{"id":98130,"date":"2022-12-21T15:58:00","date_gmt":"2022-12-21T14:58:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=98130"},"modified":"2022-12-21T15:58:01","modified_gmt":"2022-12-21T14:58:01","slug":"carnets-individuels-caroline-diaz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-individuels-caroline-diaz\/","title":{"rendered":"Carnets individuels | Caroline Diaz"},"content":{"rendered":"\n<p>#40 penser \u00e0 de temps en temps descendre du v\u00e9lo, du train, de l\u2019\u00e9chelle<br>porter de bonnes chaussures de marche<br>noter les titres des magazines par exemple <br><s>premier enregistrement d\u2019<\/s>un tourbillon de poussi\u00e8re martien, rayer la mention inutile<br>noter m\u00eame ce qu\u2019on ne comprend pas<br>ne pas attendre la nuit ni le jour ni la pluie<br>ne pas avoir peur de ses cauchemars ni de la v\u00e9rit\u00e9<br>\u00e9couter les conversations m\u00eame secr\u00e8tes \u00e9couter les silences<br>se laisser influencer, ruminer, prendre le temps de l\u2019oubli, prendre le temps du souvenir\u00a0 <\/p>\n\n\n\n<p><br>#38 Mes r\u00eaves, un endroit que j\u2019\u00e9vite, je pourrais les compter sur les doigts de la main. Tiens, celui de la baleine qui se laisse porter par le courant d\u2019un grand fleuve jaune au pied de notre immeuble \u00e0 Bastia, celui de ma m\u00e8re qui me tend un paquet par la fen\u00eatre d\u2019un train qui s\u2019\u00e9loigne, celui du mammouth g\u00e9ant dont je caresse la paupi\u00e8re close, celui de la ville flottante que je ne sais pas rejoindre, celui des oiseaux morts qui jonchent le sol, celui o\u00f9 nous nous couvrons de v\u00eatements pour traverser l\u2019atlantique \u00e0 la nage depuis Brooklyn. De l\u2019eau, des animaux g\u00e9ants, des morts. Mes r\u00eaves, o\u00f9 tous les mouvements sont furtifs.<\/p>\n\n\n\n<p>#37 <em>Abel \u00e9tait l\u2019a\u00een\u00e9, j\u2019\u00e9tais le plus petit<\/em>. Nous \u00e9tions en cours de fran\u00e7ais, classe de 4<sup>\u00e8me<\/sup>, lecture collective \u00e0 voix haute, \u00eatre attentive, d\u2019un moment \u00e0 l\u2019autre le professeur pouvait interrompre l\u2019\u00e9l\u00e8ve pour en d\u00e9signer un.e autre. Et la voix de Piotr, douce et forte, un peu dans le nez, <em>Abel \u00e9tait l\u2019a\u00een\u00e9, j\u2019\u00e9tais le plus petit<\/em>. Son accent venu de Pologne amollissait les consonnes, arrondissait la langue tout enti\u00e8re, personne ne s\u2019est moqu\u00e9, moi je chavirais en tendresse immense. <\/p>\n\n\n\n<p>#36  Au r\u00e9veil d\u2019abord les mails, deux bo\u00eetes distinctes, celle du boulot o\u00f9 je d\u00e9couvre les nouvelles du client du Japon, puis la bo\u00eete perso, je d\u00e9gage les spams. Les notifications Facebook ensuite, j\u2019y vais de moins en moins. Si je n\u2019ai pas de nouvelles je vais voir les comptes amis, plus que des auteurices ont dirait bien. Ensuite Instagram. L\u00e0 aussi un compte pro o\u00f9 je publie presque quotidiennement, un compte perso o\u00f9 je publie un extrait de mon journal le dimanche, un lien vers ma cha\u00eene YouTube quand je mets en ligne une vid\u00e9o. J\u2019y suis Nathalie Holt, Juliette Cortese, Fran\u00e7ois Bon, Camille Ruiz, Patrick Muller\u2026 Je n\u2019y tra\u00eene pas trop, l\u2019utilise d\u00e9j\u00e0 beaucoup professionnellement. YouTube parfois la journ\u00e9e \u00e0 l\u2019atelier, en mode podcast, s\u2019il y a vraiment un travail sur l\u2019image je prends une pause pour regarder. Le week-end je rattrape, le journal de Michel Brosseau, les blogs de Piero Cohen Hadria, Guillaume Vissac, Arnaud Maisetti, Alice Diaz, Xavier Georgin, d\u2019autres encore \u2026 et les vid\u00e9os de Juliette Cortese, Gracia Bejjani, Mil\u00e8ne Tournier, Marine Riguet (trop rare), Gwen Denieul, j\u2019en oublie et j\u2019en loupe forc\u00e9ment. Le dimanche je guette  <em>Le Semainier<\/em> d\u2019Anne Savelli. Le 1<sup>er<\/sup> du mois,  <em>Le journal du regard<\/em> de Pierre M\u00e9nard. Je lis quelques livres mais peu. Je peux ne pas lire pendant plusieurs semaines, juste des choses tr\u00e8s br\u00e8ves, des livres que j\u2019ouvre au hasard dont je lis quelques lignes. Depuis que je suis entr\u00e9e en \u00e9criture je suis plus attir\u00e9e par la po\u00e9sie. J\u2019aime picorer. Il y a la&nbsp;vid\u00e9o qui demande un autre engagement, plut\u00f4t le soir, je regarde mes images ou celles d\u2019un.e autre sur lesquelles j\u2019\u00e9cris. La photographie, le plus souvent possible. Le samedi soir, je s\u00e9lectionne les sept photos qui nourriront le journal. Il se met un peu en route dans ma t\u00eate, je me rem\u00e9more la semaine \u00e9coul\u00e9e, note pour chaque jour l\u2019\u00e9v\u00e9nement, la pens\u00e9e ou l\u2019image qui persiste. Le dimanche matin j\u2019en reprends l\u2019\u00e9criture, j\u2019\u00e9limine les r\u00e9p\u00e9titions (c\u2019est ma f\u00e2cheuse tendance), je publie. Souvent je re\u00e7ois dans l\u2019heure un mail de PCH qui me rappelle que je suis aussi f\u00e2ch\u00e9e avec les \u00ab&nbsp;t&nbsp;\u00bb, je pensais pouvoir faire plus confiance \u00e0 mon orthographe instinctive. Le journal est devenu le principal lieu d\u2019\u00e9criture. En ce moment, relecture d\u2019un chantier \u00e0 ciel ouvert, et cette difficult\u00e9 avec finir, ne plus en parler. Au coucher, si je n\u2019ai pas attendue d\u2019\u00eatre \u00e9puis\u00e9e, il m\u2019arrive d\u2019\u00e9crire quelques mots sur l\u2019application Notes de l\u2019iPhone (mon deuxi\u00e8me), des id\u00e9es pour un prochain projet. Je lis <em>Paum\u00e9e<\/em>, le blog de Brigitte C\u00e9lerier, et je m\u2019endors.<\/p>\n\n\n\n<p>#35 Ce n\u2019\u00e9tait pas tout \u00e0 fait une parole, un r\u00e2le plut\u00f4t. Les mots se sont d\u00e9faits d\u2019eux m\u00eame, le temps de me parvenir, \u00e0 douter m\u00eame de leur origine. Cette voix \u00e9tait-ce la mienne ? \u00c9tait-ce un r\u00eave, un fant\u00f4me ? Il me semblait en deviner la masse, sa charge de douleur, un trou noir suspendu dans l\u2019espace de la chambre, mais c\u2019\u00e9tait trop flou pour en comprendre le sens.<\/p>\n\n\n\n<p>#34 On ne sait pas ce qui les a attir\u00e9es l\u2019une vers l\u2019autre, une histoire \u00e0 la fois de pr\u00e9noms, de taille, de dents cass\u00e9es, de couleur, ce qu\u2019on pourrait appeler un <em>coup de foudre<\/em>. En sortant du restaurant elles savaient qu\u2019elles ne se verraient pas durant quinze jours, L l\u2019a serr\u00e9e dans ses bras, comme pour poser un engagement, se sont chuchot\u00e9es qu\u2019elles trouveraient un moment rien qu\u2019\u00e0 elles. Je mettrais bien Maryline Desbiolles sur le coup. <\/p>\n\n\n\n<p>#33 faire le vide ? ne fais que lutter contre, je retiens tout, m&rsquo;encombre, les d\u00e9tails, les objets, pas les larmes\u2026 \u00e7a va avec pas finir, entasser, remplir\u2026 si \u00e7a submerge ouvrir les fen\u00eatres, prendre les chiffons rang\u00e9s sous l&rsquo;\u00e9vier, faire voler la poussi\u00e8re, balayer et chanter \u00e0 tue-t\u00eate. Lire quelques lignes de po\u00e9sie.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Capture-decran-2022-12-11-a-19.45.43.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-108878\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Capture-decran-2022-12-11-a-19.45.43.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Capture-decran-2022-12-11-a-19.45.43-420x280.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Capture-decran-2022-12-11-a-19.45.43-768x512.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>#32 Les jours de grand vent. La voix de Nina Simone. L\u2019odeur du tabac blond. Le reflet m\u00e9tallis\u00e9 d\u2019une Ford Escort. Le h\u00e2le d\u2019un avant-bras, le bracelet m\u00e9tallique d\u2019une&nbsp; montre. Dans le ciel, les tra\u00eenes de deux avions qui s\u2019appr\u00eatent \u00e0 se croiser. Des d\u00e9bris sur le sable. Un bouquet de fleurettes. Une recette de cuisine \u00e0 l\u2019encre violette. Des films muets, des mouvements, des sourires. La douceur des regards dans les photographies. Des questions en suspens. L\u2019insurmontable. Le besoin des mots. Cette chaleur sur ma peau. La puissance d\u2019agir. Nos vies nourries d\u2019absences.<\/p>\n\n\n\n<p>#31 il n\u2019est pas audible tu me jettes \u00e7a \u00e0 la figure mais comment tu peux comment pas audible c\u2019est la r\u00e9alit\u00e9 qui n\u2019est pas audible tu ne peux pas dire \u00e7a au fond je sais tu ne fais que r\u00e9p\u00e9ter tu r\u00e9p\u00e8tes ce qu\u2019ils disent c\u2019est \u00e7a qui n\u2019est pas audible comment tu peux et tu insistes tu r\u00e9p\u00e8tes leurs violences ass\u00e9n\u00e9es tu dis il est sinistre mais comment tu peux il va bien falloir il va falloir l\u2019entendre \u00e9coute \u00e9coute le r\u00e2le des b\u00eates \u00e9coute les temp\u00eates \u00e9coute les sanglots des glaciers \u00e9coute le bruit que fait le monde en tombant<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/cd.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p>#30 De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la vall\u00e9e, une odeur de mort. En contrebas de la route, au milieu d\u2019une d\u00e9charge sauvage des cercueils et des sacs poubelles contenant des ossements. Des paroles contradictoires. Le croque-mort charg\u00e9 de la cr\u00e9mation n\u2019aurait pas vu les ossements dans les cercueils. L\u2019autre pr\u00e9venu pr\u00e9tend ne pas savoir. Il a rendu service contre quelques billets, il a pris les sacs-poubelles, il n\u2019a pas regard\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, il n\u2019a pas vu les corps, il n\u2019a pas voulu br\u00fbler les sacs, il les a jet\u00e9s dans le maquis, il savait que ce n\u2019\u00e9tait pas l\u00e9gal.<\/p>\n\n\n\n<p>#29 pas regarder mon ombre plut\u00f4t que la route devant pas laisser le jour glisser sans m\u2019y opposer pas laisser le vent glacer mes oreilles p\u00e9n\u00e9trer mes tympans pas laisser le froid comme une lame pas le laisser entrer dans ma t\u00eate pas laisser la douleur vriller me d\u00e9faillir me rappeler vieillir pas perdre l\u2019espace de l\u2019\u00e9merveillement pas m\u2019attarder sur cette pens\u00e9e qui enfle creuse la nuit trop longue pendant que la lune joue avec les frondaisons pas renoncer au sommeil<\/p>\n\n\n\n<p>#28 ent\u00eatent les mots la peur de ne plus aimer le texte comment s\u2019y recoller se raccrocher \u00e0 sa petite histoire envahissement de figures maternelles est ce que ce n\u2019est pas d\u00e9j\u00e0 trop tard cette distance peut-\u00eatre \u00e7a t\u2019aidera \u00e0 \u00eatre plus libre les petites choses flottent dans le vague les d\u00e9tails les miettes les grains de voix les grains de photo s\u2019attarder sur sa paupi\u00e8re luisante mes vagabondages pusillanimes fatiguent vas-y donc que crains tu ah oui l\u00e0 il faut freiner l\u00e0 n\u2019est-ce pas ce qu\u2019ils m\u2019agacent ceux qui jettent la semoule dans le caniveau \u00e7a attire les pigeons&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/louise-de-dos-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-107549\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/louise-de-dos-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/louise-de-dos-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/louise-de-dos-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/louise-de-dos.jpg 1181w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">#27 tu te l\u00e8ves joyeuse, tu sais que tu vas retrouver L \u00e0 l\u2019atelier \u2014 tu es d\u00e9sappoint\u00e9e, L n\u2019est pas l\u00e0 \u2014&nbsp; tu te concentres sur la plaque de cuivre, essaies d\u2019en comprendre le grain \u2014 tu encres, tu essuies, tu imprimes sur du papier Fabriano \u2014 L en arrivant te dit qu\u2019elle a pens\u00e9 \u00e0 toi, elle porte comme elle te l\u2019avait promis un de ses pulls jacquard \u2014 tu la photographies, d\u2019abord de dos pour ne pas l\u2019intimider \u2014 tu lui demandes si elle a toujours dessin\u00e9, Oui, en chuchotant elle t\u2019explique pourquoi \u2014 \u00e7a te touche \u2014 tu fais son portrait, tu lui demandes de sourire \u2014 en regardant son visage sur l\u2019\u00e9cran de l\u2019appareil elle est surprise, \u00e7a lui fait plaisir d\u2019avoir l\u2019air joyeuse&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">#26 l\u2019\u00e9clat d\u2019une guirlande de No\u00ebl une baleine de parapluie une feuille morte le tweed d\u2019un veston un permis de construire les bandes r\u00e9fl\u00e9chissantes d\u2019un gilet jaune un jet d\u2019eau puissant dans le caniveau l\u2019\u00e9cran lumineux dans le hall de gare de l\u2019Est neuf heures quatre Franckfort une s\u00e9rigraphie de Keith Haring la masse du ciel notre derni\u00e8re conversation au t\u00e9l\u00e9phone ta garde-robe ton sourire tes yeux qui me regardent l\u2019h\u00e9sitation du soleil la chaleur de ta peau l\u2019odeur de ta cuisine le matin les griffonnages des derniers jours qu\u2019on a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 jeter tes mots pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s <\/p>\n\n\n\n<p>#25 de la chance il avait dit \u2014 pas de cicatrice \u2014 une ligne \u2014 la l\u00e8vre sup\u00e9rieure fendill\u00e9e \u2014 qui emp\u00eache le sourire \u2014 \u00e9crasement de la pulpe contre la dent morte \u2014 le fant\u00f4me de la dent \u2014 tentative de r\u00e9veil \u2014 la langue soulage \u2014 leurre de salive \u2014 la peau fine \u2014 les ger\u00e7ures \u2014 la br\u00fblure r\u00e9activ\u00e9e \u2014 les l\u00e8vres se colorent \u2014 peau s\u00e8che \u2014 elle meurt \u2014 les l\u00e8vres se pincent entre elles \u2014 sous l\u2019index des lambeaux se d\u00e9tachent&nbsp;&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p>#24 le r\u00e9veil ne sonnait pas \u2014 ai regard\u00e9 l\u2019heure quatre ou cinq fois \u2014 ai \u00e9cout\u00e9 le calme dans l\u2019immeuble \u2014 ai senti le froid hostile \u2014 ai contempl\u00e9 le plafond d\u00e9coup\u00e9 en ombres floues \u2014 ai pens\u00e9 aux photos que je n\u2019avais pas prises \u2014 ai devin\u00e9 que la nuit attendait aussi \u2014 ai entendu mes pens\u00e9es s\u2019effondrer \u2014 ai desserr\u00e9 la m\u00e2choire \u2014 ai senti un go\u00fbt amer sur la langue \u2014 ai respir\u00e9 l\u2019air alourdi de nos souffles \u2014 ai esp\u00e9r\u00e9 la sonnerie \u2014 me suis rapproch\u00e9e de toi, sans te r\u00e9veiller<\/p>\n\n\n\n<p>#23 un paquet de biscottes. dans l\u2019\u00e9tui entam\u00e9 sept biscottes et des centaines et des centaines de miettes. vider trois-cent-vingt miettes dans l\u2019assiette. de l\u2019index humect\u00e9 ramasser une quarantaine de miettes, les poser sur la langue, savourer le fondant sucr\u00e9. \u00e0 la pointe du couteau, avec les deux-cent quatre-vingt miettes restantes, dessiner dans le plat de l\u2019assiette un rond de miettes, un losange de miettes, un soleil , ses douze rayons de miettes, et nos deux visages souriants, neuf miettes entre les dents<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1004\" height=\"564\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Capture-decran-2022-12-01-a-20.55.41.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-106160\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Capture-decran-2022-12-01-a-20.55.41.png 1004w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Capture-decran-2022-12-01-a-20.55.41-420x236.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Capture-decran-2022-12-01-a-20.55.41-768x431.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1004px) 100vw, 1004px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">photogramme, <em>Journal du regard<\/em>, novembre 2022 \u2014 Pierre M\u00e9nard<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>#22 en d\u00e9couvrant ce plan au ralenti, dans son <em><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=dTrldBcyhJw\">Journal du regard<\/a><\/em>, la m\u00e9canique des voyageurs descendant l\u2019escalier de la station de m\u00e9tro, film\u00e9e en plong\u00e9e. saisie par l\u2019impression que les corps s\u2019effondrent j\u2019ai eu envie de poser l\u00e0 sur les marches du m\u00e9tro un livre, ce serait n\u2019importe quel livre, je le poserais et je les observerais, ferais des paris sur celle qui h\u00e9siterait \u00e0 le ramasser, celui qui s\u2019en \u00e9carterait avec effroi, me r\u00e9jouirais d\u2019observer le d\u00e9sordre provoqu\u00e9, celui qui enfin s\u2019en saisirait et rencontrerait mon regard<\/p>\n\n\n\n<p>#21 ne pas lutter contre, sombrer, rester dans la ti\u00e9deur des draps \u2014 retarder le d\u00e9part \u2014 se raviser et danser comme une enfant &nbsp;\u2014 les faire rire, rire avec eux \u2014 esp\u00e9rer plus de lumi\u00e8re \u2014 y aller, fermer la maison \u2014 trouver miraculeusement un V\u00e9lib \u2014 p\u00e9daler plus doucement \u2014 laisser les pens\u00e9es vivre leur d\u00e9route \u2014 louper &nbsp;l\u2019embranchement de Richard Lenoir \u2014 le r\u00e9aliser en passant devant Saint-Ambroise \u2014 se demander si cela a \u00e0 avoir avec tra\u00eener au lit \u2014 tourner la t\u00eate en passant devant la rue de l\u2019asile Popincourt \u2014 penser \u00e0 elle<\/p>\n\n\n\n<p>#19 dans le hall elle passe la serpill\u00e8re bonjour g\u00ean\u00e9 de marcher sur le sol encore humide, agrandir la foul\u00e9e pour faire moins de traces. hochement rapide de t\u00eate au timbreur jamais tr\u00e8s aimable. jeter un \u0153il \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du Chansonnier, attraper le sourire de Momo. pester au coin de la rue contre les cyclistes qui grillent syst\u00e9matiquement le feu. \u00e0 la station V\u00e9lib, Il marche bien&nbsp;? sourire parce que tu dirais qu\u2019un v\u00e9lo \u00e7a ne marche pas. l\u2019enfant qu\u2019on voudrait encourager, on voit bien que le regard est ailleurs, la marche trop lente vers l\u2019\u00e9cole. le pigeon presque sous la roue, fermer les yeux, Mais tu vas bouger !&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#18 La fi\u00e8vre du bazar montait en elle, une sorte d\u2019\u00e9nergie m\u00eal\u00e9e au sentiment confus qu\u2019un jour, dans ce magasin grouillant, une halte se produirait et que sa vie trouverait son but. Il ne lui arrivait pas de croire que son destin, elle p\u00fbt le rencontrer ailleurs qu\u2019ici, dans l\u2019odeur violente du caramel, entre ses grandes glaces pendues au mur o\u00f9 se voyaient d\u2019\u00e9troites bandes de papier gomm\u00e9, annon\u00e7ant le menu du jour et au son bref, cr\u00e9pitant, du tiroir-caisse, qui \u00e9tait comme l\u2019expression m\u00eame de son attente exasp\u00e9r\u00e9e. Ici se r\u00e9sumait pour elle le caract\u00e8re h\u00e2tif, agit\u00e9 et pauvre de toute sa vie\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>s&rsquo;approcher de l\u2019endroit o\u00f9 je range mes livres f\u00e9tiches dans la biblioth\u00e8que, j&rsquo;aurais pu fermer les yeux, celui-l\u00e0 achet\u00e9 d&rsquo;occasion sur <em>RecyclLivre<\/em>, sur la garde blanche D\u00c9SHERBAGE, d\u00e9finitif, page suivante le tampon de la biblioth\u00e8que de Strasbourg, achev\u00e9 d&rsquo;imprimer \u00e0 Louiseville (Qu\u00e9bec), dans la main la souplesse de la couverture renforc\u00e9e de Filmolux, sous la pression du pouce les pages d\u00e9filent, le texte dense, la langue pr\u00e9cise, d\u00e9couverte sur le tard, il faudrait lire tout de Gabrielle Roy, je dicte l&rsquo;incipit dans l&rsquo;application note du smartphone&nbsp; CD<\/p>\n\n\n\n<p>#17 nous d\u00e9barrasserons les fa\u00e7ades des caf\u00e9s | restaurants | librairies de leurs fleurs en toc. nous interdirons l&rsquo;usage du smartphone en marchant. nous comprendrons la sagesse des fant\u00f4mes. nous transformerons les grands magasins en arches | en bateaux refuges | en serres. nous transformerons les parkings en champignonni\u00e8res. nous d\u00e9couvrirons la Bi\u00e8vre. nous vivrons au bord du fleuve. nous construirons des cabanes aux Batignolles, \u00e0 Monceau, \u00e0 Montsouris, aux Buttes Chaumont, aux Tuileries. nous refuserons la peur. nous serons vivants et modestes. nous \u00e9teindrons les lumi\u00e8res. nous ferons silence et \u00e9couterons la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>#16 jean d\u00e9lav\u00e9 sem\u00e9 de strass color\u00e9s baskets blanches long manteau en lainage beige son \u00e9charpe noire en crochet comme un voile | Dr. Martens chaussettes en c\u00f4te anglaise grises sur collants dentelle blanche bermuda moulant superposition de tuniques synth\u00e9tiques bariol\u00e9es veste en jean surdimensionn\u00e9e col en jacquard irlandais | chaussures de sport noires \u00e9puis\u00e9es jean d\u00e9chir\u00e9 cardigan en molleton marine zipp\u00e9 veste matelass\u00e9e sacs plastiques blanc et orange cognent la cuisse| silhouette noire travers\u00e9e par un sac banane vermillon<\/p>\n\n\n\n<p>#15 j\u2019ai tout le temps la t\u00eate qui tourne depuis dimanche c\u2019est bizarre c\u2019est dr\u00f4le ton r\u00eave oui je peux dire que \u00e7a va je vous vois venir faut le temps que \u00e7a agisse commence pas \u00e0 me mettre la pression on aurait presque froid non ouais c\u2019est moyen toujours peur qu\u2019on me prenne pour une extra-terrestre nan mais c&rsquo;est un bon compromis je viens de la campagne-campagne mais \u00e7a va sinon on peut se voir avant si tu veux hein j\u2019ai des papiers \u00e0 faire je suis aussi flipp\u00e9e que toi le temps de rien comme d&rsquo;habitude je vois pas l\u2019int\u00e9r\u00eat j\u2019ai vraiment pas envie d\u2019en parler vas-y mollo hein bisous profitez bien<\/p>\n\n\n\n<p>#14 la seconde o\u00f9 je traverse le canal, le t\u00e9l\u00e9phone coll\u00e9 \u00e0 l&rsquo;oreille. le reflet vert de l&rsquo;\u00e9cluse. la seconde o\u00f9 la voix artificielle \u00e9num\u00e8re les chiffres de ton num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone, je sais que tu ne d\u00e9crocheras pas. ceux que je croise ne savent pas. les mouettes planent sous un ciel blanc. la seconde r\u00e9p\u00e9t\u00e9e cinq, huit, dix fois. \u00e0 venir creuser ton absence, \u00e0 douter, \u00e0 imaginer la disparition \/ la fuite \/ le pire. la seconde \u00e0 gratter toujours la m\u00eame peur. la seconde qu&rsquo;il faudrait \u00e9tirer jusqu&rsquo;\u00e0 entendre ta voix. <\/p>\n\n\n\n<p>#13<em> <\/em> la berline s\u2019est arr\u00eat\u00e9e \u00e0 ma hauteur \u2014 la porte passager avant s\u2019est ouverte, en est sorti un corps de petite fille \u2014 fr\u00eale \u2014 avec son visage presque d\u2019adulte, un sac trop grand au bout de bras trop maigres, avec sa marche tordue elle s\u2019est dirig\u00e9e vers l\u2019arri\u00e8re, le conducteur, un homme \u00e2g\u00e9 \u2014 peut-\u00eatre son p\u00e8re \u2014 est sorti \u00e0 son tour, il lui a dit attends-moi \u2014 avec dans la voix l&rsquo;inqui\u00e9tude de comment aujourd&rsquo;hui l\u2019\u00e9tranget\u00e9 se frotterait au monde&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"717\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/grisaille-1024x717.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-102962\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/grisaille-1024x717.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/grisaille-420x294.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/grisaille-768x538.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/grisaille.jpg 1183w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>#12<em> <\/em>une chambre obscure dans laquelle j&rsquo;entre \u00e0 reculons, des masses floues, des ombres, des grains, des souvenirs t\u00e9nus, des phrases r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, des chansons, des insomnies, des obsessions, des fant\u00f4mes \u2014 oh leur puissance, des odeurs, des r\u00eaves, des images cach\u00e9es. un vrac \u00e0 la fois \u00e9trange et familier qui se d\u00e9pose par bribes au fond du bac \u2014 t\u00e2tonnements. \u00e7a remue \u00e7a r\u00e9sonne \u00e7a remonte en surface. on retient son souffle. une r\u00e9v\u00e9lation. une surprise. c&rsquo;est l\u00e0 que j\u2019\u00e9tais attendue ? <\/p>\n\n\n\n<p>#11<em> Paroles<\/em> \u2014 us\u00e9 \u00e0 la corde au pied du lit de mes sept ans \u2014 toujours les m\u00eame textes, <em>Barbara <\/em>le plus souvent, la retrouver sous la pluie \u2014 le tu, la disparition j\u2019y revenais encore \u2014 <em>Paroles<\/em> gondol\u00e9 de chagrins, griffonn\u00e9 de dessins, d\u2019histoires silencieuses d\u2019orphelines \u2014 le premier texte, celui qu\u2019on donne \u00e0 lire, qu\u2019on aurait appel\u00e9 po\u00e8me, pour l\u2019anniversaire de ma m\u00e8re, le soup\u00e7on de plagiat, ne plus \u00e9crire alors, sauf les d\u00e9clarations amoureuses \u2014 un tr\u00e9sor retrouv\u00e9 autorise le tu, fait appara\u00eetre le disparu \u2014 \u00e9crire alors <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"581\" height=\"387\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Capture-decran-2022-11-19-a-14.56.08.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-102191\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Capture-decran-2022-11-19-a-14.56.08.png 581w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Capture-decran-2022-11-19-a-14.56.08-420x280.png 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 581px) 100vw, 581px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>#10 pendant que je m\u2019accole pour la photo je me demande s\u2019il ressent lui aussi cette tendresse pendant que j\u2019\u00e9coute cette chanson me revient la chaleur du ciment de la terrasse pendant que je me glisse sous la couette je supplie mon estomac de m\u2019offrir un r\u00e9pit pendant que je plie les draps mes obsessions m\u2019oppressent pendant que je ramasse les verres et tasses sales me vient l\u2019envie de marcher sous le soleil pendant que j\u2019\u00e9cris \u00ab&nbsp;je regarde en boucle mon p\u00e8re faire l&rsquo;idiot en singeant un b\u00e9b\u00e9 dans mon parc&nbsp;\u00bb ma poitrine se gonfle de joie et de chagrin<\/p>\n\n\n\n<p>#9 ne pas s\u2019attarder \u2014 sur le vide qu\u2019il \u00e9voque \u2014 dans la nuit \u2014 sur les groupes assoiff\u00e9s riants dansants \u2014 sur la chair de pigeon \u00e9cras\u00e9e \u2014 la bouillie de carton \u2014 devant le type qui urine \u2014 dans le froid \u2014 dans l\u2019instable du lit \u2014 sur la douleur qui s\u2019installe \u2014 sur l\u2019estomac qui se plie \u2014 ne pas s\u2019attarder \u2014 sur le vertige \u2014 sur ton reflet sous le n\u00e9on de la salle de bain \u2014sur l\u2019image de la douleur \u2014 sur la vague qui monte \u2014 sur le trop qui jaillit \u2014 sur l\u2019amer \u2014 sur ce qui se creuse \u2014 sur le d\u00e9sarroi la fatigue il faudrait maintenant renoncer au jour qui vient<\/p>\n\n\n\n<p>#8 Emma Roux Mohand Yadel Pierre Dupont Robert Blache Eugene Varlin Henri Christin\u00e9 Agn\u00e8s Vernois C\u00e9cile Loiseau Franck Dubier Catherine Elsa Clark Pauline Chaplain Juline Perrin Bruno Demaitre C\u00e9cile Javaux Iris Lebois Muriel Odier Benoit Andrieu Anne Moreau Jean-Louis Le Tallec R\u00e9gis Boisselier Gwen Denieul Lola Lafon Jane Sauti\u00e8re Florence Fabre Aloise Hessel Benjamin Milsent C\u00e9line Wagner Clothilde Rabussier Olivier Jourdan St\u00e9phane Cotineau Marion Ambrosini Julien Moutet Louisa Swarovski Stefani Tzanoudaki&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#7 silhouette autoritaire plant\u00e9e sous la pluie fine le roux des cheveux le clair du regard le clair de la peau les l\u00e8vres d\u00e9color\u00e9es douces peut-\u00eatre le solide de la m\u00e2choire solide le torse au point qu\u2019on voudrait s\u2019appuyer dessus | sous la peau fine reste de sommeil renflement de pommettes tachet\u00e9 d\u2019\u00e9ph\u00e9lides soyeux brun des cils douceur enfantine du menton joues enflamm\u00e9es tendresse des l\u00e8vres et des bras les cheveux lourds | les veines en r\u00e9seau dans le cou remontent jusque sur la joue j\u2019ai pens\u00e9 au cordon ombilical \u00e0 la naissance \u00e7a faisait une palpitation d\u2019oiseau j\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 Monika sa peau mate marbr\u00e9e de bleu son regard en dehors sa disparition <\/p>\n\n\n\n<p>#6 cet apr\u00e8s midi au cimeti\u00e8re de Montmartre \u2014 l&rsquo;enduit humide de la fa\u00e7ade ouvri\u00e8re \u2014 la fen\u00eatre dans les \u00e9tages \u2014 le motif jacquard du rideau synth\u00e9tique derri\u00e8re \u2014 les l\u00e9zardes et tra\u00een\u00e9es noires coulent sous l&rsquo;appui \u2014 jardini\u00e8re d&rsquo;herbe \u00e0 chat \u2014 les ondulations du linge qui pend sous la pluie fine \u2014 le rose d\u00e9lav\u00e9 d&rsquo;une serviette \u00e9ponge \u2014 le ciel immobile \u2014 une croix tombale en contrejour<\/p>\n\n\n\n<p>#5 dans le mauve gris des nappes de nuages fr\u00eales le froid qui m&rsquo;a saisie le souvenir d&rsquo;une odeur de feu de bois <font size=\"2\"><span style=\"font-family:&quot;Times New Roman&quot;,serif\">\u2014 <\/span><\/font>gris p\u00e2le avec lueur de presque rien l&rsquo;\u00e9clat jaune des feuilles de bouleau <font size=\"2\"><span style=\"font-family:&quot;Times New Roman&quot;,serif\">\u2014 <\/span><\/font>dans le reflet du faubourg le gris muet <font size=\"2\"><span style=\"font-family:&quot;Times New Roman&quot;,serif\">\u2014 <\/span><\/font>l&rsquo;opalescence c\u00e8de au bleu, des cris de mouettes&nbsp; <font size=\"2\"><span style=\"font-family:&quot;Times New Roman&quot;,serif\">\u2014 <\/span><\/font>l&rsquo;ange de la place dress\u00e9 dans le bleu fragile <\/p>\n\n\n\n<p>#4 <em>quels \u00e9taient ses souvenirs qu\u2019est-ce qui l&rsquo;a pouss\u00e9e \u00e0 revenir ici <\/em>? et sensation de chaleur, odeur de tabac de cuir de voiture d&rsquo;air marin<\/p>\n\n\n\n<p>#3 il aurait fallu filmer \u2014 ce jour-l\u00e0 \u2014 dans les all\u00e9es du cimeti\u00e8re de La Villette. sa silhouette rouge, des pieds \u00e0 la t\u00eate, la jupe, la cape, le b\u00e9ret. rouge elle se d\u00e9place entre le gris des tombes. ma g\u00eane de n\u2019\u00eatre l\u00e0 qu\u2019en qu\u00eate de lumi\u00e8re quand elle vient s\u2019occuper de ses morts. nous marchons sur deux all\u00e9es parall\u00e8les. le soleil magistral illumine le contour des mauvaises herbes qui poussent dans les bacs. elle dispara\u00eet derri\u00e8re une chapelle, ressurgit un peu plus haut, comme dans un conte \u2014 rouge, pour dispara\u00eetre tout \u00e0 fait.<\/p>\n\n\n\n<p>#2 l&rsquo;ombre de l&rsquo;arbre sur le mur agit\u00e9e par le vent, dans le mur une fente \u00e9troite, la rupture des couches de papiers recouvertes de peinture, \u00e7a a c\u00e9d\u00e9, comme une plaie s\u00e8che dont les chairs s&rsquo;\u00e9cartent. la petite fille sous les pins, son sourire dans l&rsquo;image d\u00e9grad\u00e9e du VHS, la voix de l&rsquo;oncle qui se trompe en la nommant. de longs silences. dans la nuit je fais la liste des choses que je voudrais filmer. l&rsquo;exaltation.<\/p>\n\n\n\n<p>#1 la rue du faubourg Saint-Martin en descente, en face mar\u00e9e montante de camions de voitures, de motos, de pi\u00e9tons, de cyclistes. la ville agac\u00e9e par la gr\u00e8ve, prendre le trottoir, serrer les dents et le guidon \u2014 l&rsquo;enfance cavali\u00e8re ressurgit toujours. sourire. ralentir. la tente Quechua se dresse jaune vif sur le trottoir, juste devant les arcades de la Maison de l&rsquo;Architecture. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#40 penser \u00e0 de temps en temps descendre du v\u00e9lo, du train, de l\u2019\u00e9chelleporter de bonnes chaussures de marchenoter les titres des magazines par exemple premier enregistrement d\u2019un tourbillon de poussi\u00e8re martien, rayer la mention inutilenoter m\u00eame ce qu\u2019on ne comprend pasne pas attendre la nuit ni le jour ni la pluiene pas avoir peur de ses cauchemars ni de <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-individuels-caroline-diaz\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Carnets individuels | Caroline Diaz<\/span><span 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