u2014 et l\u2019\u00e9criture qui s\u2019est mise \u00e0 envahir \u2014 \u00e0 absorber \u2013 et les \u00e9chos toujours de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre \u2014 l\u2019une et l\u2019autre li\u00e9es \u2014 un livre un carnet un crayon \u2014 une haleine de feuilles \u2014 une langue d\u2019air \u2014<\/p>\n\n\n\n<p><em>pendant que cela s\u2019\u00e9crit, je pense \u00e0 l\u2019oiseau sur la branche du bouleau<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#10 <em><strong>Choses qui se passent dans la t\u00eate<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>(on le sentait bien que le ciel serait de suie)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>pendant que les mains avec l\u2019\u00e9ponge s\u2019activent et se concentrent sur les plaques noires bien br\u00fbl\u00e9es dans la casserole de p\u00e2tes \u2014 les pens\u00e9es tentent de se mettre en ordre afin de trouver la r\u00e9ponse la plus sereine ou la moins maladroite au mail re\u00e7u hier afin de ne pas blesser mais quand m\u00eame de rester droite dans l\u2019id\u00e9e de r\u00e9solution du probl\u00e8me \u2014 se dire que l\u2019on va laisser tremper la casserole dans de l\u2019eau savonneuse \u2014 et que ce soir peut-\u00eatre les mots justes vont se r\u00e9v\u00e9ler \u2014<\/p>\n\n\n\n<p>#9 <em><strong>Choses sur lesquelles il n\u2019est pas utile de se pencher<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>(un ciel de tulle p\u00e2le sur une mousseline bleue)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>ne pas s\u2019attarder sur \u2014 les journaux divers et vari\u00e9s \u2014 Ukraine l\u2019effroi d\u2019hiver \u2014 \u00e0 Kherson ni eau ni \u00e9lectricit\u00e9 \u2014 les \u00e9colos soufflent le froid et le chaud \u2014 route du rhum deux morts \u2014 les dessous d\u2019un dossier salissant \u2014 un crime haineux contre l\u2019art \u2014 dangereux d\u00e9r\u00e8glement climatique \u2014 tre donne uccise a Roma l\u2019ombra di un serial killer \u2014 dentro la mente d\u2019ell\u2019assassino \u2014 bus train m\u00e9tro la grande lassitude des fran\u00e7ais \u2014 drogue autour de l\u2019\u00e9cole \u2014 la f\u00eate impossible du foot \u2014<\/p>\n\n\n\n<p>#8 <em><strong>Gens dont le nom s&rsquo;est pos\u00e9 sur mes l\u00e8vres ou qui ont parl\u00e9 avec moi<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>(<em>suivre un tout petit nuage qui traverse le champ de la fen\u00eatre<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p>Virginia Woolf Clarissa Dalloway Catherine Barbier Christiane Bouchet Yvette Vial Henri Ebrard Dominique Ebrard Bernadette Soulard Dominique Danton Marcel Proust James Joyce Delphine Horvilleur Gabriel Calamand Georges Bidault Edouard Petit Jean Nocher Robert Khan Annie Ernaux Agn\u00e8s Desarthe Genevi\u00e8ve Brisac Edouard Dujardin Lydia Flem Anne Savelli Guillaume Vissac<\/p>\n\n\n\n<p>#7 <em><strong>Choses qui se laissent deviner en un regard de tendresse<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>(un ciel un peu tum\u00e9fi\u00e9 ce matin mais avec quelques lignes d&rsquo;\u00e9claircies)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>ses yeux pos\u00e9s hors de mon univers, hors de tout, dans un d\u00e9ni de ma pr\u00e9sence, fixant je ne sais quel horizon qui, on s\u2019en doute, ne s\u2019atteindra jamais | ouvert le visage ouvert il n\u2019y a pas d\u2019autre mot pour dire un peu de ce qui \u00e9mane de ses traits, de ses yeux, de la vie qui le pulse, dans ce d\u00e9sir de tout | on voit bien qu\u2019il est en lambeaux et que sa peau vire au lichen, mais ses yeux, vers l\u2019au-del\u00e0 du visible, sourient, m\u00eame dans la larme qui s\u2019en \u00e9chappe |<\/p>\n\n\n\n<p>#6 <em><strong>Choses singuli\u00e8res que personne d\u2019autre que moi aurait pu remarquer<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>il semble bien que le lichen autour de la branche \u2014 l\u00e0 pos\u00e9e sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re \u2014 celle des petits bouts de nature qui reposent l\u00e0 \u2014 juste pour le plaisir des yeux \u2014 et bien ce lichen je crois \u2014 enfin il me semblerait \u2014 qu\u2019il a grandi \u2014 qu\u2019il recouvre davantage la branche \u2014 sur laquelle il est fix\u00e9 \u2014 que ce gris a pris de l\u2019ampleur \u2014 qu\u2019il a pris du corps \u2014 non comme la l\u00e8pre \u2014 mais comme ces cristaux dans les flocons de neige \u2014 tous \u00e9trangement uniques \u2014 l\u00e0 ce lichen fruticuleux s\u2019accro\u00eet \u2014 SV.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"600\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/P1200125.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-100594\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/P1200125.jpg 800w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/P1200125-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/P1200125-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p># 5 <em><strong>Choses qui n&rsquo;en finissent pas de nous \u00e9tonner<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>au petit matin \u2014 le ciel d\u2019une myope sans lunettes \u2014 une cavit\u00e9 bleue o\u00f9 prendre le temps du r\u00e9veil \u2014 plus tard le ciel buvard\u00e9 de Bergounioux o\u00f9 \u00e9ponger les songes \u2014 un peu apr\u00e8s un ciel d\u00e9color\u00e9 et matelass\u00e9 de tendresse \u2014 un peu plus tard encore disparition du bleu \u2014 mais o\u00f9 est-il all\u00e9 \u2014 dispara\u00eetre alors en soi \u2014 puis sortir et ne voir dans la flaque qu\u2019une congestion de gris \u2014 chercher des couleurs dans les arbres \u2014 ou dans le bras d\u2019une femme levant une lampe pour lib\u00e9rer un arc de feu \u00e0 l\u2019horizon \u2014<\/p>\n\n\n\n<p># 4 <em><strong>Choses auxquelles on ne s\u2019attendait pas<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>c\u2019est comme un si\u00e8ge de tracteur m\u00e9tallique rouge \u2014 empli de trous \u2014 l\u2019assise et le dos un peu incurv\u00e9s \u2014 il n\u2019y a pas la vision du reste du v\u00e9hicule \u2014 mais c\u2019est forc\u00e9ment un tracteur \u2014 ou une faucheuse \u2014 mais celle de l\u2019enfance \u2014 le tracteur aussi c\u2019est celui d\u2019autrefois \u2014 et se dit la phrase \u2014 d\u2019une mani\u00e8re un peu obsessionnelle \u2014 <em>le soleil n\u2019\u00e9tait pas encore lev\u00e9<\/em> \u2014 <\/p>\n\n\n\n<p><em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#3| <em><strong>Choses qui auraient pu peut-\u00eatre se passer si&#8230;<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>immense baie vitr\u00e9e au quatri\u00e8me \u00e9tage \u2014 le regard plonge dans ce qui s\u2019ouvre \u2014 il s\u2019\u00e9chappe loin \u2014 dans la salle les choristes en r\u00e9p\u00e9tition \u2014 un Ave Maria s\u2019\u00e9l\u00e8ve lentement \u2014 se sentir hors du temps \u2014 les pens\u00e9es sur la colline en face \u2014 l\u2019image du corps s\u2019approchant de la baie et traversant \u2014 \u00eatre un ange quoi \u2014 mais ici et maintenant \u2014 je dois lire un passage des Vagues de Virginia Woolf \u2014 <em>le soleil n\u2019\u00e9tait pas encore lev\u00e9 \u2014 <\/em>le soleil au loin dans son d\u00e9clin \u2014 r\u00e9int\u00e9grer son corps \u2014 <\/p>\n\n\n\n<p>#2 | <em><strong>Choses un peu \u00e9tranges, un peu effrayantes qui ne s\u2019expliquent pas mais dont on garde un souvenir saisissant<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>vision froiss\u00e9e et d\u00e9froiss\u00e9e \u2014 authentique lichen de m\u00e9moire \u2014 nuit d\u2019enfance \u2014 sept huit ans peut-\u00eatre \u2014 allong\u00e9e dans le lit pr\u00e8s du mur \u2014 contre le chambranle de la porte un homme grand portant une moustache et souriant \u2014 une femme au visage s\u00e9v\u00e8re assise au bout du lit \u2014 ils me fixent d\u2019intensit\u00e9 \u2014 croisement de regards \u2014 je ne les ai jamais vus \u2014 savoir sans savoir que ce sont mes grands-parents \u2014 mais ils sont morts depuis si longtemps \u2014 se cacher sous les couvertures vite \u2014<\/p>\n\n\n\n<p># 1| <em><strong>Choses de l&rsquo;impr\u00e9vu<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>liste des choses \u00e0 faire dress\u00e9e pour le jour \u2014 rien \u00e0 redire je serai bien occup\u00e9e \u2014 errer un peu avant sur le net \u2014 voir passer le d\u00e9marrage d\u2019un colloque \u2014 aller voir le zoom juste un moment \u2014 y rester un long temps \u2014 \u00e0 \u00e9couter des mots que j\u2019aime \u2014 dans l\u2019ici qui me tient \u2014 en un va-et-vient entre la po\u00e9sie qui se dit \u2014 et l\u2019au-del\u00e0 de la vitre o\u00f9 se glisse le regard \u2014 des petits mots d\u2019Emaz not\u00e9s sur un carnet \u2014 \u00e0 creuser le dedans et le dehors \u2014 <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#40 Choses \u00e0 m\u00e9diter ( attente derri\u00e8re la vitre que les ombres de la nuit se dissipent) personne ne peut rien \u2014 seul soi et son obstination \u2014 c\u2019est l\u2019au-del\u00e0 de la raison \u2014 \u00e0 chacun la d\u00e9finition de ses obligations \u2014 du peu du r\u00e9el malaxer les atomes \u2014 chacun dans sa vie \u2014 aff\u00fbter le regard \u2014 prendre <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-individuel-du-peu\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">carnets individuels | Du peu | Solange Vissac<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":75,"featured_media":98044,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3942,3897,1],"tags":[],"class_list":["post-98039","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-carnets_individuels","category-le_grand_carnet","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98039","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/75"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=98039"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98039\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/98044"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=98039"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=98039"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=98039"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}