{"id":98164,"date":"2023-01-19T22:36:42","date_gmt":"2023-01-19T21:36:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=98164"},"modified":"2023-01-19T22:37:19","modified_gmt":"2023-01-19T21:37:19","slug":"lily-pad-liliane-laurent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/lily-pad-liliane-laurent\/","title":{"rendered":"lily-pad | liliane laurent"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Fragments: \u00ab\u00a0ces calmes blocs ici-bas chus\u00a0\u00bb Barbara Cassin <\/h2>\n\n\n\n<p>#19\/01<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e9chues dans un futur ant\u00e9rieur:<\/p>\n\n\n\n<p>il aura fallu tout ce temps<\/p>\n\n\n\n<p>mais n\u2019est-ce pas l\u2019oeuvre<\/p>\n\n\n\n<p>de l\u2019oubli<\/p>\n\n\n\n<p>pour ramener<\/p>\n\n\n\n<p>ici<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e7a qui aura \u00e9t\u00e9 <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>#28\/12<\/p>\n\n\n\n<p>r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de mes carnets<\/p>\n\n\n\n<p>Souvenirs d\u2019avenir: les avant qui n\u2019ont pas eu lieu. Ce qui s\u2019est pass\u00e9 \/ ce qui est pass\u00e9 \/ d\u00e9pass\u00e9 \/ ce qui ne s\u2019est pas pass\u00e9 et donc est rest\u00e9 l\u00e0 en rade, dans quel port oubli\u00e9 \/ pas d\u00e9pass\u00e9 \/ pas pass\u00e9 \/ ce qui s\u2019est d\u00e9port\u00e9 vers un ailleurs qui est ici\/ maintenant\/ ce qui porte \u00e0 cons\u00e9quence \/ ce qui importait\/ ce qui s\u2019exporte\/s\u2019insupporte\/ ce qui suppose\/ s\u2019impose\/ se d\u00e9pose \/ repose\/ ce qui s\u2019est d\u00e9tach\u00e9 \/ ce qui s\u2019est entach\u00e9\/ attach\u00e9 \/ ancr\u00e9 \/ incr\u00e9dule<\/p>\n\n\n\n<p>#27\/12<\/p>\n\n\n\n<p>( \u00e0 partir de la premi\u00e8re page de Le silence des dieux, de Yahia Belaskri)<\/p>\n\n\n\n<p>Je sais. Sur les traces de mes anc\u00eatres, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on c\u00e9l\u00e8bre les noces de la brume et de l\u2019argile, \u00e0 l\u2019ombre des peupliers na\u00eet la morosit\u00e9. Trouble des pas glissant dans la boue des chemins, r\u00eaverie moyen\u00e2geuse, les voies pav\u00e9es longent des haies et offrent un monde secret o\u00f9 r\u00e8gne l\u2019\u00e2pret\u00e9 des temps anciens. Au milieu des bosquets, des granges et des \u00e9glises fortifi\u00e9es seul le murmure d\u2019un ru glissant \u00e0 travers les p\u00e2tures rompt le silence. Les saules t\u00eatards se dressent hirsutes dans le brouillard. Je sais. Au milieu du bocage de ce pays, les hommes s\u2019effacent pour faire place \u00e0 la litanie des briques verniss\u00e9es et de l\u2019ardoise. Une litanie qui se joue des idoles modernes\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p>#40 instructions <\/p>\n\n\n\n<p>Je parie que tu n\u2019aimes pas le mot carnet. Je t\u2019en propose d\u2019autres: bulletin (la m\u00e9t\u00e9o de ton inspiration), calepin (pour ta poche) almanach (vers les mots) m\u00e9mento (pour survivre) r\u00e9pertoire (tes petits cailloux alphab\u00e9tiques) carnet de voyage (illustr\u00e9) bloc-notes (pour ne rien laisser \u00e9chapper) journal (de bord) log book(pour ta gouverne) diary, pad (pour tes pattes de mouche) Bien s\u00fbr tu notes tout sur ton t\u00e9l\u00e9phone mais aime les ratures, les doodles dans la marge (c\u2019est ton esprit qui gambade) l\u2019encre qui p\u00e2lit en fin de cartouche et ta calligraphie unique.<\/p>\n\n\n\n<p>Une nouvelle page chaque jour, m\u00eame pour juste une ligne. Et colle des paperoles, \u00e7a donnera du relief, le fugace saisi dans tes filets, papillon pr\u00eat \u00e0 s\u2019envoler.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu peux tenter d\u2019\u00e9crire \u00e0 la mani\u00e8re de\u2026 c\u2019est assez savoureux. De toute fa\u00e7on dis-toi que ce n\u2019est pas toi qui \u00e9cris. Tu le vois bien d\u00e8s que tu te relis.<\/p>\n\n\n\n<p>Continue de penser que toutes ces entr\u00e9es quotidiennes ( c\u2019est joli ce mot entr\u00e9es) font partie de ce grand espace collectif qui vient de s\u2019inventer. LL &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#39 ce dont on ne peut parler<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous \u00e9cris cette lettre sans espoir de r\u00e9ponse. Je vous \u00e9cris du lieu de l\u2019absence. Au fil du temps les zones d\u2019ombre se sont \u00e9paissies, mes souvenirs se trouent ou se trompent. Au point de douter de ce que j\u2019ai cru vivre aupr\u00e8s de vous. Cela me laisse am\u00e8re. Est-ce vous qui vous cachiez, est-ce moi qui \u00e9tais trop candide, ou bien la vie est-elle ainsi faite de ce qu\u2019elle occulte. Parfois je me sens trahie, parfois le myst\u00e8re me fascine. C\u2019est sans fin. B\u00e9ance entre les actes qui naissent des paradoxes que je ch\u00e9ris aussi. On recouvre de mots le lieu inaccessible mais les corps tracent leur propre r\u00e9cit. Ils ont le dernier mot.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#38 strat\u00e9gies du r\u00eave <\/p>\n\n\n\n<p>Enfant, j\u2019\u00e9tais triste d\u2019entendre que certains ne r\u00eavaient pas, disaient-ils, ou bien seulement en noir et blanc. J\u2019aime plonger dans ces espaces int\u00e9rieurs, parfois baign\u00e9s d\u2019une lumi\u00e8re dor\u00e9e. Je parcours des ruelles en pente dans des villages perch\u00e9s, \u00e0 flanc de colline, \u00e9gar\u00e9e, sans crainte \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du labyrinthe o\u00f9 apparaissent divers personnages. Un matin Eva Jospin disait \u00e0 la radio qu\u2019elle r\u00eavait souvent d\u2019une maison au fond de laquelle elle d\u00e9couvrait des pi\u00e8ces abandonn\u00e9es. Quelqu\u2019un partageait donc mon r\u00eave r\u00e9current aux multiples variations, que j\u2019aime noter tellement le d\u00e9cor en est pr\u00e9cis et riche de d\u00e9tails. Elle m\u2019a attendrie, rendue aussi perplexe. Nous avions cet onirisme en partage. J\u2019aimais d\u00e9j\u00e0 ses for\u00eats de carton ondul\u00e9. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois qu\u2019une inconnue r\u00eavait mon r\u00eave. Tiens, \u00e7a ferait une nouvelle pour Borges. <\/p>\n\n\n\n<p>#37 d\u00fb par c\u0153ur <\/p>\n\n\n\n<p>Rondel. Puis ca puis la \/ et sus et jus \/ de plus en plus \/ tout vient et va \/ tous on verra \/ grans et menus \/ puis ca puis la \/ et sus et jus \/ vieulx temps desja \/ s\u2019en sont courus \/ et neufs venus \/ que dea, que dea \/ puis ca puis la. Charles d\u2019Orleans. Berceuse vaillante de la merencolie. Dans ce beau volume de 1926, dont j\u2019avais d\u00fb couper les pages pour avoir acc\u00e8s au tr\u00e9sor. J\u2019ai d\u00fb \u00e9carter Xanadu, la licorne de Rilke, Gastibella, Blake, Supervielle, etc. Chacun son moment, chacun son d\u00e9lice gourmand. Mais en sus le plaisir du vieux fran\u00e7ais, d\u00e9cal\u00e9, de m\u00eame Villon. Et Shelley, et Keats et Yeats, et Bonnefoy et Dickinson, et lui et elle, et Wilde aussi et j\u2019en oublie. <\/p>\n\n\n\n<p>#36 routine du lire \u00e9crire, et quoi faire de mieux<\/p>\n\n\n\n<p>Un matin d\u2019hiver parmi d\u2019autres. Dans la lumi\u00e8re blafarde, on tourne la t\u00eate pour lire l\u2019heure. Trop t\u00f4t. On se reblottit sous la couette. Deux heures plus tard devant un mug de caf\u00e9 l\u2019index ouvre le fil en continu de l\u2019appli du Monde. L\u2019oeil glisse sur les titres. Puis le Guardian, onglet culture, books. Ai lu 65 livres sur 100 des best novels of all time ( de langue anglaise) mais seulement 8 des 100 meilleurs du 21\u00e8me si\u00e8cle. Soup\u00e7on de ridicule. Ne pas regarder les 100 meilleurs non fiction books of all time. Pourtant c\u2019est tentant. Le doigt ouvre Mediapart, scroll rapide. Le caf\u00e9 a refroidi. Il est temps d\u2019en faire un deuxi\u00e8me, Shanghai Lungo. Cette fois nettoyage des mails, ouverture de l\u2019agenda. To-do list \u00e0 moduler selon l\u2019humeur. S\u2019installer confortablement pour ouvrir le pdf des derni\u00e8res contributions, rat\u00e9, ce sera pour plus tard. Fin de matin\u00e9e, courrier. Le minist\u00e8re de la transition \u00e9nerg\u00e9tique me demande si je suis contente de ma nouvelle chaudi\u00e8re et de leur prime. 12 cases \u00e0 cocher, \u00e7a peut attendre. Enfin l\u2019apr\u00e8s-midi rentr\u00e9e tremp\u00e9e sous la pluie battante, pr\u00eate \u00e0 replonger dans Extinction. Marque page gliss\u00e9 page 124. Retrouver la ligne o\u00f9 l\u2019on s\u2019est arr\u00eat\u00e9 mais plus simplement reprendre au haut de la page. \u00ab Je crois les avoir compris, avais-je dit \u00e0 Gambetti, et en m\u00eame temps je n\u2019ai rien compris, il en est sans doute ainsi de tout ce \u00e0 quoi je me suis int\u00e9ress\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. \u00bb Pause. Pas faux. Le temps s\u2019arr\u00eate ou plut\u00f4t se module sur le souffle du texte car il faut respirer au m\u00eame rythme que Thomas Bernhard. Presque une asc\u00e8se. Plus tard&nbsp;vers 16h&nbsp;on sortira le grand cahier de la pile entass\u00e9e sur la petite table, entre le T\u00e9l\u00e9rama de la semaine et le gros livre de Barbara Cassin sur les sophistes. Lu \u00e0 petite dose, car je crois que je ne comprends pas ou alors des bribes mais je suis tenace. Puis recopier tout ceci en r\u00e9ponse au mail de Fran\u00e7ois Bon, faire un copi\u00e9-coll\u00e9 pour le carnet personnel et en profiter pour lire les derni\u00e8res contributions. Beaucoup plus tard, dans la nuit, on sortira le roman gliss\u00e9 sous l\u2019oreiller. <\/p>\n\n\n\n<p>#35 la panne, l\u2019embrouille <\/p>\n\n\n\n<p>Mais comment as-tu pu vivre tant d\u2019ann\u00e9es avec un hyper mn\u00e9sique ! Un hyper mn\u00e9sique peut r\u00e9p\u00e9ter mot \u00e0 mot une r\u00e9flexion que tu as faite sept ans avant (ou plus) il peut \u00e9pater la galerie en citant de m\u00e9moire une page qu\u2019il a lue on ne sait plus quand, qui vous dit \u00ab &nbsp;ma m\u00e9moire m\u2019encombre \u00bb . Qu\u2019est-ce que \u00e7a comprend, un hyper mn\u00e9sique, quand tu bafouilles, tu commences une explication et \u00e7a fait pschitt. L\u2019humiliation \u00e0 Cadix devant le tableau de Zurbaran que tu reconnais et tu ne sais plus rien en dire. Il avait raison, il vaut mieux se taire! <br><\/p>\n\n\n\n<p>#34 bis <\/p>\n\n\n\n<p>je savais que je ne devais pas aller \u00e0 ce repas, je m\u2019y suis toujours ennuy\u00e9e, ce rituel des voisins deux fois par ans, c\u2019est deux fois de trop. On n\u2019y partage que des ragots, des d\u00e9tails sur la vie de gens que je ne connais pas et que je ne souhaite pas conna\u00eetre. Surtout il y a cette femme b\u00eate et vulgaire, au rire gras, dont je me m\u00e9fie comme de la peste. Je pourrais refuser, ai-je dit, mais non, et je reste assise, muette, un poids lourd, affichant mon ennui. Thomas Bernhard saurait mieux que moi \u00e9pingler ces personnages de plus en plus grotesques et condescendants. <\/p>\n\n\n\n<p>#34 ah \u00e7a serait une histoire pour\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La neige commence \u00e0 fondre. Dans la rue \u00e9troite les marques de pas vont toutes dans la m\u00eame direction, toutes sauf une, des pas d\u2019enfant. A la radio on parle de la girafe de Laurent de M\u00e9dicis qui n\u2019a v\u00e9cu que deux ans. Tout le monde ne peut pas offrir une girafe, dit-elle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#33 faire le vide <\/p>\n\n\n\n<p>Fermer les yeux dans le flux de musique de Philip Glass, Liquid Days. Flotter. Choisir Alechinsky et creuser profond dans les couches de couleur, au plus loin, au-del\u00e0 de la toile. Fermer les yeux et se revoir dans la petite boule transparente au-dessus de Grand Canyon, petite mol\u00e9cule dans l\u2019espace d\u00e9sert \u00e9rod\u00e9 jusqu\u2019au strates mill\u00e9naires. \u00c9chapp\u00e9es furtives, fr\u00e9quentes, un peu folles, d\u2019o\u00f9 l\u2019on risque de ne plus avoir envie de revenir. Aimer pouvoir le faire en d\u00e9pit de tout. D\u00e9fi secret. LL<\/p>\n\n\n\n<p>#32 les morts sont parmi nous<\/p>\n\n\n\n<p>Un vieux rabot, une mandoline, une paire de jumelles, un tigre assis, un boa en plumes, des c\u0153urs-de- Marie, un hippo d\u2019\u00e9b\u00e8ne, une m\u00e9daille d\u2019Isis, un pendentif perdu, un cam\u00e9e \u00e9gar\u00e9, un \u00c9ros aux ailes repli\u00e9es, un mot de l\u00e0-bas sur mes l\u00e8vres, une recette de madeleines, un blason invent\u00e9, un plat \u00e9br\u00e9ch\u00e9, un \u00c9ros aux ailes repli\u00e9es, un \u00c9ros, des ailes, un \u0153uf en bois, un \u00c9ros pos\u00e9 l\u00e0, remember me, remember me, no trouble, remember me, no trouble, Leha\u00efm, \u00e0 la vie. <\/p>\n\n\n\n<p>#31 de l\u2019\u00e9tat du monde <\/p>\n\n\n\n<p>Le cri muet qui suffoque dans la nuit noire, Moloch m\u00e9canique, \u00ab Moloch dont l\u2019amour est p\u00e9trole \u00bb, Moloch num\u00e9rique, un z\u00e9ro un z\u00e9ro un z\u00e9ro, &nbsp;Moloch qui avale les foules d\u00e9plac\u00e9es, noy\u00e9es parmi les poissons de plastique, Moloch sur la terre \u00e9ventr\u00e9e qui suffoque. Le cri muet des r\u00e9sistances molles contre le b\u00e9ton arm\u00e9, les diktats des dictateurs de tout bord, les fake News fabriqu\u00e9es . Assez, assez. Gardez nous un carr\u00e9 d\u2019herbe tendre, que l\u2019on puisse s\u2019\u00e9tendre en paix. RIP. <\/p>\n\n\n\n<p>#30 fait divers, tout petit fait divers<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019arriv\u00e9e des policiers, dans la nuit&nbsp;de mercredi \u00e0 jeudi, une femme qui avait poignard\u00e9 son voisin, tente de se suicider en avalant ses chaussettes. N\u2019\u00e9tant pas abonn\u00e9e au Dauphin\u00e9 Lib\u00e9r\u00e9, je ne peux vous en dire plus sur cette m\u00e9thode ni sur les caract\u00e9ristiques de ces chaussettes. C\u2019est le voisinage qui avait pr\u00e9venu les forces de l\u2019ordre en entendant du grabuge dans l\u2019appartement de la d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. La victime l\u2019avait il agress\u00e9e, est-il bless\u00e9 ou est-il mort, je ne sais. Juste qu\u2019on est dans le Vaucluse. Et que le journaliste a fait son titre avec les chaussettes. Forc\u00e9ment, \u00e7a intrigue. <\/p>\n\n\n\n<p>#29 on n\u2019aurait pas d\u00fb, voil\u00e0 <\/p>\n\n\n\n<p>Et si les choses s\u2019\u00e9taient encha\u00een\u00e9es autrement? On dit les choses mais il n\u2019y a pas vraiment de mots pour dire qu\u2019on a \u00e9t\u00e9 entra\u00een\u00e9, pas m\u00eame entra\u00een\u00e9, un d\u00e9roul\u00e9; on a gliss\u00e9 sur le tapis du temps, ou bien une id\u00e9e de boules de billard qui s\u2019entrechoquent et \u00e7a rebondit l\u00e0 o\u00f9 on ne voulait pas, fin de partie. Et aujourd\u2019hui on fait quoi? LL&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#28 rumin\u00e9, rab\u00e2ch\u00e9, ressass\u00e9 <\/p>\n\n\n\n<p>Ce noeud ce noeud coulant qui noue les cordes d\u00e9chanter d\u00e9chu chu chut pas m\u00eame pas m\u00e8che ent\u00eat\u00e9 cheveu sur la langue precious little impr\u00e9cis qui sussure incertain importun qui empire soupir parlote incongrue non traduite qui parfois vitup\u00e8re insens\u00e9e sans t\u00e9moin moins que rien pourtant n\u00e9anmoins \u00e9cho r\u00e9verb\u00e8re r\u00eave barbare glas r\u00e9frig\u00e9rant \u00e7a d\u00e9teint sur ton masque fig\u00e9 faux semblant hant\u00e9 ent\u00e9 sur le noeud ligneux le noeud coulant d\u00e9senchant\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>#27 pas moi, mais mon double<\/p>\n\n\n\n<p>Je te suis ce matin. Du verbe suivre. Tu as regard\u00e9 l\u2019heure plusieurs fois avant de te diriger vers ton rendez-vous. Tu as le temps, \u00e7a se voit, emmitoufl\u00e9e dans ton col, tes bottines fourr\u00e9es grises au pied. Tu vas d\u2019un pas tranquille au milieu de la rue pi\u00e9tonne, tu regardes d\u2019un \u0153il amus\u00e9 les autres passants qui ont froid, dans leur grande \u00e9charpe ou pas assez v\u00eatus, le nez rouge. Tu traverses le passage pi\u00e9tons malgr\u00e9 le feu qui n\u2019est pas encore repass\u00e9 au vert, rien ne brise le rythme de ton pas: un rendez-vous de routine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#26 choses nettes, choses floues<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019apr\u00e8s-midi comme un long ruban qui boucle et revient, pass\u00e9e l\u2019urgence de poster quelques lettres et paquets, la lumi\u00e8re ouvrait l\u2019horizon sur des voiles de brume \u00e0 mi-pente du Vercors d\u2019o\u00f9 scintillaient quelques cr\u00eates enneig\u00e9es, la voiture a laiss\u00e9 la ville derri\u00e8re elle et a suivi les chemins de campagne \u00e0 travers les champs parsem\u00e9s parfois de tournesols tardifs, un rapace a crois\u00e9 ma route, la brume s\u2019\u00e9paississait et un vague cercle opalin tentait de la percer, les phares se sont allum\u00e9s, le trafic se densifiait jusque dans les rues \u00e9troites du centre, une femme baillait sur le trottoir, je me suis gar\u00e9e. LL&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#25 fragment du corps<\/p>\n\n\n\n<p>La chevelure qui cascade en rideau argent\u00e9 ou cuivr\u00e9, qui ondule,s\u2019\u00e9ventaille, plonge. Cheveux lisses qui glissent, qui croissent, qui bruissent en silence. M\u00e8ches qui \u00e9lectrisent, vagabondent, sinuent, capricieuses et fantasques sous les ris\u00e9es du vent. On veut te discipliner sous le turban ou le voile, te nouer, te tresser, te raser. Mais tu te lib\u00e8res, \u00e9parse, effervescente, \u00e9chevel\u00e9e. D\u00e9sirable. LL&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#24 salle d\u2019attente <\/p>\n\n\n\n<p>Cal\u00e9e sur le fauteuil de velours noir, comme en tas, genoux sous le manteau, la feuille repli\u00e9e, pos\u00e9e, instable, dessus, le sac entre les jambes, la vue d\u00e9gag\u00e9e vers la sc\u00e8ne, juste le dossier rouge dans l\u2019intervalle, dossier sans buste ni t\u00eate qui d\u00e9passe. Aveugl\u00e9e par un projecteur, envelopp\u00e9e par le bruissement sonore des d\u00e9placements, des arriv\u00e9es, des \u00e9clats de voix, des impatiences. Attente du noir d\u2019o\u00f9 surgira le silence et l\u2019apparition sur le plateau qui s\u2019\u00e9tend devant, ouvert sur les coulisses o\u00f9 passent des ombres. Pr\u00eate pour l\u2019effacement, les oreilles d\u00e9j\u00e0 avides des phrases d\u00e9j\u00e0 lues, il y a longtemps, avides du souffle de la prof\u00e9ration, ardente dans l\u2019attente du transport hors de soi. C\u2019\u00e9tait&nbsp;jeudi soir, Othello, Sivadier, Bauchaud.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#23 d\u00e9nombrer <\/p>\n\n\n\n<p>2\/12 8:57 5\u00b0 ressenti 2\u00b0. 3 duvets de pigeon sur les jardini\u00e8res, z\u00e9ro pigeons sur le toit du voisin. 2\u00e8me cigarette. 2 d\u00e9j\u00e0 !? 2 ou 3? Mettre 10 cigarettes dans la bo\u00eete, ne pas aller au-del\u00e0. Au bout du compte. Au bout du bout, il y a quoi?&nbsp;14 mars, Pi Day, au bout du bout des d\u00e9cimales. Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a derri\u00e8re la virgule? 1.&nbsp;415926535897932\u2026. \u00c7a court sur le plafond. On conna\u00eet 62 800 milliards de d\u00e9cimales de Pi. S\u2019asseoir et imaginer 62 800 milliards puis imaginer l\u2019infini.&nbsp;9:29. 32 minutes. Retour sur terre. &nbsp;Combien de ronrons en 32 minutes? Combien de bouts de pens\u00e9e entre les mots \u00e9crits ? Et surtout, surtout pourquoi? <\/p>\n\n\n\n<p>#22 on remet \u00e7a, mais avec un livre<\/p>\n\n\n\n<p>Puisque dire c\u2019est faire, la proposition ci-apr\u00e8s est formul\u00e9e ainsi et sera r\u00e9alis\u00e9e in situ d\u00e8s que possible. D\u00e9poser anonymement dans les bo\u00eetes \u00e0 lettres qui en permettent le passage, condition qui d\u00e9cuple l\u2019al\u00e9atoire de l\u2019exp\u00e9rience, les livres suivants: rue du Renard, Sauvagines de Gabrielle Filteau; pr\u00e8s du parc de l\u2019Epervi\u00e8re, Ana o\u00f9 la fille du h\u00e9ron; rue du ha-ha, Rem\u00e8des \u00e0 la m\u00e9lancolie ; au Champ de Mars, Parle-leur de batailles, de rois et d\u2019\u00e9l\u00e9phants (doublon); avenue de la gare, l\u2019anomalie du train 006; rue des balais\u2019 les Pantoufles; rue du Refuge, le monde sensible de Nathalie Gendrot. Il est pr\u00e9cis\u00e9 que ces livres proviennent d\u2019un d\u00e9sherbage effectu\u00e9 cet \u00e9t\u00e9 et attendaient dans des sacs une nouvelle destination. Il reste \u00e0 trouver les titres ad\u00e9quats pour la rue Montplaisir, la rue Belle Image, etc. On conviendra qu\u2019\u00e9tant donn\u00e9es les conditions de l\u2019exp\u00e9rience, on ne saurait en tirer aucun r\u00e9sultat. <\/p>\n\n\n\n<p>#21 faire bouger les choses <\/p>\n\n\n\n<p>Y croire, ne plus y croire, y croire un peu. \u00c7a n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9vu comme \u00e7a. Se dire avant,&nbsp; les faire \u00e9crire sur:&nbsp; changer quoi \u2014 et apr\u00e8s, soi-m\u00eame,&nbsp; \u00e9crire sur ce que \u00e7a change tout \u00e7a . Un coup d\u2019\u0153il critique, en passant. Ahmed, Ibrahim, Moussa, quitter tout, venir ici. Et nous savoir l\u00e0 le mercredi, pour eux, au cas o\u00f9, pour lire, pour \u00e9crire. Une proposition. Et l\u00e0, au contraire, enfonc\u00e9e dans le fauteuil de la m\u00e9diath\u00e8que, d\u00e9s\u0153uvr\u00e9e. Pas indispensable aujourd\u2019hui. Pas venus. Une tentative mais \u00e7a ne marche pas \u00e0 tous les coups. Juste une petite irritation, une petite vexation. Leur absence et toute une apr\u00e8s-midi qui se met \u00e0 d\u00e9river. Intermittences des pr\u00e9sences. <\/p>\n\n\n\n<p>#20 la sc\u00e8ne est muette ( mais vaut son prix) <\/p>\n\n\n\n<p>La vieille dame s\u2019est courb\u00e9e pour remettre ses achats un par un dans son cabas \u00e0 roulettes. Son dos rechigne \u00e0 s\u2019y plier. Puis elle sort sa carte de paiement de la petite pochette gliss\u00e9e au fond de son sac et l\u2019ins\u00e8re dans la machine. Sa main h\u00e9site au-dessus de l\u2019\u00e9cran puis compose un ensemble de chiffres. Refus. Le client derri\u00e8re elle per\u00e7oit son d\u00e9sarroi. La caissi\u00e8re encourage du regard: elle a reconnu cette gentille dame qui vient quotidiennement. Elle jette un coup d\u2019\u0153il de c\u00f4t\u00e9 \u00e0 la file qui s\u2019est form\u00e9e et pourrait s\u2019impatienter. Le deuxi\u00e8me essai est le bon. La vieille dame se redresse, murmure des excuses \u00e0 celui qui attend derri\u00e8re elle. Il lui sourit. Le vigile post\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e a suivi toute la sc\u00e8ne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#19 transaction <\/p>\n\n\n\n<p>Ce lundi est gris, mouill\u00e9, glac\u00e9. Le lundi les commerces du quartier sont ferm\u00e9s, m\u00eame le boulanger. Inutile de sortir. Le lundi l\u2019aide m\u00e9nag\u00e8re vient le matin. Elle arrive en avance, on prend un caf\u00e9, c\u2019est le rituel. Elle porte un pull vert, moi aussi. Ah, vous avez un pull vert, dit-elle en mettant un sucre dans son caf\u00e9. On sourit. Il y a des vert ternes mais ceux-l\u00e0 sont des vert lumineux, dis-je. On sourit. On continue \u00e0 papoter en avalant notre caf\u00e9. LL<\/p>\n\n\n\n<p>#18 recopier, c\u2019est facile<\/p>\n\n\n\n<p>Des b\u00eates vivent sur nos visages. Comme elles sont minuscules, on ne peut pas les voir. Chaque jour, sur nos visages, il se passe des drames, il se passe des guerres, des catastrophes. Les b\u00eates se tuent sur nos visages, elles se trahissent, elles se supplient. Des b\u00eates se r\u00e9unissent en cercle autour du nez, elles ex\u00e9cutent une autre b\u00eate. On ne sait pas ce qui se passe. Les b\u00eates font des proc\u00e8s sur nos visages, elles se condamnent, elles s\u2019entretuent. Quand elles n\u2019ont plus d\u2019espoir, des b\u00eates sautent de nos visages, elles se suicident.<\/p>\n\n\n\n<p>Le film Chacun cherche son chat vient de finir. Je suis sur le canap\u00e9 avec le mien, il est un peu moins&nbsp;de 22h 30&nbsp;et comme je pr\u00e9f\u00e8re \u00e9crire le soir, je regarde les piles de livres sur la table du salon, dessus et dessous. Je ne vais pas vous donner tous les titres, tant pis. J\u2019ai tendu la main vers la deuxi\u00e8me pile par la droite sur la planche du dessous. C\u2019est La Semaine Perp\u00e9tuelle de Laura Vasquez. \u00c7a tombe bien, c\u2019est un peu l\u2019impression que me fait l\u2019atelier. Sur la couverture, outre le nom de l\u2019autrice tout en haut, le titre en grosses lettres noires, et tout en bas, logique, en tr\u00e8s tr\u00e8s petit, \u00e9ditions du sous sol. En fait sol est sous sous, si vous voyez ce que je veux dire. Entre le titre et le sous sol, il y a des traits comme des coups de pinceau. \u00c7a cr\u00e9e une sorte de mouvement courbe de gauche \u00e0 droite. J\u2019ai ouvert le livre au hasard et je suis tomb\u00e9e page 234. En haut, dans un petit rond noir, il y a un petit 2 blanc, et le texte commence. En fait le livre ne s\u2019est pas ouvert au hasard page 234. Cet \u00e9t\u00e9, \u00e0 Grignan, apr\u00e8s l\u2019avoir achet\u00e9, on s\u2019\u00e9tait attabl\u00e9es, une amie et moi, pr\u00e8s de la statue de Madame de S\u00e9vign\u00e9, j\u2019avais justement lu \u00e0 voix haute ce passage ( et d\u2019autres ensuite) et on avait ri. Il faut dire qu\u2019on sortait du Covid et la phrase: \u00ab on ne discute pas avec les germes, on ne sait pas ce qu\u2019ils pensent, \u00bb nous avait bien fait rire. Je ne sais pas pour vous?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#17 avec Guy Ernest <\/p>\n\n\n\n<p>Il y aurait flottant dans l\u2019air des m\u00e9duses malicieuses, translucides, douces chim\u00e8res aux visages \u00e0 peine esquiss\u00e9s qui viendraient danser autour des passants solitaires pour les guider vers des rendez-vous improvis\u00e9s. Il se murmurerait des rubans de phrases de po\u00e8tes oubli\u00e9s. On reconna\u00eetrait parfois dans ces visiteurs \u00e9th\u00e9r\u00e9s les fant\u00f4mes exhal\u00e9s de nos lectures: la Catherine des Hauts de Hurlevent priant dans un souffle \u00ab &nbsp;let me in \u00bb, Ligeia, les y\u00fcrei les jours de pluie. Des phosphorescences miroiteraient au sein des feuillages. On dirait alors que la ville est habit\u00e9e. Chacun regagnerait son foyer charg\u00e9 d\u2019illusions hallucin\u00e9es. (Merci \u00e0 \u00c9tienne Saglio pour son spectacle Les Limbes) LL&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#16 il fait froid, couvrons-nous<\/p>\n\n\n\n<p>Veste molletonn\u00e9e au col relev\u00e9 de couleur sable\/ bonnet mouchet\u00e9 de couleurs vives sur fond noir en velours chenille \/ long manteau en fausse fourrure gorge de pigeon fr\u00f4lant les chevilles \/ sweat lilas fonc\u00e9 imprim\u00e9 sur la poitrine Day Work \/ veste professionnelle bicolore, haut rouge et bas noir sigle DPD\/ doudoune rose \u00e0 gros pois marine taille 3 ans \/ veste en tweed cannelle et noisette avec patte boutonn\u00e9e dans le dos \/ longue \u00e9charpe unie saumon enroul\u00e9e trois fois\/ doudoune bleu marine sans manches sur pull bleu marine \/ lourd blouson de cuir resserr\u00e9 \u00e0 la taille par une ceinture et laissant d\u00e9passer un pull de grosse laine beige clair \u00e0 col ch\u00e2le \/ long manteau de laine gris perle \u00e0 torsades irlandaises avec poche plaqu\u00e9e et qui descend jusqu\u2019au mollet\/ blouson de toile gr\u00e8ge avec, d\u00e9passant de la poche poitrine, un masque AntiCovid bleu ciel\/ long manteau noir en laine agr\u00e9ment\u00e9 d\u2019une large \u00e9charpe panth\u00e8re \/ casquette grise toil\u00e9e\/ veste blanche de boulanger \/ bottines \u00e0 talons de trois centim\u00e8tres en cuir camel\/ lunettes remont\u00e9es sur le front \/ pantalon de toile chocolat avec poches sur chaque jambe\/ bonnet en alpaga violine couvrant les oreilles\/ blazer crois\u00e9 \u00e0 six boutons ouvert sur pull col bateau\/ ensemble de surv\u00eatement en laine gris argent compos\u00e9 d\u2019un legging resserr\u00e9 par un cordon tress\u00e9 et d\u2019une veste \u00e0 capuche relev\u00e9e sur la t\u00eate d\u00e9j\u00e0 prot\u00e9g\u00e9e d\u2019un bonnet bleu marine\/&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#15 cut up moi \u00e7a <\/p>\n\n\n\n<p>Il m\u2019a promis, ouais, il m\u2019a promis. Non c\u2019est bon. Et en plus \u00e0 chaque fois qu\u2019ils ont eu besoin d\u2019elle, ils \u00e9taient \u00e0 Besan\u00e7on, tu vois. Elle l\u2019a fait mariner. Apr\u00e8s tu peux d\u00e9cider ou pas, y a toujours\u2026 oui oui oui non non. \u00c7a va le faire. Madame s\u2019il vous pla\u00eet. J\u2019ai pas mon porte-monnaie alors. Mais avec un enfant je pr\u00e9f\u00e8re que ce soit un peu organis\u00e9 avant. Mon cousin y va tous les ans. Tu peux r\u00e9server sur place. Deux tiramisu sans alcool. \u00c7a tombe bien j\u2019ai oubli\u00e9 d\u2019en mettre hier. Les italiens, ils savent doser la truffe, en moyenne c\u2019est 1,5% mais ce fromage l\u00e0 c\u2019est 4,5, c\u2019est beaucoup.Je l\u2019ai re\u00e7u, je vais le mettre avec l\u2019autre. Y en a plusieurs qui me plaisent bien. Trois baguettes. Trois? Ben oui deux pour elle et une pour moi. Et pour vous? Trois baguettes s\u2019il vous pla\u00eet. Vous me mettrez celui-l\u00e0. C\u2019est toujours int\u00e9ressant ces choses-l\u00e0. Il faudra que tu les rencontres quand tu viendras. C\u2019est des gens merveilleux. Il faudrait garder \u00e7a sur des cassettes, \u00e7a ferait du bien de les revoir. \u00c7a n\u2019est pas la peine de me rappeler.&nbsp;LL <\/p>\n\n\n\n<p>#14 rien qu\u2019une seconde<\/p>\n\n\n\n<p>Cette fois sa marche le dirige vers l\u2019aval, l\u00e0 o\u00f9 le Rh\u00f4ne semble s\u2019\u00e9largir, mais c\u2019est juste l\u2019effet de la digue qui borde le port de l\u2019Epervi\u00e8re o\u00f9 se balancent les voiliers et les yachts qui resteront l\u00e0 tout l\u2019hiver et o\u00f9 circulent les cygnes s\u00e9dentaires; vers l\u2019aval, dans le sens du courant, pour sentir l\u2019effet puissant de la masse de l\u2019eau qui pousse vers le sud, vers la Camargue, vers l\u2019\u00e9tendue mar\u00e9cageuse o\u00f9 elle va s\u2019\u00e9ployer, s\u2019encalminer, devenir saum\u00e2tre, la masse d\u2019eau qui roule comme les muscles sous la peau du sportif, qui caresse la quille de la p\u00e9niche glissant en ronronnant, la proue visant le passage autoris\u00e9 entre les deux balises dont il ne conna\u00eet pas le nom technique mais qui servent de socle au cormoran qui s\u2019\u00e9ploie lui aussi, immobile, offert aux rayons qui percent la grisaille, et il sent sur ses plumes l\u2019humidit\u00e9 qui s\u2019\u00e9vapore lentement, et il reste l\u00e0, hi\u00e9ratique, stylite noir et le marcheur, lui aussi, a arr\u00eat\u00e9 son pas et son regard le projette l\u00e0-bas sur le tronc qui flotte o\u00f9 il se verrait bien ouvrir les bras, humer l\u2019odeur de vase rong\u00e9e par les joncs, une odeur composite mais reconnaissable, une odeur qui appartient en propre au Rh\u00f4ne et qu\u2019il ram\u00e8nera pour quelques minutes sur sa peau.&nbsp;LL <\/p>\n\n\n\n<p>#13 arr\u00eater le monde <\/p>\n\n\n\n<p>Ceux-l\u00e0 attendent, appuy\u00e9s contre la voiture, aux aguets. Celui-ci le bras tendu vers la fente de l\u2019horodateur ajoute un mot, la t\u00eate tourn\u00e9e sur le c\u00f4t\u00e9. Passe une femme, la poitrine opulente sous son pull de No\u00ebl bariol\u00e9, elle claudique, son corps bascule, encore quelques m\u00e8tres avant les trois marches de l\u2019entr\u00e9e. On tire un diable charg\u00e9 de colis derri\u00e8re le camion France Express qui bloque la sortie. Celle-ci a dans la main une feuille imprim\u00e9e: on imagine les mots de r\u00e9clamation qu\u2019elle pr\u00e9pare d\u00e9j\u00e0 dans sa t\u00eate. L\u2019enfant dans sa poussette brandit les lunettes de soleil trop grandes pour lui. Le feu est encore au rouge. Ces deux-l\u00e0, toujours pr\u00e8s de la voiture se sont redress\u00e9s : ils l\u2019aper\u00e7oivent de loin mais je ne le vois pas. Je tiens la clef de ma voiture, j\u2019ai post\u00e9 mon courrier. \u00c7a, c\u2019est fait.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#12 la grisaille, les dessous<\/p>\n\n\n\n<p>Une mine de papier m\u00e2ch\u00e9. Des galeries de mine \u00e0 explorer, o\u00f9 se perdre. \u00c0 rem\u00e2cher des bouts de phrases, m\u00e2cher les mots comme Val\u00e8re Novarina, s\u2019en mettre plein les joues pour plus tard. Un jour on s\u2019\u00e9trangle et on crache. Ou bien on prend la pose, on imite la d\u00e9marche, on parodie. Tire ta langue, comme Alechinsky. On s\u2019invente des contraintes, on calligraphie, on accroche des portraits comme des ic\u00f4nes. Et puis on barbouille des pages blanches qui finiront dans la corbeille ou dans la malle aux oubliettes.&nbsp;Parce que, l\u00e0 dehors, on appelle. Parce que quelqu\u2019un sonne.Parce que la mort.On se cache dans l\u2019entresol. Un effluve vous passe sous le nez. On a flair\u00e9 quelque chose. Ou bien c\u2019est la col\u00e8re.&nbsp;On n\u2019en sort pas de la vie qui insiste et vous \u00e9gare. LL&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#11 c\u2019est dimanche <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\"><\/figure>\n\n\n\n<p>J\u2019ai trouv\u00e9 la lettre, je l\u2019ai lue puis je l\u2019ai jet\u00e9e quand on vidait la maison. Une lettre qui racontait un s\u00e9jour en colo, j\u2019avais huit ans, d\u2019une \u00e9criture ronde et fine, un r\u00e9cit joliment tourn\u00e9 et soudain j\u2019ai compris pourquoi Marie-F\u00e9licit\u00e9 r\u00e9p\u00e9tait \u00e0 l\u2019envi \u00ab toi qui \u00e9cris bien\u2026 \u00bb. Bien tourn\u00e9 comme un vase grec sous les doigts humides du potier sur lequel se dessinent les sc\u00e8nes \u00e0 venir. LL&nbsp;<br><\/p>\n\n\n\n<p>#10 pendant que\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que je brave le mistral cinglant appara\u00eet la nostalgie de la candeur | pendant que mon regard accroche la rose fan\u00e9e c\u2019est comme si je me vengeais de son \u00e9pine | pendant que les cygnes plongent la queue en l\u2019air dans le port je r\u00eave aux oies sauvages | pendant que je prends mon courrier j\u2019ai une furieuse envie d\u2019\u00e9crire une vraie lettre | pendant que j\u2019attends au feu rouge je me demande o\u00f9 je suis vraiment entre stop and go | pendant que je me laisse porter par l\u2019escalator serait-ce la rampe de la fus\u00e9e vers l\u2019immensit\u00e9 inexplor\u00e9e | pendant que la p\u00e9nombre s\u2019installe dans la pi\u00e8ce j\u2019entends la voix de Denis Lavant lire le noir dedans de Thomas Vinau.LL<\/p>\n\n\n\n<p><br>#9 ne pas s\u2019attarder sur\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Matin. Ne pas s\u2019attarder sur la petite douleur associ\u00e9e \u00e0 ce dos raide qui rechigne \u00e0 se redresser. Et surtout ne pas s\u2019attarder sur l\u2019id\u00e9e que, l\u2019\u00e2ge venant, bien que ce soit rageant, \u00e7a ne va pas s\u2019arranger. Ne pas s\u2019attarder sur les avis d\u00e9multipli\u00e9s qui envahissent les m\u00e9dias avant le rendez-vous footballistique qui m\u2019est totalement indiff\u00e9rent. Du coup, ah non, pas ce virus qu\u2019on ne sait m\u00eame pas comment on l\u2019a attrap\u00e9, cons\u00e9quemment, d\u00e8s lors, ainsi, et pour rire, subs\u00e9quemment, se glisser dans l\u2019oreille quelques notes de Philip Glass, peut-\u00eatre Liquid Days, pourquoi pas. Ne pas s\u2019attarder sur la soir\u00e9e rat\u00e9e ni tenter d\u2019en savoir plus sur l\u2019auteur de la pi\u00e8ce. Ne pas s\u2019attarder \u00e0 lister tous les noms d\u2019\u00e9crivains cit\u00e9s par Shumona Sinha, et d\u00e9cider de reporter \u00e0 demain les t\u00e2ches not\u00e9es dans mon agenda. Se contenter d\u2019un I would prefer not to global et d\u00e9finitif pour masquer la certitude m\u00e9lancolique de l\u2019oubli de nos ailes. LL&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;#8 les noms c\u2019est du propre<\/p>\n\n\n\n<p>Gaston Rey Laurens de la Pra Andr\u00e9 Pic Philippe Rachet Marc Lain\u00e9 Nathalie Bonomo Marc Buonomo Fourel Mougel Bonaparte Presumey Championnet Peynet Camille Vernet Jouvet Patti Smith Shumona Sinha Yves Bonnefoy Barth\u00e9l\u00e9my de Laffemas Vincent d\u2019Indy Philippe Fusaro Eschenbaum D De Felicis Dr Laaouaj Nivon Jules Algoud Ijichi Masachi Eve Bensoussan Dr Mias Caseres Jacques Darras Marie Lenient F\u00e9lix Faure Genevi\u00e8ve Volle Gregory Engel Henri Perdrix &nbsp;Thomas Vinau St\u00e9phane Langlois Jacques Massin Catherine B\u00e2tot Danielle Sapet Andr\u00e9 Lhote Marc Lantheaume Eva Jospin Serre Tomayan Danton Latour-Maubourg les Fr\u00e8res Lumi\u00e8re&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><br>#07 chaque visage, un trait<\/p>\n\n\n\n<p>son \u00e9charpe imprim\u00e9e et sur la langue un go\u00fbt de grenadine | il m\u00e2chonne assis au soleil pr\u00e8s du palmier le col remont\u00e9 | une petite bouille derri\u00e8re la grille madame comment tu t\u2019appelles les mains accroch\u00e9es aux barreaux comme pour se faufiler et sautiller \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s | le sourire scotch\u00e9 de la coiffeuse qu\u2019on voudrait d\u00e9coller | LL | <br><\/p>\n\n\n\n<p>#06 Nul autre que moi,<\/p>\n\n\n\n<p>Personne d\u2019autre que moi n\u2019aurait remarqu\u00e9 la long\u00e9vit\u00e9 du clivia qui fleurit sur le rebord de la fen\u00eatre car dor\u00e9navant moi seule me souviens de lui dans le salon de Marie-F\u00e9licit\u00e9 il y a quarante ans. Ses rejetons se reconnaissent \u00e0 leur \u00e9ventail plus ou moins ouvert selon le degr\u00e9 d\u2019ensoleillement dont ils profitent. LL<\/p>\n\n\n\n<p>#05 ciel du lundi <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/image-4.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-100382\" width=\"117\" height=\"155\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/image-4.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/image-4-315x420.jpeg 315w\" sizes=\"auto, (max-width: 117px) 100vw, 117px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>ciel ma non troppo. \u00c9charpe \u00e9chapp\u00e9e des goutti\u00e8res qui hier d\u00e9bordaient. Pastel qui grumelle. Et puis le puits qui aspire \u00e0 l\u2019infini jusqu\u2019au noir mangeur d\u2019\u00e9toiles. Ce v\u00e9lum qui nous voile sent-il le poids de la pesanteur qui tient debout nos murs porteurs? LL<\/p>\n\n\n\n<p>#04 phrase de r\u00e9veil<\/p>\n\n\n\n<p>Euphonia &#8211; phoney &#8211; funny. Euphonia comme Apronenia qui \u00e9pilait le mollet de son r\/homme d\u2019homme. A v\u00e9rifier. Ramdam &#8211; d\u2019o\u00f9 \u00e7a vient, ramdam? Dans mon r\u00eave, papa \u00e9tait h\u00e2l\u00e9 &#8211; il revenait &#8211; il \u00e9tait all\u00e9 o\u00f9 ? 8:30. Il fait gris. Un \u0153il de chat. Rester au chaud dans mon corps chaud, sans corset. Corset\u00e9e quand mal au dos. C\u2019\u00e9tait cors\u00e9. C\u2019\u00e9tait quand? 20+2+5: 27. 27 ans. Il est pourtant temps, ma m\u00e8re\u2026 pourquoi Euphonia? A noter pour Fran\u00e7ois B. Funny girl, honey you\u2019re a funny girl. Phoney you\u2019re a phoney girl. Barbra bla bla bla.&nbsp;LL<br><\/p>\n\n\n\n<p>03| il aurait fallu<\/p>\n\n\n\n<p>En diff\u00e9r\u00e9, indiff\u00e9rente et pourtant intrigu\u00e9e. A posteriori. C\u2019\u00e9tait la nuit. Un bruit qui se poursuit. Des cris ou n\u2019\u00e9tait-ce que des \u00e9clats de voix, une porte qui claque. Des pas. Le chat aux aguets derri\u00e8re les volets. Dans l\u2019heure creuse de minuit, dans le creux du lit. On repense aux autres fois: l\u2019ambulance en bas de chez moi, l\u2019incendie chez le voisin, la femme malmen\u00e9e, deux jeunes filles \u00e9m\u00e9ch\u00e9es, le cri du choucas dans l\u2019orage. Les fois o\u00f9 l\u2019on s\u2019est lev\u00e9, les fois o\u00f9 l\u2019on n\u2019a pas boug\u00e9. Un choix. Secondes suspendues dans l\u2019obscurit\u00e9. Puis le silence. Ne pas pouvoir deviner sa qualit\u00e9: habille-t- on le silence de nos craintes? La sc\u00e8ne imagin\u00e9e a percol\u00e9 dans mon r\u00eave et s\u2019est m\u00eal\u00e9e au r\u00e9cit de Venise que je venais de lire. La surface moir\u00e9e des canaux tremble quand appara\u00eet la longue barque noire, les murs des ruelles se resserrent. Le r\u00e9veil m\u2019a extraite du danger. Le chat est toujours aux aguets, la lune nappe le silence. LL&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#02 si loin, si loin <\/p>\n\n\n\n<p>Ll\u2019odeur. Reconnue l\u00e0, imm\u00e9diate, pr\u00e9cise. \u00c7a fait tilt. Mes pas arr\u00eat\u00e9s net. Concentr\u00e9e. Un appel. Un \u00e9cho qui se r\u00e9verb\u00e8re sur un coin de m\u00e9moire. Cette odeur particuli\u00e8re. Dans le fouillis de ce jardin. Je ne sais pas d\u2019o\u00f9 elle \u00e9mane, quelque part, l\u00e0, sous mes pieds. Tu sens? Deux \u00e9nigmes qui coagulent. Quelle plante ici-m\u00eame, quel appel du pass\u00e9? \u00c7a fait trop pour mon cerveau. Je suis l\u00e0 et je suis ailleurs. Un ailleurs dont il faut trouver la porte d\u2019acc\u00e8s. Un petit tr\u00e9sor inconnu. Une \u00e9manation. \u00c7a ne se d\u00e9crit pas, une odeur. \u00c7a n\u2019a pas de nom. \u00c7a ne commence ni par a, ni par b, ni par c. Rester plant\u00e9e l\u00e0 et plonger dedans, l\u2019absorber toute enti\u00e8re, \u00e7a finira bien par r\u00e9veiller quoi? Un lieu, un moment? Logiquement, voyons voir, un jardin, l\u2019automne. Tous les jardins\u2026 une for\u00eat? L\u2019odeur me d\u00e9vore, me retient, m\u2019emprisonne, tu ne bougeras pas avant d\u2019avoir r\u00e9solu cette \u00e9nigme. Mais pourquoi? C\u2019est donc vital? Son message urgent, et personne pour m\u2019aider. Quoi dire d\u2019autre que \u00ab&nbsp;tu sens?&nbsp;\u00bb Sentir quoi? \u00c9videmment les odeurs sont m\u00eal\u00e9es mais au milieu, il y a cette note, cette note qui vibre juste pour moi, qui doit me relier \u00e0 un \u00e9clat d\u2019\u00eatre, un reflet de mica dans les strates du temps. Une illumination\u2026 Mais oui, bien s\u00fbr. LL<br><\/p>\n\n\n\n<p>#01 l\u2019impr\u00e9vu <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Faut faire avec! Y a rien \u00e0 faire d\u2019autre. Eh oui, faut faire avec.&nbsp;\u00bb Avec quoi? Ils parlaient de la pluie, la pluie incessante, celle qui mouille et qui fait d\u00e9serter les terrasses. Ah non! Il y avait quelques tables occup\u00e9es sous le plastique, au coin de la Grande Rue. Le Bastille restait occup\u00e9 par des r\u00e9fractaires, la fraction qui ne se laisse pas faire par la pluie, celle qui mouille, incessante, tout aussi persistante que ces tabl\u00e9es d\u2019amis bavards qui avaient d\u00e9cid\u00e9 de ne pas se laisser faire par cette pluie impr\u00e9vue par l\u2019appli m\u00e9t\u00e9o ce matin. LL <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/57EE849D-429C-47EA-9F2C-A83C35938021-768x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-100029\" width=\"74\" height=\"100\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/57EE849D-429C-47EA-9F2C-A83C35938021-768x1024.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/57EE849D-429C-47EA-9F2C-A83C35938021-315x420.jpeg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/57EE849D-429C-47EA-9F2C-A83C35938021-1152x1536.jpeg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/57EE849D-429C-47EA-9F2C-A83C35938021-1536x2048.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/57EE849D-429C-47EA-9F2C-A83C35938021-scaled.jpeg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 74px) 100vw, 74px\" \/><\/figure>\n\n\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\ufeff<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fragments: \u00ab\u00a0ces calmes blocs ici-bas chus\u00a0\u00bb Barbara Cassin #19\/01 \u00e9chues dans un futur ant\u00e9rieur: il aura fallu tout ce temps mais n\u2019est-ce pas l\u2019oeuvre de l\u2019oubli pour ramener ici \u00e7a qui aura \u00e9t\u00e9 #28\/12 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de mes carnets Souvenirs d\u2019avenir: les avant qui n\u2019ont pas eu lieu. Ce qui s\u2019est pass\u00e9 \/ ce qui est pass\u00e9 \/ d\u00e9pass\u00e9 \/ ce <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/lily-pad-liliane-laurent\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">lily-pad | liliane laurent<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":52,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-98164","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98164","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/52"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=98164"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98164\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=98164"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=98164"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=98164"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}