{"id":98143,"date":"2022-12-21T11:59:42","date_gmt":"2022-12-21T10:59:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=98143"},"modified":"2023-06-15T14:59:15","modified_gmt":"2023-06-15T12:59:15","slug":"carnet-individuel-muriel-boussarie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-individuel-muriel-boussarie\/","title":{"rendered":"chaque jour | Muriel Boussarie"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">43<\/p>\n\n\n\n<p>Sur les conseils de Valeria, je me suis abonn\u00e9e au site&nbsp;<em>Una parola al giorno<\/em>&nbsp;qui d\u00e9pose un mot italien chaque matin dans ma bo\u00eete mail.&nbsp; La pr\u00e9sentation est tr\u00e8s bien faite, id\u00e9ale pour accro\u00eetre son vocabulaire. J\u2019avoue ne pas lire tous les jours. Aujourd\u2019hui le mot&nbsp;<em>scoiattolo&nbsp;<\/em>a attir\u00e9 mon attention<em>&nbsp;<\/em>et j\u2019ai appris avec plaisir que&nbsp;Pavese avait surnomm\u00e9 Calvino<em>&nbsp;Lo scoiattolo della penna&nbsp;<\/em>(l\u2019\u00e9cureuil de la plume) en raison de l\u2019aisance, de l\u2019agilit\u00e9 de son style.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">42<\/p>\n\n\n\n<p>Suwari waza Shomen uchi ikkyio sankyo yonkyo gokyo kokyu nage Hanmihandachi waza Katate dori ikkyo nikyo ura uchi \/ soto kaiten nage shiho nage iriminage kote gaeshi kokyu nage Shomen uchi jiu waza Tachiwaza Yokomen uchi ikkyo nikyo iriminage kote gaeshi shiho nage udekimi nage koshi nage Chudan tsuki jiu waza Ryote dori tenchi nage koshi nage kokyu nage Ushiro waza Katate dori Kubi shime ikkyo sankyo shiho nage kote gaeshi jiugigarami koshi nage kokyu nage Eri dori ikkyo irimi nage shiho nage kote gaeshi Tanto dori Shomen uchi gokyo kote gaeshi uchi kaiten sankyo Chudan tsuki hijikimeosae Jo dori Chudan tsuki jiu waza Jo nage Taninzugake<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">41<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb <em>Quelle importance que ce soit une maladie ? avait-il enfin conclu. Qu&rsquo;est-ce que \u00e7a peut bien  faire que ce soit une tension anormale<\/em>, <em>si le r\u00e9sultat lui-m\u00eame, si la minute de sensation, quand on se souvient d&rsquo;elle et quand on l&rsquo;examine en pleine sant\u00e9, est, au degr\u00e9 ultime, de l&rsquo;harmonie, de la beaut\u00e9, et si elle vous donne un sentiment de pl\u00e9nitude invraisemblable, insoup\u00e7onn\u00e9, un sentiment de mesure, d&rsquo;apaisement, celui de se fondre en pri\u00e8re extatique, dans la synth\u00e8se sup\u00e9rieure de la vie ? \u00a0\u00bb <\/em> Ces expressions brumeuses lui semblaient \u00e0 lui-m\u00eame tr\u00e8s compr\u00e9hensibles, quoique trop faibles encore. Mais que cela f\u00fbt \u00a0\u00bb la beaut\u00e9 et la pri\u00e8re \u00ab\u00a0, que cela f\u00fbt r\u00e9ellement \u00a0\u00bb la synth\u00e8se sup\u00e9rieure de la vie \u00ab\u00a0, il n&rsquo;en avait jamais dout\u00e9 et il ne pouvait m\u00eame pas admettre l\u00e0 un doute.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>La premi\u00e8re lecture de l&rsquo;Idiot &#8211; il y a plus de trente ans &#8211; m&rsquo;avait comme <\/em>engloutie<em>, plus rien ne comptait, j&rsquo;ai v\u00e9cu, travaill\u00e9, a minima pendant trois semaines, refusant toute sortie, enti\u00e8rement plong\u00e9e dans le livre d\u00e8s que possible. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:13.5px\">22 d\u00e9cembre &#8211; 25 janvier<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Des notes \u00e9parses sur les petits carnets, sur le t\u00e9l\u00e9phone, mais rien ici,<\/em> <em>pas encore de protocole pour continuer le carnet au jour le jour.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">40<\/p>\n\n\n\n<p>Treize instructions \u00e0 mon fils pour \u00e9crire K. apr\u00e8s moi :<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\">\n<li>Visite les catacombes, la cath\u00e9drale sous la D\u00e9fense, les sous-sols d\u2019une Skyline, celle que tu voudras, impr\u00e8gne-toi de l\u2019humidit\u00e9, du vide sous les Fondations \u2014 <em> respire, prends des notes<\/em><\/li>\n\n\n\n<li>Fouille mes carnets&nbsp;: celui de L., Structure de L., le B\u0153uf Suant, celui de PTC, toutes les ramifications du dossier L. sur mon ordi (mot de passe : b*******<em>) \u2014  bon courage<\/em><\/li>\n\n\n\n<li>Termine le grand plan de Long Mercy Camp, applique-toi \u00e0 dessiner le feuillage des arbres, les \u00e9tals du march\u00e9, le toit de la pagode en vision a\u00e9rienne \u2014<em>  \u00e9crire n\u2019est pas qu\u2019\u00e9crire <\/em><\/li>\n\n\n\n<li>Quand la peine d\u2019\u00e9crire viendra, ne t\u2019arr\u00eate pas, poursuis encore une heure ou deux ou trois \u2014  <em>fatigue ton moteur<\/em><\/li>\n\n\n\n<li>Quand \u00e9crire coule trop facilement pendant longtemps, arr\u00eate-toi \u2014  <em>sors, cours dans la chaleur, cours dans le froid<\/em><\/li>\n\n\n\n<li>Refuse la facilit\u00e9 du narratif, bien s\u00fbr il y a plein d\u2019histoires dans K. mais c\u2019est surtout un univers-langue que tu construiras apr\u00e8s moi \u2014  <em>les histoires sont secondaires<\/em><\/li>\n\n\n\n<li>Int\u00e8gre la notion du temps selon la relativit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, d\u00e9sapprends que le temps <em>s\u2019\u00e9coule <\/em>\u2014  <em>tu seras beaucoup plus adroit que moi pour en diss\u00e9miner les cons\u00e9quences dans le r\u00e9cit<\/em> <\/li>\n\n\n\n<li>Marche dans la ville, dans n\u2019importe quelle ville assez grande, marche dans les rues que tu ne connais pas \u2014  <em>perds-toi<\/em><\/li>\n\n\n\n<li>Trouve un n\u0153ud du texte d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit o\u00f9 m\u00ealer ton style au mien, comme notre sang commun \u2014  <em>si tu veux, r\u00e9\u00e9cris tout<\/em><\/li>\n\n\n\n<li>Relis <em>Alice au pays des merveilles<\/em>, d\u00e9couvre <em>Le citt\u00e0 invisibili<\/em> \u2014  <em>sois plus ouvert \u00e0 Calvino<\/em><\/li>\n\n\n\n<li>Fais le vide en toi<\/li>\n\n\n\n<li>Efface ces instructions, tu n\u2019as plus rien \u00e0 apprendre de moi \u2014  <em>K. est \u00e0 toi<\/em><\/li>\n\n\n\n<li>Il reste juste un signe microscopique sur le scarab\u00e9e d\u2019or de ton arri\u00e8re-grand-m\u00e8re \u2014  <em>n\u2019en parle \u00e0 personne (sauf \u00e0 ta s\u0153ur)<\/em><\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">39<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Mon secret envoy\u00e9 par anonymous s&rsquo;est perdu. <br>O\u00f9 est-il all\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Je pense \u00e0 Tony Leung \u00e0 la fin de <em>In the mood for love<\/em> qui chuchote son secret dans le trou d&rsquo;un mur des temples d&rsquo;Angkor.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">38<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-normal-font-size\">derri\u00e8re la porte, des pi\u00e8ces inconnues \u00e0 d\u00e9couvrir, d\u2019autres portes, un <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photofictions-02-lagrandissement\/\">agrandissement<em> <\/em><\/a><em>| je te r\u00eave souvent et quand je te r\u00eave je sais que je t\u2019ai d\u00e9j\u00e0 r\u00eav\u00e9 | <\/em>sur un \u00e9troit balcon, les scintillements de la ville en dessous, \u00e0 l\u2019\u00e0-pic, pas de rambarde pour me prot\u00e9ger du vide<em> | chaque fois je m\u2019\u00e9veille en sursaut c\u0153ur battant | <\/em>une voix off, dans un paysage splendide, immense, prononce une phrase qui a valeur de proph\u00e9tie<em> | j\u2019aime quand tu m\u2019offres ces paroles et ces paysages sur grand \u00e9cran | <\/em>sur une pelouse humide, restes d\u2019un pique-nique sur nappe blanche, ambiance moyen\u00e2geuse, je me vois retourner un verre \u00e0 pied<em> | quand des choses brillent dans les mots qui les d\u00e9signent, un verre retourn\u00e9 devient le r\u00eave m\u00eame&nbsp; <\/em> <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13px\">Not\u00e9 le 19\/10\/21&nbsp;: toute la nuit mes r\u00eaves ont \u00e9t\u00e9 travers\u00e9s par le mot <em>Risorgimento \u2013 <\/em>r\u00e9surgence, renaissance, mouvement de r\u00e9unification de l\u2019Italie au 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. La pointe en <em>Ri<\/em> du mot per\u00e7ait la chair des r\u00eaves mous, la suite arrivait conqu\u00e9rante, surgissait dans l\u2019\u00e9paisseur du corps abandonn\u00e9 au sommeil, des images de ville, rues immeubles sous des nuages des brumes grises o\u00f9 se frayait le retour souriant de <em>Risorgimento<\/em>, il y avait un plaisir, un bonheur latent \u00e0 percevoir la r\u00e9apparition du mot, je le voyais \u00e9crit, je l\u2019entendais aussi prononc\u00e9 \u00e0 voix basse, le r\u00eave se poursuivait un peu informe, le mot revenait cristalliser autour de lui une joie timide.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">37<\/p>\n\n\n\n<p><em>I think I saw you in a ice-cream parlor<br>Drinking milk shakes cold and long<br>Smiling and waving and looking so fine<br>Don\u2019t think you knew you were in this song<br>And it was cold and it rain so I felt like an actor<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Comme pour d\u2019autres, les phrases qui se retiennent par c\u0153ur <em>naturellement <\/em>viennent des chansons, celle-l\u00e0 entendue ado (mais d\u00e9j\u00e0 hors jeune, ne l\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9). En l\u2019entendant la premi\u00e8re fois, une sensation si puissante se cristallise&nbsp;: cette chanson je l\u2019aimerai toujours, demain sera mieux que ce jour-l\u00e0 que ces jours-l\u00e0 trop nombreux mais patience, pour tenir je ferai miennes la distance de l\u2019<em>actor<\/em>, la force de la musique. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais aussi ces mots : <em>La Lune, qui est le caprice m\u00eame, regarda par la fen\u00eatre pendant que tu dormais dans ton berceau, et se dit : \u00ab Cette enfant me pla\u00eet. \u00bb <\/em>je pourrai citer tout le po\u00e8me, sa tendresse de mots s\u2019est \u00e9tendue sur moi, m\u2019a serr\u00e9e dans ses bras.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">36<\/p>\n\n\n\n<p>Le matin, pas encore six heures, quand silence, quand seule, ouvrir l\u2019ordi, un th\u00e9 infuse, les premiers mots, les premi\u00e8res phrases sur le clavier, sous une fra\u00eecheur d\u2019esprit, \u00e9veil, se lancer, ne pas s\u2019arr\u00eater, laisser les choses se faire, d\u00e9canter, projeter les images internes, partir dans le flot des mots, se fondre dans leur sonorit\u00e9, buter sur le sens, les sens, les r\u00e9fl\u00e9chir, se promettre d\u2019y r\u00e9fl\u00e9chir plus tard, plus profond\u00e9ment, rester dans le flux, les yeux \u00e0 demi ferm\u00e9s parfois, l\u2019importance du premier flux, buvant le th\u00e9, suivre un d\u00e9roulement, un autre, des ramifications, voir \u00e0 peine les mots s\u2019imprimer sur l\u2019\u00e9cran, capter un arri\u00e8re-fond du monde, essayer, certains matins ne pas ouvrir l\u2019ordi tout de suite, besoin d\u2019un silence plus profond, ouvrir un livre, souvent po\u00e8mes, souvent recopier quelques lignes \u00e0 la main, prolif\u00e9ration des carnets, recopier, le bruit du stylo sur la page, la concentration particuli\u00e8re de l\u2019<em>\u00e9crit-main<\/em>, intense, y reviens depuis trois quatre ans, apr\u00e8s des ann\u00e9es de tout ordi-t\u00e9l, d\u2019autres matins encore, toujours t\u00f4t, avant l\u2019ordi, quand la t\u00eate confuse, quand l\u2019\u00e9crire peine, barbouiller des notes sur le carnet, essayer d\u2019\u00e9claircir, de creuser\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">35<\/p>\n\n\n\n<p><em>Retourner<\/em>&nbsp;\u00e0 K., poursuivre la construction de cette ville, de son univers. Hier en replongeant dans le projet, j\u2019ouvre un fichier intitul\u00e9 <em>Bibliographie K<\/em>. et dans cette liste, entre <em>Le devisement du monde<\/em>&nbsp;et le <em>Yi Jing<\/em>, je lis sans vraiment lire <em>Les villes interdites<\/em>. Le mot <em>interdites<\/em>&nbsp;ne me saute pas au visage, peut-\u00eatre parce qu\u2019il commence et finit de la m\u00eame fa\u00e7on, qu\u2019il comporte le m\u00eame nombre de lettres. Mon \u0153il corrige instinctivement ce que mes doigts ont tap\u00e9. Il y a seulement une sensation \u00e9trange, vague, un effet d\u2019incongruit\u00e9 dissimulant la violence de la substitution du mot. Quand je r\u00e9alise&nbsp;mon erreur, je reste <em>interdite<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p style=\"font-size:12.5px\">De tous les changements de langue que doit affronter celui qui voyage dans des terres lointaines, aucun n\u2019\u00e9gale celui qui l\u2019attend dans la ville d\u2019Ipazie, parce qu\u2019il ne touche pas aux mots mais aux choses. J&rsquo;entrai dans Ipazie un matin, un jardin de magnolias se refl\u00e9tait dans une lagune bleue, moi-m\u00eame j&rsquo;avan\u00e7ais entre les haies assur\u00e9 de d\u00e9couvrir de belles et jeunes dames au bain : mais au fond de l&rsquo;eau, les crabes mangeaient les yeux des suicid\u00e9es la pierre au cou et les cheveux verdis par les algues.  <\/p>\n<cite><em>Italo Calvino, Les villes invisibles, Folio, p. 61<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Depuis quelques jours, <em>Les villes invisibles<\/em> frappent \u00e0 ma porte, appellent \u00e0 \u00eatre relues, insistent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">34<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Percorsa-2-817x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-109325\" width=\"444\" height=\"554\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Muriel Boussarie, Milan, ao\u00fbt 2021<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>soleil sur le givre&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;  les formes se brouillent&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;sur le givre&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;une blancheur aveugle&nbsp;&nbsp;&nbsp;  &nbsp;&nbsp;&nbsp;soleil sur le givre&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; au loin l\u2019\u00e9blouissement &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; une blancheur aveugle&nbsp;&nbsp;&nbsp;l\u2019\u00e9blouissement de coupoles surgies  &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; une blancheur aveugle&nbsp;&nbsp;&nbsp;  comme sur une cr\u00eate d\u2019horizon &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;  les formes se brouillent&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; l\u2019\u00e9blouissement de coupoles&nbsp;&nbsp;&nbsp;   tu saurais si bien me les&nbsp;d\u00e9crire<\/p>\n\n\n\n<p>Soleil sur le givre, les formes se brouillent, une blancheur aveugle\u2026 au loin l\u2019\u00e9blouissement de coupoles surgies comme sur une cr\u00eate d\u2019horizon\u2026 tu saurais si bien me les&nbsp;d\u00e9crire, \u00e7a soulagerait un peu la lassitude qui alourdit mon c\u0153ur\u2026 dans les avenues de cette ville il y aurait des amants chass\u00e9s par le surgissement des for\u00eats au c\u0153ur m\u00eame des palais et d\u2019autres rassembl\u00e9s par les lianes qui couleraient des balcons\u2026 je crois que tu l\u2019appellerais <em>Percorsa<\/em>, tu inventerais une nouvelle s\u00e9rie pour la classer, ce serait <em>Les villes et la for\u00eat<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">33<\/p>\n\n\n\n<p>le vide&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; apprivois\u00e9 longuement&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; enfance&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; silence&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; se prot\u00e9ger&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; m\u00e9canisme de survie&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; les mots prononc\u00e9s dans l\u2019air froid &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <em>bu\u00e9e de bu\u00e9e<\/em> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; expiration&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; dans le jardin&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; le givre le froid&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; sortir tout de m\u00eame&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; inspiration &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; un vide enferm\u00e9 comme de l\u2019air fossile&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; solitude &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;ou un vide libre&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;le vertige avant la paix&nbsp; &nbsp;&nbsp; concentration et vide&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp; se &nbsp;&nbsp;nourrissant&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; l&rsquo;un &nbsp;&nbsp;l&rsquo;autre<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13px\"><em>jour apr\u00e8s jour, l\u2019impression que l\u2019exp\u00e9rience du carnet \u00e9miette la syntaxe et qu\u2019\u00e0 l\u2019issue de ces 40 jours je ne saurai plus \u00e9crire une phrase enti\u00e8re (malgr\u00e9 cela une superbe aventure)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">32<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color\" style=\"color:#8b8989\">elle &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; dire elle de toi &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; te garder un peu \u00e0 distance &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;pour mieux voir sa gr\u00e2ce&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;ton \u00e9l\u00e9gance &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;elle marche dans la rue &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; je te vois toujours marcher dans la rue &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; sur le boulevard &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; ta patience &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;je lui parle souvent &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;sa pr\u00e9sence &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; en filigrane &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; je commence \u00e0 te ressembler &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;le r\u00eave des falaises blanches &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;sa rigueur &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;un matin et la cuisine ensoleill\u00e9e &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;tu es la seule \u00e0 qui je parle &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; r\u00e9guli\u00e8rement &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; son \u00e9criture d\u00e9li\u00e9e aux S pointus &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; son calme &nbsp;&nbsp;&nbsp; la nostalgie dans son sourire &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; tu es l\u00e0 pendant le salut &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; souvent l\u00e0 &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;quand mon buste se penche vers le kamiza&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">31<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Dire l\u2019\u00e9tat du monde &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;aujourd\u2019hui les mots me manquent&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br>la voix &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;aussi&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;ils manquaient d\u00e9j\u00e0 hier&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br>les mots&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; pour dire l&rsquo;innommable <br>de la violence des hommes &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;de notre instinct de mort &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br>les mots des autres me pensent &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;la voix de Duras <br>dans le Camion&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <em>Que le monde aille \u00e0 sa perte, <\/em><br><em>qu\u2019il aille \u00e0 sa perte&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;c\u2019est la seule politique<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">et aussi la joie &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>illogique &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;irrationnelle &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/em>de La force majeure de Cl\u00e9ment Rosset. <em>En l&rsquo;absence de toute raison cr\u00e9dible de vivre, il n&rsquo;y a que la joie qui tienne, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que celle-ci se passe <\/em><br><em>de toute raison.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">30<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas hier mais avant-hier mercredi 7 d\u00e9cembre 2022, vers 11h30, qu\u2019un accident du travail s\u2019est produit dans un entrep\u00f4t logistique du groupe Chatel \u00e0 Cormelles-le-Royal (Calvados). Pour une raison inexpliqu\u00e9e, le chargement d&rsquo;un transpalette est tomb\u00e9 sur un manutentionnaire. L&rsquo;homme, \u00e2g\u00e9 de 24 ans, s&rsquo;est retrouv\u00e9 <em>enseveli sous les marchandises<\/em>. Il a pu \u00eatre d\u00e9gag\u00e9 par l&rsquo;\u00e9quipe de sauvetage des sapeurs-pompiers puis conduit vers le CHU de Caen en \u00e9tat d\u2019urgence relative. La direction de l&rsquo;entreprise s&rsquo;est refus\u00e9e \u00e0 tout commentaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">29<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne pas me coucher si tard trop tard ne pas go\u00fbter ton vin d\u00e9licieux vraiment&nbsp;? j\u2019aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 me r\u00e9veiller naturellement pleine d\u2019\u00e9nergie l\u2019esprit clair et le corps vif j\u2019aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne pas repousser encore les limites ni fr\u00f4ler le court-circuit ni \u00e9prouver la sensation d\u2019\u00eatre au bout de mes forces j\u2019aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne pas choisir entre hier et aujourd\u2019hui<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/pluie.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-109005\" width=\"438\" height=\"328\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/pluie.png 618w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/pluie-420x315.png 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 438px) 100vw, 438px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Muriel Boussarie, Paris, octobre 2019<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">28<\/p>\n\n\n\n<p>Tu le sais <em>la<\/em> <em>Doppia<\/em> que j\u2019ai repouss\u00e9 les ruminations les ressassements comme des poussi\u00e8res derri\u00e8re un meuble j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 perdu trop de temps en rem\u00e2chements je ne veux plus rembobiner les m\u00eames rengaines je les ai envoy\u00e9es se taire \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan \u00e7a te fait bien rire que je puisse croire en \u00eatre d\u00e9barrass\u00e9e sous pr\u00e9texte que je n\u2019entends plus le ch\u0153ur des r\u00e9criminations des mises en garde des limitations arr\u00eate de te disperser le temps n\u2019est pas extensible ou des crispations apr\u00e8s tu ne viendras pas pleurer si ton chantier K. n\u2019avance pas non je ne me plaindrai pas je n\u2019ignore pas ces phrases toutes pr\u00eates \u00e0 bondir dans ma conscience mais pour l\u2019instant elles se taisent elles tapissent le fond du c\u0153ur en silence je sais que tu n\u2019auras pas aucun mal \u00e0 les d\u00e9busquer la <em>Doppia<\/em> serais-tu ma mauvaise conscience ? tu scrutes les notes les listes les oublis les reports tous mes stratag\u00e8mes pour tenter de faire entrer les projets en cours dans une journ\u00e9e une semaine un mois dans le <em>temps imparti<\/em> en \u00e9vacuant l\u2019angoisse du <em>temps qui passe<\/em> oui tu lis en moi comme si j\u2019\u00e9tais transparente et tu souris.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13px\">Pour la premi\u00e8re fois depuis le d\u00e9but de l&rsquo;aventure, je n\u2019ai pas envoy\u00e9 \u00e0 f mon fragment du jour. Il \u00e9tait trop tard. Je le poste maintenant en me demandant si apr\u00e8s l\u2019atelier je poursuivrai sur la lanc\u00e9e cette pratique quotidienne du carnet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">27<\/p>\n\n\n\n<p>Ce serait toi la <em>Doppia<\/em> qui regardes les toits de Roanne | le givre s\u2019est d\u00e9pos\u00e9 durant la nuit | un matou court sur un des murets coiff\u00e9s de tuiles qui s\u00e9parent les jardins | une l\u00e9g\u00e8re nostalgie affleure | tu \u00e9cartes la tristesse des d\u00e9parts | le fant\u00f4me des derni\u00e8res fois | ce serait toi qui vois la campagne d\u00e9filer derri\u00e8re la vitre du train | qui t\u2019\u00e9loignes des adieux | et photographies les collines pr\u00e9cipit\u00e9es&nbsp;| les vaches dans la pente des pr\u00e9s blanchis&nbsp;| toi encore lanc\u00e9e vers nulle part | dans l\u2019\u00e9paisseur du brouillard<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13px\"><em>(je r\u00eave ou j\u2019ai vraiment donn\u00e9 un nom \u00e0 mon Double&nbsp;?)<\/em><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Toits-Roanne-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-107628\" width=\"446\" height=\"334\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Toits-Roanne-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Toits-Roanne-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Toits-Roanne-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Toits-Roanne-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Toits-Roanne-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 446px) 100vw, 446px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Muriel Boussarie, Roanne, d\u00e9cembre 2022<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">26<\/p>\n\n\n\n<p>soleil sur les tuiles et bleu du ciel | le givre c\u00e8de | superposition des collines au loin sous un reste de brume | contraste de la lumi\u00e8re avec le gris le brouillard des derniers jours | rouge des toits saccag\u00e9s par la gr\u00eale de juin | la Loire entrav\u00e9e dans son courant | stagnation d&rsquo;algues sous le grand pont | saisissement du froid en remontant la rue pi\u00e9tonne | sapins \u00e0 rubans rouges devant les magasins | fermeture hebdomadaire | d\u00e9stockage d\u00e9finitif&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">25<\/p>\n\n\n\n<p>un r\u00eave coule sur la peau \u2014 le dos tapiss\u00e9 des fruits de l\u2019effort \u2014alourdissement des cuisses \u2014 au creux du ventre \u2014 profond\u00e9ment \u2014 \u00f4 souveraine fatigue \u2014 et comme un bras entourant les \u00e9paules \u2014 une chaleur sur la nuque \u2014 les paupi\u00e8res si doucement \u2014 &nbsp;courbatures \u00e0 ces muscles jusque-l\u00e0 ignor\u00e9s \u2014 un r\u00eave coule sur la peau \u2014 corps esprit tout glisse \u2014 flottement d\u2019avant la pesanteur \u2014 jusqu\u2019au sommeil compact \u2014 enchanteur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">24<\/p>\n\n\n\n<p>Position assise, immobilis\u00e9e, <em>Gimme shelter<\/em> dans les oreilles, \u00e0 fond, rien ne bouge, il est pourtant 16h16, le TER reste \u00e0 quai, <em>War children it\u2019s just a shot away,<\/em> quand des gens se l\u00e8vent, quittent le wagon, soulever un des \u00e9couteurs pour savoir ce qui se passe, <em>les conditions du d\u00e9part ne sont pas r\u00e9unies<\/em> annonce un haut-parleur, les voyageurs sont pri\u00e9s d\u2019attendre dans le train, renfoncer l\u2019\u00e9couteur, <em>I\u2019m gonna fade<\/em> <em>away<\/em>, attendre, quelque chose se condense, il n\u2019y a rien \u00e0 faire, rien \u00e0 faire, <em>Rape, murder<\/em>, sinon s\u2019enrouler dans la voix qui grimpe \u00e0 d\u00e9crocher des aigus sublimes.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13px\">L\u2019attente, la <em>vraie<\/em>, c\u2019\u00e9tait l\u2019interminable enfance, l\u2019<em>attendre<\/em> idiot et triste, corps esprit comme emp\u00each\u00e9s. Pas \u00e9t\u00e9 sur ce terrain cette fois, un peu comme un refus d&rsquo;obstacle\u2026 &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">23<\/p>\n\n\n\n<p>De 12h54, heure \u00e0 laquelle j\u2019ai quitt\u00e9 mon appartement jusqu\u2019\u00e0 mon arriv\u00e9e dans le hall 1 de la gare de Lyon \u00e0 13h21, j\u2019en ai d\u00e9nombr\u00e9 dix-huit, dix-neuf en ajoutant la mienne. J\u2019avais d\u00e9cid\u00e9 d\u2019arr\u00eater le d\u00e9compte une fois dans la gare mais c\u2019\u00e9tait sans compter la petite machine qui s\u2019\u00e9tait mise en marche dans mon cerveau et ne comptait pas s\u2019arr\u00eater l\u00e0. Vingt-sept, vingt-huit, vingt-neuf, \u00e7a s&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rait, trente-deux, trente-cinq, quarante-et-un, quarante-deux et avec la petite l\u00e0, \u00e7a fait quarante-six, \u00e7a chauffait dans la t\u00eate, des compteurs parall\u00e8les s\u2019\u00e9taient d\u00e9clench\u00e9s pour absorber le nombre, il y avait la sensation que la multitude de sp\u00e9cimens se pressant vers le hall 2 ne roulaient tout autour que pour \u00eatre additionn\u00e9s les uns aux autres\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">22<\/p>\n\n\n\n<p>Perdre&nbsp;<em>l\u2019Idiot &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/em>vraiment&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Perdre &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>l\u2019Idiot &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/em>vraiment&nbsp;? &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;le perdre &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; le laisser tomber &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; un son mat&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; je regarderais o\u00f9 il est tomb\u00e9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; premier grand choc&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;   le relire bient\u00f4t &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; l\u2019oublier&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; dans un bus un m\u00e9tro&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; un train&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;le d\u00e9poser &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; guetter qui le prendrait&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;ou partir&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; rien que d\u2019y penser&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00e7a fait comme un trou&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; l\u00e0&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Perdre <\/strong>je perds j\u2019\u00e9gare souvent mais <strong>l\u2019Idiot <\/strong>comme si c\u2019\u00e9tait possible <strong>vraiment&nbsp;?<\/strong> <strong>le perdre&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/strong> le laisser tomber&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; je marcherais dans la rue et il glisserait de ma poche <strong>un son mat<\/strong> et je ne me retournerais pas&nbsp;? non <strong>je regarderais o\u00f9 il est tomb\u00e9<\/strong> le premier volume en folio traduction Mousset <strong>premier grand choc<\/strong> de lecture je garderais le Babel traduction Markowicz dans laquelle je pr\u00e9vois de <strong>le relire bient\u00f4t<\/strong> poursuivant la relecture compl\u00e8te <strong>l\u2019oublier&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; dans un bus un m\u00e9tro&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/strong> je pense \u00e0 M. combien \u00e7a l\u2019avait troubl\u00e9 d\u2019oublier <em>Sous le volcan<\/em> dans <strong>un train<\/strong> ou alors <strong>le d\u00e9poser <\/strong>mais o\u00f9&nbsp;? et ensuite <strong>guetter qui le prendrait&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/strong> <strong>ou partir<\/strong> sans savoir&nbsp;&nbsp; <strong>rien que d\u2019y penser&nbsp;<\/strong>&nbsp; \u00e0 le laisser&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>\u00e7a fait comme un trou&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;  l\u00e0 &nbsp; \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">21<\/p>\n\n\n\n<p>La retrouver dans la rue, dans le froid naissant. Aller marcher ensemble au parc. Le grand tour. Ciel gris, feuilles d\u2019or \u00e9parpill\u00e9es, sombres feuillages persistants. Toucher le tronc d\u2019un platane centenaire. Son \u00e9corce rugueuse bossel\u00e9e. L\u00e9g\u00e8re bu\u00e9e des paroles \u00e9chang\u00e9es. Un peu de chaleur humaine change-t-il quelque chose au monde&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">20<\/p>\n\n\n\n<p>Les billets dans sa main, elle a sonn\u00e9 \u00e0 la porte. Son visage poupon dans l\u2019encadrure. Elle entre, elle plaisante mais <em>la sc\u00e8ne est muette dans le souvenir<\/em>, on ne voit que sa bouche enfantine qui se tord dans un sourire. Elle me tend les billets, je les prends dans ma main. Cinq cents francs, c\u2019est beaucoup dans nos vies \u00e9tudiantes. Elle virevolte dans la petite pi\u00e8ce comme si de rien n\u2019\u00e9tait mais le malaise est palpable. Je suis la seule du groupe \u00e0 qui elle rendra l\u2019argent pr\u00eat\u00e9. Peut-\u00eatre parce qu\u2019elle sait que ce n\u2019est pas mon argent et que je dois le rendre \u00e0 qui je l\u2019ai emprunt\u00e9 pour elle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">19<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;chouette que tu viennes d\u00e8s vendredi&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; oui&nbsp;!&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;elle veut absolument que tu dormes chez elle &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;tu crois pas que \u00e7a va trop la fatiguer&nbsp;? &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;non\u2026&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;tu penses que c\u2019est oblig\u00e9 de lui dire&nbsp;?&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;comment \u00e7a&nbsp;? &nbsp;&nbsp;&nbsp;je ne vois pas comment je pourrais ne pas lui dire &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;oui, bien s\u00fbr &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;mais j\u2019ai r\u00e9fl\u00e9chi&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;il faudrait le lui dire tr\u00e8s progressivement&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;pas le&nbsp;lui annoncer de but en blanc&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;d\u2019un seul coup&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;parce que m\u00eame si elle est ouverte d\u2019esprit, il y a aussi une fragilit\u00e9 en elle &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; comment tu vois les choses&nbsp;? &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;d\u00e9j\u00e0 commencer par lui dire qu\u2019il se pose des questions&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; depuis plusieurs mois&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">18<\/p>\n\n\n\n<p><em>Au d\u00e9but, ils \u00e9taient tellement occup\u00e9s \u00e0 d\u00e9charger leur bateau qu\u2019ils ne remarqu\u00e8rent rien&nbsp;; le niveau de l\u2019eau montant lui aussi, cela pouvait les tromper&nbsp;; mais dans les derni\u00e8res heures du jour, il ne pouvait plus faire de doute que la for\u00eat gagnait en taille, en puissance et en f\u00e9rocit\u00e9&nbsp;; on pouvait voir d\u2019immenses racines sur\u00e9lev\u00e9es d\u2019\u00e9normes et tr\u00e8s anciens pal\u00e9tuviers qui serpentaient avidement dans l\u2019obscurit\u00e9, su\u00e7ant la pluie et devenant plus \u00e9paisses que des trompes d\u2019\u00e9l\u00e9phants<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Rouvrir le livre un peu d\u00e9laiss\u00e9 ces derniers jours \u00e0 la page 365 o\u00f9 la lecture est rest\u00e9e en suspens comme l\u2019atteste le marque-page du club d\u2019a\u00efkido et recopier ce fragment de phrase-jungle sur l\u2019ordi. Il est 13h21, sensation que la matin\u00e9e se prolonge dans la lenteur brouillonne du dimanche. J\u2019ai referm\u00e9 le livre \u00e0 la couverture rose, Stock, traduction fran\u00e7aise parue en mai 1989. Autre si\u00e8cle, semblable violence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">17<\/p>\n\n\n\n<p>Il y aurait des passerelles entre certains immeubles | certains immeubles seraient des palais | certains palais seraient reli\u00e9s par des corridors | il y aurait des souterrains aux ramifications inextricables | d\u2019anciens b\u00e2timents d\u00e9truits ressurgiraient | ce serait un r\u00eave r\u00e9current r\u00eav\u00e9 par tous les b\u00e2tisseurs des soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes | il y aurait des d\u00e9dales cach\u00e9s | on y acc\u00e8derait par des escaliers temporels | il y aurait une Skyline sombre se d\u00e9tachant sur le ciel ocre | ce serait aussi terrible que beau | la ville garderait le pass\u00e9 comme une ombre de l\u2019Ouest et projetterait le futur comme une ombre de l\u2019Est | on f\u00eaterait nos retrouvailles dans les arri\u00e8re-cours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>C&rsquo;est ce qui est venu, tr\u00e8s vite, je n&rsquo;avais pas de temps, une sorte de d\u00e9rive o\u00f9 des villes se m\u00e9langent. Il y a trop longtemps que je ne suis pas all\u00e9e \u00e0 K. <\/em><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-duotone-373737-ccc-1\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Orologio-scaled-e1669966462714-1024x830.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-105540\" width=\"455\" height=\"369\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Orologio-scaled-e1669966462714-1024x830.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Orologio-scaled-e1669966462714-420x340.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Orologio-scaled-e1669966462714-768x622.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Orologio-scaled-e1669966462714-1536x1245.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Orologio-scaled-e1669966462714-2048x1660.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 455px) 100vw, 455px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Muriel Boussarie, Paris, novembre 2022<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">16<\/p>\n\n\n\n<p>kaki lustr\u00e9, une parka large resserr\u00e9e par un lien au-dessus des genoux | kaki r\u00e2p\u00e9, une parka de combat qui bat au vent | rouge clair, un manteau moelleux o\u00f9 s\u2019envelopper | d\u2019un \u00e9cossais rouge, noir, jaune et cr\u00e8me, l\u2019\u00e9charpe aux longs poils de laine (douce ou piquante&nbsp;?) | kaki encore, une parka ajust\u00e9e \u00e0 la taille | cr\u00e8me, les bottines \u00e0 l\u2019\u00e9paisse semelle crant\u00e9e | noir luisant, un manteau long \u00e0 la ceinture d\u00e9tach\u00e9e | \u00e0 larges carreaux cr\u00e8me et verts, un manteau de laine oversize | bleu nuit \u00e0 palmes blanches, le col d\u2019une chemise sous un pull rouge | bleu denim, un jean fatigu\u00e9 qui poche aux genoux | noir mat, une doudoune courte au col montant | marron peluch\u00e9, un manteau qui attrape les poussi\u00e8res | rouge sombre, une robe crois\u00e9e sur la poitrine | de tweed gris et blanc, une casquette fi\u00e8rement port\u00e9e | bleu \u00e9lectrique, un grand tablier de plastique \u00e9pais | rouge vif, un large b\u00e9ret gonfl\u00e9 sur des cheveux bruns | rose orange, un voile gliss\u00e9 sous une parka noire | grises et violettes, des baskets trou\u00e9es en fin de vie | blanc et noir, un pull \u00e0 rayures sous un gilet vert | fleuris, les plis d\u2019une longue jupe ondulant pr\u00e8s du sol<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-small-font-size\">Manteaux chinois.<br>J&rsquo;aime le <strong><mark style=\"background-color:#ffffff;color:#d62323\" class=\"has-inline-color\">rouge<\/mark><\/strong>, la couleur \u00ab glycine \u00bb. En \u00e9t\u00e9, je pr\u00e9f\u00e8re le violet ; <br>en automne la couleur \u00ab&nbsp;lande dess\u00e9ch\u00e9e&nbsp;\u00bb. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/p>\n<cite>Sei Sh\u00f4nagon<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">15<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"702\" height=\"443\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Paroles-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-104004\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Paroles-2.jpg 702w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Paroles-2-420x265.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 702px) 100vw, 702px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"584\" height=\"353\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/seconde-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-103854\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/seconde-1.jpg 584w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/seconde-1-420x254.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 584px) 100vw, 584px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\"><br>13<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color\" style=\"color:#515151\">Le trottoir en flaques d\u2019hier &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; la r\u00e9verb\u00e9ration du soleil &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; aux arbres des feuilles clairsem\u00e9es &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; transparence sous rayons vifs &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; un \u00e9chafaudage entour\u00e9 d&rsquo;un filet turquoise &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; le scooter inclin\u00e9 contre un container &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; un sac abandonn\u00e9 sur son marchepied &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; des cartons vides &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; des sacs de d\u00e9tritus d\u00e9bordant des rang\u00e9es de poubelles jaunes et vertes au pied des immeubles &nbsp;&nbsp;&nbsp; attendant les \u00e9boueurs en gr\u00e8ve<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">12<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full wp-duotone-373737-ccc-2\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"758\" height=\"253\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Au-parc.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-122384\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Au-parc.jpg 758w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Au-parc-420x140.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 758px) 100vw, 758px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Muriel Boussarie, Paris, octobre 2022<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Pour nourrir les dessous de la <em>premi\u00e8re grisaille<\/em> : beaucoup de cartes, <br>de plans de villes, de photos, d\u2019images, de recherches, des t\u00e9moignages, quelques livres-compagnons, des notes, des fragments d\u2019\u00e9criture d\u2019avant-\u00e9crire, une impr\u00e9gnation\u2026 La p\u00e2te recherch\u00e9e c\u2019est une \u00e9paisseur de l\u2019atmosph\u00e8re, un rythme de voix, une musique lointaine, quelque chose d\u2019obscur dans lequel il va falloir entrer.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13.5px\"><em>et dans cette p\u00e2te \u00e9paisse parfois s&#8217;embourber.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13.5px\"><em>Mais j&rsquo;ai toujours aim\u00e9 les lundis, l\u2019\u00e9lan des (re)commencements<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13.5px\"><em>Retrouv\u00e9 cette note du 4\/08\/2013&nbsp;: envie de relire imm\u00e9diatement chaque livre que je termine comme si la premi\u00e8re lecture n\u2019\u00e9tait qu\u2019une <\/em>impression<em>, de celles que les peintres apposent aux murs avant l\u2019enduit et la peinture, comme si je n\u2019arrivais dans une premi\u00e8re lecture qu\u2019\u00e0 papillonner, \u00e0 butiner de ci de l\u00e0 quelque suc dans une brass\u00e9e d\u2019effluves profondes et je sais qu\u2019il faudrait pour en appr\u00e9cier toutes les suavit\u00e9s et les ombres y revenir dans un mouvement plus ample, plus s\u00e9rieux<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">11<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis seule dans le jardin. Le ciel est lourd. Depuis peu les lettres que je dessine forment des mots qui forment des phrases qui racontent des bribes d\u2019histoires. Depuis peu je sais \u00e9crire. Dans la marge des cahiers je trace de minuscules fictions. Quand je n\u2019ai rien pour noter j\u2019\u00e9cris dans le secret de ma t\u00eate. J\u2019\u00e9cris pour le ciel lourd, j\u2019\u00e9cris pour les insectes, pour les animaux qui fuient. Quand j\u2019\u00e9cris je suis grande, une puissance sort par mes doigts. Quand les mots s\u2019enroulent dans la t\u00eate c\u2019est autre chose, je ne sais pas encore le danger. Curieusement je n\u2019ai pas de souvenir marquant des premi\u00e8res lectures de l\u2019enfance. J\u2019\u00e9cris comme au d\u00e9but du monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">10<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que je descends la rue de Belleville, la voix de L\u00e9onard Cohen r\u00e9sonne dans mes oreilles. Pendant que j\u2019acc\u00e9l\u00e8re le pas, la pluie redouble, le vent cingle mon visage. Pendant que j\u2019enl\u00e8ve mes habits, des filles se pr\u00e9parent et parlent dans le vestiaire. Pendant que je noue mon hakama, les pens\u00e9es quittent mon esprit. Pendant que je suis assise en seiza, la main gauche ferm\u00e9e dans la main droite, les yeux \u00e0 demi-clos, des images furtives embuent ma conscience.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13.5px\"><em>Pendant que je dormais, il neigeait sur Stockholm, une \u00e9paisse couche blanche a recouvert les rues, les jardins, les bus se sont arr\u00eat\u00e9s. Pendant que je dormais, I. m&rsquo;a envoy\u00e9 une photo de sa ville enneig\u00e9e.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">9<\/p>\n\n\n\n<p>Les paupi\u00e8res gonfl\u00e9es les muscles endoloris le manque de sommeil \u2014 ne pas s\u2019attarder \u2014 la poussi\u00e8re s\u2019\u00e9paississant sur les cadres le d\u00e9sordre du bureau \u2014 ne pas s\u2019attarder \u2014&nbsp;le scintillement du cort\u00e8ge \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du parc les dentelles surcharg\u00e9es de brillants le satin\u00e9 des robes les lourdes cha\u00eenes autour des cous \u2014 ne pas s\u2019attarder \u2014 l\u2019escouade sombre de robocops sangl\u00e9s de gilets pare-balles leur mine faussement joviale \u2014 ne pas s\u2019attarder \u2014 l\u2019homme brun assis au pied de la boulangerie \u2014 ne pas s\u2019attarder \u2014 le v\u00e9lo qui me fr\u00f4le en br\u00fblant un feu rouge \u2014 ne pas s\u2019attarder \u2014<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\" style=\"font-size:13px\">\n<p class=\"has-text-align-right has-normal-font-size\">All those moments will be lost in time like tears in rain.<br><em>Rutger Hauer in Blade Runner<\/em> (<em>Monologue de la pluie<\/em>)<br><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">8<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Darjeeling Fabio Geda Afghanistan Ghazni Gengis Khan Buddha di Bamiyan Kandahar Shajoi Napoli Palermo Bologna Salman Rushdie Volodymyr Zelensky Valeria Albert Serra Beno\u00eet Magimel Confucius Oskar Kokoschka Edvard Munch Marcel Proust Emma Dante Albert Nakache&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">7&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cr\u00e2ne nu arrondi sans d\u00e9marcation avec le front dont la peau ruisselle jusqu&rsquo;au cou frott\u00e9 au col du keikogi | yeux vifs de l\u2019enfant attentif sous <br>une \u00e9paisse frange de cheveux ch\u00e2tains | ar\u00eate droite du long nez \u00e0 la narine perc\u00e9e d\u2019un brillant <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13.5px\"><em>Surgissement d&rsquo;un souvenir  : une jeune fille dans le m\u00e9tro <\/em> <em>\u2014 une Alice au pays des Merveilles <em>\u2014 <\/em>v\u00eatue d&rsquo;une robe mauve bouffante, pieds nus dans des mules \u00e0 rubans, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9t\u00e9, son mollet \u00e9tait tatou\u00e9 d&rsquo;un gros chat d\u00e9roulant sa queue jusqu&rsquo;\u00e0 la cheville. J&rsquo;avais photographi\u00e9 le tatouage. C&rsquo;\u00e9tait le jour o\u00f9 j&rsquo;ai quitt\u00e9 <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/aquarium-open-space-2\/\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/aquarium-open-space-2\/\">Nanterre<\/a>, j&rsquo;avais march\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la D\u00e9fense avant de prendre le m\u00e9tro.<\/em> <em>J&rsquo;ai tout de suite pens\u00e9 \u00e0 elle en lisant la consigne et pourtant je n&rsquo;avais pas vu son visage.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">6&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;personne d\u2019autre&nbsp;je crois&nbsp;n\u2019aura vu&nbsp;la p\u00e2leur \u00e0 peine&nbsp;sur la peau le sang gonfl\u00e9 dans la veine&nbsp;le battement dans le cou personne&nbsp;d&rsquo;autre n\u2019aura senti l\u2019instant qui s\u2019arr\u00eate n\u2019aura senti le souffle retenu le c\u0153ur pr\u00e9cipit\u00e9 ni les yeux qui ne voient que toi quand ils essaient de regarder ailleurs<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\"><em>Aujourd&rsquo;hui nous voil\u00e0 8 milliards et personne d&rsquo;autre que moi ne l&rsquo;aurait remarqu\u00e9 ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">5<\/p>\n\n\n\n<p>1h30, nuit d\u2019un ciel de ville sur des fen\u00eatres \u00e9teintes, une seule \u00e9clair\u00e9e sur la droite (ouverte aussi). 7h14, ciel infiniment gris, entre loup et chien. 8h00, ciel pulv\u00e9ris\u00e9, brume dense comme un voile sur toits et chemin\u00e9es. 9h31, je m\u2019arr\u00eate un instant pour regarder le ciel, \u00e9tale, uniform\u00e9ment blanc. 14h04, du bleu, de la lumi\u00e8re, le soleil sur les feuilles jaunes que le vent d\u00e9tache. 16h09, des nuages sombres, des trou\u00e9es blanches, je quitte la lumi\u00e8re bleue de l&rsquo;\u00e9cran pour les mouvements du ciel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">4&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>sous paupi\u00e8res lourdes, lettres et signes en tous sens, peut-\u00eatre une phrase que je n&rsquo;arrive pas \u00e0 lire\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13.5px\">(plus t\u00f4t un RAT, un long rat blanc \u00e0 museau gris, courant dans l&rsquo;appartement de CM, je ne sais pourquoi elle m&rsquo;h\u00e9bergeait, m&rsquo;a r\u00e9veill\u00e9e en sursaut. Un rat semblable \u00e0 celui aper\u00e7u r\u00e9cemment sous le piano de la gare de Lorient))<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13.5px\">(plus tard, j&rsquo;ai repens\u00e9 \u00e0 ces lettres, comme creus\u00e9es dans une mati\u00e8re endormie.)<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13.5px\">Hier, en pr\u00e9vision de la phrase \u00e0 noter au r\u00e9veil, j&rsquo;ai plac\u00e9 carnet et crayon au pied du lit. Ce soir je recommencerai.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">3&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color\" style=\"color:#a89c9c\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;il aurait fallu continuer&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;continuer d\u2019arpenter le boulevard&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br>dans ce halo infini&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;continuer d\u2019habiter l\u00e0&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00e0 quelques num\u00e9ros <br>de toi&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;(ne pas aller vivre dans <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/photofictions-04-trou-noir\/\">la maison des ombres<\/a>)&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;on aurait continu\u00e9 \u00e0 marcher&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;le boulevard se serait \u00e9tir\u00e9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;j\u2019aurais grandi \u00e0 l\u2019abri de ton calme&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;ce calme un peu aust\u00e8re qui apaisait mes fant\u00f4mes&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;on aurait march\u00e9 dans un boulevard sans fin&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;un jour <br>je me serais envol\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-dark-gray-color has-text-color has-small-font-size\">2&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color\" style=\"color:#a89c9c\">    &nbsp;        &nbsp;     pr\u00e9sence &nbsp;    &nbsp;     dans le souffle de mes pas &nbsp; &nbsp;        &nbsp;     ta pr\u00e9sence &nbsp;     &nbsp;  <br>      la lumi\u00e8re ind\u00e9finie du boulevard &nbsp;   &nbsp;      &nbsp;       \u00e0 la fois douce et contrast\u00e9e &nbsp;    &nbsp;      &nbsp;    <br>&nbsp;    &nbsp;   cette atmosph\u00e8re d&rsquo;enfance &nbsp;   &nbsp;      ma main dans la tienne &nbsp;  &nbsp;     &nbsp;       au retour <br>de nos promenades &nbsp; &nbsp;      &nbsp;       les trottoirs a\u00e9r\u00e9s       &nbsp;    &nbsp;        &nbsp;       mon corps de trois ans et ton corps de grand-m\u00e8re Reine &nbsp;  &nbsp;       &nbsp;avan\u00e7ant &nbsp; &nbsp;    &nbsp;        &nbsp;                     les grands arbres&nbsp;    &nbsp;   &nbsp;   &nbsp;             l&rsquo;odeur de la pluie &nbsp;    &nbsp;  &nbsp;       si loin &nbsp;  &nbsp;       si pr\u00e8s<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\" style=\"font-size:13px\">\n<p class=\"has-text-align-right\">\u00a0\u00bb Qu&rsquo;avez-vous pens\u00e9 en me voyant moi et ma suite ? \u00a0\u00bb demanda ma ma\u00eetresse. Je lui r\u00e9pondis que tout m&rsquo;avait paru superbe mais ce n&rsquo;\u00e9tait l\u00e0  que des mots ordinaires, insuffisants pour exprimer ce que j&rsquo;avais ressenti. <\/p>\n<cite>sei sh\u00f4nagon<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">1&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;    &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;   nous sortons <em>lui <\/em>et moi. La fra\u00eecheur prend nos joues. Dire <em>lui<\/em> ne m\u2019est pas naturel. Je me trompe trop souvent. Nous allons, <em>lui <\/em>et moi, chercher un cadeau pour M. La boutique est ferm\u00e9e. \u00c0 l\u2019angle de la rue, un homme un peu vo\u00fbt\u00e9, cheveux gris, v\u00e9h\u00e9ment, face \u00e0 une femme assez forte, v\u00eatue d\u2019un imperm\u00e9able : <em>si on doit choisir entre Daech et la dictature, parce que c\u2019est \u00e7a le choix, je suis tr\u00e8s triste de dire \u00e7a mais&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>43  Sur les conseils de Valeria, je me suis abonn\u00e9e au site\u00a0Una parola al giorno\u00a0qui d\u00e9pose un mot italien chaque matin dans ma bo\u00eete mail. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-individuel-muriel-boussarie\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">chaque jour | Muriel Boussarie<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":48,"featured_media":105540,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3942,3897,1],"tags":[745,521,228,1319,3881],"class_list":["post-98143","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-carnets_individuels","category-le_grand_carnet","category-atelier","tag-belleville","tag-ecrire","tag-enfance","tag-italo-calvino","tag-k"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98143","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/48"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=98143"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98143\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/105540"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=98143"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=98143"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=98143"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}