{"id":98147,"date":"2022-12-20T22:53:00","date_gmt":"2022-12-20T21:53:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=98147"},"modified":"2022-12-20T23:23:18","modified_gmt":"2022-12-20T22:23:18","slug":"carnets-individuels-tristan-mat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-individuels-tristan-mat\/","title":{"rendered":"Carnets Individuels | Tristan Mat"},"content":{"rendered":"\n<p>#40 <\/p>\n\n\n\n<p>Le carnet est une forme appos\u00e9e au monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Une surface, une \u00e9paisseur. Et les angles.<\/p>\n\n\n\n<p>La carnet doit devenir forme, il doit inventer sa forme.<\/p>\n\n\n\n<p>Dispositif. Tu l&rsquo;installes o\u00f9 tu choisis le mot monde.<\/p>\n\n\n\n<p>La reliure n&rsquo;est pas dans les mots.<\/p>\n\n\n\n<p>Consid\u00e8re le d\u00e9placement : carnet sur une feuille unique, grav\u00e9 dans la pierre, sur des feuilles volantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas de place pour le ma\u00eetre, pas de place pour l&rsquo;ami.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut aller les racoler : format, lignes, minceur, liss\u00e9. Les regarder jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il n&rsquo;y ait plus qu&rsquo;\u00e0 laisser tomber les phrases jusqu&rsquo;au bout.<\/p>\n\n\n\n<p>Compte les vides, surtout.<\/p>\n\n\n\n<p>Aucun voyage, mais emm\u00e8ne le carnet en promenade.<\/p>\n\n\n\n<p>Pinceau, couteau, stylo, doigt, aiguille, colle, langue.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois, essaye de tenir un carnet sans mots.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu le mets o\u00f9, le temps?<\/p>\n\n\n\n<p>Ne parle pas mais sans te taire.<\/p>\n\n\n\n<p>Prends un livre, tr\u00e8s loin de toi, et fais-en ton carnet.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9bauche, asc\u00e8se. Jamais de milieu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9cris sur le dos de l&rsquo;ennemi.<\/p>\n\n\n\n<p>Ouvrir, fermer. R\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p>A chaque nouveau carnet, abjure la voie, choisis en une autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme d&rsquo;autres leur alcool, leur substance, ton carnet. R\u00e9duis toi \u00e0 cela.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y a pas de carnet de r\u00eave : \u00e9cris.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs amours : toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand tu penses au suicide, consid\u00e8re de monter sur un banc et de beugler ton carnet..<\/p>\n\n\n\n<p>Oublie que c&rsquo;est toi qui notes.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu veux \u00eatre enterr\u00e9 avec tes carnets, oui ou non ?<\/p>\n\n\n\n<p>Le carnet est une forme oppos\u00e9e au monde.<\/p>\n\n\n\n<p>#38 Seulement dans le r\u00eave, je fuis enfin. Seulement dans le r\u00eave, la parole arrive en moi. Seulement dans le r\u00eave, nous nous retrouvons heureux. Seulement dans le r\u00eave, je rencontre mes amis d&rsquo;\u00e9criture. Seulement dans le r\u00eave, les yeux ne sont pas l\u00e0. Seulement dans le r\u00eave, il n&rsquo;y a pas de mot mort..<\/p>\n\n\n\n<p>#35 Ce que ma main \u00e9crit et que je n&rsquo;arrive plus \u00e0 relire. Des notes elliptiques dont je ne sais plus de quoi elle \u00e9taient mot de passe. \u00c9cran de ma faute. J&rsquo;\u00e9cris ceci sans intention. Ces vies dont on ne savait rien. Plus de distances entre les livres. L&rsquo;ordre du tableau. Exercices d&rsquo;aberration. Toit\/toi\/tout ce qui tremble. Explosion et pins. Il faudra laisser sa poussi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>#37 Il pleut. La phrase ne pr\u00e9tend pas, elle n&rsquo;\u00e9dicte pas. Elle n&rsquo;offre pas d&rsquo;illusion, ne propose pas d&rsquo;esp\u00e9rance, ne se pare d&rsquo;aucun artifice. Elle est nue comme la nuit qu&rsquo;il nous a donn\u00e9e. Elle est trop simple pour l&rsquo;\u00e9change quotidien. On dirait : tiens il pleut point ; tu as vu, il pleut ; Je dois prendre mon parapluie, il pleut. Imaginez ceci : une voix qui dit : il pleut, sans rien ajouter, sans adresse, sans savoir si un autre existe.<\/p>\n\n\n\n<p>#34 Il projetait d&rsquo;aller au Japon en p\u00e8lerinage pour les ginkgos, ou plus modestement (cela correspondait mieux \u00e0 son dessein) de visiter tous les parcs de Rome o\u00f9 on peut les rencontrer. Un jour, en fin de matin\u00e9e &#8211; c&rsquo;est le d\u00e9but de l&rsquo;hiver, le ciel est bas &#8211; sur les autobloquants noircis de la station service, il d\u00e9couvre une feuille jaune aux deux lobes. Les heures encore \u00e0 venir avant la nuit, et r\u00e9trospectivement celles d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9es depuis l&rsquo;aube se parent de lumi\u00e8re. <em>R\u00e9cit pour Peter Handke.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#33 &#8211; Ouvrez l&rsquo;espace, disait le Mexicain. <br><br>&#8211; Mastique la syllabe en silence et en la faisant r\u00e9sonner dans ton cr\u00e2ne onze mille fois.<br><br> &#8211; Vois sans regarder, puis va en arri\u00e8re sans bouger.<br><br> &#8211; Ralentis le geste jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui.<br><br> &#8211; Tourne, ajoute les cercles et les huits pour atteindre l&rsquo;immobilit\u00e9.<br><br> &#8211; Entre deux notes, entre.<br><br> &#8211; Dors dans la lumi\u00e8re, dors un instant.<br><br> &#8211; Arr\u00eate. Sois l&rsquo;arr\u00eat.<br><br> &#8211; Regarde la pierre et entre en elle.<br><br> &#8211; Oublie le jusque, oublie l&rsquo;au-del\u00e0 m\u00eame d&rsquo;un pas.<\/p>\n\n\n\n<p>#32 Tu n&rsquo;es pas l\u00e0 &#8211; certes &#8211; dans les herbes balanc\u00e9es dans l&rsquo;absence presque du vent. Ni entre les branches de l&rsquo;arbre o\u00f9 j&rsquo;avais d\u00e9pos\u00e9 le livre de la travers\u00e9e de l&rsquo;enfer jusqu&rsquo;au paradis. Dans l&rsquo;air non, en moi non. Certes est ton mot : il n&rsquo;y a pas d&rsquo;heures pour toi. Il faudrait peut-\u00eatre des mots, enfin.<\/p>\n\n\n\n<p>#30 Les \u00e9gouts sont las. Ils sont presque aussi vieux que la ville. Ils en sont la carte la plus certaine. Ils ont travers\u00e9 les temps, leurs guerres, histoire s&rsquo;\u00e9crivant en se recouvrant elle-m\u00eame. Incurie : les regards ne sont pas nettoy\u00e9s. A la premi\u00e8re pluie de l&rsquo;hiver comme aujourd&rsquo;hui, les grilles d&rsquo;\u00e9vacuation vomissent des eaux sombres. Des flaques deviennent des lacs. Des voitures et des bennes \u00e0 ordure se soul\u00e8vent et glissent, libres. Les rats se sauveront toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>#26 La fum\u00e9e beaucoup de fum\u00e9e devant lui qui est de dos t\u00eate couverte comme s&rsquo;il fumait plusieurs fois | rouge parfait cette pens\u00e9e mais c&rsquo;est une voiture neuve | en 1985 il \u00e9crit ripolin\u00e9 d&rsquo;un autre si\u00e8cle le ma\u00eetre et un autre aussi de la m\u00eame date | il n&rsquo;y aura plus de journal s&rsquo;il y a ceci | visage crois\u00e9 sur l&rsquo;autre chauss\u00e9e je pense \u00e0 ta fougue je manque de m&rsquo;\u00e9craser dans le rouge du camion devant moi | le chignon au-dessus de la t\u00eate l\u00e9g\u00e8rement en arri\u00e8re je ne l&rsquo;aime que depuis toi toi pass\u00e9e lointaine | je suis bien l\u00e0 chanson tra\u00eene | le verre vide de caf\u00e9 oscille sur la soucoupe la cuill\u00e8re est en porte-\u00e0-faux c&rsquo;est moi le d\u00e9miurge | elle d\u00e9sire peut-\u00eatre aime-t-elle l&rsquo;autre est plus r\u00e9serv\u00e9 tacticien dessiner les figures g\u00e9om\u00e9triques les courbes de niveau | la fin comme une porte mais il y a seulement des fen\u00eatres vastes parfois nettoy\u00e9es rarement et l&rsquo;enfant en course alors y cogne le front |<\/p>\n\n\n\n<p>#29 ombre du devoir sur le pass\u00e9 tomb\u00e9 o\u00f9 es ton du cette porte non tenue hier ce grognement hargneux \u00e0 ton fr\u00e8re dans la folie (celui que tu fr\u00f4les chaque jour et qui te fascine malignement) pour la peur en toi soudain sans fond l&rsquo;enfance de toutes les peurs quand tu pouvais faire usage de parole ou mettre des pas<\/p>\n\n\n\n<p>#28 En rade : j&rsquo;aphorise. Au plus simple, deux items, noms ou propositions et le verbe ternaire. Il faut que \u00e7a tranche, comme dans la rondeur une m\u00e9lodie prend et entoure. La v\u00e9rit\u00e9 est fiction. Elle ne se laisse pas r\u00e9duire \u00e0 une phrase, sauf pour qui croit aux r\u00e9ponses. J&rsquo;y participe en accueillant une phrase, en la d\u00e9posant sur un marbre. Derri\u00e8re la claire sentence, il y a une foret, le d\u00e9sir sombre, des lacis, mais je te dis : Le sol n&rsquo;a pas d&rsquo;ombre.<\/p>\n\n\n\n<p>#27 cette courbure tendue dos dit-on inerte sauf \u00e0 moments brefs d\u00e9charge de col\u00e8re j&rsquo;\u00e9tais ceci j&rsquo;\u00e9tais maintenant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 \u00e0 une main de distance sans amis et sans heures et les mains pour la premi\u00e8re fois beaut\u00e9 des mains ouvertes de n&rsquo;importe quelles mains qu&rsquo;importe ce qu&rsquo;elles firent mais le parfum capiteux me ram\u00e8ne&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#26 rectangles des briques jaunes au bord du ciel le choc le contre jaune clair rectiligne dans le gris qui va s\u2019effondrant | une sir\u00e8ne et ils sont tous immobiles | serrement: angoisse quand cela pourrait \u00eatre \u00e9treinte | moulinets des bras pour souligner le discours qui n&rsquo;arrivera pas jusqu&rsquo;\u00e0 moi | le mouvement de la joie qui remonte, d\u00e9bordante, pourquoi pour rien et comme une explosion au c\u0153ur trop petite | les seins hauts opulents le long de la piscine en marche le d\u00e9sir comme ext\u00e9rieur jeunesse si vieille |musique aim\u00e9e \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur et le monde en disjonction muet presque dans la catalogue manufrance les fusils \u00e0 canon juxtapos\u00e9s et les fusils \u00e0 canons superpos\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>#24 Le goudron est familier, sa couleur entre les deux murets, jour apr\u00e8s jour. Les minutes diminuent devant la grille, hors des conversations. Chaque visage en pied est reconnu, presque tous sans nom. Moulinets des regards s&rsquo;\u00e9vitant comme les b\u00e2tons tournoyant au combat. L&rsquo;arriv\u00e9e du corps mince que tu d\u00e9sires est devin\u00e9 par le dos, puis le centre. Sa pr\u00e9sence est fr\u00f4l\u00e9e \u00e0 distance, puis se d\u00e9tache. Tout est entre. La minute enfonce. L&rsquo;angoisse l\u00e9g\u00e8re, gratuite comme don mais de quoi.<\/p>\n\n\n\n<p>#22 Au moins quatre \u00e9ditions dans la biblioth\u00e8que, des traductions, des gloses, presque le Talmud, et les fichiers sur les disques durs, comme la traduction de Littr\u00e9. Celle-ci est modeste, cent pages pour mille lires. Je l&rsquo;ai achet\u00e9e lorsque je suis arriv\u00e9 ici, la langue m&rsquo;\u00e9tait presque inconnue. C&rsquo;est un de ces objets que l&rsquo;enfant aime \u00e0 tenir au fond de la poche, qui rassure et qui tient en garde le monde. J&rsquo;en ai rachet\u00e9 un deuxi\u00e8me exemplaire pour d\u00e9fier le temps. Le livre si vaste est concentr\u00e9 sans aucune note, aucune explication. Un chant tient sur une page en format \u00e0 l&rsquo;italienne. Il y a 4 colonnes, peut-\u00eatre cinq, j&rsquo;oublie d\u00e9j\u00e0. Les caract\u00e8res sont si petits que les hend\u00e9casyllabes deviennent comme des mots, on appr\u00e9hende plusieurs colonnes \u00e0 la fois. Je l&rsquo;ai feuillet\u00e9 seulement pour me rassurer. C&rsquo;est presque le livre d&rsquo;une seule page auquel songeait l&rsquo;autre ma\u00eetre. Il \u00e9tait temps de le laisser aller pour mon livre soit. J&rsquo;aurais pu l&rsquo;offrir \u00e0 un de mes fils mais ils d\u00e9sertent les livres. Je l&rsquo;ai gliss\u00e9 ce matin dans la poche ventrale du sweat \u00e0 capuche. Je suis all\u00e9 au parc le d\u00e9poser entre les branches des arbres avec une pens\u00e9e pour les suicid\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>#21 Aujourd&rsquo;hui d&rsquo;hiver, au parc de la Mort aux loups, j&rsquo;ai rendu les po\u00e8mes des cinq \u00e9l\u00e9ments \u00e9crits \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re de feuilles du journal officiel : celui de la terre enfoui entre les racines, celui de l&rsquo;eau \u00e9miett\u00e9 \u00e0 la fontaine, celui du feu pos\u00e9 sur la pierre \u00e0 la flamme, celui de l&rsquo;air en aile au vent, celui de l&rsquo;\u00e9ther dit au silence.<\/p>\n\n\n\n<p>#20 je regarde les prix sur les morceaux de cadavres en attendant pas tous en ont je marche le long de la fa\u00e7ade inclin\u00e9e de verre propre il y a des foies dans une barquette avec une \u00e9tiquette ce n&rsquo;est pas le prix de vente mais le prix d&rsquo;achat je me suis fait avoir la semaine derni\u00e8re on voit qu&rsquo;ils doublent le prix j&rsquo;ai fini par les jeter les foies le film transparent avait bomb\u00e9 en ouvrant la puanteur je regarde les deux jeunes trainent pour ne rien acheter presque je suis press\u00e9 un fils fi\u00e9vreux \u00e0 la maison ils ne vont pas payer des mafieux non ils s&rsquo;arr\u00eatent devant la caisse je suis les prix sur la balance lors de la pes\u00e9e le ticket coll\u00e9 sur le papier blanc le sac est port\u00e9 \u00e0 la caisse je ne me souviens plus du prix \u00e0 payer la fille vient celle de l&rsquo;apr\u00e8s-midi si je viens le matin avec le plus jeune enfant la patronne le fait passer derri\u00e8re la caisse et taper prix type de marchandise total ouverture du tiroir et compter le reste \u00e0 donner maintenant contr\u00f4ler l&rsquo;autre jour elle s&rsquo;\u00e9tait tromp\u00e9e erreur ou elle profite l&rsquo;autre antipathique carte questionne-t-elle je me souviens que j&rsquo;ai pris un billet seulement je dis non je sors le billet de la poche c&rsquo;est plus je racle les poches je prends tout correspondance exacte sensation d&rsquo;\u00e9quilibre instable sur l\u2019arr\u00eate vertige je dis je n\u2019avais une lire de plus elle s&rsquo;en fout<\/p>\n\n\n\n<p>#19 Elle : Mouvement de t\u00eate vers le haut. Moi : Mouvement de t\u00eate vers le bas. Elle : Suite des mouvements command\u00e9s par des tours de poignets. Moi : d\u00e9placement vers le pr\u00e9sentoir vitr\u00e9, pointe le doigt vers une viennoiserie allong\u00e9e. Elle : pose la soucoupe sur le zinc, la cuill\u00e8re dessus, prend une autre soucoupe, une pince, saisit la tresse, la d\u00e9pose sur la soucoupe. Moi : pose la pi\u00e8ce sur le zinc en la faisant l\u00e9g\u00e8rement sonner. Elle : pose la soucoupe devant moi, puis la tasse. Moi : buvant. Un autre : Entre, Crie : Ha la belle!! Elle : Ha Mario!! Elle : caf\u00e8 ? Lui : Ouais. <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>#17 Que la porte devienne labyrinthe. Que le plafond accueille. Que la malle reste vide \u00e0 boire les souvenirs. Que le temps soit tour \u00e0 tour sur la table, pr\u00e8s des livres, au-dessus des braises. Qu&rsquo;il y ait une niche dans le mur toute \u00e0 l&rsquo;air. Que la pluie soit un alli\u00e9, pr\u00e8s de la main, douceur chaude dans l&rsquo;hiver. Que l&rsquo;ordre soit un chat. Que l&rsquo;image change chaque matin sur le plus grand mur. Que chaque pi\u00e8ce soit \u00e0 une saison.<\/p>\n\n\n\n<p>#11 le premier carnet est fait \u00e0 la main. L&rsquo;\u00e9conomie domestique ne con\u00e7oit pas d&rsquo;achat au but incertain. Il est \u00e0 la taille d&rsquo;une poche. Rien de ce qui n&rsquo;entre pas dans une poche ne pourrait provoquer le bonheur. Il est d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire un Journal. Le roman supposerait que le futur ait une forme, ne soit pas un mur. La po\u00e9sie est d\u00e9test\u00e9e. Les phrases sont \u00e9crites. Elles sont exactes. Elles sont parfaites. Le jour est l\u00e0, sur le papier. Jamais la victoire ne sera aussi \u00e9clatante. Le jour d&rsquo;apr\u00e8s, pour la joie d&rsquo;extraire un tr\u00e9sor, d&rsquo;entrer dans le carnet en tournant les pages, les mots sont relus. Les phrases sont justes et le jour n&rsquo;est plus l\u00e0. Il a disparu.<\/p>\n\n\n\n<p>#hors Les films des Straub, le G\u00e9n\u00e9ral en parlait souvent, Trop t\u00f4t, trop Tard avec le long plan de la voiture tournant autour de la place de la Bastille, et le Mo\u00efse et Aaron, peut-\u00eatre surtout pour Schoenberg. Il y a eu seulement quelques ann\u00e9es o\u00f9 je suis entr\u00e9 dans les cin\u00e9mas. Je n&rsquo;en ai vu que deux, un soir, l&rsquo;un \u00e0 la suite de l&rsquo;autre, dans le Temple. J&rsquo;\u00e9tais all\u00e9 sur la colline avec celle qui avait un pr\u00e9nom de trois lettres et son compagnon. Elle portait un tr\u00e8s long pull \u00e9pais, peu seyant. C&rsquo;\u00e9tait le froid humide de l&rsquo;hiver, pourtant la nuit \u00e9tait claire en traversant le fleuve. La salle \u00e9tait \u00e0 moiti\u00e9 vide. Les si\u00e8ges \u00e9taient raides, inconfortables, mais \u00e9taient l\u2019\u0153uvre du d\u00e9corateur qui \u00e9tait le Gardien du Temple alors. Il pr\u00e9sentait les films, une \u00e9charpe pas nou\u00e9e autour du cou. Je dois \u00e0 mon p\u00e8re cet mot : il est puant. A la fin du premier film, il voulait rester, elle a dit : je rentre. Je suis rest\u00e9 apr\u00e8s l&rsquo;h\u00e9sitation. Je luttais contre le sommeil en regardant l&rsquo;image progressant le long d&rsquo;un chemin. C&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre une invitation. Je viens d&rsquo;aller chercher : les dates et les noms des films sont bien \u00e9crits quelque part sur Internet. Et c&rsquo;est comme si cette inscription s&rsquo;opposait \u00e0 ma m\u00e9moire. Et j&rsquo;\u00e9coute la version de Love Sick, prise 2, que Bob Dylan vient de rendre publique.<\/p>\n\n\n\n<p>#12 il y a la chanson il y a de la chanson d&rsquo;abord ritournelle dirait l&rsquo;autre comme quatre notes jou\u00e9es une \u00e0 une sur le clavier r\u00e9p\u00e9t\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 l\u2019\u00e9c\u0153urement et puis la cinqui\u00e8me tombe sans avoir \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e ni voulue elle tourne la m\u00e9lodie et les paroles vides seulement rythme ou forme vues \u00e9crites espaces noir espace vide et les mots des chansons b\u00eates refrains niais rythmes na\u00effs gonfl\u00e9s comme baudruche c&rsquo;est tout le vide qui t&rsquo;\u00e9crase en entendant le mot amour bav\u00e9 et d&rsquo;autres viennent mortier flasque ils sont donn\u00e9s pas possible de les refuser ou les mots sans histoire de l&rsquo;autre langue d&rsquo;une beaut\u00e9 simple \u00e9vidente waterline the suitcase in my hand tellement d&rsquo;espace et la voix qui n&rsquo;est que voix ou alors l&rsquo;autre langue encore celle des jours si proche priv\u00e9e de tout reflet toute au r\u00e9el et les phrases ramen\u00e9es presque sans traductions deviennent \u00e9tranges pendant les heures chaudes les chairs sont mises au froid<\/p>\n\n\n\n<p>#hors Ils parlent souverainement pr\u00e8s des trois poubelles du tri s\u00e9lectif.<\/p>\n\n\n\n<p>#09 ne pas s&rsquo;attarder sur comment et quand seule dans le mouroir ou avec une main sur sa main son front une pens\u00e9e d&rsquo;adieu ou d&rsquo;envoi un souffle pour le passage ou rien seulement la h\u00e2te lasse de ceux que l&rsquo;on paye \u00e0 peine plus que pour ramasser l&rsquo;ordure ne pas s&rsquo;attarder sur le corps pauvre repli\u00e9 le silence un de plus<\/p>\n\n\n\n<p>#07 la couleur la terre de Sienne en ovale les dents trop blanches et la cravate desserr\u00e9e et elle demande plus de travail au chef qui passe et elle sourit quand m\u00eame et dans le froid l&rsquo;homme des tournages a tout vu traits sans tristesse et sans sourire il est debout sur l&rsquo;esplanade vid\u00e9e pour le film et lui carr\u00e9 et arrondi habitu\u00e9 \u00e0 ne rien faire et ob\u00e9ir sans impatience sa peau lisse pourrait attendre toute la vie sans joie<\/p>\n\n\n\n<p>#06 Devant le palier, deux fois ce matin, le regard tombe sur ce carr\u00e9 blanc de la taille d&rsquo;un ongle d&rsquo;enfant, juste contre la paroi, un symbole imprim\u00e9, il faudrait, il aurait fallu se baisser mais le pied est retomb\u00e9, le pas a \u00e9t\u00e9 accompli. J&rsquo;ai seulement su qu&rsquo;il y avait une forme. Il a fallu fabriquer le papier, choisir la forme, l&rsquo;imprimer, le d\u00e9couper, le coller, l&rsquo;ins\u00e9rer dans un conteneur, le transporter, le jeter, le faire voler jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il s&rsquo;immobilise et fr\u00f4le l&rsquo;invisibilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>#05Ce n&rsquo;est pas le ciel, c&rsquo;est le gris, abolissant hauteur, profondeur. Tu es sur terre pourtant, \u00e9cras\u00e9, debout.<\/p>\n\n\n\n<p>#05Le plafond est bas : c&rsquo;\u00e9taient les mots du p\u00e8re, et avec l&rsquo;\u00e2ge ils viennent en toi. Un nuage allong\u00e9 et blanc ceint le flanc de la Montagne tandis que le sommet est en dessous des nuages sombres couvrant le ciel.<\/p>\n\n\n\n<p>#05 Quelques coups de pinceaux, trois, quatre, gris rose sur l&rsquo;azur p\u00e2le tendant au soir et toujours fuyant la beaut\u00e9 en se demandant si il y a une forme, un sens.<\/p>\n\n\n\n<p>#05 La lumi\u00e8re est loin au-dessus des corolles des pins parasols, lumi\u00e8re disparaissant en disant l&rsquo;horizon.<\/p>\n\n\n\n<p>#01 A lire l&rsquo;avis de d\u00e9c\u00e8s affich\u00e9 pr\u00e8s de l&rsquo;arche, j&rsquo;ai pens\u00e9 : Renata \u00e8 morta, et seul \u00e0 seul je ricanais avant de me souvenir qu&rsquo;elle avait presque le m\u00eame nom, celle que j&rsquo;aimais dans ma jeunesse, et combien de temps que je n&rsquo;avais pas song\u00e9 \u00e0 elle, et \u00e0 tout ce temps, et toutes nos morts qui ne sont pas affich\u00e9s sur les murs.<\/p>\n\n\n\n<p>#hors Le froid, la fi\u00e8vre, le bruit d&rsquo;un avion bas, le tuyau qui d\u00e9verse dans le caniveau l&rsquo;eau nuit et jour, deux silhouettes d&rsquo;un coup, au fond au bas de la rue, petites comme les personnages minuscules dans un tableau vide. Elle a les bras crois\u00e9s serr\u00e9s sur sa poitrine, il a les bras dans le dos, mains nou\u00e9es. Ils montent.<\/p>\n\n\n\n<p>#hors Le c\u00e9libataire, le lotus, les grenouilles. Mots si loin de ton corps las, lent, raidi.<\/p>\n\n\n\n<p>#04 Je n&rsquo;ai pas de visage<\/p>\n\n\n\n<p>#03 Il y avait des rires sur la place dans la nuit. Je devinais les visages dans la p\u00e9nombre. Oui, j&rsquo;aurais pu saluer, ralentir, me d\u00e9tourner. Rompre le silence<\/p>\n\n\n\n<p>02 Les petits livres, peu \u00e9pais, presque carr\u00e9s. Ils sont empil\u00e9s verticalement dans la biblioth\u00e8que. Tu n&rsquo;as pas soulev\u00e9 la pile depuis des ann\u00e9es. Ce que tu \u00e9tais en les ouvrant, ce qu&rsquo;il y avait entre toi et les mots qui sont seuls sont rest\u00e9s les m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>#01 Des mots dans la pi\u00e8ce de devant. Et l&rsquo;enfant devant moi, son sourire plus grand que moi, entr\u00e9 de la rue par la porte rest\u00e9e ouverte.<\/p>\n\n\n\n<p>#hors Refaire l&rsquo;image, reprendre l&rsquo;image. Est-ce la m\u00eame? Est-ce qu&rsquo;elle existe sans \u00eatre vue? Pourquoi la r\u00e9p\u00e9tition du geste?<\/p>\n\n\n\n<p>#04 Ne variez pas les temps de vos temps.<\/p>\n\n\n\n<p>#01 Non pas de trouver un chat en face de moi, ils sont souvent dans ces rues \u00e9troites, mais de voir les deux disques lumineux, m\u00e9talliques fix\u00e9s sur moi : miroirs vides.<\/p>\n\n\n\n<p>#02 L&rsquo;\u00e9t\u00e9, les heures paresseuses \u00e0 \u00eatre ensemble peu \u00e0 peu, les r\u00e9cits, les gestes, la chambre, les gestes, tout est l\u00e0 ou plut\u00f4t ce qui reste se tient, comme un r\u00e9cit qui n&rsquo;aurait pas besoin du temps. Il me manque son go\u00fbt.<br><br>#01 La t\u00eate d&rsquo;un coup se d\u00e9tourne, des phrases sur la page lumineuse, et angle droit, une lumi\u00e8re, un point blanc, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la vall\u00e9e, au centre de la fen\u00eatre ouverte, au fond de l&rsquo;appartement. La nuit l\u00e0 et je ne suis pas sorti aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n\n\n\n<p>#03 Face \u00e0 l&rsquo;escalier, en bas dans la voiture. J&rsquo;attends. Le bois des portes vitr\u00e9es d&rsquo;un marron tr\u00e8s sombre celle du brou de noix, une zone tr\u00e8s nettement plus claire, ponc\u00e9e peut-\u00eatre. La s\u00e9paration est rectiligne. La main veut se poser, appuyer, \u00e9valuer la diff\u00e9rence de couleurs au seul toucher. Pour cela se d\u00e9plier, sortir, claquer la porte, monter les marches de marbre, et l&rsquo;enfant seul endormi sur le si\u00e8ge. Dans la nuit revient ceci : la main pos\u00e9e sur le front chaud encore, quelques jours plus tard la main sur le front froid dans la pi\u00e8ce froide. Dans la nuit plus encore, ceci la porte et tout ce qu&rsquo;il y avait autour, les statues, les piscines, le stade, avaient \u00e9t\u00e9 construits quand elle naissait aux grandes heures du fascisme.<\/p>\n\n\n\n<p>#02Je voudrais voir l&rsquo;image de sa main, ce soir. Je la verrais presque, lev\u00e9e lente dans la lumi\u00e8re, les doigts peine \u00e9cart\u00e9s, l\u00e9g\u00e8rement arrondis, son manque de beaut\u00e9. Il n&rsquo;y a presque rien qui manque. Tout manque. J&rsquo;ai v\u00e9cu des jours pr\u00e8s d&rsquo;elle, j&rsquo;ai mang\u00e9 ce qu&rsquo;elle avait p\u00e9tri, jamais fr\u00f4l\u00e9e, jamais \u00e9treinte. Je ne l&rsquo;ai jamais vue dessiner.<\/p>\n\n\n\n<p>#01 L&rsquo;impr\u00e9vu du calme fondant en toi : quelque chose finit, ouvrant un espace vide et apais\u00e9, quelque chose a \u00e9t\u00e9 fini, inutile et rien ne brule par elle, mais il y du oui, un long oui, vaste comme un lac, tu pourras vivre sur ton erre quelques heures. Avant (tu dis toujours avant, disait Ath\u00e9na), cela creusait le vide. L&rsquo;ach\u00e8vement \u00e9tait une petite mort redout\u00e9e. Le succ\u00e8s &#8211; rare &#8211; me poussait dans le pr\u00e9cipice. Age : donner place aussi aux \u00e9motions convenues, ici l&rsquo;apaisement &#8211; pause sans h\u00e2te apr\u00e8s l&rsquo;expire &#8211; et bonheur sans objet.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#40 Le carnet est une forme appos\u00e9e au monde. Une surface, une \u00e9paisseur. Et les angles. La carnet doit devenir forme, il doit inventer sa forme. Dispositif. Tu l&rsquo;installes o\u00f9 tu choisis le mot monde. La reliure n&rsquo;est pas dans les mots. Consid\u00e8re le d\u00e9placement : carnet sur une feuille unique, grav\u00e9 dans la pierre, sur des feuilles volantes. Pas <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-individuels-tristan-mat\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Carnets Individuels | Tristan Mat<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":61,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3942,3897],"tags":[],"class_list":["post-98147","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-carnets_individuels","category-le_grand_carnet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98147","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/61"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=98147"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98147\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=98147"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=98147"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=98147"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}