{"id":9824,"date":"2019-08-13T21:43:24","date_gmt":"2019-08-13T19:43:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=9824"},"modified":"2019-08-13T21:43:26","modified_gmt":"2019-08-13T19:43:26","slug":"chemise-de-nuit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chemise-de-nuit\/","title":{"rendered":"CHEMISE DE NUIT"},"content":{"rendered":"\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Flasque et d\u00e9fra\u00eechie, distendue, distordue, imprim\u00e9 noir d\u00e9lav\u00e9 sur du tissu l\u00e2che et p\u00e2le, une odeur fleurie impr\u00e9gn\u00e9e, sueur douce et acidul\u00e9e, une odeur derri\u00e8re l\u2019odeur, un socle connu et arpent\u00e9 qui convoque, courte trop courte qui remonte, par hasard l\u00e0 trouv\u00e9e, cach\u00e9e au fond de l\u2019armoire et d\u00e9couverte, intruse de mes nuits qui s\u2019invite, \u00e0 peine un \u0153il en passant du coin de la bouche, r\u00e9sister pour ne pas y plonger le nez et replonger, s\u2019\u00e9tonner que l\u2019odeur persiste m\u00eame derri\u00e8re la lavande et le cade, fine toute fine \u00e0 transpirer la transparence, l\u2019effacement progressif de la chair, couleur chair, oui, c\u2019est \u00e7a la couleur&nbsp;: de la chair qui s\u2019efface et annonce la couleur, empreinte \u00e0 l\u2019envers, contours d\u2019une plus qu\u2019ombre maintenant, spectre blanchi pli\u00e9, dissimul\u00e9 aux fins fonds, us\u00e9e, fatigu\u00e9e, tellement qu\u2019elle dispara\u00eet, mouvements de la chemise sur corps en gestes infimes , remont\u00e9e malgr\u00e9 elle sous les aisselles par le frottement du drap sur le coton trop fragile, tirer vers le plus bas sans d\u00e9chirer la toile. <\/li><li>Flasque (presque une flaque) et d\u00e9fra\u00eechie, distendue, distordue, un linceul, un ectoplasme, un fant\u00f4me, imprim\u00e9 noir d\u00e9lav\u00e9 sur du tissu l\u00e2che et p\u00e2le, consistance o\u00f9 \u00e7a&nbsp;?, une odeur fleurie impr\u00e9gn\u00e9e, sueur douce et acidul\u00e9e, une odeur derri\u00e8re l\u2019odeur, un socle connu et arpent\u00e9 qui convoque, bascule en arri\u00e8re, courte trop courte qui remonte, jambes comme des b\u00e2tonnets d\u2019esquimaux d\u00e9voil\u00e9es, blafardes et fr\u00eales, un vague chiffon, rien \u00e0 faire dans mes affaires cette chemise de nuit par hasard l\u00e0 trouv\u00e9e, cach\u00e9e au fond de l\u2019armoire et d\u00e9couverte, &nbsp;intruse de mes nuits qui s\u2019invite, \u00e0 peine un \u0153il en passant du coin de la bouche, r\u00e9sister pour ne pas y plonger le nez et replonger, ne pas savoir pourquoi autant besoin de, pas si\u2026 quand m\u00eame&nbsp;!, s\u2019\u00e9tonner que l\u2019odeur persiste m\u00eame derri\u00e8re la lavande et le cade, fine toute fine \u00e0 transpirer la transparence, l\u2019effacement progressif de la chair, couleur chair, oui, c\u2019est \u00e7a la couleur&nbsp;: de la chair qui s\u2019efface et annonce la couleur, empreinte \u00e0 l\u2019envers, contours d\u2019une plus qu\u2019ombre maintenant, spectre blanchi pli\u00e9, dissimul\u00e9 aux fins fonds, us\u00e9e, fatigu\u00e9e, tellement qu\u2019elle dispara\u00eet, mouvements de la chemise sur (son) corps en gestes infimes , remont\u00e9e malgr\u00e9 elle sous les aisselles par le frottement du drap sur le coton trop fragile, tirer vers le plus bas sans d\u00e9chirer la toile, garder secr\u00e8te cette nudit\u00e9 d\u00e9charn\u00e9e. <s>Ou alors<\/s> &nbsp;Sortir de la nuit. Chemise = chemise en carton, rabats, de couleurs criardes p\u00e9tantes et joyeuses, enfermer la paperasse (suite logique apr\u00e8s le reste), trier, ranger, classer, mettre de l\u2019ordre, dans l\u2019armoire th\u00e8me apr\u00e8s th\u00e8me, couches apr\u00e8s couches, les unes sur les autres, entassement du rigide, densification, lasagnes, montagnes de papiers sages et inertes, dompt\u00e9s. Besoin que la chemise de nuit se travestisse en jours, en vie qui reste, en couleurs qui reviennent exultent et triomphent, besoin de mettre en cases, en tas, en pile, refermer l\u2019armoire, l\u2019oublier au fond. Enfermer la chemise de nuit dans la chemise en carton et en conserver l\u2019odeur. &nbsp;Inspiration-souvenir. Retenir sa respiration, fermer les yeux, retenir encore l\u2019image. Expiration du parfum dans un souffle de brume souple et diaphane, fragile et vacillante, blanche si blanche dans mes nuits. <\/li><li>&nbsp;Ne pas pouvoir nommer, tourner autour&nbsp;: n\u2019\u00e9crire ni la chemise de nuit, ni la m\u00e8re, reconstruire simplement. Ce qui est moche aussi. Ce qui est cru et qu\u2019on ne peut plus regarder en face, les anecdotes de chairs flasques, l\u2019effacement progressif, l\u2019\u00e9tirement des plaintes et des jours fades, la distorsion des gestes, l\u2019absorption des affronts qui creusent et ravinent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, un avant-go\u00fbt de l\u2019absence, passage du solide au gazeux invisible et qui prend tant de place. Et puis l\u2019odeur qui reste envers et contre tout. Elle vient apr\u00e8s l\u2019image de ce fant\u00f4me qui a fini de s\u2019\u00e9teindre, elle tire loin en arri\u00e8re sur quelques sourires, elle convoque l\u2019enfance. Je me laisse surprendre par la chair qui s\u2019invite. Partie trop vite dans le sensuel, jamais concr\u00e8te, ni concise. L\u2019objet tout seul ne compte pas, seul m\u2019importe ce qu\u2019il m\u2019apporte. Cette chemise de nuit, finalement, je pourrais tout aussi bien la remplacer par\u2026 par quoi d\u2019autre, d\u2019ailleurs \u00e0 part mes propres souvenirs&nbsp;? Alors, elle contient tout ce qu\u2019il me reste, tout ce que je reconstruis patiemment, sautant d\u2019un point de vue \u00e0 un autre, ne trouvant jamais d\u00e9finitivement celui qui cl\u00f4turera l\u2019histoire, pas fini d\u2019explorer les fibres et envie pourtant d\u2019en sortir, tentation d\u2019enfermer tout \u00e7a dans des boites aux \u00e9tiquettes bien proprettes, aux contenus d\u00e9finitifs\u2026 un autre paire de manches, que cette chemise-l\u00e0\u2026 <\/li><li>Besoin de fuir les images, je me suis \u00e9ject\u00e9e de l\u2019\u00e9criture o\u00f9 plut\u00f4t elle m\u2019\u00e9jecte de l\u00e0. Vid\u00e9e et flasque l\u2019envie d\u2019\u00e9crire, comme une \u00e9rection qui retombe face au manque de sensualit\u00e9 de cette chemise de nuit pourtant si pleine de sens tous plus vertigineux les uns que les autres. Mais plus rien. La panne. A quoi bon tout \u00e7a&nbsp;? \u00catre une \u00e9crivaine, quelle blague&nbsp;! Des \u00e9crits vains \u00e0 peine, perdus dans la masse. Des jours et des jours sans &nbsp;l\u2019\u00e9criture. Marre de geindre en cachette, planqu\u00e9e derri\u00e8re les mots en enfilade. Peur d\u2019avoir br\u00fbl\u00e9 \u00e9tapes et cartouches \u00e0 force de tordre les secrets du tissu entre mes doigts qui savent par avance o\u00f9 \u00e7a va me mener. Ils trahissent ma t\u00eate, ils emp\u00eachent les mots de couler librement. Pauvre et vide. Plus rien qui sort de l\u2019essorage, \u00e0 part la rage. Aucun essor. Y retourner pourtant.<\/li><li>De ce bout d\u2019\u00e9toffe diaphane, jaillissent en fragments lumineux les souvenirs et les douleurs. Un fil tir\u00e9 comme un passage entre l\u2019absence et ce demain qui tarde si fort \u00e0 grandir. Il fait trop nuit et les odeurs.<\/li><\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Flasque et d\u00e9fra\u00eechie, distendue, distordue, imprim\u00e9 noir d\u00e9lav\u00e9 sur du tissu l\u00e2che et p\u00e2le, une odeur fleurie impr\u00e9gn\u00e9e, sueur douce et acidul\u00e9e, une odeur derri\u00e8re l\u2019odeur, un socle connu et arpent\u00e9 qui convoque, courte trop courte qui remonte, par hasard l\u00e0 trouv\u00e9e, cach\u00e9e au fond de l\u2019armoire et d\u00e9couverte, intruse de mes nuits qui s\u2019invite, \u00e0 peine un \u0153il en <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chemise-de-nuit\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">CHEMISE DE NUIT<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[454],"tags":[],"class_list":["post-9824","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2019-03-cinq-fois-sur-le-metier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9824","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9824"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9824\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9824"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9824"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9824"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}