{"id":98107,"date":"2022-12-22T21:50:05","date_gmt":"2022-12-22T20:50:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=98107"},"modified":"2022-12-22T21:50:06","modified_gmt":"2022-12-22T20:50:06","slug":"carnets-individuels-clarence-massiani","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-individuels-clarence-massiani\/","title":{"rendered":"Carnets individuels | Clarence Massiani"},"content":{"rendered":"\n<p>Qu&rsquo;il est doux d&rsquo;\u00e9crire ses carnets avec vous&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>10 novembre &#8211; 15H00 &#8211; carnet 1.<\/strong> Hier soir, vingt-deux heures, il fait nuit et elle est froide la nuit.&nbsp;Je sors de la boxe, je tremble un peu sur mon v\u00e9lo, j&rsquo;ai h\u00e2te de rentrer. Soudain, une image, un flash, la sensation d&rsquo;un r\u00eave. A l&rsquo;abri bus de l&rsquo;h\u00f4pital, le long du grand boulevard qui longe la for\u00eat, je vois, un corps allong\u00e9, \u00e0 m\u00eame le bitume, qui dort, du moins, je l&rsquo;ai esp\u00e9r\u00e9. Un corps de femme, il m&rsquo;a sembl\u00e9, avec une b\u00e9quille \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, comme jet\u00e9e ou tomb\u00e9e. L\u00e0, sous les n\u00e9ons blanch\u00e2tres et je ne me suis pas arr\u00eat\u00e9e.J&rsquo;ai continu\u00e9 \u00e0 rouler et j&rsquo;ai pens\u00e9,&nbsp;<em>il faut appeler la police, peut-\u00eatre a-t-elle eu un malaise, peut-\u00eatre a-t-elle trop bu,peut-\u00eatre&#8230;&nbsp;<\/em>il y en a eu des&nbsp;<em>peut-\u00eatre<\/em>&nbsp;dans ma t\u00eate, mais j&rsquo;ai continu\u00e9 \u00e0 rouler.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>10 novembre &#8211; 20h30 &#8211; Carnet 2.<\/strong> Ma m\u00e8re \u00e9tait \u00e9pileptique et lorsque j&rsquo;\u00e9tais petite fille, je la voyais souvent tomber, \u00e0 la maison, dans la rue ou dans la queue d&rsquo;un cin\u00e9ma. Un jour, je devais \u00eatre avec elle et mes petites soeurs, lorsque brusquement, elle est tomb\u00e9e dehors mais je ne sais plus o\u00f9 et je ne sais plus ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 entre le moment de sa chute et le moment o\u00f9 je me suis retrouv\u00e9e assise dans une voiture de police entre deux policiers mais je me souviens que je venais de faire tomber ma glace au chocolat sur le pantalon de l&rsquo;un d&rsquo;entre eux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>12 novembre &#8211; 10h30 &#8211; Carnet 3<\/strong>. Regards furtifs et en col\u00e8re derri\u00e8re la vitre droite de sa voiture contre la vitre gauche de la mienne, son feu droit contre mon gauche, coll\u00e9s, chacune tentant de se faufiler dans la longue all\u00e9e de pare-chocs, chacune s&rsquo;estimant l\u00e9gitime de la place attitr\u00e9e de premi\u00e8re, chacune.&nbsp;Il s&rsquo;en est fallu de peu pour que je la&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>13 novembre &#8211; 9h00 &#8211; Carnet 4<\/strong>. \u00ab Qu\u2019est ce tu fais ? J\u2019entends Isabelle !&nbsp;\u00bb<br>Un silence, on \u00e9coute. L\u00e9ger bruit en bas.<br>\u00ab Elle recommence. \u2013&nbsp;Va voir mais tu n\u2019ouvres pas aux autres.\u00bb Il descend, je jette un coup d\u2019\u0153il vers l\u2019heure \u2026mm trop t\u00f4t. J\u2019entends pas, ouvertures de portes, fermetures et le silence. Je sens une pr\u00e9sence sur le lit, c\u2019est Isabelle.&nbsp;<br>On se rendort tous les trois.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>14 novembre -15h05 &#8211; Carnet 05. 7h47<\/strong>, ciel cach\u00e9 par un brouillard cotonneux et ouat\u00e9, ciel que l\u2019on ne peut deviner, ni lueur, ni horizon, dessin\u00e9es en ombre, les branches des arbres.&nbsp;Nos t\u00eates dans les nuages, plus de fronti\u00e8re, plus de ligne, seules quelques fen\u00eatres \u00e9clair\u00e9es nous ram\u00e8nent les pieds sur terre.&nbsp;<strong>9h00<\/strong>, le ciel n\u2019a pas boug\u00e9 mais les couleurs des feuilles d\u2019automne sont visibles. \u00c7a et l\u00e0, un toit qui se r\u00e9veille.&nbsp;<strong>12h00,&nbsp;<\/strong>le brouillard a disparu mais la grisaille est rest\u00e9e et le ciel semble s\u2019\u00eatre \u00e9teint.<strong>14h00<\/strong>, un rayon de lumi\u00e8re \u00e9claire brusquement le gris du ciel en bleu et le jaune des feuilles s\u2019illumine d\u2019\u00e9clat dor\u00e9.<strong>15h00<\/strong>, le ciel n\u2019a pas r\u00e9sist\u00e9, il se recouvre de son voile gris\u00e2tre, les nuages flottent si lentement qu\u2019on les croirait immobiles. L\u2019automne vient de tomber.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>14 novembre 20h00 &#8211; Carnet 06<\/strong>. Personne d&rsquo;autre que moi n&rsquo;aurait remarqu\u00e9 que lorsque tu t&rsquo;appr\u00eates \u00e0 doubler une voiture, un camion ou une caravane sur l&rsquo;autoroute, instinctivement, un des v\u00e9hicules cit\u00e9s, acc\u00e9l\u00e8re ? Tu t&rsquo;appr\u00eates \u00e0 doubler non pas pour \u00eatre le premier mais parce que tu te maintiens \u00e0 une allure plut\u00f4t rapide, que tu es sur la file de droite et que tu aimerais aller \u00e0 gauche, parce que peut-\u00eatre tu es quelque peu en retard sur ton emploi du temps de la journ\u00e9e et que devant, quelqu&rsquo;un, que tu ne connais pas et \u00e0 qui tu n&rsquo;en veux pas, ne roule pas \u00e0 la vitesse adapt\u00e9e \u00e0 la tienne. Et donc, tu mets ton clignotant pour indiquer derri\u00e8re que tu vas d\u00e9passer quand soudain devant, \u00e7a acc\u00e9l\u00e8re ! \u00e7a acc\u00e9l\u00e8re comme si il \u00e9tait inconvenant que tu puisses passer devant, comme si de fa\u00e7on soudaine et inattendue, l&rsquo;autre te disait&nbsp;<em>Non tu ne passes pas c&rsquo;est moi qui \u00e9tais l\u00e0<\/em>, comme si il y avait quelque chose \u00e0 se prouver dans ce combat invisible, ridicule mais qui, malheureusement, &nbsp;j&rsquo;ai bien remarqu\u00e9, se vit \u00e0 chaque fois que l&rsquo;on tente de d\u00e9passer et qu&rsquo;il faut alors appuyer sur l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rateur pour foncer \u00e0 une vitesse bien au del\u00e0 de celle autoris\u00e9e, jusqu&rsquo;\u00e0 en fr\u00f4ler l&rsquo;accident, pour pouvoir se frayer un chemin et qu&rsquo;il faut se retenir de ne pas lui foncer dedans parce que soudain la col\u00e8re te fait bouillonner et que tu te retiens de l&rsquo;insulter par la vitre ferm\u00e9e. Personne d&rsquo;autre que moi ne l&rsquo;aurait remarqu\u00e9 ? &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>15 novembre &#8211; 20h30 &#8211; Carnet 07<\/strong> &#8211; Au tournant d&rsquo;une rue, dans la nuit d\u00e9j\u00e0 tomb\u00e9e et \u00e0 la lueur des r\u00e9verb\u00e8res, une fraction de secondes, deux filles adolescentes et un gar\u00e7on, sourires rayonnants, voix enjou\u00e9es,&nbsp;<em>il est beau votre chien madame<\/em>, &nbsp;les yeux doux du gar\u00e7on et sa voix grave | visage de profil, cheveux noirs attach\u00e9s par un \u00e9lastique, visage p\u00e2le, elle se penche la factrice en regardant les noms sur les bo\u00eetes&nbsp;aux lettres,&nbsp;<em>bonjour, bonjour&nbsp;<\/em>qu&rsquo;elle r\u00e9pond relevant \u00e0 peine la t\u00eate, ses yeux fatigu\u00e9s | le visage de la caissi\u00e8re au supermarch\u00e9, grand, rayonnant,&nbsp;<em>vous avez la carte du magasin ? non,&nbsp;<\/em>son visage avant et apr\u00e8s avoir mis mes courses dans les sacs, sa coupe carr\u00e9 courte et une \u00e9nergie qui jaillit de sa voix.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>17 novembre 6 h00 &#8211; Carnet 8 <\/strong>&#8211; Anthony A L\u00e9a Lisa Hugo Am\u00e9lie Matt\u00e9o Ma\u00eblis Cl\u00e9mentine Blaise Pascal Pascal Rambert Leslie Kaplan Xavier Durringer Jean Claude Carri\u00e8re Enola Lucie Julien No\u00ebl Sylvain Levey Vanessa Aurelie Antoine Olivier &nbsp;Priscilla Virginie Despentes Sophie Calle Baptiste Laure Manon.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>18 novembre 15h50 &#8211; Carnet 9 <\/strong>&#8211; Ne pas s&rsquo;attarder sur le trop plein,&nbsp;la remarque cynique, le mot hypocrite et le regard oblique. Ne pas s&rsquo;attarder sur &nbsp;le temps qui file, les bonbons trop sucr\u00e9s et les shampoings empoisonn\u00e9s..Ne pas s&rsquo;attarder sur les regrets, les \u00e9checs, les&nbsp;<em>j&rsquo;aurai du, les j&rsquo;aurai pu.&nbsp;<\/em>Ne pas s&rsquo;attarder sur les pommes pourries et les coups re\u00e7us. Ne pas s&rsquo;attarder et perdre du temps si le temps est \u00e0 perdre. Ne pas s&rsquo;attarder sur la mort ou les fautes d&rsquo;orthographes, ni sur les t\u00e2ches du mur et mon collant trou\u00e9. Ne pas s&rsquo;attarder sur ma vieille voiture d\u00e9labr\u00e9e et les \u00e9lectriques dont je ne raffole pas. Ne pas s&rsquo;attarder sur l&rsquo;absence, le manque de sens, les informations du monde et les croyances. Ne pas s&rsquo;attarder sur l&rsquo;\u00e2ge des Rolling Stones, les r\u00eaves non r\u00e9alis\u00e9s et le bout de mon nez.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>19 novembre 14h00 &#8211; Carnet 10 &#8211; <\/strong>Pendant que j&rsquo;\u00e9coute quelqu&rsquo;un, j&rsquo;essaie de ne pas penser \u00e0 autre chose. Pendant que je parle, je m&rsquo;applique \u00e0 ne pas m&rsquo;\u00e9couter.Pendant que je courre, je me laisse emporter par mes pens\u00e9es.&nbsp;Pendant que je boxe, je veille \u00e0 rester pr\u00e9sente et \u00e9viter les coups. Pendant que j&rsquo;\u00e9coute de la musique, je sens l&rsquo;\u00e9nergie envahir mon corps. Pendant que j&rsquo;attend sur le quai d&rsquo;une gare, je me demande ce que ce serait de tomber. Pendant que je regarde un inconnu, je sens une curiosit\u00e9 m&rsquo;envahir. Tandis que mon mari me parle, j&rsquo;ai parfois, envie de le quitter.Tandis que mon fils m&rsquo;annonce une mauvaise note, je me demande si je suis vraiment sa m\u00e8re.Tandis que mes voisins de train regardent leurs portables, j&rsquo;ai envie de tous les briser. Tandis que je me regarde dans la glace, je me demande qui je vois. Tandis que le temps passe, j&rsquo;aimerais l&rsquo;arr\u00eater. Tandis que j&rsquo;\u00e9cris ces lignes, je me demande si j&rsquo;arrive \u00e0 480 signes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>20 novembre &#8211; Carnet 11 &#8211;<\/strong> Compl\u00e8tement inadapt\u00e9e au syst\u00e8me scolaire, mon bulletin de notes \u00e9tait d\u00e9sastreux, mais je me souviens tout \u00e0 fait pr\u00e9cis\u00e9ment qu&rsquo;au coll\u00e8ge, j&rsquo;adorais \u00e9crire les r\u00e9dactions et qu&rsquo;on me les faisait \u00e0 chaque fois, lire devant toute la classe, seuls moments o\u00f9 je sortais de la place du fond pr\u00e8s de la fen\u00eatre et o\u00f9 enfin j&rsquo;existais &#8211;&nbsp;<em>\u00e9criture, lecture et public.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>21 novembre 15h &#8211; Carnet 12<\/strong> &#8211; Sous la grisaille, la lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>25 novembre 6h &#8211; Carnet 16 &#8211; <\/strong>Echarpe ample rouge cashmere made in India chaude contre le cou fr\u00eale, parka d&rsquo;homme verte avec fourrure int\u00e9gr\u00e9e, pantalon de cuir noir tombant jusqu&rsquo;aux chevilles et crissement \u00e0 chaque pas, douceur au toucher du pull noir achet\u00e9 en supermarch\u00e9 de ville Monoprix, bottines \u00e0 talons et paillettes \u00e0 fermer avec un zip, trench anglais marron clair, petit pull violet \u00e0 losanges sans manches sur chemise de soie et boutons ferm\u00e9s, ceinture noire, robe longue de soir\u00e9e avec quelques trous finement choisis ou l&rsquo;on &nbsp;devine la peau nue, b\u00e9ret rouge inclin\u00e9 sur la droite, lunettes rondes color\u00e9es, gilet en peau de daim beige, jean bleu cintr\u00e9 \u00e0 la taille et pattes d&rsquo;eph aux pieds, body noir dentel\u00e9, chemise fleurie transparente, veste en jean rapi\u00e9c\u00e9e avec du tissu rose, manteau bleu marine \u00e9l\u00e9gant, pull jaune nou\u00e9 autour de la taille, chapeau \u00e0 bord feutr\u00e9s et ruban, long tee shirt taille L Iron Maiden imprim\u00e9, pantalon bleu \u00e9lectrique cintr\u00e9, chaussures beiges pointus et \u00e0 lacets, cartable noir contre la cuisse, bonnet chaud, rouge, enveloppant la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>25 novembre &#8211; 21h &#8211; Carnet 17 <\/strong>&#8211; Arr\u00eater de couper des arbres dans la for\u00eat et en planter le double quand l&rsquo;un d&rsquo;entre eux meurt. Faire tomber dans des trous les humains qui ne ramassent pas les crottes de leurs chiens. Peindre les routes en couleur et interdire les voitures noires et grises de circuler librement. Permettre \u00e0 chaque personne de la ville de rester enferm\u00e9 quelques jours dans un magasin de son choix pour le laisser essayer tous les v\u00eatements, manger des bonbons, \u00e9couter toute la musique ou lire tous les livres. Ouvrir toutes les maisons afin qu&rsquo;on les visite, qu&rsquo;on les traverse, qu&rsquo;on les d\u00e9couvre. Pouvoir d\u00eener&nbsp;un soir avec le maire en t\u00eate \u00e0 t\u00eate pour lui exposer toutes nos id\u00e9es et \u00eatre \u00e9cout\u00e9. Enlever toutes les cam\u00e9ras et faire confiance. Faire sortir tous les habitants d&rsquo;une ville dans la rue en m\u00eame temps et se donner la main.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>27 novembre &#8211; 10h39 &#8211; Carnet 18<\/strong> &#8211; Post\u00e9 pr\u00e8s du garde-fou, Joona laisse errer son regard le long du grand mur en b\u00e9ton. Vingt m\u00e8tres plus bas, l&rsquo;eau est \u00e9vacu\u00e9e par trois grands d\u00e9versoirs sous lesquels le mur se courbe comme un gigantesque toboggan. Une \u00e9norme quantit\u00e9 d&rsquo;eau est projet\u00e9e sur le b\u00e9ton avant d&rsquo;aller bouillonner dans le lit rocheux de la rivi\u00e8re. Le bras toujours en \u00e9charpe et sa veste pos\u00e9e sur ses \u00e9paules, il se penche au-dessus du garde-fou, sonde la rivi\u00e8re du regard et pense \u00e0 la course de la voiture sous une pluie torrentielle. Le v\u00e9hicule heurte le feu pr\u00e8s de Bjjallista. Les vitres se brisent. Vicky est attach\u00e9e mais le choc lat\u00e9ral projette sa t\u00eate contre la vitre.<\/p>\n\n\n\n<p>Dimanche dans ma ville, la biblioth\u00e8que est ferm\u00e9e et je n&rsquo;ai pas repris de carte cette ann\u00e9e. Dix heure trente, je me dresse debout devant ma biblioth\u00e8que personnelle et sans un regard pour les livres, je plonge ma main et en attrape un. Il est dans la rang\u00e9e de derri\u00e8re, cach\u00e9e par une rang\u00e9e de devant o\u00f9 je sais que je n&rsquo;ai pas encore tout lu. Je plonge ma main, t\u00e2te, sent qu&rsquo;il est gros et semble n&rsquo;avoir pas \u00e9t\u00e9 encore ouvert. Je l&rsquo;extrais lentement pour ne rien faire tomber et le pose sur ma table en bois ronde o\u00f9 mon ordi et mon caf\u00e9 attendent. La couverture est noire et rouge, l&rsquo;auteur Lars Kepler doit \u00eatre su\u00e9dois car il est traduit et l&rsquo;\u00e9dition est Babel&nbsp;Noir. Je ne le connais pas. Je l&rsquo;ouvre au hasard, chapitre 65, pages 224, 225. Un violent craquement se fait entendre et une petite bande blanche au milieu coupe les pages en deux. Il est d\u00e9j\u00e0 vieux et ab\u00eem\u00e9. Un peu de feutre vert est dessin\u00e9 sur le revers des pages. Je recopie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>28 novembre &#8211; Carnet 19<\/strong>. Un texte est pos\u00e9 devant moi, je le lis, je le corrige, je le rends, transaction, il me fait un sourire, je lui fais un chocolat chaud, transaction, baiser sur mes l\u00e8vres, baiser sur ses l\u00e8vres transaction, un gros chien qui aboie, le mien qui r\u00e9pond transaction, un rayon de soleil passe pr\u00e8s de la fen\u00eatre, j\u2019y plonge mon visage, transaction, sms photos \u00e9chang\u00e9s de nos portables transaction, bon app\u00e9tit me dit mon voisin de palier merci que je lui r\u00e9pond transaction, elle descend en courant, je lui tiens la porte transaction, je vous \u00e9cris et vous allez me lire transaction, de vous \u00e0 moi, de moi \u00e0 elle, de lui \u00e0 moi, de lui \u00e0 lui, transactions.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>29 novembre &#8211; 17h &#8211; Carnet 20 &#8211;<\/strong> Sortie d\u2019op\u00e9ration de greffe chirurgicale dentaire, on m\u2019emm\u00e8ne vers un bureau o\u00f9 mes affaires m\u2019attendent. J\u2019ai la bouche emplie de pansements, un masque et de la glace coll\u00e9e sur la joue. Peux plus parler. L\u2019assistante me demande de payer. Sans un mot, je sors mon portefeuille, extrait ma carte bleue, carte vitale, tape mon code et attend le c\u0153ur battant. Elle me regarde avec ses yeux neutres et on entend toutes deux, le papier qui sort de l\u2019appareil. C\u2019est bon, la somme est pass\u00e9e. D\u2019une voix douce mais ferme, elle me donne les derni\u00e8res instructions pour se laver, manger et l\u2019heure du prochain rendez-vous. La bouche sous anesth\u00e9sie, je ne peux que dodeliner de la t\u00eate. Je me rhabille, prends mes affaires et rejoint l\u2019ext\u00e9rieur., transaction .<\/p>\n\n\n\n<p><strong>30 novembre &#8211; 13H30 &#8211; Carnet 21<\/strong> &#8211; Trop mal \u00e0 ma bouche pour faire bouger quoi que ce soit dans l&rsquo;univers aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2 d\u00e9cembre &#8211; 7h00 &#8211; Carnet 23 <\/strong>&#8211; L&rsquo;exercice de la corde \u00e0 la boxe est l&rsquo;un des plus difficiles qu&rsquo;il soit en ce qui me concerne.Cette corde noire l\u00e9g\u00e8re mais tra\u00eetre, corde noire qui ne ressemble pas \u00e0 celle que j&rsquo;avais enfant mais dont le principe reste inchang\u00e9, sauter et compter. Compter pour le plaisir des tours, compter pour se donner du courage, compter pour sauter plus vite et plus fort. L&rsquo;exercice de la corde \u00e0 la boxe est l&rsquo;un des plus difficiles qu&rsquo;il soit. Tout d&rsquo;abord, c&rsquo;est le d\u00e9but de s\u00e9ance, \u00e0 peine \u00e9chauff\u00e9s, on entend \u00a0\u00bb&nbsp;<em>prenez vos cordes et 10 minutes.\u00a0\u00bb &nbsp;<\/em>Dix minutes ! Jamais votre corps qui, jadis, l\u00e9ger, sautait dans les airs ne vous semble peser plus lourd que durant ces dix minutes. Je compte, chaque tour, je cherche le bon geste, le bon rythme, je compte vite et acc\u00e9l\u00e8re, 1,2,3,4,5,6, et ralentis car le coeur explose, 1&#8230;2&#8230;.3&#8230;..4&#8230;..5&#8230;..6, les jambes font mal, les bras tirent, le corps s&rsquo;alourdit. Regard vers l&rsquo;horloge \u00e0 peine 2 minutes et d\u00e9j\u00e0,&nbsp;je suis en sueur.&nbsp;Dix minutes de souffrance durant ces cinq derni\u00e8res ann\u00e9es.&nbsp;Mais je persiste car qui sait ? un jour, peut-\u00eatre que l&rsquo;enfant reviendra et que je m&rsquo;envolerai.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4 d\u00e9cembre &#8211; 7h00 &#8211; Carnet 25 <\/strong>&#8211; Les yeux s&rsquo;ouvrent &#8211; la t\u00eate&nbsp;dodeline &#8211; le cou s&rsquo;\u00e9tire&nbsp;&#8211; la bouche engourdie &#8211; la l\u00e8vre gonfl\u00e9e&nbsp;&#8211; ouverture, douleurs &#8211; m\u00e2choire, dents, gencives, palais &#8211; c\u00f4t\u00e9 gauche, bloqu\u00e9 &#8211; craquement, semblable \u00e0 une longue incision &#8211; tiraillement de la gencive&nbsp;&nbsp;jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;oreille &#8211; &nbsp;palais \u00e0 vif &#8211; trou &#8211; plaie, douleurs &#8211; enfoncement de l&rsquo;aiguille &#8211; bruit feutr\u00e9 du fil &#8211; fils s&#8217;emm\u00ealant \u00e0 la langue &nbsp;&#8211; chaud, froid, douleurs &#8211; &nbsp;chemin du cr\u00e2ne, douleur &#8211; sourire fig\u00e9 &#8211; op\u00e9ration, anesth\u00e9sie &#8211; descente,&nbsp;sensations, douleur &#8211; &nbsp;dentifrice, douleur &#8211; caf\u00e9 au lait, douleur &#8211; douleur lancinante, incessante &#8211; pire qu&rsquo;un direct bien plac\u00e9 &#8211; qu&rsquo;une carie pas soign\u00e9e &#8211; qu&rsquo;une l\u00e8vre trop gerc\u00e9e &#8211; envie de morphine \u00e0 haute dose &#8211; de shoot \u00e0 volont\u00e9 &#8211; &nbsp;de bas de visage dans de l&rsquo;eau glac\u00e9e &#8211; d\u00e9sir de douceur, de douceur et d&rsquo;oubli &#8211; plus jamais &#8211; plus jamais &#8211; plus jamais !<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5 d\u00e9cembre &#8211; 17h34 &#8211; Carnet 26 &#8211; <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui m&rsquo;est net, mon existence sur terre, ce qui m&rsquo;est flou, la fin de celle-ci. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui m&rsquo;est net, mon amour pour mon homme, ce qui m&rsquo;est flou, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;est l&rsquo;amour ?<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui m&rsquo;est net, le monde, ce qui m&rsquo;est flou, la folie de ce monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui m&rsquo;est net, ce que je vis \u00e0 travers mes 5 sens, ce qui m&rsquo;est flou, tout ce qui me d\u00e9passe.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui m&rsquo;est net, la beaut\u00e9 d&rsquo;une musique, ce qui m&rsquo;est flou, la construction de celle-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui m&rsquo;est net, d&rsquo;\u00eatre en vie, ce qui m&rsquo;est flou, de savoir comment vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui m&rsquo;est net, \u00e9crire, ce qui m&rsquo;est flou, le pourquoi de cet \u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui m&rsquo;est net, ce que j&rsquo;ai transmis \u00e0 mes enfants, ce qui m&rsquo;est flou, l&rsquo;impalpable.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6 d\u00e9cembre &#8211; 7h00 &#8211; Carnet 27<\/strong> &#8211; Elle marche le long du grand boulevard qui m\u00e8ne jusqu&rsquo;\u00e0 la gare en tenant un petit chien en bout de laisse&nbsp;qui la suit en fr\u00e9tillant la queue. Elle marche d&rsquo;un pas rapide, manteau noir, \u00e9charpe rouge, bottines, sans un regard \u00e0 quiconque, juste, quelques coups d&rsquo;oeils sur l&rsquo;animal qui parfois s&rsquo;arr\u00eate.. Elle s&rsquo;arr\u00eate devant un fleuriste, entre&nbsp;<em>bonjour Madame, bonjour, il peut venir avec moi ?<\/em>&nbsp;dit-elle en d\u00e9signant l&rsquo;animal,la fleuriste n&rsquo;ose pas dire non, il est t\u00f4t, pas encore de clients, elle est la premi\u00e8re.&nbsp;<em>Puis-je vous aider ? Oui, c&rsquo;est pour un d\u00e9c\u00e8s,&nbsp;j&rsquo;aimerai des fleurs \u00e0 faire livrer ah ! je suis d\u00e9sol\u00e9e mais ma connexion internet ne marche pas ce matin, le mieux est que vous appeliez quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre pour la livraison.<\/em>&nbsp;Elle est debout contre le comptoir fleuri, le chien renifle autour de lui.&nbsp;<em>Mais&#8230;<\/em>Elle n&rsquo;aime pas ce qu&rsquo;elle entend, cela devient compliqu\u00e9. Les fleurs la regardent, la fleuriste s&rsquo;impatiente. Elle remet l&rsquo;adresse du fun\u00e9rarium qu&rsquo;elle avait sorti de son sac, bredouille un&nbsp;<em>bon d&rsquo;accord&nbsp;<\/em>et ressort. Au feu rouge o\u00f9 elle attend, elle est happ\u00e9e par le va et vient des voitures et les pens\u00e9es qui la submergent. Un bouquet, elle veut juste un bouquet ! Elle refait le m\u00eame chemin et le petit chien peine \u00e0 la suivre tant elle est press\u00e9e. Elle pose son manteau, donne \u00e0 manger au chien, se penche sur son ordinateur, voit Interflora, livraison, n&rsquo;a pas envie de passer par l\u00e0, s&rsquo;\u00e9nerve, il est d\u00e9j\u00e0 tard, le sol est sale, le caf\u00e9 toujours sur la table, elle a envie de pleurer. Elle dit au chien qu&rsquo;elle revient, remet son manteau, referme la porte, marche dans la rue, retourne chez la fleuriste, et d\u00e9clare<em>&nbsp;\u00c9coutez&nbsp;c&rsquo;est trop compliqu\u00e9 donnez moi un bouquet je vais me d\u00e9brouiller, vous \u00eates s\u00fbr, vous savez la livraison \u00e7a marche bien non, je ne veux pas \u00e7a, je vais le donner moi m\u00eame, d&rsquo;accord mais un bouquet pour tout de suite&#8230;\u00e0 cette heure&#8230;je peux regarder ?&nbsp;<\/em>La fleuriste l&rsquo;accompagne, toutes deux tournent autour des fleurs d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9par\u00e9es, toutes sont belles&nbsp;<em>celles-ci, elles ? oui ! &nbsp;<\/em>Elle regarde la fleuriste pr\u00e9parer le papier, le ruban, la petite carte, elle paye et sort de la boutique, les fleurs contre son c\u0153ur. Elle sourit.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>8 d\u00e9cembre- 15h30- Carnet 29 &#8211;<\/strong>  Je n\u2019aurai pas d\u00fb laisser partir ce vieil homme jouant de la guitare dans ma rame de m\u00e9tro sans lui donner un euro. Je n\u2019aurai pas d\u00fb mais je l\u2019ai fait et je ne me suis pas lev\u00e9e pour le rattraper et je me suis sentie un peu coupable mais pas assez pour lui courir apr\u00e8s. Je n\u2019aurai pas d\u00fb l\u2019\u00e9couter avec ravissement et me contenter de lui sourire. Je n\u2019aurai pas d\u00fb mais je l\u2019ai fait.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>9 d\u00e9cembre &#8211; 6h32 &#8211; Carnet 30 &#8211; <\/strong>Dimanche matin, 8 heures, parking L vandalisme sur une dizaine de voitures, fen\u00eatres cass\u00e9es, pare brises bris\u00e9es, r\u00e9troviseurs d\u00e9fonc\u00e9s, pneus crev\u00e9s. Inanim\u00e9es, plus en \u00e9tat de conduite. Stupeur et tremblements- Pas une mais dix &#8211; Pas une marque sp\u00e9ciale mais toutes. Pas de vol mais des actes gratuits. Un morceau de bois extrait de la pelouse du parking a servi d&rsquo;arme d&rsquo;attaque, violemment projet\u00e9 contre les v\u00e9hicules. Et l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 de la situation est que personne, absolument personne n&rsquo;a rien entendu. Pas un bruit, pas un rire, pas un cri. Pas une mais dix. Dix propri\u00e9taires, dix assurances, dix r\u00e9parations, dix dimanches foutus.Dimanche matin, 8 heures, parking L. personne&nbsp;dans les rues, seul mon regard contemple et mon portable photographie. Qui, quoi, comment, pourquoi ? La police ne le sait pas, \u00e0 suivre&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>11 d\u00e9cembre &#8211; 11h30 &#8211; Carnet 32 <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>ll est parti en avance alors qu&rsquo;il \u00e9tait toujours en retard.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle est partie jeune au premier jour de sa retraite.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il est parti et je ne l&rsquo;ai pas su.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle est partie et il en est devenu orphelin.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est parti et je l&rsquo;ai appris dans le journal.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle est partie et leur vie ne sera plus jamais comme avant.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils sont partis, elle les a pris.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais o\u00f9 les a-t-elle emmen\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>14 d\u00e9cembre 19h &#8211; Carnet 35<\/strong> &#8211; 18h58 &#8211; Dehors la neige, le froid &#8211; Pas un sou en poche, je d\u00e9cide de passer au distributeur de billets. Je dois me rendre \u00e0 l&rsquo;autre bout de la ville.Glac\u00e9e, gel\u00e9e, j&rsquo;arrive devant la banque, j&rsquo;introduis ma CB dans l&rsquo;automate quand brusquement, le trou, la panne, l&#8217;embrouille. Je ne me rappelle plus quel est mon code ! Num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone, date de naissance, num\u00e9ro de s\u00e9curit\u00e9 sociale, etc. Rien, pas le&nbsp;bon&nbsp;num\u00e9ro, le trou, le n\u00e9ant, le vide. Je n&rsquo;aurai pas d&rsquo;argent ce soir &#8211;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>15 d\u00e9cembre 12h &#8211; Carnet 36 <\/strong>&#8211; Toujours un caf\u00e9 avec du lait et du soja pas de vache, toujours une douche chaude en comprenant que cela va \u00eatre difficile de passer \u00e0 la froide apr\u00e8s, toujours le froid en promenant les chiens en se demandant parfois pourquoi on s&rsquo;inflige cela, toujours r\u00e9veiller l&rsquo;adolescent en se questionnant comment il va faire apr\u00e8s pour vivre seul, toujours donner \u00e0 manger \u00e0 l&rsquo;oiseau qui est peut-\u00eatre tr\u00e8s malheureux depuis qu&rsquo;il est sans sa compagne, toujours le ventre vide car pas faim avant longtemps dans la journ\u00e9e, toujours plusieurs caf\u00e9s parce que c&rsquo;est quand m\u00eame super&nbsp;bon, toujours regarder par la fen\u00eatre et d\u00e9couvrir ce matin la neige, toujours nettoyer o\u00f9 je vis pour pouvoir bien travailler, toujours bien pr\u00e9parer ma journ\u00e9e la veille pour ne pas paniquer ou m&rsquo;\u00e9nerver ou d\u00e9marrer dans tous mes \u00e9tats, toujours me lever \u00e0 six heures ou plus tard si seulement &nbsp;je me suis couch\u00e9e pas loin de six heures, toujours embrasser mon homme pour ne pas tomber dans une routine, toujours regarder mes mails, mes textes, mes annonces, on ne sait jamais, un miracle peut arriver ! toujours regarder mon fils partir sur son v\u00e9lo comme quand il \u00e9tait petit, toujours choisir mes habits en fonction de ce que je vais faire, toujours charger mon t\u00e9l\u00e9phone et mon ordinateur pour ne pas \u00eatre en rade, toujours mettre mes bagues sauf \u00e0 des exceptions extraordinaires, toujours je suis mieux le matin parfois le soir l&rsquo;angoisse surgit, toujours penser qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui tout peut arriver, toujours \u00e9crire un petit peu, m\u00eame une seule virgule \u00e0 changer, toujours lire un petit peu pour ne pas finir par ne plus le faire, toujours mettre une machine en route afin de pouvoir s&rsquo;habiller, toujours penser qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui sera peut-\u00eatre ma derni\u00e8re journ\u00e9e sur terre et en profiter.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<strong>Vendredi 16 d\u00e9cembre &#8211; Carnet 37 <\/strong>&#8211;<\/p>\n\n\n\n<p> \u00ab\u00a0<strong>A la claire fontaine, m&rsquo;en allant promener, j&rsquo;ai trouv\u00e9 l&rsquo;eau si belle <\/strong>(&#8230;) \u00ab\u00a0Ecole primaire \u00e0 Deauville, enfance.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<strong> Ne sens tu pas claquer tes doigts, claquer tes doigts (..) <\/strong>\u00ab\u00a0Chanson autour du feu chez les scouts, adolescence.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00a0\u00bb \u00f4 rage, \u00f4 d\u00e9sespoir, \u00f4 vieillesse ennemie, que n&rsquo;ai-je donc v\u00e9cu que pour cette infamie ? \u00ab\u00a0<\/strong>Corneille &#8211; Le Cid &#8211; Acte 1 sc\u00e8ne 4 -Cours Florent th\u00e9\u00e2tre 1990 Paris &#8211; apprentie com\u00e9dienne.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<strong> Mais tu m&rsquo;as tout vol\u00e9, ma jeunesse, mon travail, tout \u00ab\u00a0<\/strong>R\u00e9pliques film Camille Claudel de Bruno Nuyssen&nbsp;&#8211; Cours Florent Paris 1992 &#8211; Com\u00e9dienne<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00a0\u00bb T&rsquo;as pas mal ? J&rsquo;ai pas mal ! \u00ab\u00a0<\/strong>R\u00e9plique Film Rocky Balboa &#8211; 2006 &#8211; Fan de Stallone.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00a0\u00bb Le petit chat est mort \u00ab\u00a0<\/strong>L&rsquo;Ecole&nbsp;des femmes &#8211; Moli\u00e8re, Acte II &#8211; Concours au Th\u00e9\u00e2tre National de Strasbourg.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<strong> O\u00f9 suis-je ?&nbsp; Et dans un lieu que je croyais barbare &nbsp;(&#8230;) ? <\/strong>\u00a0\u00bb Psych\u00e9 &#8211; Moli\u00e8re &#8211; Acte III Sc\u00e8ne 2 &#8211; Cours St\u00e9phane Gildas Paris 1994 &#8211; com\u00e9dienne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00a0\u00bb O\u00f9 est donc pass\u00e9 le bon sens que je t&rsquo;ai donn\u00e9 \u00e0 ta naissance ? \u00ab\u00a0<\/strong>Conte Epaminondas de Sarah Cone Bryant &#8211; Racont\u00e9 au public entre 2002 et 2010.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00a0\u00bb O\u00f9 vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?\u00a0\u00bb<\/strong>&nbsp;Victor Hugo &#8211; M\u00e9lancholia Les Contemplations &#8211; Revu avec mon fils au coll\u00e8ge &#8211; 2017.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00a0\u00bb Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas\u00a0\u00bb.<\/strong> Citation de Lao Tseu &#8211; 2022 &#8211; Adulte &#8211; Pour me rassurer quand cela ne va pas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Samedi 17 d\u00e9cembre &#8211; Carnet 38 &#8211; 7h00 <\/strong>&#8211; J&rsquo;ai longtemps r\u00eav\u00e9 et je ne r\u00eave plus.J&rsquo;ai longtemps r\u00eav\u00e9 d&rsquo;un immense serpent chez mes parents qui mangeaient les gens,&nbsp;J&rsquo;ai longtemps r\u00eav\u00e9 que je perdais mes dents. J&rsquo;ai longtemps r\u00eav\u00e9 que j&rsquo;oubliais de mettre une culotte. J&rsquo;ai longtemps r\u00eav\u00e9 que j&rsquo;\u00e9tais malade. J&rsquo;ai longtemps r\u00eav\u00e9 endormie, J&rsquo;ai longtemps r\u00eav\u00e9 \u00e9veill\u00e9e, J&rsquo;ai longtemps r\u00eav\u00e9 que pendant que je vivais quelqu&rsquo;un me regardait. J&rsquo;ai longtemps r\u00eav\u00e9 et tout se m\u00e9langeait, le r\u00eave et la r\u00e9alit\u00e9. J&rsquo;ai longtemps r\u00eav\u00e9 de ma vie et je passais \u00e0 c\u00f4t\u00e9, J&rsquo;ai longtemps r\u00eav\u00e9 mais je ne r\u00eave plus, je vis.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dimanche 18 d\u00e9cembre Carnet 39 &#8211; 14h00 &#8211;<\/strong> Je te dirai que ce dont on ne peut pas parler est exactement ce de quoi j&rsquo;ai envie d&rsquo;\u00e9crire, Je te dirai que je r\u00eave d&rsquo;\u00e9crire avec mes hontes et mes pens\u00e9es les plus intimes, Je te dirai que j&rsquo;aime \u00e0 balancer haut et fort ce qui est murmur\u00e9, Je te dirai que les secrets, j&rsquo;en fais des histoires \u00e0 raconter. Je te le dis sans m&rsquo;en cacher, je n&rsquo;aime pas les secrets.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mercredi 21 d\u00e9cembre &#8211; Carnet 40 &#8211;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>13 assemblage de mots, 13 conseils, 13 instructions, 13 paroles &#8211;<\/p>\n\n\n\n<p>1. Si je veux \u00eatre honn\u00eate, je te dirai de bien r\u00e9fl\u00e9chir avant de vouloir \u00e9crire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>2. Tu me dis que tu aimerais \u00eatre un\/une artiste, alors je me&nbsp;dois de te dire qu&rsquo;il ne te faut rien n&rsquo;attendre, pas de reconnaissance, pas d&rsquo;argent, rien.<\/p>\n\n\n\n<p>3. Et si tu d\u00e9cides quand m\u00eame de te lancer, trouve tes ressources pour ne pas te perdre.<\/p>\n\n\n\n<p>4. Tu peux aussi \u00e9crire pour le plaisir sans contrainte de devoir obtenir un apport financier.<\/p>\n\n\n\n<p>5. Comme chaque jour, tu mets du pain sur la table, efforce toi d&rsquo;\u00e9crire quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<p>6. Coupe, re-coupe et d\u00e9coupe, tes textes pour en extraire la quintessence.<\/p>\n\n\n\n<p>7. Ne cesse jamais d\u2019\u00e9crire et relis toi lorsque tu es clair.e d\u2019esprit et de c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>8. Garde tes brouillons, toujours, tu peux les r\u00e9utiliser,<\/p>\n\n\n\n<p>9. Ne sois pas indulgent.e envers toi m\u00eame jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>10. Choisis bien \u00e0 qui tu fais relire et sache pourquoi.<\/p>\n\n\n\n<p>11. Lorsque tu envoies \u00e0 des maisons d\u2019\u00e9dition, souris, embrasse l\u2019enveloppe et oublie, lorsque tu re\u00e7ois les retours des maisons d\u2019\u00e9dition, respire.<\/p>\n\n\n\n<p>12. Tu as le droit d\u2019aimer ce que tu \u00e9cris,<\/p>\n\n\n\n<p>13. Il y a des moments de fulgurances, alors savoure les et garde les pr\u00e9cieusement.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qu&rsquo;il est doux d&rsquo;\u00e9crire ses carnets avec vous&#8230; 10 novembre &#8211; 15H00 &#8211; carnet 1. Hier soir, vingt-deux heures, il fait nuit et elle est froide la nuit.&nbsp;Je sors de la boxe, je tremble un peu sur mon v\u00e9lo, j&rsquo;ai h\u00e2te de rentrer. Soudain, une image, un flash, la sensation d&rsquo;un r\u00eave. A l&rsquo;abri bus de l&rsquo;h\u00f4pital, le long du <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-individuels-clarence-massiani\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Carnets individuels | Clarence Massiani<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":444,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3251,3942],"tags":[],"class_list":["post-98107","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-40jours","category-carnets_individuels"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98107","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/444"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=98107"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98107\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=98107"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=98107"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=98107"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}