{"id":98266,"date":"2022-11-29T07:14:51","date_gmt":"2022-11-29T06:14:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=98266"},"modified":"2022-11-29T07:17:27","modified_gmt":"2022-11-29T06:17:27","slug":"carnet-individuel-catherine-k","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-individuel-catherine-k\/","title":{"rendered":"#Carnet individuel |\u00a0Catherine K."},"content":{"rendered":"\n<p>#19\/11 28\/11 \u2013 Les jours de t\u00e9l\u00e9travail je sors peu, voire pas du tout, &nbsp;pas de livraison \u00e0 domicile aujourd&rsquo;hui, pas vu les \u00e9boueurs non plus, d&rsquo;ailleurs c&rsquo;est rare que je leur parle, juste une vir\u00e9e \u00e0 la pharmacie, \u00e0 cinq minutes \u00e0 pied, crois\u00e9 personne, pas m\u00eame un voisin, juste \u00e9chang\u00e9 un peu avec la pharmacienne souriante et sympathique en toutes circonstances, achet\u00e9 quelque chose bien s\u00fbr, pas juste all\u00e9e pour son sourire m\u00eame si un vrai sourire en face \u00e0 face est une bulle d&rsquo;oxyg\u00e8ne dans une journ\u00e9e de t\u00e9l\u00e9travail. Plus tard, deux phrases avec le fils du voisin venu sonner pour demander si je n&rsquo;avais pas le double des cl\u00e9s de chez lui car il n&rsquo;avait pas les siennes. Le sourire ce sera pour une autre fois.<\/p>\n\n\n\n<p>#18\u00a0 27\/11 \u2013 Dimanche matin, 8h30, un dimanche matin d\u2019automne tout \u00e0 fait banal\u00a0: froid, gris, brumeux, pluvieux, maussade, juste envie de rester sous le plaid toute la journ\u00e9e, il y a plein de livres partout dans plusieurs pi\u00e8ces de la maison et ici dans la chambre, sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la fen\u00eatre, prendre ce volume Quarto, feuilleter les pages de papier fin, une texture un rien plus \u00e9paisse que le papier Bible, la peau des doigts garde m\u00e9moire de ce qu\u2019elle effleure, s\u2019attarder, avancer, revenir en arri\u00e8re, quand <em>\u00e0 cet instant, le bateau-mouche est apparu. Il glissait vers la pointe de l\u2019\u00eele, sa guirlande de projecteurs braqu\u00e9e sur les maisons des quais. Les murs de la pi\u00e8ce \u00e9taient brusquement recouverts de taches, de points lumineux et de treillages qui tournaient et venaient se perdre au plafond. Dans cette m\u00eame chambre, il y a vingt ans, c\u2019\u00e9taient les m\u00eames ombres fugitives et famili\u00e8res qui nous captivaient mon fr\u00e8re Rudy et moi, quand nous \u00e9teignions la lumi\u00e8re au passage de ce m\u00eame bateau-mouche.<\/em> (la suite ici : https:\/\/itinerairespluriels.com\/)<\/p>\n\n\n\n<p>#17&nbsp; 26\/11 \u2013 Une ville qui soudainement se mettrait \u00e0 ressembler \u00e0 une carte postale, ciel toujours bleu, \u00e0 peine quelques cumulus, toujours on lui nettoierait ses fa\u00e7ades et les vitres des grands immeubles pour qu\u2019elle nous donne l\u2019impression de se d\u00e9cupler et de nous d\u00e9cupler lorsqu\u2019on se regarde dedans, jamais un papier par terre, jamais des sacs poubelles partout les jours de collecte, jamais de d\u00e9charges clandestines, des gens radieux et souriants toujours et par tous les temps, une ville sans tache, sans heurts, toujours contente. Mais qui a envie de vivre dans une ville de carte postale&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>#16&nbsp; 25\/11 \u2013 Long tablier blanc de pharmacien ou m\u00e9decin ou laborantin ou kin\u00e9sith\u00e9rapeute, \u00e9charpe feutrine bandes horizontales blanc cass\u00e9 et grises, legging noir, doudou noire, gilet noir qui d\u00e9passe, parka bleu roi \u00e0 capuche cercl\u00e9 de fourrure synth\u00e9tique, jean gris \u00e9l\u00e9phant, anorak bleu marine, veste en cuir noir, sweat shirt noir \u00e0 capuche, veste matelass\u00e9e sans manche \u00e0 capuche, jean vert d\u2019eau, jean gris fonc\u00e9, anorak \u00e0 petits carreaux bleus et blanc avant on appelait \u00e7a vichy, pantalon de travail \u00e0 poche appliqu\u00e9es sur les cuisses, longue veste en feutrine rouge, longue doudoune \u00e0 capuche gris fonc\u00e9, casquette blanche, kway blanc avec inscriptions en bleu dans le dos, veste en polaire sans manches.<\/p>\n\n\n\n<p>#15&nbsp; 24\/11 \u2013 Day off, off du boulot et de l\u2019agitation, pas de bribes de conversations, hier pas eu le temps d\u2019\u00e9crire dans le temps imparti ni m\u00eame dans un retard acceptable, aujourd\u2019hui que du silence puisque rest\u00e9e dans le cocon, juste parl\u00e9 \u00e0 mon fils, ou \u00e0 ma fille au t\u00e9l\u00e9phone, \u00e9chang\u00e9 deux phrases avec le livreur de pizzas. Des jours comme \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>#14&nbsp; 23\/11 \u2013 Une feuille se d\u00e9tache de l\u2019arbre, elle tombe en zigzaguant, cr\u00e9pitement de la pluie, seul son qui se fait entendre durant cette seconde-l\u00e0, nuages sombres en mouvement, branches d\u2019arbres secou\u00e9es par les rafales de vent. Je sais qu\u2019elle a touch\u00e9 le sol m\u00eame si je ne la vois pas.<\/p>\n\n\n\n<p>#13&nbsp; 22\/11 \u2013 Longue veste, pantalon noir, sac \u00e0 dos, il traverse la rue de ses grandes jambes lestes et minces qui avalent l\u2019asphalte prestement tout en regardant son t\u00e9l\u00e9phone comme absent \u00e0 l\u2019agitation qui l\u2019entoure dans ce quartier de bureaux affair\u00e9 comme chaque matin, immeubles en travaux voitures, camionnettes, v\u00e9los, trotinnettes et autres pi\u00e9tons qui d\u00e9valent les trottoirs, il ne voit rien, il est absorb\u00e9 par son \u00e9cran, en route vers cette journ\u00e9e qui l\u2019attend et on se demande d\u2019o\u00f9 il vient et vers quoi il va.<\/p>\n\n\n\n<p>#12&nbsp; 21\/11 \u2013 Beaucoup de brassages, de pens\u00e9es tous azimuts, de r\u00eavasseries, de regards dans le vague, la p\u00e2te grise se forme d\u00e9j\u00e0 en amont de l\u2019\u00e9cran, beaucoup de recherches, de lectures, de promenades, de photos, beaucoup d\u2019attentes et d\u2019atermoiements, pour parvenir \u00e0 cette premi\u00e8re couche dont on croit qu\u2019elle peut tenir la route.<\/p>\n\n\n\n<p>#11&nbsp; 20\/11 \u2013 Du premier souvenir de lecture,&nbsp;de lecture qui compte,\/Le Petit Chose\/ d\u2019Alphonse Daudet, puis \/La Gloire de mon P\u00e8re\/ de Marcel Pagnol, ensuite Lovecraft bien s\u00fbr, puis apr\u00e8s des tours et d\u00e9tours il y a eu \/L\u2019Acacia\/ de Claude Simon, ce sont tous ceux-l\u00e0 qui viennent \u00e0 la surface quand il s\u2019agit de lecture et le lien \u00e0 l\u2019\u00e9criture \u00e9tait l\u00e0 dans les limbes, inconscient mais omnipr\u00e9sent, tous ceux-l\u00e0 qui, telles des graines sem\u00e9es aux quatre vents ont fini par \u00e9clore au terme d\u2019une longue germination.<\/p>\n\n\n\n<p>#10&nbsp; 19\/11 \u2013 Pendant que je d\u00e9barrasse les reliefs du petit d\u00e9jeuner, que je fais couler de l\u2019eau chaude dans le bol et sur les couverts, que je regarde par la baie vitr\u00e9e qui me fait face le temps maussade de cette matin\u00e9e d\u2019automne, les mots se mettent \u00e0 tourbillonner dans ma t\u00eate, tentent de s\u2019associer en quelques id\u00e9es coh\u00e9rentes, s\u2019agencent \u00e9clectiquement pour former ce flux de pens\u00e9es anarchiques qui m\u2019assaillent au long de la journ\u00e9e et je me dis que j\u2019aimerais prendre cong\u00e9 de la pens\u00e9e pour quelque temps.<\/p>\n\n\n\n<p>#09&nbsp; 18\/11 \u2013 Ne pas s\u2019attarder sur le message qu\u2019on te fait passer de mani\u00e8re indirecte, ne pas s\u2019attarder sur la pizza qu\u2019on t\u2019a livr\u00e9e alors que tu as command\u00e9 un spaghetti bolo, ne pas s\u2019attarder sur ta connexion internet de pi\u00e8tre qualit\u00e9, ne pas s\u2019attarder sur un bug dans le syst\u00e8me qui te fait prendre du retard, ne pas s\u2019attarder tout court sur le syst\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>#08&nbsp; 17\/11 \u2013 Catherine Raven Jacqueline Kelen Marie Madeleine H\u00e1lsteinn Charlemagne Lucie Malbos Joseph II G\u00fcnther Grass Yann Queff\u00e9lec Jane Fonda Edouard Lev\u00e9 George Sand George Simenon Arnaud Riou Bj\u00f6rk Alejandro Jodorowsky H.P. Lovecraft Helen Mirren Emily Bront\u00eb Ursula von der Leyen<\/p>\n\n\n\n<p>#07&nbsp; 16\/11 \u2013 Une t\u00eate tout en bouclettes ch\u00e2tain fonc\u00e9 tr\u00e8s serr\u00e9es, des lunettes il me semble, un visage encore un peu ancr\u00e9 dans le sommeil, mais les bouclettes surtout |&nbsp; les traits de la fatigue peut \u00eatre des ann\u00e9es \u00e0 faire le m\u00eame m\u00e9tier pas facile tous les jours mal pay\u00e9 toujours \u00e9reint\u00e9 peut-\u00eatre de toujours servir les clients chacun avec leur caprices \u00e9couter leurs plaintes ne plus les \u00e9couter jusqu\u2019\u00e0 tard dans la nuit | les cheveux courts coup\u00e9s \u00e0 la tondeuse des cr\u00e9oles \u00e9paisses au moins 5 cm de diam\u00e8tre des yeux per\u00e7ant f\u00e9lins bleus profond son regard croise le mien juste une fraction de seconde en plus<\/p>\n\n\n\n<p>#06&nbsp; 15\/11 \u2013 Dans cette r\u00e9union personne d\u2019autre que moi n\u2019aura remarqu\u00e9 que la ville est l\u00e0, omnipr\u00e9sente, par la fen\u00eatre elle nous regarde,&nbsp; nous happe, nous englobe, nous faisons partie d\u2019elle comme elle fait partie de nous, on n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 la trame du tissu urbain qui s\u2019insinue en nous jusque dans nos cellules, m\u00eame ceux qui la fuient.<\/p>\n\n\n\n<p>#05&nbsp; 14-11 \u2013 Bleu cobalt dans cet entre-deux nuit \u2013 jour, on ne sait s\u2019il est couvert ou d\u00e9gag\u00e9, pareil pour mes pens\u00e9es ou plut\u00f4t la t\u00eate qui les g\u00e9n\u00e8re, lui il s\u2019est d\u00e9gag\u00e9, l\u2019azur a pris le relais pour quelques heures avant de se laisser imperceptiblement envahir par une couche blanc sale, un ciel qu\u2019on ne pourrait dire chagrin, un ciel n\u00e9buleux sans doute, livide, brouill\u00e9, mais certainement pas un grand ciel qui nous fera r\u00eaver d\u2019\u00e9ternit\u00e9 comme a dit Baudelaire, encore moins un ciel o\u00f9 laisser s\u2019\u00e9vaporer nos soucis.<\/p>\n\n\n\n<p>#04&nbsp; 13\/11 \u2013 D\u00e9j\u00e0 sept heures. Ouf, je ne dois plus essayer de me rendormir\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>#03&nbsp; 12\/11 \u2013 Lever la t\u00eate, juste le temps d\u2019apercevoir un rideau qui se ferme sur la p\u00e9nombre, personne, pas m\u00eame une silhouette, qui se dissimule derri\u00e8re les deux pans du voile dans cet immeuble \u00e0 appartements supervis\u00e9s, une personne \u00e2g\u00e9e sans doute pour qui la seule distraction d\u00e9sormais, les seuls instants de vie en mouvement sont ceux vol\u00e9s \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur depuis l\u2019obscurit\u00e9 de l\u2019appartement silencieux o\u00f9 personne ne vient jamais \u00e0 l\u2019exception des aides soignants et m\u00e9nagers qui n\u2019ont pas le temps de s\u2019attarder. Une fraction de seconde et le rideau retombe sur une ombre.<\/p>\n\n\n\n<p>#02&nbsp; 11\/11 \u2013 Un parfum. Cette femme aper\u00e7ue sur le quai de m\u00e9tro qui le portait. Comme moi probablement elle partait travailler. Un parfum sucr\u00e9, \u00e9pic\u00e9, inhabituel. L\u2019observer du coin de l\u2019\u0153il, peut-\u00eatre la suivre, en tout cas l\u2019imaginer, imaginer sa vie, se demander, si longtemps apr\u00e8s si elle prend toujours le m\u00e9tro, si elle porte toujours ce parfum. Tenter de se rem\u00e9morer les traits de son visage, impression fugace comme le r\u00eave qui \u00e9chappe, qu\u2019on voudrait saisir mais on n\u2019y arrive pas. Je l\u2019avais nomm\u00e9e Tamara.<\/p>\n\n\n\n<p>#01&nbsp; 10\/11 &#8211; Depuis cette reprise finalement attendue, me dire comment j\u2019ai pu aller sur place tous les jours \u00ab&nbsp;avant&nbsp;\u00bb, tous les jours cette agitation des pr\u00e9paratifs matinaux, tous les jours ces trajets vers le centre-ville, cette agitation de la \u00ab&nbsp;soci\u00e9t\u00e9 en mouvement&nbsp;\u00bb. Dehors, tu as envie d\u2019en \u00eatre, dedans tu voudrais la fuir.&nbsp;Paradoxe.<\/p>\n\n\n\n<p>Plonger la main au fond du sac et sentir le petit chat en plastique dur, cadeau que mon fils m&rsquo;avait fait quand il \u00e9tait petit, il m&rsquo;avait dit tiens, c&rsquo;est pour toi et depuis ce jour ce petit chat m&rsquo;accompagne, au pied de mon \u00e9cran au bureau et d\u00e9sormais dans mon sac, lui ne s&rsquo;en souvient pas.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#19\/11 28\/11 \u2013 Les jours de t\u00e9l\u00e9travail je sors peu, voire pas du tout, &nbsp;pas de livraison \u00e0 domicile aujourd&rsquo;hui, pas vu les \u00e9boueurs non plus, d&rsquo;ailleurs c&rsquo;est rare que je leur parle, juste une vir\u00e9e \u00e0 la pharmacie, \u00e0 cinq minutes \u00e0 pied, crois\u00e9 personne, pas m\u00eame un voisin, juste \u00e9chang\u00e9 un peu avec la pharmacienne souriante et sympathique <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-individuel-catherine-k\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#Carnet individuel |\u00a0Catherine K.<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":167,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3942,3897],"tags":[],"class_list":["post-98266","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-carnets_individuels","category-le_grand_carnet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98266","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/167"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=98266"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98266\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=98266"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=98266"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=98266"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}