{"id":98080,"date":"2023-03-13T18:09:44","date_gmt":"2023-03-13T17:09:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=98080"},"modified":"2023-05-21T22:46:27","modified_gmt":"2023-05-21T20:46:27","slug":"carnet-individuel-fg","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-individuel-fg\/","title":{"rendered":"#carnet individuel FG"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>13 mars<\/strong><br>Dormir face \u00e0 un cadre immense et vide dans une r\u00e9serve de costumes de th\u00e9\u00e2tre.&nbsp;D\u2019o\u00f9 vient cette lumi\u00e8re verte fa\u00e7on aurores bor\u00e9ales \u00e0 254 km de la mer ? Derri\u00e8re la fen\u00eatre roulement de tambour au lointain : passages de camions sur autoroute (mais o\u00f9 est l\u2019autoroute?), ou rugissement du vent emp\u00each\u00e9 qui se cogne rebondit contre le b\u00e2ti et se rebelle. Elles rient fatigu\u00e9es : elle est chouette la colo de th\u00e9\u00e2tre, on a des g\u00e2teaux au Nutella. Je pense \u00e0 mon d\u00e9sir qui s\u2019amenuise comme un filet d\u2019eau, pr\u00e9cieux et rare. Que me restera-t-il s\u2019il s\u2019arr\u00eate ? Demain, ne pas oublier de remettre la VMC, les terres d\u2019ici sont riches en uranium et d\u00e9chets radioactifs, l\u2019air doit circuler dans le b\u00e2timent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>12 mars<\/strong><br>\u00e7a ne respire plus \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur thorax p\u00e9trifi\u00e9 diaphragme \u00e0 l\u2019arr\u00eat la main droite s\u2019\u00e9chappe se tord le long de la jambe se recroqueville semoule dans le cerveau rien ne s\u2019\u00e9coule o\u00f9 me suis-je r\u00e9tr\u00e9cie retir\u00e9e disparue implosion massive l\u2019abdomen s\u2019effrite rien ne tient seul le contour du corps persiste comme si j\u2019existais encore&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>11 mars<\/strong><br>Zarma le chat n\u2019est pas revenu depuis une semaine. Du haut de ses 3 ans et quelques, elle \u00e9gr\u00e8ne des peut-\u00eatre en comptant les jours de ses doigts maladroits pour se\/me rassurer. C\u2019est un miracle comme sa bouche bouge.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2 mars<\/strong><br>30 ans qu\u2019elle a pris son envol. J\u2019ai trouv\u00e9 une carte \u00e0 lui offrir avec deux d\u00e9licieux oiseaux dessin\u00e9s \u00e0 l\u2019encre de chine, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te : un grand, un petit.<br>Je ne sais plus qui, d\u2019entre elle et moi est le plus grand ou le plus petit.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>31 janvier # 40 \/ 2<\/strong><br>Hier : r\u00e9daction, ce matin : fiert\u00e9. A son r\u00e9veil, elle pose le mot sur le papier et le laisse gonfler, c&rsquo;est \u00e9norme. Quand elle rentre le soir la fiert\u00e9 s&rsquo;est r\u00e9duite \u00e0 une peau de chagrin, (expression parfaite pour la circonstance). Elle n&rsquo;ose imaginer si elle s&rsquo;\u00e9tait empar\u00e9e du mot plainte, ce soir elle n&rsquo;aurait m\u00eame pas pu rentrer \u00e0 la maison, la plainte ayant mang\u00e9 tout l&rsquo;espace.<br><br><strong>30 janvier # 40 \/ 1<\/strong><br>En classe de 6\u00e8me, mademoiselle Brot explique la ponctuation. Elle dessine au tableau de grandes arabesques qui montent, descendent, tandis que sa voix se module en suivant les signes minuscules que nous devons apprendre \u00e0 conna\u00eetre.<br>Je suis \u00e9merveill\u00e9e par cette nouvelle fa\u00e7on d\u2019\u00e9crire. Ma r\u00e9daction devient chant, peu importe le sens, seule la musique compte. C\u2019est comme \u00e9crire dans une nouvelle langue avec des mots ordinaires.<br>Mademoiselle Brot n\u2019est pas d\u2019accord : une bonne ponctuation est signe d\u2019intelligence, je me fais du souci pour vous. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>29 janvier # -1<\/strong><br>Lui ? l\u00e0 ? Se rapprocher, le saluer, se faire reconna\u00eetre ? ce serait recommencer la parade famili\u00e8re : sourire, s\u2019int\u00e9resser, se rengorger, jouer comme au th\u00e9\u00e2tre. Mais c\u2019est dimanche, jour de march\u00e9 et de coquilles saint Jacques. Jour de l\u2019\u00eatre et de la vacuit\u00e9. Tourner le dos au para\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>28 janvier # &#8211; 2 <\/strong><br>Ce caillou en forme de coeur, je l\u2019avais laiss\u00e9 sur une plage dans ce pays lointain, \u00e0 un endroit pr\u00e9cis, rep\u00e9r\u00e9 et connu de moi seule, pour ne pas le perdre. Comme dans Harold et Maud, le m\u00e9daillon imprim\u00e9 : Harold love \u00b4s Maud que Maud jette dans le lac en disant : comme \u00e7a je saurai toujours o\u00f9 il est. <br>Mais quelle plage ? O\u00f9 ? J\u2019aurais du le rapporter avec moi mais je l\u2019aurais \u00e9gar\u00e9, c\u2019est s\u00fbr, alors qu\u2019aujourd\u2019hui je sais qu\u2019il existe quelque part, dans ce lieu oubli\u00e9 de moi et 20 apr\u00e8s je me souviens de lui, de sa couleur blanche et rose, de sa texture extr\u00eamement douce et je sais que je ne l\u2019ai pas vraiment perdu puisque je souviens qu\u2019il est rest\u00e9 l\u00e0-bas. Mais o\u00f9 ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>27 janvier # &#8211; 3<\/strong><br>Il aurait fallu l\u2019avoir aper\u00e7u avant, dans ce couloir d\u2019a\u00e9roport travers\u00e9 de courants d\u2019air, dans l\u2019attente des passagers en provenance de Marseille. Mais j\u2019\u00e9tais si pr\u00e9occup\u00e9e que je ne l\u2019ai pas remarqu\u00e9. Lui, bien s\u00fbr qu\u2019il m\u2019avait vue, j\u2019\u00e9tais dans son champ de vision, devant la porte vitr\u00e9e des arriv\u00e9es. C\u2019est quand il est pass\u00e9 \u00e0 3 m\u00e8tres de moi, avec sa fille qu\u2019il venait de r\u00e9cup\u00e9rer, que je l\u2019ai reconnu. Il a tourn\u00e9 la t\u00eate de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 pour \u00e9viter soigneusement mon regard. Ils se sont \u00e9loign\u00e9s et je l\u2019ai entendu lui demander : Alors, \u00e7a s\u2019est bien pass\u00e9 ce vol ? Elle a r\u00e9pondu radieuse : super !&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>26 janvier # &#8211; 4<\/strong><br>Je vis\u2026 voir ?&nbsp;vivre ? Difficile \u00e9quilibre tout de m\u00eame Mais comment font les autres ? <br><br><strong>25 janvier # -5<\/strong><br><em>Ciels<\/em><br>Du bleu azur\u00e9 au bleu fum\u00e9e au bleu cendr\u00e9 au bleu drag\u00e9e au gris perle au blanc de zinc au blanc de plomb au gris ardoise au gris souris.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>24 janvier # &#8211; 6<\/strong><br>Personne d\u2019autre que moi n\u2019aurait remarqu\u00e9 ce changement infime dans le jardin : depuis que l\u2019olivier a disparu, le lampadaire de la rue ne projette plus l\u2019ombre de ses feuilles sur le bois clair des fauteuils qui restent nus.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>23 janvier # &#8211; 7<\/strong><br><em>0<\/em>\u00b0 <em>fait froid<\/em><br>Le premier homme est emmitoufl\u00e9, bonnet, capuche, \u00e9charpe, on ne voit que le haut de ses joues gris\u00e9es par le froid et ses yeux m\u00e9fiants qui me surveillent, en coin.<br>Le deuxi\u00e8me homme, visage dur aux rides profondes, nez \u00e9pais me jette derri\u00e8re ses lunettes noires un coup d\u2019oeil agac\u00e9 tandis que je marque un arr\u00eat devant sa boutique qu\u2019il vient juste de fermer.&nbsp;<br>Je n\u2019ai pas crois\u00e9 les yeux du troisi\u00e8me homme dont le visage \u00e0 la peau mal ras\u00e9e est rest\u00e9 obstin\u00e9ment baiss\u00e9 malgr\u00e9 mon salut.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>22 janvier # &#8211; 8<\/strong><br><em>Un samedi soir sur la route<\/em><br>Chagnolet &#8211; Benjamin Clementine<br>Dompierre-sur-Mer &#8211; CocoRosie <br>Nuaill\u00e9 d\u2019Aunis &#8211; The Animals<br>Ferri\u00e8res &#8211; Tracy Chapman<br>Benon &#8211; Nawel Ben Kra\u00efem<br>La Laigne &#8211; Kae Tempest<br>Cramchaban &#8211; Ga\u00ebl Faye<br>Epannes &#8211; Mark Knopfler <br>Mauz\u00e9-sur-le-Mignon &#8211; Johnny Flynn<br>Frontenay Rohan Rohan &#8211; L\u00e9onard Cohen<br>Saint-Hilaire la Palud &#8211; Les Wriggles<br>Niort &#8211; Moriarty<br>Prahecq &#8211; Red Hot Chili Peppers<br>Le Bouchet &#8211; D\u00e9p\u00eache Mode<br>Celles-sur-Belle &#8211; Mano Negra<br>La Ronze &#8211; Shelmi<br>Melle &#8211; Etienne Daho<br>Pezay le Torte &#8211; Ces\u00e1ria Evora&nbsp;&nbsp;<br>Briette &#8211; The Doors <br>Prailles La Couarde &#8211; The Rolling Stones&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>21 janvier # &#8211; 9<\/strong><br>Ne pas s\u2019attarder sur Eric, fanatique de roundup qui d\u00e9sherbe les chemins, les bordures de massif, trace des terrains de badminton dans les pr\u00e9s, etc.<br>Ne pas s\u2019attarder sur le gazon en plastique du voisin d\u2019en face, aussit\u00f4t emm\u00e9nag\u00e9 aussit\u00f4t pos\u00e9, &nbsp;pas besoin de tondre, c\u2019est toujours vert, m\u00eame s\u2019il faut r\u00e9guli\u00e8rement passer l\u2019aspirateur.<br>Ne pas s\u2019attarder sur Jean-Pierre qui a r\u00e9ussi \u00e0 faire couper les 3 immenses peupliers argent\u00e9s qui bruissaient derri\u00e8re le mur de l\u2019h\u00f4pital, sous pr\u00e9texte que les feuilles \u00e0 l\u2019automne arrivaient jusqu\u2019\u00e0 chez lui et bouchaient ses goutti\u00e8res.<br>Ne pas s\u2019attarder sur la connerie humaine et le d\u00e9sastre \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>20 janvier # &#8211; 10<\/strong><br>Pendant que j\u2019\u00e9cris je m\u2019absente&nbsp;<br>Pendant que je regarde le monde je vieillis<br>Pendant que je vieillis j\u2019accepte<br>Pendant que je dors j\u2019oublie<br>Pendant que je souris ma peine veille<br>Pendant que je transpire je pense \u00e0 l\u2019hiver <br>Pendant que je grelotte je me dis qu\u2019un jour il fera chaud<br>Pendant qu\u2019ici j\u2019ouvre les volets je pense aux volets blancs ferm\u00e9s de la maison d\u2019enfance l\u00e0 bas et je ne sais pas qui les rouvrira<br><br><strong>19 janvier # &#8211; 11<\/strong><br>Il y a le livre de lecture. Il faut suivre le texte du doigt parce que si la ma\u00eetresse t\u2019interroge, t\u2019as int\u00e9r\u00eat \u00e0 savoir o\u00f9 on en est. Il y a l\u2019\u00e9criture au porte-plume, c&rsquo;est difficile avec les pleins et les d\u00e9li\u00e9s et les taches \u00e0 \u00e9viter pour ne pas se faire gronder.<strong>&nbsp;<\/strong><br>Et puis il y a Didier Lahute et Pascale Lombardini. <br>Il habitait au 12\u00e8me \u00e9tage et par la fen\u00eatre, il lui envoyait des mots d\u2019amour, accroch\u00e9s \u00e0 un petit parachute de sa fabrication. Elle habitait au 6\u00e8me \u00e9tage et elle les attrapait au vol.<br>J\u2019avais 7 ans et je comprenais que c\u2019est pour cela que j\u2019avais appris \u00e0 lire et \u00e0 \u00e9crire, m\u00eame si personne ne me l\u2019avait expliqu\u00e9, pour envoyer et recevoir des messages d&rsquo;amour secrets. Rien d\u2019autre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>18 janvier #- 12<\/strong><br>Comment tu \u00e9tales de la couleur sur cette surface chaotique et friable qui absorbe tout comme du buvard et l\u2019efface ? Des failles s\u2019ouvrent&nbsp;et des tigres \u00e0 dents de sabre surgissent de partout pour d\u00e9chiqueter ce qui aurait pu advenir. Tu aurais tant voulu une toile de fond lumineuse \u00e0 faire tintinnabuler les mots sur une plaine fertile qui accueille sans \u00e9puiser les genoux. Mais tes dessous restent accident\u00e9s, \u00e2pres et st\u00e9riles. Pourquoi t\u2019acharnes-tu ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>17 janvier # &#8211; 13<\/strong><br>Chute de l\u2019olivier malade, racines nues, il dessine un angle de 30 \u00b0 \u00e0 l&rsquo;instant o\u00f9 je pose mon regard sur lui juste avant qu\u2019il ne tombe. Adieu.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>16 janvier # &#8211; 14<\/strong><br>Il pleut des ronds dans une flaque o\u00f9 se noient des feuilles de platane parfaites, plus pour longtemps. L\u2019eau acc\u00e9l\u00e8re la d\u00e9composition de ce qui fut bruissement d\u2019arbre, ombre et maison pour \u00e9tourneaux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>15 janvier # &#8211; 15<\/strong><br>Je peux vous prendre la chaise ? \/ Je ne sais pas, mais avec tout ce qu\u2019ils n\u2019ont pas r\u00e9ussi \/ J\u2019ai confondu la dame en rouge et la dame en jaune \/ Je suis une vraie Rochelaise moi ! \/ \u00c7a va \u00eatre dur pour les confidences ici \/ En fait j\u2019habite juste en face du commissariat de police mais j\u2019aime bien venir \/ Il va falloir se d\u00e9p\u00eacher quand m\u00eame,&nbsp;tout le monde n\u2019est pas le vert-galant \/ Elles sont deux mais elles d\u00e9potent, c\u2019est pas comme au caf\u00e9 pop <br><br><strong>14 janvier # &#8211; 16<\/strong><br>Anorak rouge molletonn\u00e9 accompagn\u00e9 de moufles roses reli\u00e9es par un cordon bleu attendant la neige \/ broche perruche turquoise en m\u00e9tal peint sur robe noire et chaude \u00e0 froufrou col V  pr\u00eate \u00e0 danser \/ Bonnet \u00e0 pompons bleu marine sautillant sur petite t\u00eate \u00e0 lunettes au dessus d\u2019un manteau imperm\u00e9able bariol\u00e9 \/ A l\u2019arr\u00eat devant un arbre \u00e0 dessoucher pull beige clair sur pantalon de chantier gris en observation du travail \u00e0 venir \/ Course d\u2019un blouson moulant en peau de mouton retourn\u00e9 sur pantalon de simili cuir noir et talons hauts qui claquent tip      tap      tip   tap   tip tap tiptaptiptap sous la pluie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>13 janvier # &#8211; 17<\/strong><br>Ouvrir des portes dans les murs<br>Couper le son dans les bistrots&nbsp;<br>Renverser les \u00e9coles<br>D\u00e9boucher le ciel<br>Laver l\u2019air<br>Prendre soin des sauterelles<br>Rendre la ville au enfants<br>Multiplier les oiseaux<br>Semer des graines&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>12 janvier # -18<\/strong><br><em>G\u00e9n\u00e9ralement on l\u2019entendait avant de l\u2019apercevoir &#8211; un long grincement accompagn\u00e9 aussit\u00f4t d\u2019un mart\u00e8lement &#8211; puis \u00e0 travers les flocons apparaissait l\u2019\u00e9clat faible et si heureux de phares semblables \u00e0 dix yeux d\u2019insecte, suivi du monstre lui-m\u00eame qui \u00e9mergeait de l\u2019ondoiement blanc, dans un enchev\u00eatrement de f\u00e9murs et de plaques d\u2019acier avec ses immenses pneus noirs sculptures imposantes qui d\u00e9voraient implacablement la route. <\/em><br>Recopier dans la chambre 201 de l\u2019h\u00f4tel Ibis de Vitr\u00e9, avec mon pouce droit, un extrait du livre emport\u00e9 \u00e0 la va-vite la veille que je n\u2019ai pas commenc\u00e9. Je l\u2019ouvre au hasard. Je me laisse aller \u00e0 le feuilleter et me vient le d\u00e9sir de tout laisser tomber pour rester sous la couette et lire. La chambre est impersonnelle et vide, mais le livre est habit\u00e9. Seulement on m\u2019attend,&nbsp;alors je renonce. Je sais que cet apr\u00e8s-midi, j\u2019ai trois heures de voyage en train. H\u00e2te.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>11 janvier # -19<\/strong><br>Couloir de la voiture 8, TGV INOUI 8360. Une femme blonde, lunettes fines cercl\u00e9es d\u2019or, me marche sur les pieds. Aussit\u00f4t Je m\u2019excuse : d\u00e9sol\u00e9e, j\u2019ai laiss\u00e9 tra\u00eener mes pieds. Ce n\u2019est pas ironique de ma part. c\u2019est sinc\u00e8re et absurde. Elle, elle ne s\u2019excuse pas, elle prend un air s\u00e9v\u00e8re et me dit : j\u2019ai un probl\u00e8me de cheville. Puis elle part. Un truc inou\u00ef. Je sens la col\u00e8re monter en moi. Col\u00e8re contre moi qui passe ma vie \u00e0 m\u2019excuser de ce que les autres me font et contre elle : elle me marche sur les pieds, je m\u2019excuse et elle r\u00e2le ! Si j\u2019\u00e9tais un lion je pousserais un rugissement, l\u00e0 tout de suite, un truc \u00e9norme \u00e0 faire peur et d\u00e9coiffer tout le wagon.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>10 janvier # &#8211; 20<\/strong><br>J&rsquo;ai perdu mon agenda rouge 2023. Vivre sans agenda papier, impensable. Je me rends dans une papeterie. Une vendeuse m&#8217;emm\u00e8ne dans un recoin cach\u00e9 du magasin, une sorte de rayon oubli\u00e9. Et c\u2019est l\u00e0 que je rencontre le plus petit et le plus l\u00e9ger agenda du monde \u00e0 4\u20ac97. La vendeuse a un regard cern\u00e9 de noir, un visage fatigu\u00e9, des cheveux tristes tir\u00e9s en arri\u00e8re et des v\u00eatements sombres. Quand elle voit l\u2019agenda que j\u2019ai choisi, elle \u00e9clate de rire et je ris avec elle. C&rsquo;est un moment improbable et tr\u00e8s beau. Je lui tends un billet de 5\u20ac. Elle me rend 3 pi\u00e9cettes rouges. Je repars, riche de ce minuscule agenda si lourd de tout ce qui pourrait advenir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>9 janvier # &#8211; 21<\/strong><br><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2560\" height=\"1829\" class=\"wp-image-111692\" style=\"width: 300px\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/soissons-scaled.jpg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/soissons-scaled.jpg 2560w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/soissons-420x300.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/soissons-1024x732.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/soissons-768x549.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/soissons-1536x1098.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/soissons-2048x1463.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2560\" height=\"1714\" class=\"wp-image-111691\" style=\"width: 300px\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/dufresse-1-scaled.jpg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/dufresse-1-scaled.jpg 2560w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/dufresse-1-420x281.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/dufresse-1-1024x686.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/dufresse-1-768x514.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/dufresse-1-1536x1029.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/dufresse-1-2048x1371.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">@<em>francoiseguillaumondlarochelle2023<\/em><\/p>\n\n\n\n<p> Choisir 2 arr\u00eats de bus abrit\u00e9s (il pleut)  : rue Beauregard, arr\u00eat Dufresse et rue Marius Lacroix, arr\u00eat Soissons. D\u00e9poser un livre accompagn\u00e9 d&rsquo;une carte \u00e0 chacun de ces arr\u00eats. A Dufresse : Ab\u00e9c\u00e9daire des m\u00e9tiers qui n&rsquo;existent pas, carte de tigre. A Soissons : La lettre \u00e0 Helga, carte portrait de Rimbaud avec ces mots \u00ab\u00a0Changer la vie\u00a0\u00bb. Au dos de chaque carte, j\u2019ai \u00e9crit : Bonne lecture.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>8 janvier # &#8211; 22<\/strong><br>3 livres lus cette semaine : <em>Une heure de ferveur<\/em> de Muriel Barbery,<em> Le don des oiseaux<\/em> de Karen Dutrech, <em>La lettre \u00e0 Helga<\/em> de Bergsveinn Birgisson. Les trois m&rsquo;ont enchant\u00e9e. Chacun serait un magnifique cadeau \u00e0 faire \u00e0 un.e inconnu.e. Les deux premiers m\u2019ont \u00e9t\u00e9 offerts. Va pour le 3\u00e8me. Le probl\u00e8me c&rsquo;est qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, non seulement il pleut, mais c&rsquo;est dimanche, jour inappropri\u00e9 pour abandonner un livre dans un abribus, ce que j&rsquo;avais imagin\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>7 janvier # &#8211; 23<\/strong><br>8h00 &#8211; Sur la longueur de la rue un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit v\u00e9hicules gar\u00e9s sur le trottoir de gauche. Un, deux, trois, quatre v\u00e9hicules gar\u00e9s sur le trottoir de droite. <br>12h00 &#8211; Un de moins \u00e0 gauche. Un de moins \u00e0 droite.<br>16h00 &#8211; Deux de moins \u00e0 gauche. Un de plus \u00e0 droite.<br>20h00 &#8211; Neuf v\u00e9hicules \u00e0 gauche. Six v\u00e9hicules \u00e0 droite.<br>La rue me parle d\u2019eux et toi tu es l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6 janvier # &#8211; 24<\/strong><br>La grande fen\u00eatre blanche aux 12 rectangles vitr\u00e9s ouvre plein est sur un jardin paysage. Les murs fushias, jaunes, orangers racontent les \u00eeles lointaines. Les pieds lourds et chauds sont fig\u00e9s sous la couette. Ils attendent. Torpeur du jour qui vient. Alentour,&nbsp;&nbsp;la vie s\u2019\u00e9veille. Cuisine, vaisselle, caf\u00e9. Le corps se redresse peu \u00e0 peu. Les orteils fr\u00e9tillent, appellent le plancher.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5 janvier # &#8211; 25<\/strong><br><em>Accord<\/em><strong>&nbsp;<\/strong>: peau \u00e0 peau, coeur \u00e0 coeur, corps aimant aim\u00e9<strong><br><\/strong><em>Cordage&nbsp;:<\/em> corps \u00e0 noeuds toujours vaillant \u00e0 son \u00e2ge<br><em>Corsage :<\/em> boutonn\u00e9 trop serr\u00e9, corps \u00e0 lib\u00e9rer<br><em>Corridor : <\/em>chut ! au fond du couloir le&nbsp;corps incrust\u00e9 dans le matelas s\u2019endort<br><em>D\u00e9cor : <\/em>corps habit\u00e9 moins qu\u2019il n\u2019y parait<br><em>Encore :<\/em> corps d\u00e9sirant malgr\u00e9 les ann\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4 janvier # &#8211; 26<\/strong><br>En langue des signes fran\u00e7aise le futur est positionn\u00e9 devant le corps et le pass\u00e9, derri\u00e8re. En langue des signes japonaise,&nbsp;c&rsquo;est l&rsquo;inverse : &nbsp;le pass\u00e9 se place devant (on le conna\u00eet) et le futur derri\u00e8re (on ne sait pas de quoi il sera fait). Mais si je pose le futur devant, ce que j\u2019imagine est si terrifiant que je pr\u00e9f\u00e8re aussit\u00f4t le basculer derri\u00e8re. Et si je le pose derri\u00e8re, il est comme une incertitude qui p\u00e8se dans mon dos et je pr\u00e9f\u00e9rerais de beaucoup l\u2019avoir sous les yeux pour mieux l&rsquo;anticiper et agir. Voil\u00e0 pourquoi je reste dans un flou volontaire entre futur et pass\u00e9, tentant de m\u2019ancrer dans un pr\u00e9sent agit\u00e9 de mouvements contraires.<br><br><strong>3 janvier # &#8211; 27<br><\/strong>Je ne peux que te regarder te d\u00e9faire impuissante 2 cm derri\u00e8re toi te regarder perdre ta joie sans rien pouvoir tenter au risque d\u2019augmenter ta maladresse et ton d\u00e9sarroi alors je t\u2019accompagne durant cette p\u00e9riode sombre comptant les jours et les nuits qu\u2019il te reste \u00e0 traverser avant ce temps d\u2019apr\u00e8s o\u00f9 tu pourras te redresser un peu.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2 janvier # &#8211; 28<\/strong><br>Au sortir de la nuit excaver ce qui pourrait r\u00e9parer consolider le moi int\u00e9rieur le rendre moins friable destructeur m\u00e2cher l\u2019obscurit\u00e9 la part d&rsquo;ombre de pierres de sable de terre pour ne pas \u00eatre ensevelie recracher le mauvais mordre fort molaires puissantes canines aiguis\u00e9es se tailler une belle tranche dans le jour qui vient<br><br><strong>1er janvier # &#8211; 29<\/strong><br>Je n\u2019aurais pas d\u00fb parler d\u2019elle avec elle, de lui avec elle, d\u2019elles avec elle, d\u2019elle avec elles, d\u2019eux avec elles, d\u2019eux avec eux\u2026 Tous ces mots prononc\u00e9s m&rsquo;ont laiss\u00e9e barbouill\u00e9e. Et je n\u2019aurais pas d\u00fb non plus ouvrir ma porte. D\u2019ailleurs je ne l\u2019ai pas ouverte, ils sont entr\u00e9s, une \u00e9vidence et j&rsquo;ai laiss\u00e9 faire, comme chaque ann\u00e9e. Chacun a repris son r\u00f4le dans ce jeu d\u00e9senchant\u00e9 o\u00f9 plus personne ne s&rsquo;amuse vraiment.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>31 d\u00e9cembre # &#8211; 30<\/strong><br>L\u2019\u00e9glise de Talmont sur Gironde, un joyau de l\u2019art roman de 10\u00e8me si\u00e8cle, a connu un d\u00e9but d\u2019incendie. Le feu s\u2019est d\u00e9clar\u00e9 dans la cr\u00e8che de no\u00ebl. On ne sait pas encore qui de J\u00e9sus, Marie ou Joseph est le coupable. A moins que \u00e7a ne soit l\u2019\u00e2ne ou le boeuf. Une enqu\u00eate est en cours. Les rois mages ont \u00e9t\u00e9 aussit\u00f4t mis hors de cause. On s&rsquo;en serait dout\u00e9 : la justice n\u2019est pas \u00e9gale pour tous.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>30 d\u00e9cembre # &#8211; 31<\/strong><br>Je me l\u00e8ve et je me casse. Comme toi, je suis furieuse. Furieuse \u00e0 r\u00e9p\u00e9titions, \u00e7a claque comme une mitraillette. Par exemple, cet \u00e9lu qui me dit&nbsp;: j\u2019esp\u00e8re que votre spectacle ne sera pas trop f\u00e9ministe parce que \u00e7a m\u2019agace un peu. &nbsp;Je r\u00e9ponds du tac au tac&nbsp;: non, non pas trop. Je pense : mais comment \u00e7a pourrait \u00eatre trop ? &nbsp;J\u2019ajoute&nbsp;: \u00e7a vous agace ? je comprends ! Et je m&rsquo;en vais. Vous et tous les connards confits dans le patriarcat, envie de vous dire&nbsp;: vous n\u2019avez pas fini d\u2019\u00eatre agac\u00e9s et m\u00eame pire. Moi, j&rsquo;en ai termin\u00e9 avec la p\u00e9dagogie. On ne peut pas vous emp\u00eacher de penser, de dire, d\u2019\u00eatre qui vous \u00eates. &nbsp;Par contre, \u00e9duquez-vous les gars ! Parce que nous on prend ce qui nous revient, on fait ce qu&rsquo;on a \u00e0 faire, on vous tourne le dos, on se l\u00e8ve et on se casse !<\/p>\n\n\n\n<p><strong>29 d\u00e9cembre # &#8211; 32<\/strong><br>C\u2019est un hortensia sauvage contre un mur d\u2019enceinte<br>Un soleil de plomb sur un sentier en Corse<br>Un pr\u00e9 en pente avec deux sapins : un vert, un bleu<br>Une maison au toit dissym\u00e9trique<br>      Quatre morts en \u00e9t\u00e9<br>      Leurs souvenirs sont paysages&nbsp;<br>      Les traverser, c&rsquo;est entrer en dialogue avec eux<\/p>\n\n\n\n<p><strong>28 d\u00e9cembre  &#8211; 33<\/strong><br>Le temps que le vide gonfle de rien tous mes tiroirs<br>Marcher<br>Corps en appui sur l\u2019oc\u00e9an<\/p>\n\n\n\n<p><strong>27 d\u00e9cembre # -34<\/strong><br>Femme nue, vieillissante, avec \u00e9charpe noire, dans le matin naissant. Ce serait un bon d\u00e9but d\u2019histoire pour Tom Sharpe. Il aime si peu les femmes. Elle se l\u00e8verait pour faire chauffer son caf\u00e9. Elle ferait sauter les plombs de la maison, la rue, la ville au moment o\u00f9 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 viendrait \u00e0 manquer. Cela provoquerait une \u00e9meute qui se propagerait sur tout le territoire avec des sabotages d\u2019installations \u00e9lectriques, l\u2019explosion de barrages qui provoquerait l\u2019inondation de r\u00e9gions enti\u00e8res et la destruction de centrales nucl\u00e9aires pour aboutir \u00e0 la 3\u00e8me guerre mondiale (pas facile en 480 signes mais Tom Sharpe, lui, pourrait le faire).&nbsp;<br>La femme, quant \u00e0 elle, irait se recoucher de mauvaise humeur, sans caf\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>26 d\u00e9cembre # &#8211; 35<\/strong><br>Leur nom m\u2019a \u00e9chapp\u00e9, comme toujours. Nom de l\u2019\u00e9crivain, de la r\u00e9alisatrice, du com\u00e9dien, de la chanteuse. Les oubli\u00e9s.&nbsp;Mal nommer les choses, c\u2019est contribuer au malheur du monde. Ma contribution est \u00e9norme. <br>Pour les dates, voire les ann\u00e9es, c\u2019est pareil, elles s\u2019engloutissent dans le magma du temps lointain ou proche. L\u2019anniversaire des parents, la mort du p\u00e8re, les drames. Une vague chronologie subsiste dans le cahot de la m\u00e9moire avec des remont\u00e9es de souvenirs aigus, des sensations vives, un d\u00e9tail infime, un paysage, l\u2019expression d\u2019un visage, mais sans dates. J\u2019ai la m\u00e9moire en ruines pour tout ce qui pourrait permettre de reconstruire l\u2019arch\u00e9ologie d\u2019une vie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>25 d\u00e9cembre # &#8211; 36<\/strong><br>Flotter entre les scories du r\u00eave de la nuit. Attraper quelques pens\u00e9es \u00e9chevel\u00e9es. Noter au t\u00e9l\u00e9phone les choses \u00e0 ne pas oublier (minuscules ou essentielles). Ne pas s\u2019attarder sur celles dont on voudrait se d\u00e9barrasser et qui reviennent sans cesse. Les noyer dans une tasse d\u2019eau bouillante bue \u00e0 petites gorg\u00e9es, yeux mis clos. Prendre un caf\u00e9, puis deux, puis trois. Allers-retours de mots pr\u00e9cieux. 3 gicl\u00e9es d\u2019eau fra\u00eeche au visage. Derri\u00e8re les oreilles, 2 gouttes de parfum White Musc. Noisette de cr\u00e8me entre les paumes, attraper la masse de cheveux, la secouer dans tous les sens, l\u00e2cher. <br>C&rsquo;est parti.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>24 d\u00e9cembre # &#8211; 37<\/strong><br><em>\u00ab&nbsp;Pends-toi brave Crillon, ils te d\u00e9pendront avec leur cela d\u00e9pend.&nbsp;\u00bb<\/em><br>Michaux ? Tout \u00e0 coup, je doute.&nbsp;&nbsp;Eluard plut\u00f4t, non ?<br>Michaux, c\u2019est en 1\u00e8re que je l\u2019ai rencontr\u00e9. Par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un prof de lettres qui d\u00e9clamait : \u00ab&nbsp;dans la nuit, je me suis uni \u00e0 la nuit\u2026&nbsp;\u00bb, une poubelle renvers\u00e9e sur la t\u00eate. Je d\u00e9testais son attitude provocatrice et m\u00e9prisante, ce qu\u2019il faisait de nous : des adolescents ricanant et cruels et je sentais au fond de moi combien cela nous ab\u00eemait. Mais c&rsquo;est aussi gr\u00e2ce \u00e0 lui que j\u2019ai entendu pour la premi\u00e8re fois les mots, la po\u00e9sie, la nuit de Michaux, noire, sans limite&#8230; <\/p>\n\n\n\n<p><strong>23 d\u00e9cembre # &#8211; 38<\/strong><br><strong>R\u00eaves puissants<\/strong><br>&#8211; Respirer sous l\u2019eau.<br>&#8211; Dans le ciel, nager la brasse coul\u00e9e et avancer en se propulsant uniquement \u00e0 la force des bras et des jambes.<br>&#8211; Debout, bien droite, sentir une l\u00e9g\u00e8re \u00e9l\u00e9vation du corps, les pieds quittent le sol sous l&rsquo;unique action de la volont\u00e9. C\u2019est lent, mais peu \u00e0 peu le corps monte loin de la terre ferme. Graviter dans le ciel, parfois tr\u00e8s haut, le d\u00e9sir pour moteur, flotter verticalement dans l\u2019air. Tout ceci anim\u00e9 d\u2019une conscience aigu\u00eb de r\u00e9alit\u00e9 : non, je ne suis pas en train de r\u00eaver.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>22 d\u00e9cembre # -39<\/strong><br>Au lyc\u00e9e, nous avions \u00e9tudi\u00e9 la g\u00e9n\u00e9tique via les groupes sanguins. Le soir, j\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 mes parents leurs groupes et rh\u00e9sus.&nbsp;Cela ne collait pas avec le cours. Le lendemain, je suis retourn\u00e9e voir mon prof pour l&rsquo;interroger. Il m\u2019a expliqu\u00e9, sch\u00e9mas \u00e0 l&rsquo;appui : ce n\u2019est pas possible que ton groupe sanguin soit ce qu&rsquo;il est, compte-tenu des groupes et rh\u00e9sus de tes parents. Je l&rsquo;ai regard\u00e9 avec insistance. Il a fini par bredouiller : ou alors si, peut-\u00eatre, c\u2019est possible, mais c\u2019est rare\u2026<br>Lorsque ma petite fille est n\u00e9e, il y a plus de 3 ans, j\u2019ai reparl\u00e9 de cette histoire \u00e0 une infirmi\u00e8re et \u00e0 nouveau il y a eu cette r\u00e9action imm\u00e9diate : \u00e7a n\u2019est pas possible ; suivie d\u2019un revirement g\u00ean\u00e9 : en fait je ne suis pas g\u00e9n\u00e9ticienne, je me trompe sans doute.&nbsp;<br>J\u2019ai tenu la carte de groupe sanguin de ma m\u00e8re dans mes mains mais pas celle de mon p\u00e8re. Voil\u00e0 pourquoi un soir d\u2019hiver, il y a 2 ans, en tourn\u00e9e pour le boulot pr\u00e8s de la maison d\u00e9sert\u00e9e de mes parents, j\u2019y suis all\u00e9e pour retrouver la carte de groupe sanguin de mon p\u00e8re. J\u2019ai fouill\u00e9 partout, en vain.<br><br><strong>21 d\u00e9cembre #40<\/strong><br>Je m&rsquo;engage solennellement \u00e0 remonter le cours du temps de #40 \u00e0 #1, en respectant autant que faire se peut la consigne de 480 signes (enfin je vais essayer). Ainsi, durant 40 jours, je continuerai ce carnet en revisitant chacune des propositions.<br>Conform\u00e9ment \u00e0 mon engagement, demain soir, \u00e0 18h, nouveau secret dans mon carnet # -39.<br>Pour valoir ce que de droit, promis, jur\u00e9, crach\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>18 d\u00e9cembre #39<\/strong><br><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2419\" height=\"2431\" class=\"wp-image-111072\" style=\"width: 300px\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-7901.jpg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-7901.jpg 2419w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-7901-418x420.jpg 418w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-7901-1019x1024.jpg 1019w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-7901-200x200.jpg 200w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-7901-768x772.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-7901-1528x1536.jpg 1528w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-7901-2038x2048.jpg 2038w\" sizes=\"auto, (max-width: 2419px) 100vw, 2419px\" \/><br>@francoiseguillaumond2022<\/p>\n\n\n\n<p>Bec jaune plumage noir<br>Merle forgeur de m\u00e9moire<br>Rien ne sourd de tes secrets<br>Sombres sur papier en flamme<br>Les mots tus restent muet<br>               Chante merle chante<br>               Ton chant \u00e9cran de fum\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p><strong>17 d\u00e9cembre #38<\/strong><br>R\u00eaves lumineux<br>Exemple : je suis la petite fille que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 sur son v\u00e9lo rouge. Je dis adieu \u00e0 mon grand fr\u00e8re sur son v\u00e9lo bleu. Puis chacun part de son c\u00f4t\u00e9. C\u2019est l\u00e9ger et joyeux, comme si rien ne devait nous s\u00e9parer, jamais.<br>Ou r\u00eaves de personnes que je ne reverrai plus. Elles ont chang\u00e9 ou pas, mais ce sont bien elles que je retrouve. C&rsquo;est si bon. Autrefois, au r\u00e9veil, ces&nbsp;r\u00eaves me laissaient malheureuse, abandonn\u00e9e. Aujourd\u2019hui je suis pleine de gratitude, comme un cadeau que je me fais.&nbsp;<br>Ou r\u00eaves de d\u00e9m\u00e9nagement pour des maisons immenses et lumineuses. Tant de pi\u00e8ces, de recoins et d&rsquo;ouvertures ! Au r\u00e9veil, je ne peux m\u2019emp\u00eacher de mettre ces r\u00eaves en regard avec ce sentiment d\u2019\u00e9largissement de mon espace int\u00e9rieur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>16 d\u00e9cembre #37<\/strong><br><br><em>Tu es venue le feu s&rsquo;est alors rallum\u00e9 L\u2019ombre a c\u00e9d\u00e9 le froid d\u2019en bas s\u2019est \u00e9toil\u00e9\u2026<\/em>\u00a0<br>J\u2019avais 15 ans. Il m\u2019avait pr\u00eat\u00e9 ce livre de Paul Eluard. Sur la couverture, le portrait du po\u00e8te par Picasso. Le livre appartenait \u00e0 son p\u00e8re et je devais le lui rendre \u00e0 mon retour de vacances. J\u2019aimais ce livre. Alors j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de l\u2019apprendre par c\u0153ur. J\u2019ai divis\u00e9 le nombre de pages par le nombre de jours. Et cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0, chaque matin, j\u2019ai appris mon quota de pages. Je suis tiss\u00e9e de ces mots-l\u00e0, li\u00e9e par eux \u00e0 ce premier amour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>15 d\u00e9cembre #36<\/strong>|<br><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2560\" height=\"1920\" class=\"wp-image-109726\" style=\"width: 300px\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-5796-scaled.jpg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-5796-scaled.jpg 2560w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-5796-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-5796-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-5796-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-5796-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-5796-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><br>@<em>francoiseguillaumond2022<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Attraper l\u2019iPhone. Ouvrir Whatsapp, regarder les messages des enfants (urgent ou pas ?), si n\u00e9cessaire r\u00e9pondre. V\u00e9rifier les SMS. Ouvrir Facebook, lire la chronique d\u2019Andr\u00e9 Markovitcz (1 jour sur 2).\u00a0 Survoler les 3 boites mail, effacer les mails inutiles, ignorer les autres. Sur l&rsquo;appli radio s\u00e9lectionner BBC World service, la barri\u00e8re de la langue rend l\u2019actualit\u00e9 plus supportable (pas toujours), chercher sur Google la traduction de mots inconnus. \u00a0Dans le carnet, premi\u00e8re relecture du jour des notes du chantier d\u2019\u00e9criture en cours (\u00e9tat des lieux). Se lever, rendez-vous pris le soir m\u00eame (comme chaque soir) avec le livre en cours. Boire un caf\u00e9. Relire les notes d\u2019\u00e9criture, les corriger, compl\u00e9ter (esp\u00e9rer). Parcourir sur Facebook les pages amies, cliquer j\u2019aime, j\u2019adore ou rien, commenter parfois. Noter les \u00e9v\u00e8nements int\u00e9ressants, enregistrer les suggestions de livres, \u00e9couter les musiques propos\u00e9es, les ajouter sur Deezer \u00e0 la playlist Number one (quand cela s\u2019impose, chercher la traduction des paroles en ligne). Croiser agenda \u00e9lectronique et papier, ajuster, rectifier. Survoler \u00e0 nouveau les notes du carnet (d\u00e9sesp\u00e9rer). Allumer l\u2019ordinateur. Revenir sur chaque mail, r\u00e9pondre utile. Compl\u00e9ter le cahier de compagnie (fait, \u00e0 faire). R\u00e9diger la to do list du jour. Oublier les notes d\u2019\u00e9criture (respirer). Face au bureau, relire : <br>1.\u00a0 le d\u00e9but du texte de Giacometti accroch\u00e9 au mur <em>: Je fais certainement de la peinture et de la sculpture et cela depuis toujours, pour mordre sur la r\u00e9alit\u00e9, pour me d\u00e9fendre, pour me nourrir, pour grossir pour mieux me d\u00e9fendre, pour mieux attaquer, pour avancer le plus possible sur tous les plans, dans toutes les directions, pour me d\u00e9fendre contre la faim, contre le froid, contre la mort, pour \u00eatre le plus libre possible\u2026<\/em><br>2. l\u2019affichette cartonn\u00e9e fix\u00e9e sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re sup\u00e9rieure : <em>Calmons-nous ! Le c\u0153ur de la baleine bat 9 fois par minute, celui de l\u2019homme au repos entre 60 et 120 fois<\/em> <br>3. le post-it de ma fille cadette coll\u00e9 sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re inf\u00e9rieure : <em>Ne pas oublier que la vie est belle\u00a0!<\/em> <br>4. l\u2019horoscope ch\u00e9ri d\u00e9coup\u00e9 dans un vieux journal, affich\u00e9 sur le montant gauche du bureau : <em>Verseau &#8211; profession : vous brillez par votre intelligence et votre capacit\u00e9 \u00e0 vous adapter<strong>. <\/strong>Affectif  : beaucoup de dynamisme et une bonne ouverture d\u2019esprit, avec l\u2019amour en plus. Forme : difficile de demander mieux tant elle est excellente<\/em>).<em> <\/em><br>Me mettre au travail. Ouvrir le dossier texte version 41, enregistrer sous version 42 (chaque jour, le num\u00e9ro augmente). En lien avec les notes du carnet jeter des mots, des phrases, \u00e9prouver la sensation famili\u00e8re d\u2019aller droit dans le mur. Chercher une ouverture.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>14 d\u00e9cembre #35<\/strong><br>Il a dit&nbsp;: fini le temps de l\u2019abondance, voici venu le temps de\u2026 Il a utilis\u00e9 un mot. \u00c7a m\u2019a fait bondir. C&rsquo;\u00e9tait obsc\u00e8ne dans sa bouche\u2026&nbsp;&nbsp;Je n\u2019arrive pas \u00e0 retrouver le mot pr\u00e9cis. C\u2019\u00e9tait le contraire d\u2019abondance. Pas aust\u00e9rit\u00e9, non. Pas d\u00e9croissance, \u00e9videmment. \u00c7a m\u2019\u00e9chappe. Attends. Je veux le retrouver ce mot qui m\u2019a mise tant en col\u00e8re. Si je te le dis, tu comprendras. L\u2019ind\u00e9cence de ce type. Comment c\u2019est possible ? Je me souviens de tout son discours, sauf de ce mot-l\u00e0 pr\u00e9cis\u00e9ment, qui disait pourtant tout de sa pens\u00e9e \u00e0 lui. Comme une n\u00e9gation de l\u2019autre, de la rencontre, du plaisir, de la vie.&nbsp;Et j\u2019ai oubli\u00e9 \u00e7a&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">1<strong>3 d\u00e9cembre #34<\/strong><br><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"563\" height=\"465\" class=\"wp-image-109257\" style=\"width: 300px\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/bac-eau-oiseau.jpg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/bac-eau-oiseau.jpg 563w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/bac-eau-oiseau-420x347.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 563px) 100vw, 563px\" \/><br>@<em>francoiseguillaumondlarochelle2022<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Quinze nichoirs, deux bacs \u00e0 graines, un\u00a0bassin en porcelaine rempli d\u2019eau, \u00e7a p\u00e9pie dans le jardin : rouges-gorges, m\u00e9sanges, accenteurs mouchets, tourterelles\u2026 Mon p\u00e8re en aurait fait un ha\u00efku. Il r\u00e9ussissait bien ses haikus mon p\u00e8re. \u00c0 une p\u00e9riode de sa vie il pensait m\u00eame en ha\u00efkus. Une mouche dans la pi\u00e8ce ? un ha\u00efku. Une femme qui prom\u00e8ne son chien ?\u00a0\u00a0un\u00a0ha\u00efku. Les cendres dans la chemin\u00e9e ? un ha\u00efku. Le jasmin d\u2019hiver a fleuri jaune ? un ha\u00efku. La bo\u00eete aux lettres rest\u00e9e vide ? un ha\u00efku. C\u2019\u00e9tait plus fort que lui, il ne pouvait pas s&#8217;emp\u00eacher de voir le monde et de penser en ha\u00efkus, \u00e7a l\u2019envahissait. Un jour il a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019arr\u00eater.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>12 d\u00e9cembre #33<\/strong><br><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2560\" height=\"1920\" class=\"wp-image-108984\" style=\"width: 300px\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-5762-scaled.jpg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-5762-scaled.jpg 2560w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-5762-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-5762-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-5762-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-5762-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-5762-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><br>Arr\u00eater le monde ? C\u2019te blague ! Ou alors traverser le jardin pour rejoindre mon bureau que j\u2019aime tant. L\u00e0, rien ne s\u2019arr\u00eate et quelque chose peut commencer.&nbsp;Mais impossible de faire&nbsp;le vide. Le monde est partout. Alors j\u2019\u00e9cris, pour tenter d\u2019\u00e9puiser le monde, tenter de le faire reculer, de le tenir \u00e0 distance, pour ne pas me sentir \u00e9cras\u00e9e, engloutie, d\u00e9vor\u00e9e, fracass\u00e9e par le tumulte du monde.&nbsp;Et je pense \u00e0 ce petit enfant&nbsp;qui veut vider la mer avec une cuill\u00e8re&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>11 d\u00e9cembre #32<\/strong><br><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-108820\" style=\"width: 300px\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/thunbergia-alata-600x450-1.webp\" alt=\"\"><br>C\u2019est au printemps dernier qu\u2019elle m\u2019avait parl\u00e9 des Suzannes aux yeux noirs, une plante volubile et florif\u00e8re, que je ne connaissais pas. Je l\u2019ai \u00e9cout\u00e9e et cet \u00e9t\u00e9, la barri\u00e8re en fer forg\u00e9 devant la maison s\u2019est couverte d\u2019une multitude de fleurs oranges et jaunes. Une merveille. Ce matin, il a gel\u00e9. Les tiges des Suzannes aux yeux noirs ont noirci d\u2019un coup. J\u2019ai appris \u00e0 13h20 qu\u2019elle \u00e9tait morte pendant la nuit.&nbsp;<br><br><strong>10 d\u00e9cembre #31<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/FG.wav\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p>Tout s\u2019enfonce et p\u00e9rit. Et toi, t\u2019y crois toujours&nbsp;? Au miracle \u00e9ternel&nbsp;? Au cycle de la vie&nbsp;? Pas si pire,&nbsp;tu disais ? T\u2019es en bord de falaise en effondre et tu souris.<br>Et voil\u00e0 l\u2019homme en fabrique de pand\u00e9mies qui coupe les arbres, trace les routes, atomise la vie sauvage et voil\u00e0 le vivant en d\u00e9gringole. Bonjour les petits porteurs de virus en grande prolif\u00e8re. Plein partout des pestes et des carnages. Et voil\u00e0 la pestilence qui tr\u00e9pigne \u00e0 la porte et frappe : Salut. Alors la terre&nbsp;? La terre, elle se d\u00e9robe, se carapate, se rar\u00e9fie.&nbsp; La terre, on l\u2019a perdue \u00e0 force de coups de force.<br>C\u2019est un putain de temps de chien qui s\u2019en vient.<br>Un temps \u00e0 ne mettre personne dehors.<br>Un temps de loups avec les crocs qui arrachent et qui mordent.<br>T\u2019aboules la monnaie presto fissa. Vas-y paye. Paye l\u2019eau, le ciel, paye l\u2019air. Paye aussi ta mis\u00e8re. T\u2019as rien&nbsp;? Cr\u00e8ve. T\u2019as faim&nbsp;? Cr\u00e8ve. T\u2019as peur&nbsp;? Cr\u00e8ve, cr\u00e8ve et recr\u00e8ve.<br>Nous v\u2019l\u00e0 \u00e0 payer la dette, la grande dette du rien, la dette de la terre qui roule en boule neige de plus en plus grosse. Tu demandes&nbsp;: le paiement \u00e0 qui&nbsp;? \u00e0 Saturne&nbsp;? \u00e0 V\u00e9nus&nbsp;? \u00e0 la lune&nbsp;? au soleil&nbsp;? T\u2019en es toute bouriff\u00e9e. Et nous voil\u00e0, toi, moi, elle, nous, toutes tondues comme moutons dociles. Vont nous bouffer si rien nous fait. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>9 d\u00e9cembre #30<\/strong><br>Elles \u00e9taient en retard. Nous avions rendez-vous \u00e0 9h. Prises toutes trois, chacune&nbsp;\u00e0 son endroit, dans un gigantesque bouchon \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la ville. Sur France bleue un journaliste r\u00e9p\u00e9tait en boucle : un carambolage impliquant plusieurs v\u00e9hicules a eu lieu ce matin, \u00e0 8h30, entre Aytr\u00e9 et Beaulieu&#8230; Elles, elles \u00e9taient en route, l\u2019une&nbsp;venant d\u2019Ol\u00e9ron, l\u2019autre du Marais, la troisi\u00e8me de Vend\u00e9e. Et je les attendais dans le froid du matin. Elles \u00e9taient en retard.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>8 d\u00e9cembre #29<\/strong><br>01\/12 &#8211; 0 <br>02\/12 &#8211; 0<br>03\/12 &#8211; 0 <br>04\/12 &#8211; 0 <br>05\/12 &#8211; 0 <br>06\/12 &#8211; 3 taffes = regret <br>07\/12  &#8211; 1 enti\u00e8re = regrets <br>08\/12  &#8211; 3 enti\u00e8res + achat d\u2019un paquet = REGRETS<\/p>\n\n\n\n<p><strong>7 d\u00e9cembre #28<\/strong><br>Ce n\u2019est pas un double ni un triple mais un&nbsp;centuple que je tra\u00eene \u00e0 mes basques \u00e7a tire dans tous les sens \u00e7a guerroie dans mon fort int\u00e9rieur impossible \u00e0 pacifier tant il sort des adversaires de toute part comment s\u2019y retrouver tandis que j\u2019interroge ce qui tient me tient debout envers et contre tout peut-\u00eatre mes n\u0153uds bien s\u00fbr que je cultive depuis l\u2019enfance n\u0153uds trop serr\u00e9s que je me garderais bien pourtant de d\u00e9faire au risque de tomber mais pas un double, un triple, un centuple pour m&rsquo;apaiser si seule au milieu de moi et des autres<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6 d\u00e9cembre #27<\/strong><br>Le matin, assise dans l&rsquo;obscurit\u00e9, quelques millim\u00e8tres devant moi, je sais qu&rsquo;elle pense avec fatigue \u00e0 la journ\u00e9e qui vient, \u00e0 tous les pas qu\u2019il lui faudra faire. A midi, je me r\u00e9jouis de la voir rire avec lui. Ils travaillent bien, elle avec ses mots, lui avec ses mains. Pourtant il y a toujours ces micro failles de doute qui s&rsquo;\u00e9largissent et la basculent dans des effondrements. Je la regarde toucher le fond d\u2019elle-m\u00eame. Elle tape des pieds pour remonter \u00e0 la surface. Elle s&rsquo;\u00e9puise. Comment lui dire que \u00e7a va aller ?  <\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>5 d\u00e9cembre #26<\/strong><\/em><br><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2560\" height=\"1920\" class=\"wp-image-107329\" style=\"width: 300px\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/J1-5-scaled.jpeg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/J1-5-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/J1-5-420x315.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/J1-5-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/J1-5-768x576.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/J1-5-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/J1-5-2048x1536.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><br>Mise au point (flou nettet\u00e9) d&rsquo;une&nbsp;traduction fran\u00e7ais\/ LSF &#8211; extrait <br>(&#8230;) on en est \u00e0 multiplier l&rsquo;immensit\u00e9 des qui-je-suis en dehors de leurs regards qui tuent  c&rsquo;est bon ajuste avant tout la d\u00e9croissance avec l&rsquo;usine qui r\u00e9tr\u00e9cit c&rsquo;est ok pour moi tu racines et tu magnifiques attention ce n&rsquo;est pas tu es magnifique c&rsquo;est tu es de plus en plus magnifique ou tu deviens magnifique pieds ancr\u00e9s dans la grande traverse du ciel  c&rsquo;est vraiment le corps en travers du ciel ou le corps travers\u00e9 par le ciel ou qui traverse le ciel comment faire et&nbsp;je me plante \u00e0 tes c\u00f4t\u00e9s puisque c\u2019est encore la meilleure fa\u00e7on de pousser ce que \u00e7a veut dire c\u2019est peut-\u00eatre qu&rsquo;on est une for\u00eat est-ce&nbsp;que je peux faire une mangrove qui s&rsquo;\u00e9tend avec mon doigt non c&rsquo;est plut\u00f4t grandir ce n&rsquo;est ni envahir ni se r\u00e9pandre c&rsquo;est grandir&nbsp;dans tous les sens du terme on est dans la verticalit\u00e9 entre ciel et racines la mangrove non ton doigt est trop fragile c\u2019est int\u00e9ressant la fragilit\u00e9 de l\u2019humain mais si tu fais \u00e7a on dirait un vers de terre alors que le mot racine est puissant j\u2019ai les arbres&nbsp;j&rsquo;ai les mains qu\u2019est-ce que tu en penses je fais l\u2019arbre avec sa racine comme j&rsquo;ai deux mains je peux faire le signe de se rejoindre toi et moi trouver quelque chose qui grandit mais sans se tromper d&rsquo;image choisir les deux mains qui se serrent en amies (&#8230;)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4 d\u00e9cembre #25<\/strong><br><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"2560\" class=\"wp-image-106919\" style=\"width: 300px\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/sauvegarde-portable-2013-2014-2015-017-scaled.jpg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/sauvegarde-portable-2013-2014-2015-017-scaled.jpg 1920w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/sauvegarde-portable-2013-2014-2015-017-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/sauvegarde-portable-2013-2014-2015-017-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/sauvegarde-portable-2013-2014-2015-017-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/sauvegarde-portable-2013-2014-2015-017-1536x2048.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/><br>Je te pr\u00e9sente mon corps parfois lourd, fatigu\u00e9, mais que j\u2019habite toujours avec gratitude. Je te pr\u00e9sente ma peau que je souhaiterais plus coriace. Je te pr\u00e9sente ma bouche, plut\u00f4t petite, malgr\u00e9 de grands \u00e9touffements, celle qui s&rsquo;est trop souvent tue mais qui a, aujourd&rsquo;hui, repris langue et parle et chante et raconte et cr\u00e9e et qui quelquefois mord ou embrasse tendrement. Je te pr\u00e9sente mes yeux, h\u00e9sitants entre gris, bleu et vert et qui lorsqu&rsquo;ils te croisent te regardent avec \u00e9tonnement. Je te pr\u00e9sente mon esprit qui n&rsquo;a de cesse d&rsquo;apprendre. Je te pr\u00e9sente mes mains r\u00e9solument maladroites. Je te pr\u00e9sente mes talons qui ont longtemps frapp\u00e9 le sol avec col\u00e8re quand je marchais. Je te pr\u00e9sente mes genoux qui savent le prix du trajet accompli. Je te pr\u00e9sente mon ventre qui n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 moi et garde mes secrets.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=VoO3oiqkHh8\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=VoO3oiqkHh8\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=VoO3oiqkHh8<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>3 d\u00e9cembre #24<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2560\" height=\"1920\" class=\"wp-image-106726\" style=\"width: 300px\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-5461-scaled.jpg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-5461-scaled.jpg 2560w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-5461-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-5461-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-5461-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-5461-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG-5461-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><br>Dos en appui,&nbsp;jambes en extension,&nbsp;respiration guid\u00e9e 4\/ 4\/ 4\/ 4, la main gauche s\u2019abandonne \u00e0 la chaleur de la cuisse face \u00e0 une immense fen\u00eatre \u00e0 croisillons o\u00f9 un pin&nbsp;pointe derri\u00e8re les garages \u00e9clair\u00e9s d\u2019une lumi\u00e8re qui ne peut pas venir du ciel opaque, palette de gris avec pointe de jaune, et&nbsp;tandis que les pieds se frottent l\u2019un l\u2019autre,&nbsp;que&nbsp;le tic-tac lointain d\u2019une horloge impose sa pr\u00e9sence, les sourcils s\u2019arrondissent sur cette question : mais d\u2019o\u00f9 vient la lumi\u00e8re ? 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 pas pour trouver la r\u00e9ponse, l\u00e0, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fen\u00eatre, \u00e0 droite, un lampadaire est allum\u00e9 et la bouche perplexe fait la moue&nbsp;puis retour sur l\u2019assise avec l\u00e2ch\u00e9 des \u00e9paules, affaissement du sternum qui se replie sur le tempo de l\u2019horloge, quand soudain la pluie cr\u00e9pite sur la vitre, fortissimo, doubles croches sur blanches et les pieds s&rsquo;impatientent<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2 d\u00e9cembre #23<\/strong><br>22h00 &#8211; Sur la longueur de la rue pas si longue, un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept v\u00e9hicules gar\u00e9s sur le trottoir de gauche. Un, deux, trois, quatre v\u00e9hicules gar\u00e9s sur le trottoir de droite. 23h00 &#8211; Un de plus \u00e0 droite.<br>8h00 &#8211; Un, deux trois, quatre, cinq \u00e0 gauche. Un, deux, trois \u00e0 droite<br>10h00 \u2013 Un, deux, trois \u00e0 gauche. Un \u00e0 droite. 11h00 &#8211; Un de moins \u00e0 droite.<br>Eux ici ou l\u00e0. Et toi, quand reviens-tu ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1er d\u00e9cembre #22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1852\" height=\"2560\" class=\"wp-image-106093\" style=\"width: 150px\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5434-scaled.jpeg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5434-scaled.jpeg 1852w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5434-304x420.jpeg 304w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5434-741x1024.jpeg 741w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5434-768x1061.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5434-1111x1536.jpeg 1111w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5434-1482x2048.jpeg 1482w\" sizes=\"auto, (max-width: 1852px) 100vw, 1852px\" \/> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"2560\" class=\"wp-image-106092\" style=\"width: 150px\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5435-scaled.jpeg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5435-scaled.jpeg 1920w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5435-315x420.jpeg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5435-768x1024.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5435-1152x1536.jpeg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5435-1536x2048.jpeg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"2560\" class=\"wp-image-106091\" style=\"width: 150px\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5439-scaled.jpeg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5439-scaled.jpeg 1920w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5439-315x420.jpeg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5439-768x1024.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5439-1152x1536.jpeg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5439-1536x2048.jpeg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/><\/p>\n\n\n\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"2560\" class=\"wp-image-106090\" style=\"width: 150px\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5440-scaled.jpeg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5440-scaled.jpeg 1920w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5440-315x420.jpeg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5440-768x1024.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5440-1152x1536.jpeg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5440-1536x2048.jpeg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"2560\" class=\"wp-image-106089\" style=\"width: 150px\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5444-scaled.jpeg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5444-scaled.jpeg 1920w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5444-315x420.jpeg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5444-768x1024.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5444-1152x1536.jpeg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_5444-1536x2048.jpeg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/><br>Les livres couvrent les murs de la maison et je ne suis pas loin de penser que si j&rsquo;en enlevais un,&nbsp;elle pourrait tout aussi bien s&rsquo;\u00e9crouler. Ce matin, je prends, je pose, je r\u00e9siste.&nbsp;Cet apr\u00e8s-midi, au bureau, je sens le poids de l\u2019anthologie de Michaux dans mon sac. C\u2019est une vieille \u00e9dition que j\u2019aurais du mal \u00e0 retrouver. Ce serait pourtant le plus beau cadeau \u00e0 faire au monde. Mais je ne peux pas. J\u2019aime tout dans ce livre. Son odeur, sa couleur, la texture de ses pages, sa pr\u00e9sence \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s depuis l\u2019adolescence, et bien s\u00fbr les mots dedans.&nbsp; Je copie un extrait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je vous \u00e9cris d\u2019un pays lointain&nbsp;\u00bb. Je l\u2019imprime en&nbsp;5 exemplaires et pars en v\u00e9lo essaimer dans la ville :&nbsp;Cit\u00e9 des 400, Plage des Minimes, Port de plaisance, M\u00e9diath\u00e8que Michel Cr\u00e9peau, Gabut.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>30 novembre #21<\/strong><br>Un paquet de craies multicolores pour ses petites mains potel\u00e9es. Attention ! Concentration maximum, langue tir\u00e9e. Hop un trait rouge (couleur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e), sur le bitume de la rue de quatrefages. Jaune la deuxi\u00e8me. Puis bleu, marron, vert, violet. Rouler dans la bouche le nom de chaque couleur avec d\u00e9lectation. H\u00e9sitation pour le marron\u2026 mais bravo ! Continuer hardiment sur la route. Encore un trait, une couleur, un autre, une autre. Et encore.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>29 novembre #20<\/strong><br>Salle Le Carg\u00f6 \u00e0 Caen, une bo\u00eete noire.&nbsp; A gauche des&nbsp;portes d\u2019entr\u00e9e, un vestiaire payant. Derri\u00e8re le comptoir rouge, un jeune homme brun, pull blanc, visage impassible, r\u00e9cup\u00e8re le sac que je lui tends avec mon ordinateur. C\u2019est un sac en tissu achet\u00e9 il y a 5 ans \u00e0 La New York Public Library,&nbsp;dont&nbsp;l\u2019imprim\u00e9 reprend la couverture de cet album jeunesse que j\u2019aime tant : \u00abBonsoir lune\u00bb. Le jeune homme pose n\u00e9gligemment le sac sur une \u00e9tag\u00e8re derri\u00e8re lui. Je lui tends la somme due : une pi\u00e8ce de 1 euro. En \u00e9change je re\u00e7ois le ticket 768. Sourire automatique. Sc\u00e8ne muette. <br>Je pense \u00e0 la valeur des choses.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>28 novembre #19<\/strong><br>Bonjour on peut manger ? Bien s\u00fbr. On n\u2019a jamais mang\u00e9 de cuisine sp\u00e9cialit\u00e9s somaliennes. Alors c\u2019est le moment. \/Comment je fais avec la Sacem ? Tu veux dire la SACD ? Oui, la SACD. \/ Avancez&nbsp;la voiture, oui, oui, m\u00eame si c\u2019est rouge, il faut qu\u2019on traverse.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>27 novembre #18<\/strong><br>En voiture taper 2&#215;480 signes avec le pouce droit sur le t\u00e9l\u00e9phone. Il me pressait : c\u2019est l\u2019heure de partir ! Pas de temps de choisir. Pris le 1er livre de la pile sous la table de chevet. Pile souvent effondr\u00e9e et toujours reconstruite al\u00e9atoirement. Le voil\u00e0. Petit format \u00e0 la couverture rouge pass\u00e9e. Typo \u00e9l\u00e9gante sur pages gr\u00e8ges. Au passage \u00e0 niveau de Saint Gemme la plaine je l\u2019ouvre au hasard. Ici le hasard est toujours r\u00e9jouissant. Glisser avec bonheur mes pas dans ceux de l\u2019auteur, \u00e0 la virgule pr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;&nbsp;&nbsp;A l\u2019aurore de la vieillesse, devant la plaine de la Mort, je cherche encore, je cherche toujours, dit Pollagoras, le petit barrage lointain en mon enfance par ma fiert\u00e9 \u00e9difi\u00e9, tandis qu\u2019avec des armes molles et un infime bouclier, je circulais entre les falaises d\u2019adultes obscurs.<br>  Petit barrage que je fis, croyant bien faire, croyant merveille faire, et me placer en forteresse non d\u00e9logeable. Petit barrage trop solide que ma r\u00e9sistance fit.<br>  Et il n\u2019est pas le seul.<br>Combien en b\u00e9tonnais-je au temps de ma d\u00e9fense folle, dans mes ann\u00e9es effray\u00e9es !&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>26 novembre #17<\/strong><br>Propositions pour une refonte des quartiers Beauregard Laffont<br>1\/ D\u00e9couper les fa\u00e7ades des maisons pour donner \u00e0 voir ce qui se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, et chercher. Mais o\u00f9 est Charlie ?&nbsp;<br>2\/ Renommer la rue du Rhin rue du Rein.&nbsp;&nbsp;Pour redonner ses lettres de noblesse au corps humain, chaque nom de fleuve affect\u00e9 \u00e0 une rue sera remplac\u00e9 par le nom d\u2019un organe : boulevard de la Prostate, carrefour de l\u2019Ut\u00e9rus, impasse du Pancr\u00e9as\u2026<br>3\/ Comme Diog\u00e8ne, qui cherchait un homme dans la foule une lanterne allum\u00e9e en plein jour, \u00e9clairer l\u2019espace public entre le lever et le coucher du soleil. L\u2019homme n\u2019\u00e9tant pas une lumi\u00e8re,&nbsp;peut-\u00eatre y verra-t-il plus clair. Par contre garder la nuit bien noire, elle n\u2019a rien fait.<br><br>Le point 2 fait l\u2019objet d\u2019une contre-proposition du consortium g\u00e9ographique : d\u00e9tourner les fleuves de France pour les r\u00e9affecter ici. Que le Rhin coule dans la rue du Rhin, le Rh\u00f4ne dans celle du Rh\u00f4ne, etc.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>25 novembre #16<\/strong><br>Imperm\u00e9able de postier humide \/ affaissement de la veste molletonn\u00e9e verte printemps \/ casquette en tweed de grand papa avec \u00e9charpe \u00e9cossaise et manteau gris \/ oh un bonnet moutarde sur anorak orange fluo qui file en v\u00e9lo \/ superposition de robe, pull, gilet doudou, noir et rouille d\u2019automne \/ caban marine frileux \u00e0 la fermeture \u00e9clair remont\u00e9e jusqu\u2019au cou \/ il vole au vent l\u2019imperm\u00e9able fin vert kaki \/ chapka marron clair sur casque musique avec jogging sautillant bleu roi&nbsp;\/ pull bleu \u00e9lectrique d\u00e9collet\u00e9 sur poitrine g\u00e9n\u00e9reuse avec l\u2019inscription en lettres blanches cursives enroul\u00e9es amples : oh la la ! \/ manteau classieux en fourrure noire qui roule &nbsp;des \u00e9paules<\/p>\n\n\n\n<p><strong>24 novembre #15<\/strong><br>Et un caf\u00e9 pour la princesse ! \/ Black Friday et Quatar, que des conneries \/ Vous \u00eates pri\u00e9s de vous avancer en caisse une \/ Mais tu fais quoi Jo\u00eblle ? t\u2019es o\u00f9 ? pffff j\u2019en ai marre, j\u2019en ai marre, j\u2019en ai marre. Mais qu\u2019est-ce qu\u2019elle fait ? \/ Moi ? je suis en alternance pour 3 ans \/ Attention Mich\u00e8le, le parking Saint-Jean d\u2019Acre est ferm\u00e9 pour cause de Marathon \/ Je cours dans ma t\u00eate l\u00e0 \/ Merci madame et bonne journ\u00e9e \/ J\u2019esp\u00e8re qu\u2019elle ne m\u2019a pas oubli\u00e9e \/ Salut les jeunes ! \/ J&rsquo;h\u00e9site<\/p>\n\n\n\n<p><strong>23 novembre #14<\/strong><br>Un regard qui ne peut se d\u00e9tacher du si\u00e8ge vide de la balan\u00e7oire rouge qui oscille d\u2019avant en arri\u00e8re, m\u00e9tronome d\u2019une absence.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>22 novembre #13<\/strong><br>Matin gris trait blanc comme un accent grave en suspens dans le ciel \u00e0 3 m\u00e8tres au-dessus d&rsquo;un groupe de lyc\u00e9ens silhouettes sombres massives ancr\u00e9es mains dans les poches pas un seul pour regarder o\u00f9 pourrait atterrir ce qui passe au-dessus de leurs t\u00eates trop t\u00f4t c&rsquo;est trop t\u00f4t pour un cours de lancer de javelot.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>21 novembre <\/strong><strong>#12<\/strong><br>Les dessous, le dessous, c\u2019est la brume \u00e9paisse comme en enfance. J\u2019ai 7 ans, je me r\u00e9veille. Par la baie-vitr\u00e9e (j\u2019habite le 7\u00e8me \u00e9tage d\u2019un immeuble-paquebot) l\u2019horizon a disparu. Le brouillard a tout pris : la haie des marronniers, le bassin, les socles moussus des statues ; plus de parking, plus de terre, rien. A hauteur d\u2019oiseau je fonds mon regard dans cette pr\u00e9sence-absence. Comme je suis satisfaite d\u2019habiter cet espace incertain, heureuse d\u2019\u00eatre perdue, accroch\u00e9e au ciel. Je flotte. Alors je colle mon nez d\u2019enfant sur la vitre : elle est froide et humide, juste comme il convient.<br>Apr\u00e8s, les mots sortent de l&rsquo;ombre, me rejoignent peu \u00e0 peu. Apr\u00e8s, j\u2019\u00e9cris.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>20 novembre #11<\/strong><br>Je me souviens de cette sc\u00e8ne fig\u00e9e, trop de fois \u00e9crite. Le p\u00e8re d\u00e9cide qu\u2019elle doit lire \u00e0 4 ans. Il lui demande&nbsp;: P et A, \u00e7a fait quoi ? Elle&nbsp;r\u00e9pond : RI ? TU ? VA ? Et la col\u00e8re du p\u00e8re, intacte, ne l\u00e2che rien dans ce souvenir essor\u00e9.<br>C\u2019est comme \u00e7a que j\u2019ai appris \u00e0 lire tr\u00e8s t\u00f4t et tr\u00e8s bien. Puis \u00e0 l\u2019\u00e9cole, j\u2019ai entendu les autres \u00e2nonner. J\u2019ai envi\u00e9 leur capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9chiffrer pas \u00e0 pas, comme des d\u00e9tectives perdus entre les lignes \u00e0 la recherche d\u2019un sens cach\u00e9. Alors, le soir, dans ma chambre, je mettais les livres \u00e0 l\u2019envers et moi aussi je lisais en tr\u00e9buchant. Peu \u00e0 peu, dans cette musique improbable de syllabes juxtapos\u00e9es, naissaient des merveilles.<br>Jusqu\u2019\u00e0 ce que je sache lire parfaitement \u00e0 l\u2019envers.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle est toute petite, elle a trac\u00e9 un M majuscule, puis un P et 3 petits ronds. Elle lit : maman, il faut acheter des pommes.<br>Je lui souris. J&rsquo;avais tout compris.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>19 novembre #10<\/strong><br>Pendant que je r\u00e9ussis je ne sais pas si j\u2019y arriverai. Pendant que je m\u2019assieds, je ressens la douleur qui viendra quand je me rel\u00e8verai. Pendant que j\u2019approuve son&nbsp;: \u00e7a suffit ! je pense d\u00e9j\u00e0 \u00e0 tout ce qu\u2019il faudrait faire. Pendant que je le regarde construire un mur, j\u2019ouvre une porte. Pendant que je m\u2019excuse longuement, je tr\u00e9buche sur tout ce qui se glisse entre mes mots produisant l\u2019effet inverse de celui escompt\u00e9. Pendant que je peins, l\u2019enfant en moi court le plus vite possible dans la pente en hurlant de joie. Pendant que je parle avec assurance devant 200 personnes, je suis blottie tout au fond de moi et je grelotte.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>18 novembre #09<\/strong><br>Ne pas s\u2019attarder sur ce texte p\u00e9dant re\u00e7u hier soir. Ne pas s\u2019attarder sur la douleur dans les genoux qui fait que chaque pas est compt\u00e9. Ne pas s\u2019attarder sur le bulletin d\u2019infos de la BBC avec le futur essai nucl\u00e9aire de la Cor\u00e9e du Nord et le compte-rendu du proc\u00e8s des Russes qui ont descendu le Vol MH17 de la Malaysia Airlines &#8211; 283 morts. Ne pas s\u2019attarder sur ce message audio qui dit qu\u2019elle a envie de pleurer tout le temps, au risque de pleurer avec elle. Ne pas s\u2019attarder sur l\u2019effroi provoqu\u00e9 par le minuscule pied de Lulu (photo mise en ligne sur Facebook par sa m\u00e8re, prise il y a plus de 10 ans au service r\u00e9animation de l\u2019H\u00f4pital de Poitiers).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>17 novembre #08<\/strong><br>rue de la Sa\u00f4ne rue de l\u2019Adour rue du Rhin porte Royale porte Dauphine porte Maubec caserne Beauregard boulevard de Cognehors entreprise de construction L\u00e9opold Robinet Saint Eloi Sainte-Soulle docteurs Bodin Bertille et Picaud Camille Martin Bruno Petit L\u00e9o Doumy place de Verdun salle Georges Brassens relais de la Moulinette rue d\u2019Anville monsieur Sarion madame Samson mademoiselle Duranceau Diwo et associ\u00e9s Antony Johnson Jude Collins Nilo Pardo&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>16 novembre #07<\/strong><br>jeune femme aux cheveux plats visage lisse sourire \u00e9teint elle dit bonjour mollement et parle de ses enthousiasmes avec retenue j&rsquo;adore j&rsquo;adore elle adore monocorde \/ bouille ronde yeux noirs main tendue toucher te toucher tout toucher suis touch\u00e9e \/ il y a cette silhouette d&rsquo;homme avec un gilet jaune au portillon du jardin il vend le calendrier des \u00e9boueurs de loin de lui \u00e0 moi un sourire immense qui irradie<\/p>\n\n\n\n<p><strong>15 novembre #06<\/strong><br>-Tu l\u2019as vu ?&nbsp;<br>&#8211; Non. C\u2019est quoi ?&nbsp;<br>&#8211; Mais tu l\u2019as entendu ?&nbsp;<br>&#8211; Non. C\u2019\u00e9tait un rouge-gorge ? une m\u00e9sange ?<br>&#8211; Non, non. Il avait un manteau brun et la t\u00eate gris cendre, tiens comme le ciel hier.<br>&#8211; Un peu comme un moineau alors ?<br>&#8211; Non\u2026 diff\u00e9rent. M\u00eame taille, mais un bec plus fin. L\u2019autre jour, il s\u2019est pos\u00e9 dans l\u2019olivier. J\u2019ai enregistr\u00e9 son chant. Sur l\u2019appli Birdnet ils disent que c\u2019est un\u2026 attends, je cherche\u2026 un accenteur mouchet. Il revient. Regarde vers la vigne. Tu l&rsquo;as vu ?<br>&#8211; Non.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>14 novembre #05<\/strong><br>Lundi \u00e9teint&nbsp;<br>Il pleut des cendres<br>Le bleu viendra de l\u2019ouest pouss\u00e9 par le vent (\u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 les mar\u00e9es d\u00e9chirent les nuages puis les reprisent \u00e0 points serr\u00e9s pour \u00e9viter que tout s&rsquo;effiloche)&nbsp;<br><br>Si c&rsquo;\u00e9tait une photo, ce serait un n\u00e9gatif&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>13 novembre #04<\/strong><br>Se r\u00e9veiller avec entre ses dents serr\u00e9es le mot pousser.<br>Le savoir, l&rsquo;avoir toujours su,  les mots sont des mondes. <br>&#8211; <em>Faut pas pousser m\u00e9m\u00e9 dans les orties : faut pas exag\u00e9rer<br>&#8211; Pousser \u00e0 bout : acculer<br>&#8211; Elle pousse bien : elle grandit<br>&#8211; Poussez ! Poussez ! Au rugby, hier soir la France a battu l&rsquo;Afrique du Sud d&rsquo;un point<br>&#8211; Une pousse de Forsythia : une bouture, un rejet<br>&#8211; Pousse-toi de l\u00e0 : d\u00e9gage !<\/em><br>Promesse du matin : planter un figuier sous la fen\u00eatre de la chambre. Le regarder pousser.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>12 novembre #03<\/strong><br>Il aurait fallu qu&rsquo;elle freine, qu&rsquo;elle mette son clignotant, s&rsquo;arr\u00eate sur le bas-c\u00f4t\u00e9 et coupe le moteur. Mais la circulation \u00e9tait dense et pressante ce matin. Sans raison, nous avons tourn\u00e9 la t\u00eate sur la gauche en m\u00eame temps. Sur un balcon d&rsquo;immeuble, en bord de route, ils nous regardaient passer. Elle, emmitoufl\u00e9e dans des habits d&rsquo;hiver recouverts d&rsquo;une grosse veste en laine tricot\u00e9e, une clope et une tasse fumante dans les mains, pour se r\u00e9chauffer. Lui, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle, nu, nonchalamment appuy\u00e9 sur la balustrade m\u00e9tallique du balcon, cheveux dress\u00e9s, tr\u00e8s \u00e9pais, d\u00e9coup\u00e9s en \u00e9ventail. M\u00eame heure, m\u00eame jour, m\u00eame lieu, chacun a sa temp\u00e9rature.<br>Le temps que l&rsquo;image nous saisisse, nous avions d\u00e9j\u00e0 remont\u00e9 l&rsquo;avenue Carnot.<br>Elle m&rsquo;a dit : Il n&rsquo;y a qu&rsquo;avec toi qu&rsquo;on voit les m\u00eames choses.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>11 novembre #02<\/strong><br>La nuit, je marche. Dos cal\u00e9 contre l&rsquo;oreiller, le sol crisse sous mes pieds : Go\u00fbt d&rsquo;oseille au potager. Porte de la maison de Robert toujours ferm\u00e9e, avec derri\u00e8re,  sa m\u00e8re, sa soeur et son p\u00e8re qui est mort. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du b\u00e2timent massif, l&rsquo;esplanade du foyer de la Roche Arnaud perch\u00e9e au dessus de la ville et s\u00e9par\u00e9e du pr\u00e9cipice par un muret de pierres. Toucher rugueux. Vertige.<br>Retour inattendu dans la nuit de ma chambre. Me concentrer \u00e0 nouveau.<br>Repartir : Odeur du plancher gris aux lattes disjointes, lav\u00e9 \u00e0 grande eau. Course rapide pour franchir sans la toucher la porte western qui m\u00e8ne \u00e0 la cuisine du foyer. \u00e7a sent le bouillon. Traverser le r\u00e9fectoire. Une porte vitr\u00e9e ouvre sur la colline. Retrouver les champs color\u00e9s, agenc\u00e9s en patchwork comme une couverture d&rsquo;enfance.<br>Retour subit \u00e0 la chambre sombre. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du mur, le coucou de l&rsquo;entr\u00e9e chante les heures dans le bon ordre tandis que mes pas \u00e9chouent \u00e0 relier esplanade, potager, porte ferm\u00e9e de la maison de Robert et tout ce qu&rsquo;il y a derri\u00e8re, colline\u2026 Le pr\u00e9cipice a tout aval\u00e9. Seuls, subsistent quelques lieux refuges, \u00e0 partir desquels je tente de redessiner un paysage familier.<br>Soudain, l&rsquo;air brass\u00e9 par la porte western revient et fait danser mes cheveux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>10 novembre #01<\/strong><br>Elle a demand\u00e9 que ce soit lui qui la porte et l&rsquo;attache dans le si\u00e8ge auto. Je me penche vers elle en lui  tendant sa peluche singe. Un fr\u00e9missement inquiet la parcourt. Elle dit : on se revoit.<br>Je suis troubl\u00e9e. Ces mots sont trop grands pour elle. C&rsquo;est comme une faille, un d\u00e9sir, une esp\u00e9rance, un aveu, une inqui\u00e9tude, une \u00e9paisseur de temps qui se d\u00e9ploie et elle est si petite. Je caresse sa joue jusqu&rsquo;au menton et r\u00e9ponds : Oui, on se revoit, mercredi. Elle se d\u00e9tend, rassur\u00e9e par la pr\u00e9sence du mot mercredi,  d\u00e9j\u00e0 nomm\u00e9, m\u00eame si elle est incapable de le situer dans le temps, mercredi existe, elle l&rsquo;a entendu. D&rsquo;accord. On se revoit mercredi. Son regard s&rsquo;envole, la voiture d\u00e9marre, elle est d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9e \u00e0 autre chose. <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><br><br><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><br><br><\/p>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>13 marsDormir face \u00e0 un cadre immense et vide dans une r\u00e9serve de costumes de th\u00e9\u00e2tre.&nbsp;D\u2019o\u00f9 vient cette lumi\u00e8re verte fa\u00e7on aurores bor\u00e9ales \u00e0 254 km de la mer ? Derri\u00e8re la fen\u00eatre roulement de tambour au lointain : passages de camions sur autoroute (mais o\u00f9 est l\u2019autoroute?), ou rugissement du vent emp\u00each\u00e9 qui se cogne rebondit contre le b\u00e2ti <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-individuel-fg\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#carnet individuel FG<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":555,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[3923],"class_list":["post-98080","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-atelier","tag-carnet-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98080","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/555"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=98080"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98080\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=98080"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=98080"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=98080"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}